Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent.

Notre invité pour janvier : Martin Michaud.

Enfant, que lisiez-vous ?

Je l’avais reçu en cadeau à Noël, mais pas l’année où je m’étais enfermé en pleurant dans le placard à balais à la vue du vieillard à barbe blanche. Cette fois, je devais avoir dans les douze ans. À cheval, l’homme sur la couverture m’avait d’abord rebuté. J’ai mis le livre de côté : j’avais reçu d’autres cadeaux pas mal plus cool. Toutefois, pendant que les grands riaient et fumaient dans le salon, posant leur verre sur le meuble en bois de la télé, je me suis retiré dans une autre pièce. Et je l’ai ouvert : son nom de mission était Nicolas Korpanoff et il était chargé d’avertir le frère du tsar de Russie de l’arrivée imminente des hordes de Tartares venues envahir la Sibérie. Ce n’était pas Korpanoff qui devait parcourir la distance entre la Russie et Moscou, périple qui dura trois mois, pas Korpanoff qui dérivait sur un morceau de glace avec la belle Nadia Fédor, poursuivi par le traître Ogareff, pas Korpanoff qu’on avait essayé de rendre aveugle avec la lame d’un sabre chauffée à blanc… La Sibérie était mon terrain de jeu, j’étais courrier du tsar et mon véritable nom était MICHEL STROGOFF. Roman de Jules Verne, Michel Strogoff a été publié en 1876. Je rêve de le faire lire à mon fils de 13 ans… (On entend le thème musical de Mission impossible)… Soupir…

Comment êtes-vous devenu auteur ?

J’ai vécu un grand coup de foudre au CÉGEP. Mais ça s’est plutôt mal passé, car j’ai attrapé une maladie. Du genre de celles qu’on attrape sous les couvertures… En l’occurrence, c’était sous la couverture d’un recueil de poésie de Charles Baudelaire… (Rires.) Cette maladie transmise textuellement m’a donné l’envie irrépressible d’écrire. Tout naturellement, j’ai commencé par de la poésie. De là, je suis passé aux paroles de chansons, que j’interprétais avec mon band, m-jeanne. Puis, vers vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un premier roman.

J’ai écrit deux romans sur une période de quinze ans avant d’être publié. Un premier, tellement mauvais qu’il n’est jamais sorti de mes tiroirs (rires). Le deuxième a été refusé par toutes les maisons d’édition de l’Univers ! Moi qui croyais écrire de la grande littérature, mon ambition de gagner le Goncourt venait d’en prendre pour son rhume ! (Rires.)

Puis, au moment où seule ma mère et mon chien croyaient en ma capacité de devenir écrivain, j’ai retrouvé un fichier dans mon ordinateur. Un an plus tôt, j’avais jeté quelques notes concernant un projet d’une série de romans policiers qui mettrait en vedette un enquêteur du SPVM. Le personnage principal s’appelait Victor Lessard… À partir de là, tout s’est enchaîné : Il ne faut pas parler dans l’ascenseur a été publié en 2010, La chorale du diable en 2011 et Je me souviens en 2012…

Pourquoi êtes-vous auteur ?

Parce que je ne peux faire autrement…

Comment vous exprimeriez-vous si vous n’étiez pas auteur ?

Je crois que si je n’étais pas en train d’écrire cette phrase, je deviendrais fou.

Je crois que si je n’étais pas en train d’écrire cette phrase, je deviendrais fou.

Je crois que si je n’étais pas en train…

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

J’écris toujours en écoutant de la musique. Je peux faire jouer la même chanson en boucle pendant des heures. Voici la playlist des pièces les plus entendues durant l’écriture de mon dernier roman, Je me souviens :

Ruled by Secrecy, Muse / Give Up, Half Moon Run / Take a Bow, Muse / Par les lueurs, Dominique A / Stockholm Syndrome, Muse / Holocene, Bon Iver / Silas the Magic Car, Mew

Breathe Me, Sia / Scotch, Fred Fortin / Metamorphosis Three, Philip Glass / Cauchemar, Marie-Mai / Assassin, Muse / Blank Page, Smashing Pumkins / She Went Quietly, Charlie Winston

Wandering Star, Portishead

Matthew Bellamy (Muse), Fred Fortin, Billy Corgan (The Smashing Pumpkins), Beth Gibbons (Portishead)

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Autant que possible dans ma tête ! Non, sans blagues, je me rends dans le plus total anonymat plusieurs fois par semaine au Second Cup de la rue Monkland. Le patron du café me demande souvent comment vont mes études, les examens, etc. J’ai l’impression qu’il me prend pour un de ces éternels étudiants au post-post-post-doctorat. (Rires.)

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

Heu, la mort, les meurtres, ça compte comme thème récurrent ? Non ? Pas juste ! (Rires.)

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

La prochaine !

Y a-t-il un de vos livres que vous recommenceriez ? Pourquoi ?

Jamais ! Au suivant !

Avez-vous des projets en cours ?

J’en ai plein, mais je manque de temps ! Ceci dit, j’ai un nouveau thriller en chantier qui sortira à l’automne 2013 (ce sera un « stand-alone ») et la quatrième enquête de Lessard sera publiée à l’automne 2014.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ?

J’ai longtemps rêvé de cette journée de février 1815 où le jeune Edmond Dantès, qui devait épouser le lendemain sa fiancée Mercédès, est injustement enfermé dans une geôle du château d’If. Évadé après une réclusion de quatorze ans, il devient le Comte de Monte-Cristo et revient régler ses comptes. Beam me up, Alexandre Dumas !

Y a-t-il un livre que vous auriez voulu avoir écrit ?

Il y en a des milliers ! Tant de livres qui m’ont habité au point de me donner des complexes, de m’empêcher d’écrire. Mais si j’avais à n’en nommer qu’un, je dirais Mr. Vertigo, de Paul Auster, pour la puissance et la singularité de l’histoire. Ceci dit, je regrette déjà mon choix ! M’enfin… (Rires)

* * *

Bibliographie

 

Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, 2010, Goélette, 392 p., 9782896386208*
La chorale du diable, 2011, Goélette, 512 p., 9782896389148*
Je me souviens, 2012, Goélette, 500 p., 9782896904174*
 
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