Il existe un sujet difficile à aborder : celui de la mort… J’aurais pu utiliser le mot deuil, mais le mot mort est plus exact : plus abrupt, plus difficile, plus soudain. Ce mot a une signification forte qui nous remplit de peur et d’incompréhension. Malgré cela, bon nombre d’albums jeunesses abordent le sujet avec beaucoup de justesse, de sensibilité et de sagesse.

Le deuil par la zoothérapie

Il y a les albums qui choisissent d’incarner leurs personnages par des animaux pour créer une distance sécuritaire.

Ainsi dans Lucie est partie, l’héroïne est une cane du nom de Zelda qui refuse de comprendre que si son amie la tortue est partie, c’est pour toujours. Avec ses mots et ses illustrations tout en douceur, cet album se met à la portée des enfants dès trois ans.

Au revoir, blaireau mérite d’être qualifié de classique. Susan Varley parle admirablement de la vie après la mort, de celle qui a lieu dans le cœur des gens qui sont restés. Ainsi, Blaireau a laissé à tous ses amis de beaux souvenirs, mais également son savoir.

Dans L’ours et le chat sauvage, qui comprendra le chagrin de l’ours si ce n’est une personne qui a déjà surmonté le même drame ? Presque poétique, ce livre touche là où il faut et avec force. Le noir et blanc des illustrations est parfois adouci ingénieusement d’une touche de rose, touche d’espoir.

La Mort, avec un M majuscule

Certains ouvrages parlent de la Mort, cette Damoiselle faucheuse, parfois bien seule et mal comprise. Avec La visite de la petite mort, nous nous rendons compte que la Mort fait seulement son inéluctable travail. Et nous serons ravi pour elle lorsqu’elle se fera enfin une amie !

Dans Au creux de la noisette, un jeune garçon enferme la Mort pour l’empêcher de prendre la vie de sa mère. Mais le monde se détraque car là où il n’y a pas de mort, il ne peut avoir de vie.

Le deuil de plein fouet

D’autres sont bien plus directs et abordent sans détour la perte d’un être cher. Dans les pages d’Un nœud à mon mouchoir, c’est un merveilleux grand-père qui disparait de la vie d’un jeune garçon. Un grand-père qui construisait des bateaux de pirates ou des cabanes dans le salon, avec des balais et des draps. Un grand-père qui faisait toujours un nœud à son mouchoir pour se souvenir de faire plaisir à son petit-fils. Ici, encore une fois, on aborde le thème de la transmission. Certes le jeune garçon est riche de souvenirs heureux, mais également d’une force qui le soutiendra toute sa vie. De plus, il gardera le fameux mouchoir de son grand-père, pointe de rouge qui illumine les touchantes illustrations de ce livre.

Rouge est l’album La croûte. Rouge sang, rouge colère, rouge douleur. Là, un petit bonhomme doit faire face la perte de sa mère mais également au chagrin de son père. Cela fait beaucoup pour un seul petit garçon, surtout lorsqu’il a en plus une croûte au genou…

Faire face et survivre

Sinon, quand quelqu’un meurt, il faut faire attention de ne pas se laisser mourir à son tour. Le cœur & la bouteille parle d’une jeune fille qui, devant un fauteuil vide, va enfermer son cœur dans une bouteille pour ne plus souffrir. Mais il vient un jour où elle aimerait bien rallumer ses envies et sa curiosité… Comment s’y prendra-t-elle alors pour sortir son cœur de cette satanée bouteille ?

Il faut le dire aux abeilles aborde le sujet de façon complète et avec beaucoup de psychologie. Différent des autres titres, ce livre se démarque par le fait que le texte n’est pas accompagné d’illustrations, mais de photos champêtres et rassurantes. Un livre pour les enfants, mais aussi pour leurs parents…

Toute mort est injuste, incompréhensible et cruelle. Aussi est-il essentiel d’en parler, d’évacuer le chagrin, de savoir qu’un jour on ira mieux… Car ceux qui sont partis voudraient sûrement voir nos sourires plutôt que nos pleurs.

Mais parler de la mort, c’est également parler de la vie. À quoi ça sert de vivre si on meurt à la fin ?, dans lequel une petite fille recueille la raison de vivre de tous ses proches, le fait magnifiquement. Car aucune réponse n’est la même… Car chaque vie est unique et c’est ce qui la rend belle.

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Lucie est partie, Sebastian Loth, NordSud, 22,95$, 9783314200274
Au revoir blaireau, Susan Varley, Gallimard jeunesse, 22,50$, 9782070561995
L’ours et le chat sauvage, Kazumi Yumoto, École des loisirs, 21,95$, 9782211095181
La visite de la petite mort, Kitty Crowther, Pastel, 18,95$, 9782211071321
Au creux de la noisette, Muriel Mingau, Milan jeunesse, 22,95$, 9782745915863
Un noeud à mon mouchoir, Bette Westera, Milan jeunesse, 22,95$, 9782745907356
La croute, Charlotte Moundlic, Flammarion, 19,95$, 9782081208551
Le coeur & la bouteille, Oliver Jeffers, kaléidoscope, 22,50$, 9782877676571
Il faut le dire aux abeilles, Sylvie Neeman, Joie de lire, 19,95$, 9782889080762
À quoi ça sert de vivre si on meurt à la fin ?, Emmanuelle Piquet, Sarbacane, 24,95$, 9782848654164