Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invité pour juin : Jean-Marc Desgent.

Comment êtes-vous devenu lecteur ?

Par mon frère aîné qui était un lecteur toujours affamé ; j’ai sans doute voulu l’imiter…

Enfant, que lisiez-vous ?

Des romans d’aventure ou de cape et d’épée, des Bob Morane, surtout des Nick Jordan, sans parler des Tintin.

Avez-vous une méthode de classement ?

Le pur désordre ! J’égare tout mais ne perds jamais rien.

Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?

Tous les contes d’Edgar Allan Poe, dans Marabout Géant.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Je lis toujours plusieurs livres en même temps ; les trois derniers, donc : Dondog de Volodine, Le poème continu de Herberto Helder, grand poète portugais, Gaston Miron, la vie d’un homme de Pierre Nepveu.

Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?

Quand je suis malade (cela m’arrive souvent), je relis mes Tintin. Relire Tintin, est-ce vraiment de la lecture coupable?

Quelle a été votre plus belle rencontre littéraire ?

Sans doute… deux philosophes : Michel Foucault et Nietzsche. En poésie, Rimbaud et Artaud.

Comment êtes-vous devenu auteur ?

Au collège du Vieux-Montréal, j’ai choisi non pas de devenir un poète mais un poète québécois ; à partir de cette époque, j’ai décidé d’appartenir à la poésie d’ici ; ç’a été mon seul but, mon seul rêve, depuis.

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

Pas de musique, mais des livres qui m’ont fait vibrer quand je les ai lus.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Oui, dans mon coin d’écrivain à la maison, entouré de toutes sortes de documents, de livres et de mon désordre.

Quelles sont vos principales influences ?

La poésie québécoise dans son ensemble ; des poètes comme François Charron, par exemple.

Quels auteurs appréciez-vous pour leur démarche créatrice ?

Volodine. Il me fascine.

Quel est votre souvenir le plus vif lié à la création ?

En fait, j’en ai deux. J’ai écrit mon premier poème à l’âge de douze ans ; j’ai alors compris ce que je ferais le reste de ma vie. En 1994, lors de la réception de mon premier prix littéraire (le Grand Prix du Festival de poésie de Trois-Rivières) ; j’ai alors senti que quelque chose changeait dans la perception que j’avais de moi-même… J’ai une très forte tendance à me diminuer.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

Évidemment, Vingtièmes siècles. Cependant, pour des raisons diverses trop longues ici à expliquer, j’aime encore Faillite sauvage, Deux amants au revolver, Les paysages de l’extase et La théorie des catastrophes.

Avez-vous des projets en cours ?

Je travaille actuellement à un nouveau recueil de poèmes qui me semble bien différent de ce que j’ai publié depuis dix ans, un roman, et j’accumule beaucoup de textes de réflexion sur l’écriture.

Pourquoi avoir choisi la poésie ?

À Noël 1964 (j’avais treize ans), j’ai reçu les Œuvres complètes de Rimbaud dans la prestigieuse Pléiade… Ça change et détermine une vie !

Y’a-t-il un livre que vous auriez voulu avoir écrit ?

Le retour d’Artaud Le Mômo.

Ce qui vous préoccupe au quotidien ?

L’écriture ; j’y pense tout le temps.

Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?
Actuellement, la cause étudiante. Sinon, l’état de la culture au Québec.

Que rêviez-vous de faire, enfant ?

J’hésitais entre devenir un ermite, un héros comme Zorro ou un journaliste d’enquête.

Outre la littérature, quelle forme d’expression vous intéresse ?

La peinture. D’ailleurs, j’aurais préféré être peintre. C’est inexplicable, mais je crois la peinture supérieure à la littérature.

Quel est d’après vous l’avenir de la langue française au Québec ?

Ouille ! J’espère que dans cinquante ans, on pourra encore lire, au Québec, les œuvres d’Aquin ou la poésie qui s’est écrite ici.

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Le site de l’auteur
Bibliographie sélective
Qu’importe maintenant, 2012, Poètes de brousse, 62 p., 9782923338514*
Artaud-Gauvreau, 2010, Poètes de brousse, coll. « Essai libre », 72 p., 9782923338323*
Portraits de famille, 2010, Écrits des forges, 62 p., 9782896451463*
Errances : Comment se pensent le Nous et le Moi dans l’espace mythique des nomades septentrionaux sekani, avec Guy Lanoue, 2006, Communication Canada, coll. « Mercure », 170 p., 9780660970806*
Vingtièmes siècles, 2005, Écrits des forges, 64 p., 9782890469105*
La théorie des catastrophes, 2000, Les Herbes rouges, 49 p., 9782894191729*
Les paysages de l’extase, 1997, Les Herbes rouges, 50 p., 9782894191262*
Transfigurations : Poésie et prose 1981-1989, 1995, Les Herbes rouges, 156 p., 9782894190852*
O comme agression, 1983, Les Herbes rouges, 33 p., 9782892720044*