Toujours inspirée par le printemps mais ayant déjà largement couvert le thème des jardins, j’ai eu envie de quelque chose qui me permettrait de butiner un peu à gauche et à droite… C’est là que j’ai pensé aux imagiers ! Peut-être vous ai-je perdu avec mon histoire du butinage, mais je m’explique : j’aime bien les livres qui me permettent de grappiller à mon aise et de n’avoir aucune contrainte. Comme les documentaires dont j’ai déjà parlé, les imagiers permettent eux aussi de passer d’une page à une autre, d’en sauter quelques-unes, de revenir en arrière ou carrément de commencer par la fin si c’est notre souhait.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous dois tout de même une petite confession : jusqu’à tout dernièrement, les imagiers faisaient partie des livres que je trouvais trop « pédagogiques » et, ma foi, trop ennuyeux. Une page, une illustration, un mot ; ouf ! Rien là de bien emballant. Mais il y a quelques semaines, au hasard d’une tablette, je suis tombée sur un imagier que j’ai tout de suite eu envie de qualifier de « bordélique », qui m’a emballée et, accessoirement, réconciliée avec le genre. Sur ce, ni une, ni deux, et direction section « imagier » pour voir si d’autres bijoux s’y cachaient. Et alors ? Eh bien, oui, j’ai trouvé de petits et de grands trésors qui valent le coup qu’on s’y arrête.

À tout seigneur, tout honneur, je ne peux que commencer par celui qui a éveillé mon intérêt : Ça, je connais ! Quel bonheur ce fut d’ouvrir au hasard ce grand imagier tout-carton et d’y voir un rouleau de papier hygiénique déroulé sur deux pages, et entouré de tous les objets communs de la salle de bain éparpillés ça et là, comme sortis d’un grand sac surprise. J’ai tout de suite aimé le petit côté désordonné de ce livre ! Chacune de ses doubles pages a son thème (nourriture, vêtements, jouets, etc.) et présente les objets pêle-mêle. En prime, un page avec un « NON » retentissant pour accompagner les objets déconseillés aux petits lecteurs, comme les allumettes, les couteaux, les bougies, etc. De plus, le trait grossier et les couleurs vives attireront l’œil des petits…

Mon second imagier tout-carton est à la fois près et loin du précédent. Ici aussi, chaque page a son thème et trouve les objets dispersés ça et là, avec en plus de petits personnages des plus attachants qui s’adonnent à toutes sortes d’activités. Là où Le grand imagier des petits de Ole Könnecke est différent, c’est dans l’atmosphère qu’il dégage : tout respire la tendresse, la douceur et la tranquillité. Les traits sont fins et précis, les couleurs douces sur fond blanc et les petits personnages tout à fait mignons. De plus, plusieurs pages recèlent une petite saynète qui ajoute au dynamisme et à l’intérêt de ce livre ; on croit y voir la prémisse d’une histoire… Par exemple, dans la page de la chambre à coucher, on peut voir autour du lit du petit éléphant qui dort d’autres petits éléphants qui font du boucan. Mes préférées : la page des moyens de transport, où l’on peut observer le passage du temps avec un pélican qui circule d’abord en landau, puis en poussette, trottinette, moto, voiture, etc., jusqu’à la chaise roulante ; et la page des chiffres, où ces derniers sont illustrés avec les petits personnages qui se suivent à la queue-leu-leu tout en faisant chacun sa petite affaire. C’est définitivement un incontournable !

Troisième et dernier tout-carton : Devant ma maison de Marianne Dubuc. Celui-ci a quelques  particularités qui le distinguent des autres. D’abord son format est beaucoup plus près du format habituel des tout-carton que les précédents ; il tiendra très bien dans les mains des petits. Ensuite, il présente un objet ou un personnage par page. Enfin, ce qui est fort appréciable, une trame narrative lie tous ces objets. Cette dernière joue avec les concepts liés à l’organisation spatiale (devant, derrière, dessous, dessus, etc.), nous fait voyager à travers une foule de lieux et marque également le passage du temps. Un imagier tout à fait original.

J’ai craqué pour la bouille toute mignonne de Petit Lapin Blanc qui est la principale vedette de son imagier. Petit à petit, Petit Lapin Blanc nous présente son univers. L’ensemble est divisé en cinq grandes sections : Dans ma maison, Dehors, Mes activités, C’est la fête et Les quatre saisons. La page de droite met en scène le petit héros, alors que celle de gauche isole quatre objets en lien avec le thème développé. Chaque section se termine par une double page qui s’intitule « Ce que je fais dans ma maison, ce que je fais dehors » et « Le jeu des 3 différences », où les petits pourront mettre à l’épreuve leur sens de l’observation.

C’est mon imagier, publié par Escabelle, me plaît aussi beaucoup. Il s’ouvre sur une citation d’Edmond Rostand  à propos du jour qui se lève. Viennent ensuite toute les étapes de la journée telles que vécues par les petits. Ainsi, sont présentés le petit déjeuner, le moment de s’habiller, la sortie au parc, les courses, jusqu’à l’histoire qui précède le dodo. Au niveau visuel, les créateurs ont fait dans l’originalité en présentant tantôt un objet en gros plan, tantôt plusieurs et tantôt des personnages d’enfants mis en scène dans leur quotidien, ce qui vient contrer l’effet souvent statique et redondant de certains imagiers. De plus, l’intégration de figures vient compléter tout ; on retrouve par exemple « Avoir une idée » ou « Faire les fous ». Enfin, le format, la qualité du papier, la couverture cartonnée et les coins arrondis en font un objet intéressant pour la bibliothèque des bambins curieux.

