24,95 $

Éditions Boréal, 232 pages.
Genre littérature québécoise/canadienne
Suggéré par Benoit D. le 24 septembre 2010

Commentaire de Benoit D.

Voilà un bouquin qui avait toutes les chances de se décliner comme une longue suite de litanies - marques, people - qui l'aurait tout de suite inscrit dans cette sous-littérature produite par tous ces émules des Ellis/Houellebecq/Beigbeder & co. (qui eux-mêmes, ne commettent pas que des chefs-d'œuvre... Y a t-il vraiment des gens qui ont envie de se retaper L'égoïste romantique du sieur Frédéric ?) Heureusement, Nicolas Langelier se tient au bord de ce précipice sans jamais succomber aux clichés qui risquent de rendre cette littérature obsédée par la modernité et l'autoréférence bientôt obsolète. (Beigbeder, lui-même devenu personnage dans le dernier roman de Michel Houellebecq, réagit dans les médias, congratule Houellebecq dans Lire alors que son ami Michel lui écrit à son tour un élogieux avant-propos de la version poche de son dernier roman autobiographique...)

Langelier a choisi d'évoquer plutôt que de nommer cette hypermodernité qui s'attache pour se détacher aussitôt de tous ces groupes pop suédois, actrices de cinéma et autres célébrités, ce qui lui évite de fixer son récit dans un moment passager (la célébrité de l'un ou de l'autre) pour tenter d'embrasser l'époque. Ce qui est probablement judicieux vu que les quinze minutes de célébrité médiatique promises par Andy Warhol dureront sans doute encore moins longtemps pour la génération Twitter... (Les analyses des chansons pop de l'American Psycho de Ellis seront-elles encore signifiantes pour ceux qui ignorent tout de l'œuvre immortelle de Huey Lewis & The News ? - Huey qui ?) Langelier dépasse ainsi ce qui ne pourrait être qu'une ixième et anecdotique Vie des gens hips et branchés pour plonger dans le vif du sujet : le vide, la disparition du présent, ou pour le dire comme l'écrivain Claro : « Le monde n'est pas en train de disparaître : c'est la disparition qui est devenue notre monde. »

Utilisant le ton d'un livre de croissance personnelle (tout est écrit à la deuxième personne du pluriel alors que, bien évidemment, c'est de l'auteur qu'il s'agit) et usant d'un humour qu'on avait déjà goûté dans ses chroniques de La Presse*, Langelier raconte la vie d'un hipster lassé de courir après la nouveauté à tout prix. S'il dit apprécier la littérature américaine, notamment les écrivains David Foster Wallace et Jonathan Franzen, le décalage que Langelier crée dans son texte en usant du vous rappelle plutôt certaines nouvelles de Lorrie Moore (Des histoires pour rien), une sorte de faux détachement duquel jaillit parfois une émotion qu'on n'attendait pas, peut-être à cause du versant essai qui module le déroulement du récit. La seule petite réserve qu'on pourrait d'ailleurs émettre à cet égard est qu'en arrivant en fin de parcours, comme dans un « vrai » roman, on a moins envie de s'éloigner du narrateur-personnage pour écouter les propos (malgré tout intéressants) d'un professeur de philosophie. Mais au final, cette audacieuse hybridation roman/essai est suffisamment riche et originale pour nous tenir « scotché » jusqu'à la dernière page.

* Dix milles choses qui sont vraies, regroupées en un volume aux éditions Les 400 coups 


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