Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent.

Notre invité bande dessinée pour juillet : Thomas Gilbert.

Enfant, que lisiez-vous ?

Mes parents m’ont fait lire assez rapidement des Folio Junior, que je choisissais avec eux en librairie. Des Jules Verne, Le dernier des Mohicans, Ivanhoé, Jack London, de la littérature pour tous si on peut dire. Vient ensuite Tolkien, mais ma grande fascination a été pour Lovecraft, je découvrais ainsi un univers d’auteur au bord de la folie, ce qui m’a marqué jusqu’à aujourd’hui.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Ça va faire péteux, mais je suis en train de finir Ulysse, de Joyce. Je suis dessus depuis un an, c’est indigeste comme une omelette norvégienne après un repas de famille. J’en suis rapidement écœuré et pourtant, j’y reviens régulièrement, parce que le goût est formidable. Comme l’omelette norvégienne, on ne sait pas trop quels sont les ingrédients, mais il y a une magie qui s’opère, qui fait qu’on veut finir sa part.

Pourquoi êtes-vous auteur ?

J’ai cette envie de partager mes idées. Je monte des projets qui me plaisent, et en tant que narrateur je veux les partager avec des lecteurs, en espérant qu’ils soient réceptif à ma pensée.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Je créé en atelier, avec quatre autres auteurs. Cela me permet de ne pas m’isoler, la bande dessinée étant un métier solitaire, c’est important de partager ses recherches avec d’autres personnes.

Par contre, à l’atelier, je n’ai pas de place définie, j’aime que mon espace de travail ne soit pas toujours le même.

Comment choisissez-vous votre style de dessin ?

J’ai l’impression que mon style s’impose à moi. Avec mes lectures, il s’est défini peu à peu. Ensuite je tombe amoureux d’un outil, et je l’use jusqu’à la moelle, je cherche à voir comment il peut accompagner mes histoires. Une fois que je suis à l’aise avec l’outil, mon style évolue peu à peu, tout en gardant ses caractéristiques. Et enfin, je rejette l’outil tout en digérant ce qu’il m’a appris. C’est ainsi que, peu à peu, mon style s’affirme et s’affine.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

J ‘ai une tendresse particulière pour la série Oklahoma Boy, les deux premiers tomes initialement publiés chez Manolosanctis, dont les 3 tomes sortent en intégrale chez Vide-Cocagne en septembre. J’aime ce projet car il s’est construit au fur et à mesure de sa réalisation. J’ouvrais des pistes qui trouvaient un écho dans l’album suivant. C’est le genre de projet dont on ressent la consistance une fois la dernière page dessinée. Et même avec ses défauts c’est une bd dont on sent l’énergie de l’auteur, ce que je trouve primordial dans un projet artistique.

Y a-t-il un de vos livres que vous recommenceriez ? Pourquoi ?

Tous ! On pourrait, sans fin, recréer ses albums, les perfectionner sur le plan narratif et graphique. Ils y perdraient en énergie, mais y gagneraient en clarté, en finition.

C’est pas une si bonne idée que cela, finalement….

Avez-vous des projets en cours ?

Plusieurs. Nous réfléchissons à la suite de Bjorn le Morphir avec Thomas Lavachery. J’ai un projet en passe d’être validé chez Casterman, qui parle de l’adolescence. Je vais aussi proposer aux éditeurs le projet numérique Sauvage, quand j’aurai fini le dossier… Plein de belles choses à venir, j’espère !

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

L’immobilisme et l’ennui lié à la routine, c’est une lutte au quotidien !

Du coup je m’agite, je m’agite !

 

Que rêviez-vous de faire, enfant ?

Je rêvais de devenir paléontologue, j’espère que ça arrivera un jour !

Quel est d’après vous l’avenir du livre et de l’imprimé ?

Je pense que le livre a de l’avenir, mais il faut redéfinir son rôle face au numérique. Faire du livre un objet de luxe, face au numérique peu cher ? Ou abaisser le prix du livre pour le démocratiser ?

En tout cas, pour la bande dessinée, je pense que le numérique peut être complémentaire au papier, les deux se nourrissant l’un l’autre.

Je suis en train de faire une série sur une plate-forme de diffusion, delitoon.

J’ai eu de beaux retours des lecteurs, et aujourd’hui je monte un dossier pour le présenter aux éditeurs papier. Le problème du numérique, c’est qu’il faut trouver une façon de rémunérer l’auteur, ce qui est difficile à mettre en place. On reste encore tributaire du papier.

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Bibliographie
Oklahoma boy, Thomas Gilbert, Vide-Cocagne, 240 p., 9791090425408 (Intégrale à paraître à l’automne 2013)
Bjorn le Morphir T.4, Thomas Gilbert et Thomas Lavachery, 2013, Casterman et École des Loisirs, 62 p., 9782203066380*
Bjorn le Morphir T.3, Thomas Gilbert et Thomas Lavachery, 2012, Casterman et École des Loisirs, 62 p., 9782203047051*
Bjorn le Morphir T.2, Thomas Gilbert et Thomas Lavachery, 2011, Casterman et École des Loisirs, 62 p., 9782203033382*
Mastadar Manipulation, Thomas Gilbert et Renart, 2011, Vide-Cocagne, coll. « Mastadar », 56 p.,
9782953710588*
Bjorn le Morphir T.1, Thomas Gilbert et Thomas Lavachery, 2009, Casterman et École des Loisirs, 62 p., 9782203007406*
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