Voici la première entrée de blogue de notre auteure en résidence, Audrée Wilhelmy. Vous pourrez la suivre ici, tout au long de sa résidence.

C’est le premier février que j’entamerai ma résidence dans votre librairie et je me réjouis déjà de faire votre connaissance, de parler de livres et d’écriture avec vous. Dans les mois qui viennent, je souhaite :

  • Vous présenter plusieurs écrivaines que j’admire ainsi que des personnes qui jouent un rôle central dans ma démarche et ma carrière ;

  • Vous amener à poursuivre votre propre travail d’écriture ou vous initier à cette forme artistique;

  • Vous permettre de mieux comprendre différents aspects du milieu littéraire, du processus d’écriture et de publication.

Sous la forme d’ateliers et de conférences, j’occuperai la librairie jusqu’en juin, physiquement, mais aussi virtuellement. De fait, des entrées de blogue compléteront le programme. J’espère, à travers celles-ci, vous faire découvrir de nombreux ouvrages et vous donner envie d’en relire d’autres.

La série d’ateliers et de rencontres que j’ai préparée pour vous s’ouvrira jeudi prochain avec une conférence lors de laquelle, grâce aux questions de Mike Vienneau, je vous inviterai à plonger dans mon univers. En complément, je désire, pour commencer, vous parler de textes qui ont été marquants pour moi. Je m’étais prêtée à l’exercice pour l’équipe des Libraires lors du Salon du livre de Montréal et, retournant à cette liste, je constate qu’elle correspond encore à ma bibliothèque idéale.

Du côté du roman, je ne peux pas passer à côté d’Anne Hébert, dont l’imaginaire, tout entier bousculé par le contraste entre la nature et les impératifs de la société (catholique), m’a toujours vivement touchée. Je pense entre autres à ses œuvres Les Fous de Bassan et Les Enfants du sabbat. Ces romans-là, qui faisaient partie des lectures obligatoires, l’un en secondaire cinq, l’autre au Cégep, m’ont bouleversée à une époque où mon imaginaire littéraire était encore en construction. Je me souviens que la place et la voix des femmes, de même que le rapport légèrement décalé entre le monde réel et celui du roman, m’avaient fascinée. Quand j’y retourne aujourd’hui, c’est pour la poésie et le rythme des phrases, mais je retrouve souvent cette émotion trouble qui m’avait emportée la première fois.

Mis à part Anne Hébert, je dirais que mes plaisirs romanesques se divisent en deux camps. D’un côté les ouvrages que j’aime pour leurs univers, de l’autre ceux que j’aime pour leurs voix. Du côté de l’univers, je pense à José-Carlos Somoza (particulièrement L’Appât et Clara et la pénombre) dont les œuvres, toujours très inventives, tirant autant du côté de la pulsion que de celui du fantastique, me transportent chaque fois dans un univers futuriste un peu inquiétant, ou au monde créé par John Crowley dans Le Parlement des fées, qui fait référence à presque toutes les figures mythologiques existantes et qui, en se concentrant sur un lieu plutôt qu’un protagoniste, permet de suivre de nombreux personnages en même temps. 

Du côté des romans « de voix », j’aime beaucoup l’écriture de Duras, notamment dans L’Amant; celle de Michel Tournier, entre autres dans Gilles & Jeanne et dans Le Roi des aulnes; de même que celle d’Alessandro Baricco, bien que dans ce dernier cas, mes plaisirs de lectures soient inconstants (j’ai préféré, City, Les Châteaux de la colère ou Océan mer à Soie ou Mr Gwyn, par exemple).

Par ailleurs, depuis un peu plus de deux ans, je m’intéresse aussi à la poésie québécoise contemporaine. La poésie me permet d’entrer plus facilement dans mon propre travail d’écriture, puisqu’elle me dirige naturellement vers un rapport au langage sonore et musical sans me happer dans une histoire qui me détourne de celle que je suis en train d’écrire. Quelques-unes de mes plus belles découvertes sont Chien de fusil d’Alexie Morin, Outrenuit, de Benoît Jutras, Mue, d’Isabelle Gaudet-Labine et, tout récemment Brasser le Varech de Noémie Pomerleau-Cloutier et Ne faites pas honte à votre siècle de Daria Colonna.

Dans le cadre de mes recherches universitaires et romanesques (les deux, en alternance), j’ai également découvert tout un lot d’essais marquants, au sujet desquels je reviendrai sans doute plus en détail lors d’une future entrée de blogue. Parmi eux, je pense entre autres à L’Érotisme, de Georges Bataille ainsi qu’à Le Froid et le cruel de Gilles Deleuze, qui m’ont tous deux permis de réfléchir à la dimension charnelle, particulièrement dans Les Sangs ; ainsi qu’aux textes féministes Rêver l’obscur : femme, magie et politique, de Starhawk et Sorcières, sages-femmes et infirmières, de Barbara Ehrenreich et Deirdre English, qui sont très fortement liés à la rédaction du romans sur lequel je travaille présentement.

Dans les prochains mois, je vous parlerai en outre d’ouvrages illustrés, de recueils de contes ou de légendes, ainsi que de livres-ressources pour l’écriture, mais cette première liste colle au plus près à ma pratique, et elle me semble une bonne mise-en-bouche.