C’est quoi… ça ? est unique en son genre. Comme plusieurs imagiers, il est divisé en sections ; dans son cas, trois : Ma famille, Ma maison et Dehors. Son petit côté spécial lui vient du fait qu’il est illustré avec des photographies, principalement en noir et blanc, venant des quatre coins du monde et mettant en scène des enfants de tous les horizons. Comme les photos sont de formats différents, la mise en page est dynamique et aucune page ne ressemble à la précédente. C’est une occasion magnifique pour les petits de prendre conscience de toute la diversité du monde qui les entoure.

Quant à Pittau et Gervais, ils nous présentent un imagier grand format où chaque objet présenté est en gros plan sur fond blanc et occupe la totalité de la page. Outre le fait d’y voir des objets qui font partie de son quotidien, le lecteur pourra aussi se familiariser avec les couleurs qui sont à l’origine des sections de cet imagier. Simplement intitulé Imagier, c’est son format mais surtout ses illustrations qui font l’intérêt de ce livre. Comme toujours, le duo de créateurs s’en donne à cœur joie : au premier coup d’œil, on pense avoir affaire à des illustrations réalistes, de par la précision du trait, la forme, les textures et les dégradés de couleurs, mais tout ça contraste avec la taille des objets, totalement surréaliste ! La mandarine est beaucoup plus grosse que le renard, le coquillage aussi gros que le flamand rose, le castor aussi petit qu’un peigne ; vous voyez le genre. À parier que les petits le remarqueront bien rapidement…

Zoo logique de Joëlle Jolivet est également un spécimen fort intéressant. Cet imagier géant présente des planches qui ne sont pas sans rappeler celles des naturalistes du 17e siècle : sur fond de couleur crème, des animaux pêle-mêle occupent tout l’espace et sont identifiés par leur nom en tout petits caractères. Chaque double page a sa catégorie, dont quelques-unes sont assez originales : Dans les arbres, Sous la terre, Noirs et blancs, À taches et à rayures, et ma favorite, Sur le sable, au fond de l’eau. Enfin, les deux dernières pages reprennent les noms de tous les animaux des pages précédentes, accompagnés de quelques informations à leur sujet. Un imagier à travers lequel il faut passer et repasser pour en apprécier tous les détails.

Complètement à l’opposé du précédent, L’imagier de Haydé est minuscule et minimaliste. À gauche, une page couleur contenant le nom de l’objet présenté à droite sur fond blanc. Ici, pas de détails, mais simplement des animaux à la bouille sympathique et rigolote. De plus, les enfants seront heureux de retrouver régulièrement la petite souris qui vient en aide à l’auteure lorsqu’elle veut présenter un objet. Ainsi, on la retrouve tenant un piment, un crayon ou une fleur. Pour ma part, je suis tombée sous le charme du petit lézard et de l’extra-terrestre, tout simplement craquants !

Enfin, je triche un peu pour le dernier, mais je ne pouvais absolument pas parler d’imagier sans y faire référence. Mon imagier à colorier d’Émile Jadoul est parfait pour s’adonner à l’activité zen qu’est le coloriage. Vous y trouverez de tout : des animaux, des jouets, de la nourriture, des objets du quotidien et de petits personnages attachants. De plus, les dernières pages sont faites de quatre cartes détachables présentant une illustration au recto et une lettre au verso, soit un petit jeu de cartes-alphabet. Des crayons de couleur et de jolis dessins : un pur bonheur pour les journées de pluie estivale.

Voilà pour les imagiers qui sont, comme les documentaires, sous-exploités. On les réserve en général aux tout-petits dans l’espoir d’enrichir leur vocabulaire, mais ils peuvent être bien plus que ça : l’éveil de l’imaginaire, le point de départ d’une histoire, la découverte des concepts, des autres, du monde, des créateurs et de leur univers, et bien sûr, un bon moment à partager…

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Ça, je connais !, Moni Port, Bayard jeunesse, 24 p.
Le grand imagier des petits, Ole Könnecke, L’école des loisirs, 20 p.
Devant ma maison, Marianne Dubuc, La courte échelle, 120 p.
Petit lapin blanc : Mon imagier, Marie-France Floury, Gautier-Languereau, 134 p.
C’est mon imagier, Cynthia Lacroix et Séverine Cordier, Escabelle, 176 p.
C’est quoi… ça ?, Marie Houblon, Tourbillon, 256 p.
Imagier, Pittau et Gervais, Gallimard jeunesse, 128 p.
Zoo logique, Joëlle Jolivet, Seuil jeunesse, 33 p.
L’imagier de Haydé, Haydé Ardalan, La joie de lire, 32 p.
Mon imagier à colorier, Émile Jadoul, Casterman, 80 p.