Publicité de Coca-Cola de 1931

Publicité de Coca-Cola de 1931

Peut-être êtes-vous de ceux et celles qui croyez que l’image du Père Noël avec sa grosse barbe blanche et son chaud manteau rouge nous est due à l’imagination débordante de la compagnie Coca-Cola. Si c’est le cas, vous avez tout faux ! Coca-Cola a certes largement contribué à consolider l’image du Père Noël telle que nous la connaissons aujourd’hui par une ingénieuse campagne de publicité lancée en 1931, mais la cristallisation de la figure du plus illustre résident du pôle Nord est plutôt le fruit d’une longue évolution…

Tout comme le sont d’ailleurs les célébrations entourant la fête de la Nativité, ce que nous rappellent certains ouvrages parus sur la question. Avant de se fixer au 25 décembre et de devenir dans nos sociétés chrétiennes la journée où l’on souligne la naissance du Christ, cette date s’inscrivait dans cette période où l’on avait coutume de célébrer le solstice d’hiver. Fête païenne, elle se déclinait sous diverses formes selon les sociétés. Ce n’est que graduellement, avec l’expansion du christianisme et la volonté de christianiser les fêtes païennes et d’historiciser la figure de Jésus, qu’on en vint à fixer la Nativité au 25 décembre.

On sait par exemple qu’à partir du règne de l’empereur romain Aurélien, cette journée marquait l’anniversaire du Sol Invictus, divinité de la Rome antique, et de la renaissance annuelle de Mithra, la déesse iranienne dont le culte avait été adopté par la culture romaine depuis le premier siècle. Célébration importante de l’empire romain, c’est donc par convention qu’on décida, quelque part au courant du IVe siècle, de fixer la naissance de Jésus à cette date. La tradition catholique veut ainsi que ce soit le pape Libère qui aurait officiellement institué la fête de Noël le 25 décembre, à Rome, en 354.

S’étant depuis répandu partout en Occident, la tradition de Noël n’en a pas moins connu de multiples avatars au fil des siècles, se teintant progressivement des traditions locales propres à chaque société. Si bien qu’aujourd’hui, chez nous – vous l’aurez remarqué ! -, son caractère religieux a largement cédé le pas pour prendre l’aspect d’une fête profane populaire. La notion du don a toutefois toujours été une pièce maîtresse des réjouissances entourant cette période de l’année.

Pour prendre acte des multiples transformations et déclinaisons de la fête de Noël, on lira avec intérêt un ouvrage de Martyne Perrot, paru chez Cavalier bleu : Faut-il croire au Père Noël ? : Idées reçues sur Noël. Dans cet ouvrage, l’auteure nous présente les origines de la fête de Noël et en retrace l’histoire. Elle se penche aussi sur la figure mythique du Père Noël et sur la manière dont cette fête religieuse s’est muée en fête profane et familiale. Une attention particulière est aussi portée aux aspects traditionnels et symboliques que constituent les cadeaux et la décoration des sapins. En fait, le livre reprend quelques-unes des observations et réflexions que l’auteure avait présentées dans un précédent ouvrage, Ethnologie de Noël : Une fête paradoxale, publié chez Grasset.

Toujours dans cette perspective d’avoir un aperçu des diverses formes qu’ont pu prendre les célébrations de la période de Noël, on pourra lire La nativité et le temps de Noël : Antiquité et Moyen Âge, coordonné par Jean-Paul Boyer et Gilles Dorival. Pour un regard sur une plus longue durée, avec un accent mis sur la France, on lira Le livre de Noël : Fêtes et traditions de l’Avent à la chandeleur de Nadine Cretin. Finalement, pour une perspective plus mondiale, on lira l’ouvrage de Sophie Lounguine, Fêtes de Noël et nouvel an autour du monde : Histoires, coutumes, recettes, rites et traditions, chez Horay.

