Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invitée littérature jeunesse pour novembre : Charlotte Gingras.

Comment êtes-vous devenu lectrice ?

En ce temps-là, il n’y avait pas de télé, pas de jeux vidéo, juste la radio et beaucoup de temps vide. C’est dans ce temps vide qu’est apparue la lecture et sa magie.

Enfant, que lisiez-vous ?

La Comtesse de Ségur, bien sûr ! J’ai reçu à Noël Les petites filles modèles, Le général Dourakine…  J’ai relu ces histoires des dizaines de fois, il y avait si peu de livres pour les enfants ! Plus tard, au début de l’adolescence, j’ai découvert les aventures de Bob Morane et surtout celles de cette chère Sylvie, hôtesse de l’air, et de son bel amoureux le pilote Philippe Gambier. Presque en même temps, j’ai trouvé dans la bibliothèque familiale Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy. Je l’ai dévoré. J’ai encore mon exemplaire.

Ophélie a reçu le Prix Alvine-Bélisle et le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal en 2009

Quel genre de lectrice êtes-vous ?

Erratique. Boulimique. Paresseuse. Infidèle. Des romans, des romans, des romans. Je bouquine, je choisis parfois au hasard, je ne finis pas tous les livres, et quand je découvre un auteur qui m’allume, j’essaie de lire toute son œuvre. Ensuite je l’oublie et passe à quelqu’un d’autre. Sauf…

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

bigarrée

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

J’achève le dernier roman de Jacques Poulin, L’homme de la Saskatchewan. Ses livres ne contiennent pas beaucoup de pages et si on ne fait pas attention, on les traverse trop rapidement. Alors, au lit, avant de dormir, je ne lis qu’un chapitre en mangeant trois Petit Lu. Ça fait des miettes sur les draps. Des fois, je lis deux chapitres.

Comment vous exprimeriez-vous si vous n’étiez pas auteur ?

Au bord du grand fleuve, je ferais des installations éphémères avec des pierres, du bois de marée, des algues, des coquillages ou des objets trouvés. Je les laisserais partir avec la marée. Juste avant, je ferais une photographie que je garderais précieusement.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Une aventure dont je ne connais pas la destination. Prête pas prête, j’y vais.

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

Quand j’écrivais Guerres, mon dernier roman, le silence m’accompagnait. Sur ma table de travail, j’avais, comme toujours, un crayon-feutre noir indélébile, à pointe très fine. J’avais aussi, à ma gauche, l’album Chien Bleu, écrit et illustré par Nadja.

Avez-vous un lieu privilégié pour écrire ?

Ma cabane sur le bord du fleuve.

De quelle manière jouez-vous avec la langue à travers votre écriture ?

Je cherche la petite musique des mots. Des fois, elle est au rendez-vous. Parfois non. J’attends.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

Quelques thèmes m’habitent. La fragile construction de l’identité, la quête de l’autre, la solitude…

Quelle serait la première phrase d’un roman à écrire ?

Je marche.

Quelle serait la dernière phrase d’un roman à écrire ?

Je marche toujours.

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Un regard de tendresse.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

J’aime tous mes enfants.

Quelle importance donnez-vous à l’aspect matériel de vos livres ?

Lorsque je reçois la boîte de carton contenant mes exemplaires d’auteur, je prends le livre du dessus dans mes mains. Je le flatte. Je respire son parfum d’encre. Je suis étonnée et ravie d’y voir mon nom. Je le lis d’une couverture à l’autre en me demandant : « J’ai écrit ça ? Moi ? C’est bien moi ? »

Avez-vous un votre projet d’écriture en cours ?

J’attends la petite musique. Elle tarde à venir. Si par hasard vous la croisez, dites-lui qu’elle me manque… Mais, pour dire la vérité, je ne suis pas prête et j’hésite à sauter dans le vide.

Quel livre offririez-vous à un enfant ?

Ça dépend de l’enfant. Alors, pour ne pas me tromper, je lui offrirais la Grande Bibliothèque.

Quel livre pour la jeunesse offririez-vous à un adulte ?

Un livre qui dit : « Je suis là pour te protéger »

Qu’est-ce qui vous anime dans le fait d’écrire pour le jeune public ?

J’aime écrire des romans d’apprentissage, des romans qui parlent de quête de soi, ou qui reposent des questions non résolues.

Que dites-vous à un enfant qui désire être écrivain ?

Travaille fort. Apprends la grammaire, même si cela t’ennuie. Lis beaucoup, beaucoup, Voyage, écoute les histoires des autres. Sois fier de ta langue.

Selon vous, pourquoi avons-nous besoin des livres pour enfants ?

Parce que les enfants sont souvent seuls. Le livre est un ami. Et parfois un guide.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?

Tous les héros de mes romans, je les serrerais contre mon cœur et je leur dirais combien je suis fière d’eux. Combien je les trouve courageux.

Si vous étiez un personnage du conte Le petit chaperon rouge, seriez-vous la fillette, la grand-mère, le loup ou le chasseur ?

Le chasseur. Pour sauver l’enfant.

Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

Les chats, les chiens, les tout-petits.

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

Faire le ménage.

Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?

Comment boucler mes fins de mois.

Outre la littérature, quelle forme d’expression vous intéresse ?

La photographie.

Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?

Une philosophe, Hannah Arendt, a dit, en parlant des jeunes : « Si nous ne leur transmettons pas le monde, ils le détruiront. »

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Bibliographie sélective

 

Pour commander Ophélie, Charlotte Gingras, ill. de Daniel Sylvestre, 264 p., 9782890219571.
Pour commander Guerres, Charlotte Gingras, La courte échelle, 160 p., 9782896518142.
Pour commander La boîte à bonheur, Charlotte Gingras, ill. de Stéphane Jorisch, La courte échelle, coll. « Mon roman – Intimiste », 62 p., 9782890216686.
Pour commander La disparition, Charlotte Gingras, La courte échelle, coll. « Ado+ », 159 p., 9782890218536.
Pour commander La fille de la forêt, Charlotte Gingras, La courte échelle, coll. « Ado », 9782890218246.
Pour commander Entre chien et loup, Charlotte Gingras, photogr. de Robert Desrosiers, La courte échelle, 32 p., 9782890217430.