Lorsqu’on parle de SFFQ — science-fiction et fantastique québécois, pour les néophytes — le premier éditeur qui vient en tête est sans doute Alire. Avec son catalogue bien garni et ses têtes d’affiche de plus en plus connues (Patrick Sénécal, Jean-Jacques Pelletier, Élisabeth Vonarburg et plusieurs autres), elle occupe une part importante du marché. Mais depuis maintenant 17 ans, une autre maison d’édition s’active et propose, année après année, des textes de SFFQ forts, en soutenant le développement de talents issus de la relève, tout en publiant de temps à autre un grand nom du milieu. Ces aventuriers de l’étrange sont passionnés par les littératures de l’imaginaire et ils constituent un atout important de la littérature québécoise. Pour une rare fois, ils entrent dans la lumière et s’exposent au regard. Êtes-vous prêts pour cette rencontre ? Après tout, qui sait ce qui se cache au sein des Six Brumes

Les éditions des Six Brumes de la Société Secrète (Les Six Brumes pour les intimes et à peu près tout le monde !) ont été fondées en 2001 par Jonathan Reynolds et Marki Saint-Germain, deux anciens étudiants de l’UQAM. Dès le début, Guillaume Houle s’implique dans la maison d’édition, d’abord à titre d’auteur et d’agent de promotion, avant d’endosser le rôle de directeur des publications. Et avec le départ de Marki Saint-Germain en 2013, il devient, avec Jonathan Reynolds, l’un des deux propriétaires de la maison d’édition. Depuis le lancement de L’Aurore, un recueil collectif de nouvelles en 2002, Les Six Brumes n’ont jamais cessé de proposer romans, novellas et recueils, toujours dans le respect de leur ligne éditoriale. Mais justement, quelle est-elle ? Comme son nom l’indique, les Six Brumes s’intéressent aux six genres qui font partie de l’appellation « littératures de l’imaginaire ». Il s’agit du fantastique, de la fantasy, de la science-fiction, de l’horreur, du policier et de l’inconnu. À cela s’ajoutent deux créneaux particuliers qui distinguent les Six Brumes des autres éditeurs de SFFQ. Ainsi, ils publient de la littérature « régionale », qui s’intéresse à l’histoire, la géographie et les mythes associés à différentes régions du Québec. De plus, ils sont particulièrement impliqués dans des projets culturels estriens, puisque le siège social de la maison s’y trouve depuis 2013.

Cet enracinement dans le champ culturel québécois se traduit également par une philosophie éditoriale bien particulière. Pour publier aux Six Brumes, il faut d’abord prendre le temps de s’imprégner de la production SFFQ, en plus de rencontrer les deux éditeurs en personne, lors d’un événement littéraire. Par la suite, si le contact est bon, l’aspirant-auteur est invité à soumettre son manuscrit qui sera ensuite transmis à un comité de lecture. Suite aux recommandations de celui-ci, les éditeurs rencontrent de nouveau l’écrivain, afin de s’assurer de son investissement dans le projet. Cet aspect est fondamental, car une fois entré aux Six Brumes, l’auteur fait partie de la famille, et il est appelé à participer à l’élaboration et à la promotion de son livre, et ce, pour une période de cinq ans. Cette manière de faire permet non seulement de créer des liens solides entre les différents auteurs de la maison, mais aussi entre auteurs et éditeurs, et de manière fondamentale, entre l’auteur et ses lecteurs.

Et justement, en parlant des lecteurs des Six Brumes, ils ont l’embarras du choix quand vient le temps de choisir parmi le catalogue bien garni de l’éditeur, puisque ce dernier propose de nombreuses collections ayant chacune sont identité propre. Voici donc un bref survol de ce que les brumes ont à offrir !

La collection « Brumes de légende » est dédiée à la réédition de titres épuisés ou difficiles à trouver, mais qui sont considérés comme des classiques ou des incontournables de la SFFQ. Quant à « Frontières », c’est elle qui permet aux Six Brumes de proposer des œuvres « régionales ». La « Légion des brumes », pour sa part, est le rendez-vous des auteurs proposant des projets collectifs. Comme son nom l’indique, la collection « Nova » est dédiée aux novellas ces textes à mi-chemin entre la nouvelle et le roman, qui se glissent dans une poche et se lisent d’une traite. La collection éponyme de la maison, « Six Brumes » est celle où l’on retrouve les projets solos, que ce soient des romans ou des recueils de nouvelles. Du côté de « SX2.0 », c’est l’univers internet qui est mis à profit, puisqu’il s’agit d’une collection regroupant des nouvelles uniquement en numérique, à un moindre coût. Et en 2015, deux nouvelles collections ont fait leur entrée aux Six Brumes. « Grand format », qui n’a pas vraiment besoin de présentation ! Et « Sors de ta bulle », qui est exclusivement dédiée à la publication des textes ayant remporté le concours du même nom, organisé par les écoles de l’Estrie, comme activité parascolaire. Les Six Brumes prennent ainsi le relais des éditions GGC, qui ont publié ces textes jusqu’en 2013.

Comme on peut le voir, Les Six Brumes occupent une place sans cesse grandissante dans le paysage de la SFFQ. Pas si mal, pour une maison d’édition fondée par deux amis unis par une passion commune pour l’horreur et le fantastique !

Cet article est paru initialement dans le numéro 88 de la revue Les Libraires.