13,95 $

Éditions Les 400 coups, 72 pages.
Genre BD québécoise
Suggéré par Eric B. le 11 mai 2010

Commentaire de Eric B.

Les étudiants d'un cours universitaire en création littéraire doivent se mettre par équipes pour réaliser des œuvres collectives. Hasard ou destin : Fabien, Oli, Steph, Isa et Ariane, la narratrice, se retrouvent ensemble en quête de l'idée géniale, où le groupe doit littéralement devenir « un organisme vivant ». Toutes leurs cogitations et oppositions concrétiseront peu à peu ce concept du Suicide de la Déesse : l'Homme étant un animal naturel au même titre que tous les autres, sa pollution le devient elle aussi ; la pollution est donc « un produit de la nature », et « la destruction de la nature par l'Homme un processus naturel. » Mère Nature, la déesse primordiale, aurait donc créé l'Homme le but de s'autodétruire, celui-ci devenant « l'instrument du suicide de la Déesse » !

Sauf que de projet littéraire astucieux, cette entreprise qu'on croyait définitivement enterrée ressurgira des années plus tard sous la forme nouvelle d'une inquiétante secte suicidiste cherchant à accélérer le processus fatal au nom de la Déesse. Se rendant compte que la fiction à laquelle elle a participé est maintenant devenue réalité, Ariane (un prénom n'ayant évidemment rien d'innocent) retourne rencontrer les acteurs du passé pour remonter le fil des événements et la source de la fuite ayant enclenché l'horreur. Mais qu'y a-t-il au bout du chemin ?

Simon Labelle nous livre une prenante fable d'anticipation, dans un contexte réaliste fait de personnages vivants, loin des stéréotypes. Le processus créatif des étudiants et les enjeux de la vie universitaire y sont présentés avec crédibilité, et la réflexion écologique dépasse le prêchi-prêcha primaire pour atteindre une véritable dimension éthique.

Et force est de constater que Simon Labelle nous propose également un style éminemment personnel avec ce système de dessin vectoriel noir et blanc fort abouti, qui propose une belle synthèse entre réalisme et expressionnisme, une parfaite maîtrise du contraste, un brillant équilibre entre l'utilisation de la ligne et de la forme.

Seul bémol : un travail de couverture qui nuit considérablement à l'objet ; pourquoi avoir joué d'un ignoble dégradé sur un dessin fondamentalement conçu en aplats ? Un mystère que ne font qu'appesantir quelques couleurs à l'harmonie disgracieuse ainsi qu'un titre dont l'esthétique typographique aurait dû rester en 1992...

Quelle surprise que ce Suicide de la Déesse, qui nous rappelle à quel point Enki Bilal a cruellement besoin d'un scénariste !


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