Tout comme la fête de Noël, le personnage du Père Noël a lui aussi fait l’objet d’une longue évolution, à la fois dans sa représentation et sa symbolique. Celui que l’on appelle Santa Claus chez nos voisins – une déformation du néerlandais Sinter Klaas – tire son origine de la figure de Saint Nicolas, qui se rapporte à la personne de Nicolas de Myre, personnage qui vécut au IVe siècle au sud de la Turquie actuelle, près d’Antalya. Au tournant du Moyen Âge, la tradition le présente comme le saint protecteur des tout-petits. Petit à petit, sous l’inspiration de multiples personnages mythologiques et légendaires, le Père Noël prendra graduellement le rôle qu’on lui connaît aujourd’hui.

Sur le plan iconographique, c’est au cours du XIXe siècle que la représentation qui le distingue désormais se cristallise. À ce titre, le trait de quelques dessinateurs eut une influence indéniable ;  c’est Thomas Nast, l’un des plus connus, qui pendant une trentaine d’années personnifia le Père Noël en lui accolant les traits qu’on lui connaît aujourd’hui. On dit aussi que c’est lui qui, par un dessin paru en 1885, fixa la résidence de l’illustre personnage au pôle Nord. Une idée reprise l’année suivante par l’écrivain George P. Webster, dans un poème où il écrivait que « sa demeure, pendant les longs mois d’été, est cachée dans la glace et la neige du pôle Nord ».

 Dessins de Thomas Nast de 1866

Dessins de Thomas Nast de 1866

Mais c’est véritablement avec l’appropriation du personnage par plusieurs compagnies, via des campagnes publicitaires, que l’image du Père Noël se diffusera au sein de la culture populaire. D’où l’idée que c’est à Coca-Cola que l’on doit la couleur rouge de son accoutrement. Mais comme on peut le constater à travers quelques-unes de ces affiches publicitaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, Coca-Cola fut loin d’être la première entreprise à profiter des charmes du gros barbu pour vendre ses produits. Même qu’on constatera que son hygiène de vie a passablement changé depuis…

Un Père Noël aux habitudes d'une autre époque...

Un Père Noël aux habitudes d’une autre époque…

Au service de Michelin en 1919 et de colgate en 1920

Au service de Michelin en 1919 et de colgate en 1920

Voyageant à bord d'une Oldsmobile en 1905 et adepte des produits Victor en 1908

Voyageant à bord d’une Oldsmobile en 1905 et adepte des produits Victor en 1908

Malheureusement, contrairement à  ce qu’on peut trouver dans la langue de Shakespeare, peu d’ouvrages sont parus dans celle de Molière afin de témoigner de l’évolution qui fut celle du Père Noël dans sa représentation. On pourra cependant en tirer quelques bribes dans l’ouvrage de Jeanne Morana, Père Noël : à la rencontre d’une légende, paru chez Néva.

Finalement, pour ceux et celles qui seraient intéressés par certains aspects culturels et anthropologiques entourant la fête de Noël, on vous invite à lire Histoire(s) des jouets de Noël, de Michel Manson, ou Le Père Noël supplicié, du regretté Claude Lévi-Strauss.

Sur ce, nous vous souhaitons de joyeuses fêtes !

* * *

  1. Faut-il croire au Père Noël ? : Idées reçues sur Noël, Martyne Perrot, Cavalier bleu, coll. « Idées reçues », 155 p.
  2. Ethnologie de Noël : Une fête paradoxale, Martyne Perrot, Grasset, 379 p.
  3. Père Noël : À la rencontre d’une légende, Jeanne Morana, photos de Jean-Claude Tabernier, Néva, coll. « Artisans des villes », 102 p.
  4. La nativité et le temps de Noël : Antiquité et Moyen Âge, Jean-Paul Boyer et Gilles Dorival (éd.), Publications de l’Université de Provence, coll. « Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale », 264 p.
  5. Le livre de Noël : Fêtes et traditions de l’Avent à la chandeleur, Nadine Cretin, Flammarion, 144 p.
  6. Fêtes de Noël et nouvel an autour du monde : Histoires, coutumes, recettes, rites et traditions, Sophie Lounguine, Horay, coll. « Bibliothèque de la famille », 208 p.
  7. Histoire(s) des jouets de Noël, Michel Manson, Téraèdre, coll. « L’anthropologie au coin de la rue », 140 p.
  8. Le Père Noël supplicié, Claude Lévi-Strauss, Sables, 54 p.