Depuis la naissance de la littérature, il y a des genres qui sont discriminés et considérés comme de la paralittérature. Que ce soit le roman-feuilleton ou le roman Harlequin, à chaque époque son mouton noir, son genre littéraire méprisé et dédaigné. Le XXIe siècle n’y fait pas exception.

Vers les années 2000, un nouveau genre a gagné en popularité sur les rayons des librairies. Timide d’abord, il a connu une ascension phénoménale en quelques années pour se tailler une place de choix parmi les best-sellers. Peut-être avez-vous déjà entendu le terme chick-lit ? Ce terme anglais associe « chick », qui vient de poulet, mais qui ici évoque la femme en tant que « poulette » et « Lit », abréviation de literature. Ce sont des romans structurés et narrés habituellement à la manière du journal intime, où sont abordés des thèmes comme l’amour, l’amitié, la famille et le travail. Les femmes qui s’y retrouvent sont jeunes, citadines, moyennement cultivées et pourtant, elles ne sont pas dépourvues d’intelligence. Elles personnifient et racontent l’aspect superficiel de la femme du XXIe siècle, qui se perçoit et se sait analysée et jugée selon son apparence, ses relations, son statut social.

Les reproches sont nombreux à pleuvoir sur la chick-lit, et plusieurs sont justifiés. Oui, les histoires sont souvent prévisibles, et on n’y aborde pas de grandes questions existentielles. Par contre, c’est un outil agréable à utiliser pour prendre l’habitude et le goût de lire. C’est accessible, c’est léger et c’est rassurant.

Lecteur assidu ou débutant, laissez-moi vous faire quelques recommandations de romans chick-lit qui pourraient vous faire apprécier ce mouton noir de la littérature.

Le journal de Bridget Jones et L’âge de raison

Écrits par Helen Fielding et publiés dans les années 1990, Le journal de Bridget Jones et la suite de ses aventures, L’âge de raison, sont souvent désignés comme étant parmi les premiers romans de chick-lit. On y retrouve Bridget Jones, une trentenaire londonienne préoccupée par son poids, l’amour, son emploi, et la quantité de vin et de cigarettes qu’elle consomme. Entourée d’une famille incongrue et d’amies aussi déjantées qu’elle, Bridget nous livre son quotidien et ses pensées sous la forme d’un journal intime. Grande littérature ou pas, les deux romans de Fielding sont hilarants, attachants, et une fois la dernière page lue, Bridget nous manque déjà.

La série de L’Accro du shopping et Les petits secrets d’Emma

Madeleine Wickam, mieux connue sous le nom de Sophie Kinsella, a créé une des icônes de la chick-lit. Becky Bloomwood, une jeune britannique de vingt-cinq ans, est chroniqueuse dans un journal et prodigue des conseils sur la sécurité financière. Mais comme le cordonnier qui est souvent mal chaussé, Becky est une accro du shopping qui ne peut suivre la plus simple des recommandations qu’elle fait à ses lecteurs. Lors de la lecture des six romans la concernant, elle nous entraîne dans sa rencontre, son mariage, et sa vie d’épouse et de mère avec Luke Brandon, sa découverte d’une sœur illégitime, les dettes qu’elle accumule et des milliers de trucs de mode. Les personnages sont adorables, les rebondissements sont multiples et improbables, mais on rigole bien, c’est indéniable.

Les petits secrets d’Emma sont simples : Emma ne sait pas si elle a un point G, ment sur la taille de ses sous-vêtements, et son petit ami croit qu’elle adore le jazz alors que ce n’est pas le cas. Rien de bien méchant, n’est-ce pas ? Alors qu’elle fait un voyage en avion, Emma croit son heure arrivée quand quelques secousses font trembler l’appareil. Prise de panique et incapable de se retenir, elle se met à vomir tous ses secrets à son voisin, certaine qu’elle mourra et que ça n’a aucune importance. Mais, bien sûr, l’avion se rend à destination. Et lorsque le fondateur de la compagnie qui l’emploie vient faire une visite à son bureau, Emma panique. Son voisin inconnu a maintenant un nom et un visage, et il sait tout d’elle… Les petits secrets d’Emma, c’est la chick-lit à son meilleur : de l’humour, des situations improbables… et un divertissement assuré.

Soutien-gorge rose et veston noir

Si la chick-lit québécoise n’est pas très répandue, elle n’est pas impossible à trouver. En 2004, Rafaële Germain publie Soutien-gorge rose et veston noir, qui raconte l’histoire d’un trio d’amis, Chloé, Antoine et Juliette, éternels célibataires qui n’ont pas envie de se ranger. Un beau jour, Chloé décide qu’elle a envie de vivre une histoire d’amour malgré tous ses discours passés, et advienne que pourra ! Contrairement aux héroïnes anglaises ou américaines des livres du même genre, Chloé n’est pas centrée sur son apparence, et on abandonne ici le décor des magasins pour un atelier d’art. Malgré cela, ce roman poursuit la tradition de la chick-lit avec un accent québécois, et c’est agréable de retrouver des personnages qui possèdent les mêmes références culturelles que nous. Est-ce que c’est plus profond que la chick-lit étrangère ? Non. Est-ce que ça fait rêver au prince charmant en nous divertissant ? Oui. À lire de préférence en vacances, les fesses dans le sable et la tête dans les nuages. L’auteure a également publié deux autres romans du même genre, Gin-tonic et concombre, et Volte-face et malaises (qui est encore chaud dans nos rayons !)

Je terminerai en vous donnant un conseil : la prochaine fois que vous serez triste, que tous les amis seront sortis, quand le lecteur DVD sera brisé et que même le chocolat ne vous fera plus d’effet, courez chercher un de ces titres. Vous n’apprendrez rien, vous n’aurez pas à vous concentrer, mais s’il y a une chose qui est certaine, c’est que, une fois votre lecture terminée, votre moral aura remonté en flèche ! Après tout, qui a dit que les livres, c’était toujours sérieux ?

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Le journal de Bridget Jones, Helen Fielding, 2000, J’ai lu, 342 p., 9782290300398*
L’âge de raison, Helen Fielding, 2004, J’ai lu, 404 p., 9782290316214*
Les petits secrets d’Emma, Sophie Kinsella, 2008, Pocket, 381 p., 9782266156790*
Confessions d’une accro du shopping, Sophie Kinsella, 2006, Pocket, 366 p., 9782266162265*
L’Accro du shopping à Manhattan, Sophie Kinsella, 2006, Pocket, 422 p., 9782266162272*
L’Accro du shopping dit oui, Sophie Kinsella, 2006, Pocket, 471 p., 9782266144711*
L’Accro du shopping a une sœur, Sophie Kinsella, 2007, Pocket, 386 p., 9782266170819*
L’Accro du shopping attend un bébé, Sophie Kinsella, 2009, Pocket, 406 p., 9782266191364*
Mini-accro du shopping, Sophie Kinsella, 2011, Belfond, coll. « Mille comédies », 462 p., 9782714449658*
Soutien-gorge rose et veston noir, Rafaële Germain, 2004, Libre Expression, 453 p., 9782764801437*
Volte-face et malaises, Rafaële Germain, 2012, Libre Expression, 528 p., 9782764805190*

 

Aussi :
Le diable s’habille en Prada, Lauren Weisberger, 2005, Pocket, 506 p., 9782266150149*
 
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