Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent.

Notre invité bande dessinée pour juin : Fred Bernard.

Comment êtes-vous devenu lecteur ?

Mes parents me poussaient à lire, ils m’achetaient une BD de temps en temps au supermarché. Il n’y avait pas de librairie BD dans ma campagne. Puis ils m’ont inscrit dans une bibliothèque où j’ai découvert Tardi, Bilal… Leurs histoires me faisaient un peu peur et m’impressionnaient beaucoup. Je sentais que c’était pour les « grands » !

Enfant, que lisiez-vous ?

J’adorais Picsou et Donald, puis Spirou et Fantasio, puis Corto Maltese à mesure que je grandissais. J’aimais et j’aime toujours les histoires de voyages et de chasses au trésor…

Quel genre de lecteur êtes-vous ?

C’était un de mes loisirs préférés avec courir les forêts et construire des cabanes avec les copains.

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

Aujourd’hui je ne garde que ce que j’aime VRAIMENT, et que je relis ou relirai un jour. J’y puise beaucoup de plaisir et d’énergie, c’est une source de jouvence pour moi. À cause de travaux qui ont traîné, tous mes livres sont restés dans des cartons pendant un an et demi. C’était l’horreur ! Je les ai retrouvés comme des vieux amis et des membres de ma famille.

Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?

Le tout premier je ne sais plus… Mais je me souviens et j’ai toujours chez moi Tintin au Tibet et 20 000 lieues sous les mers que j’avais gagné à un concours de dessin à 9 ans.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Peste & choléra de Patrick Deville, sur la vie du professeur Yersin au Vietnam, qui a découvert le bacille de la peste.

Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?

Aucun.

Quelle a été votre plus belle rencontre littéraire (avec un livre, un auteur, un lecteur ou autre) ?

Sans doute le chanteur Nino Ferrer. J’adorais ses textes. C’était un grand littéraire qui m’a fait lire pleins de livres de Dickens à Crepax

Comment êtes-vous devenu auteur ?

J’ai toujours dessiné pour le plaisir, mais j’ai vraiment commencé à écrire des poèmes de 15 à 25 ans, avant que mes premières histoires ne soient éditées. J’ai tendance à prendre l’écriture plus au sérieux que le dessin… Peut-être parce que j’ai fait 5 ans d’études de dessin. L’écriture me semble à la fois plus empirique et plus cérébral parce que je dessine instinctivement sans me poser des tonnes de questions qui risqueraient de me freiner. Mais je me trompe peut-être…

Pourquoi êtes-vous auteur ?

Parce que le réel ne m’a jamais suffi. Je n’ai pas aimé le monde dans lequel j’ai grandi et je sens que je n’aimerai pas le monde dans lequel je vais vieillir. Tout en adorant la vie ! Alors je le réinvente à ma sauce dans mes histoires. Ce ne sont pas des histoires de Bisounours, mais j’aime tous les personnages. Je crois que je me méfie des humains en fait. Parce qu’ils sont trop souvent décevants. Moi le premier.

Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas auteur ?

Paysagiste peut-être?

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Un plaisir. Une plongée un peu méditative en soi et dans le passé. Salvateur pour le présent.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Je peux écrire n’importe où. Je fais beaucoup de croquis de voyage. Et c’est dans ma cuisine que je me sens le mieux pour dessiner. L’atelier c’est plus pour la paperasse au bout du compte…

Comment choisissez-vous votre style de dessin ?

Oh là là ! C’est lui qui m’a choisi ! J’étais incapable de reproduire mes maîtres de façon satisfaisante alors… J’ai mis longtemps à apprécier VRAIMENT mon dessin.

Quelle est l’importance de la documentation dans vos images ?

Énorme. C’est pourquoi j’ai besoin de mes croquis de voyage. S’il me manque des choses je fouine partout.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

Avec le recul, la quête de soi. La différence aussi paraît-il… Surtout dans mes albums jeunesse illustrés par mon ami François Roca.

Quelles sont vos principales influences ?

Hugo Pratt en BD. Conrad en roman.

Comment est né votre premier livre ?

J’avais écrit une histoire pas assez jeunesse au goût de mon éditrice chez Albin Michel, c’est devenu La tendresse des crocodiles aux éditions du Seuil, où j’ai raconté ce que je voulais comme je l’entendais. J’écrivais des livres jeunesse depuis 6 ans. J’ai écrit mon premier roman graphique à 33 ans. C’est assez tard…

Y a-t-il un de vos livres que vous recommenceriez ? Pourquoi ?

La tendresse des crocodiles pour entrer dans la famille Picquigny. J’y mets tout ce qui me tient le plus encore à cœur.

Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

La joie sur le visage des autres.

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

La gravité et le sérieux sur le visage des autres.

Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?

La quête de la tranquillité.

Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?

La défense de la curiosité.

Que rêviez-vous de faire, enfant ?

Vétérinaire en Afrique.

Outre la bande dessinée, quelle forme d’expression vous intéresse ?

Le roman et la peinture aquarelle.

Quel est d’après vous l’avenir de la langue française ?

Elle sera toujours là parce que c’est une des plus riches et qu’elle sait se défendre. ( Je le pense vraiment ). Et parce que les Français sont nuls et ne font aucun effort en langues étrangères… ( Je le pense vraiment aussi ).

Quel est d’après vous l’avenir du livre et de l’imprimé ?

Ce sera toujours là aussi. Comme le théâtre et la radio, que la télévision et les écrans n’ont fait disparaître. C’est complémentaire, et le plaisir et l’usage ne sont pas identiques.

Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?

« Le champagne est grand quand on est heureux, et bon quand on est triste. » —Madame Lily Bollinger

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Bibliographie sélective
 
Deux aventures de Jeanne Picquigny : La tendresse des crocodiles & L’ivresse du poulpe, Fred Bernard, 2012, Casterman, coll. « Écritures », 348 p., 9782203049017*
Une aventure de Jeanne Picquigny : La patience du tigre, Fred Bernard, 2012, Casterman, coll. « Écritures », 501 p., 9782203049000*
Cléo : les aventures d’une jeune femme prétendument ordinaire, Fred Bernard, 2011, Marabout, coll. « Marabulles », 159 p., 9782501073721*
Ursula, vers l’amour et au-delà, Fred Bernard, 2011, Delcourt, coll. « Mirages », 165 p., 9782756024257*
L’homme bonsaï, Fred Bernard, 2009, Delcourt, coll. « Mirages », 121 p., 9782756017747*
Lily Love Peacock, Fred Bernard, 2006, Casterman, coll. « Écritures », 274 p., 9782203396326*
 
 
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