Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invitée : Catherine Harton.

Comment êtes-vous devenue lectrice ?

Petite, je passais des après-midi entiers à la librairie familiale. Ma grand-mère est une grande lectrice, elle m’offrait immanquablement des bouquins à mes anniversaires, à Noël, etc.

Enfant, que lisiez-vous ?

Presque exclusivement des documentaires, beaucoup de livres sur les mammifères marins, l’Égypte ancienne, les plantes.

Avez-vous une méthode de classement ?

C’est tout récent. Je m’efforce à classer les bouquins par titre / auteur / catégorie. Mais comme j’en achète régulièrement le classement est rarement au beau fixe.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Un livre de Marcus Malte : Mon frère est parti ce matin…, Les chasseurs de Claire Messud, et je relis régulièrement un livre de Jocelyne Ollivier-Henry sur les Inuits du Nord-Est groenlandais.

Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?

Les romans policiers vraiment gore où le style est relégué au second plan.

Quelle a été votre plus belle rencontre littéraire (avec un livre, un auteur, un lecteur ou autre) ?

Si mon souvenir est bon c’est en lisant Kafka que j’ai eu une véritable commotion. C’est ce qui m’a ouvert à la littérature. Par la suite, en poésie il y a eu Nelligan, Baudelaire, Celan

Pourquoi êtes-vous auteure ?

Tout simplement parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne pourrais jamais exprimer en peinture.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

C’est nécessaire, vital. Si je ne suis pas en mode création, je déprime.

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

Beaucoup de classique : Penderecki, Stravinsky, Ligeti. Autrement, j’écoute des trucs plus trash comme Converge. La musique est essentielle en période de création.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Oui, j’ai un petit atelier chez moi, j’ai aussi un bureau de travail.

Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ?

Pour le livre sur Bacon, j’ai lu tout ce que j’ai pu pendant six mois, je ne lisais que sur Bacon, le but étant d’absorber le plus de matière possible, tout en prenant des notes. J’ai pris une centaine de pages de notes avant de travailler sur le livre.

Quels auteurs appréciez-vous pour leur démarche créatrice ?

Je ne peux pas parler de démarche créatrice, mais chaque livre de Makine me bouleverse. C’est ce bouleversement que je recherche principalement en lisant.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

Mon dernier. J’ai réussi (je crois) à sortir de ma zone de confort.

Avez-vous des projets en cours ?

Oui, un recueil de nouvelles dont l’action se déroule entièrement au Groenland.

 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?

En ce qui concerne le livre directement : la lecture en cadeau (+). Chaque année j’en suis responsable à la librairie où je travaille. Et le livre à prix unique (+), bien entendu…

Le questionnaire d’auteur… en prolongation !

Parallèlement à la poésie, vous êtes aussi artiste peintre. La peinture et la poésie sont-elles pour vous deux branches d’une même démarche artistique, ou au contraire tendez-vous à les distinguer ?

Ma poésie et ma peinture ne se ressemblent pas beaucoup. La façon de procéder est bien différente. Bien que ma peinture soit abstraite, elle se rapproche beaucoup de certains phénomènes naturels : tempêtes, glissements de terrain, tornades, tandis que ma poésie est beaucoup plus axée sur la psyché et le rapport au corps.

Votre nouveau recueil, Francis Bacon apôtre, porte sur le peintre anglais Francis Bacon. Qu’est-ce qui chez lui vous a tant fascinée pour que vous lui consacriez un recueil ?

Bacon a quelque chose de très théâtral dans sa peinture, quelque chose d’absolument dérangeant dans sa façon de nous interpeller. On ne sait jamais si on doit sourire ou être complètement défait devant ses tableaux. Il est selon moi le parfait peintre de son époque, sa peinture est le reflet d’une société malade et nous sommes des spectateurs obligés. Il réussit à nous placer dans le tableau, on finit par en faire partie un peu malgré soi.

Nos remerciements à Catherine Harton d’avoir répondu à nos questions ! Celle-ci est une habituée de la Librairie Monet, elle qui a déjà exposé ses œuvres à l’aire libre et qui est venue lire des extraits de Monomanies le 11 mai dernier à la librairie. On peut voir (et entendre !) des extraits de cette soirée de poésie en cliquant ici. Catherine Lalonde, Jean-François Poupart, Yolande Villemaire et Jean-Marc Desgent sont les autres poètes ayant pris part à cette soirée. Le Délivré a déjà publié un extrait de Francis Bacon apôtre, qu’on peut lire ici.

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Bibliographie :
Petite fille brochée au ciel, 2008, Poètes de brousse, 67 p., 9782923338231*
Monomanies, 2010, Poètes de brousse, 72 p., 9782923338354*
Francis Bacon apôtre, 2012, Poètes de brousse, 71 p., 9782923338569*

 

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