Objet : Un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent.

Notre invité bande dessinée pour septembre : Vincent Sardon.

Comment êtes-vous devenu lecteur ?

À l’école primaire de la rue Albert Premier, à Bayonne.

Enfant, que lisiez-vous ?

Pif le chien. Rahan. Le Club des Cinq que je trouvais chiant. Tintin. Rien de très original.

Quel genre de lecteur êtes-vous ?

J’aime bien lire ce qui me tombe par hasard sous la main. Quand j’étais étudiant, je rentrais chez un bouquiniste et j’achetais au hasard le premier livre de poche sur lequel je tombais. Ça m’a permis de découvrir des écrivains sur lesquels je ne me serais pas arrêté si j’avais fait un choix conscient.

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

Assez décousue, notamment pour la raison que je viens d’expliquer plus haut.

Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ? 

Le Loup-garou, de Boris Vian, recueil de nouvelles paru chez 10/18. Je me souviens avoir adoré la nouvelle qui donne son titre au recueil, et trouvé le reste du livre un peu tarte.

  Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Lettres à la NRF, c’est pas exactement un livre, c’est un recueil de lettres envoyées par Louis-Ferdinand Céline à Jean Paulhan et à Gaston Gallimard. C’est amusant de voir comment il les pousse à bout.

Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?

Pas vraiment. Ma culpabilité ne va pas se nicher dans ma bibliothèque, j’ai d’autres sources tout aussi fécondes.

Quelle a été votre plus belle rencontre littéraire (avec un livre, un auteur, un lecteur ou autre) ?

Je ne sais pas. J’ai dévoré L’histoire de ma vie, de Giacomo Casanova, ça m’a fait mourir de rire. Je crois que Vian m’a beaucoup marqué, quand j’étais gamin. Même si aujourd’hui j’ai du mal à le relire.

Comment êtes-vous devenu auteur ?

En 1993, j’ai fait un premier livre auto-édité, qui a fait marrer mes amis, et le reste en a découlé.

Pourquoi êtes-vous auteur ?

Je n’en sais rien.

Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas auteur ?

Je ne sais pas. Je ferais chier mon entourage encore pire. Y a rien de plus pénible qu’un artiste frustré, qui ne crée pas et qui fait chier son monde. Faire chier le monde ça peut être un des beaux-arts.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Une sorte de manipulation. On amène les gens à éprouver des sentiments, à distance, avec des textes, des dessins, des peintures, ce qu’on voudra. C’est de la manipulation. Les artistes sont des manipulateurs. Humainement il vaut mieux les éviter.

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

J’écoute de la musique. Des trucs que j’écoute depuis que j’ai 15 ans. Je ne lis pas quand je suis en train de faire un truc, je me méfie des influences inconscientes. L’objet qui ne me quitte pas ça serait la tasse de café.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Mon atelier. J’ai du mal à travailler ailleurs, notamment parce que j’ai besoin d’un matériel un peu particulier.

Comment choisissez-vous votre style de dessin ?

Je ne pense pas qu’on choisisse un style. Je pense que le style découle de nos faiblesses, on ne choisit pas ses faiblesses.

Quelle est l’importance de la documentation dans vos images ?

Grande, je pratique le détournement d’image, donc j’utilise beaucoup de choses que je glane à gauche et à droite.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

Je ne sais pas. L’autobiographie, peut-être.

Quelles sont vos principales influences ?

Je ne me sens pas influencé, du moins dans ma démarche de tampographe. Quand je faisais de la bande dessinée, j’étais lecteur de Julie Doucet. Edward Gorey m’a marqué. Cavanna. Gébé. Topor, pour ses écrits. Desproges.

Quel auteur appréciez-vous pour sa démarche créatrice ?

Julie Doucet.

Quel est votre souvenir le plus vif lié à la création ?

Le bouclage de mon livre Le tampographe Sardon. J’ai cru que j’allais devenir cinglé tellement j’étais en retard. J’ai failli manger une ou deux personnes. Finalement le livre est sorti et personne n’est mort.

Comment est né votre premier livre ?

Pour faire rire mes potes.

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Sceptique et agacé.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

Aucune. J’évite de les regarder.

Quelle importance accordez-vous à l’aspect matériel de vos livres ?

Grande. Mais je n’aime pas spécialement les « beaux-livres ». Un livre photocopié sur du papier bon marché peut-être un beau livre. C’est pas le façonnage de luxe et le dos toilé et le papier ivoire qui rend un livre plus intéressant. C’est l’adéquation entre la forme et le contenu. On peut rendre un livre horriblement antipathique en lui donnant un façonnage trop luxueux.

Y a-t-il un de vos livres que vous recommenceriez ? Pourquoi ?

Aucun, quelle horreur. Il faut être malade pour envisager une chose pareille.

Avez-vous des projets en cours ?

Oui.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Et que lui diriez-vous ?

Franchement j’en sais rien. Personnage de Fiction ? Jésus Christ ? Je serais bien emmerdé si j’avais à faire la conversation avec Jésus Christ. Il y aurait des blancs.

Pour quel dessinateur aimeriez-vous écrire un scénario ?

Pour un dessinateur qui fasse pas chier et qui travaille vite.

De quel scénariste aimeriez-vous dessiner le livre ?

Aucun.

 Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

Mon ami Stéphane. Mon ami le Docteur Z.

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

Globalement les mêmes choses que vous.

Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?

Arriver à travailler, à payer mes factures et à rester poli.

Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?

Non. La mienne. Payer mes factures et ne nuire à personne.

Que rêviez-vous de faire, enfant ?

Dessinateur.

Outre la bande dessinée, quelle forme d’expression vous intéresse ?

Je ne fais plus de bande dessinée depuis dix ans. La bande dessinée ne m’intéresse pas tellement.

Quel est d’après vous l’avenir de la langue française ?

Mal barré. Comme le latin du Bas-Empire. Je ne peux pas dire que le sujet me réveille la nuit. Mais j’aime bien me dire que je suis un Romain du Bas-Empire.

Quel est d’après vous l’avenir du livre et de l’imprimé ?

Le livre n’est qu’un support, au même titre que le rouleau de parchemin ou la tablette d’argile. Qu’un texte soit reproduit sur du vélin ou un écran d’ordinateur, ça ne change pas grand-chose. Si un texte est con, il le sera sur n’importe quel support. L’inverse est aussi vrai.

Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?

Non.

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Bibliographie
Le tampographe Sardon, 2012, Vincent Sardon, L’Association, 253 p., 9782844144423*
Bons points modernes : Vignettes éducatives à découper, Vincent Sardon, 2011, L’Association, 60 p., 9782844144393*
Coquetèle, Vincent Sardon et Anne Baraou, 2002, L’Association, coll. « Oubapo », 9782844141088
Les Ostings T.2 : Palmipedopithecus gagatus, Vincent Sardon et Anne Baraou, 2002, Delcourt, coll. « Jeunesse », 31 p., 9782840558248
Les Ostings T.1 : Les voisins venus d’ailleurs, Vincent Sardon et Anne Baraou, 2001, Delcourt, coll. « Jeunesse », 46 p., 9782840555223
Mormol, Vincent Sardon, 2000, L’Association, coll. « Éperluette », 52 p., 9782844140463*
Nénéref, Vincent Sardon, 1999, Ego Comme X, 24 p., 9782910946012*
Crevaison, Vincent Sardon, 1998, L’Association, coll. « Patte de mouche », 24 p., 9782909020945*
La valise envolée, Vincent Sardon et Anne Baraou, 1996, L’Association, coll. « Patte de mouche », 24 p., 9782909020686*

 

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