Shugo chara

Comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, le genre très populaire des magical girls, lié aux mangas pour filles, est né de l’influence d’un sitcom américain, Ma sorcière bien-aimée, dans les années 60. Mais bien que le genre se soit renouvelé depuis, qu’est-ce qui fait en sorte qu’il reste aussi populaire et attire toujours aujourd’hui autant les jeunes lectrices que les jeunes auteures ?

La passion des magical girls

L’intérêt du genre se trouve dans la force de caractère de ses personnages féminins, motivées à conquérir et transformer leur univers, et devenant éventuellement des exemples parfaits d’adultes épanouies et heureuses. Comme c’est le cas dans les contes de fées, les histoires de magical girls sont synonymes de quête d’identité et de passage à l’âge adulte, comme le présentent de façon évidente certaines séries telles que Shugo Chara, bien que d’autres l’explorent plus subtilement. Le symbole de la transformation, généralement omniprésent dans le genre, est très évocateur de l’évolution du personnage.

Tel que mentionné, ces séries commencent habituellement avec un personnage isolé (l’héroïne), qui rassemble autour d’elle les pièces de l’objet qu’elle recherche. Lors de sa quête, elle rassemble également les bases de sa vie future, représentées par les nouvelles relations humaines qu’elle développe, au fur et à mesure de son aventure, avec d’anciennes ennemies, de précieux alliés et des garçons dont elle tombe amoureuse. Les magical girls ont toujours un but, et l’atteindre représente un passage vers la maturité et le bonheur. C’est d’ailleurs pourquoi, la plupart du temps, le dernier chapitre d’une série de ce genre fait toujours un bond en avant dans le temps, montrant que l’héroïne a bel et bien grandi et que le lecteur devrait être fier d’elle.

Sailor Moon

Ce genre de récit est très attirant pour un public adolescent. Le message général que portent ces  séries est encourageant et, d’une certaine manière, féministe, incitant ses lectrices à devenir fortes, sûres d’elles, et soulignant amplement l’idée que toutes les filles sont uniques et spéciales. Les éléments fantastiques du récit sont là pour garder l’attention de la lectrice, alors que les thèmes de l’identité, de l’estime de soi, de l’amitié, de l’appartenance et de la valeur des relations humaines sont transmis de façon originale. D’ailleurs, survient souvent dans ces histoires (dans Sailor Moon, par exemple) un épisode où la magical girl perd ses habiletés magiques et doit alors se questionner sur sa valeur en tant que personne « ordinaire », questionnement très évocateur pour de jeunes adolescentes… Ainsi, à l’image du personnage, la lectrice doit trouver ce qui la caractérise en tant que personne. Sans pouvoirs magiques, quels sont nos autres capacités ? Quelles sont nos possibilités ?

On peut donc croire que ce genre est toujours aussi populaire parce qu’il touche les lectrices habilement, en explorant des insécurités présentes dans le cœur de la majorité des adolescentes. Mais il est intéressant de noter que l’esthétisme super mignon du dessin contribue également beaucoup sa popularité. Surtout au Japon, où de nombreux lecteurs masculins accrochent aussi à ces séries, certains collectionnant même sans relâche de nombreux produits dérivés à l’effigie des adorables héroïnes.

La popularité des mangas de magical girls a une influence grandissante sur des œuvres européennes et américaines, ne pensons par exemple qu’à Winx Club, W.I.T.C.H. ou Sybil la fée cartable. Toutefois, les auteurs occidentaux n’ont pas encore autant de succès dans ce genre que leurs collègues japonais.

Suggestions de lecture

Pour tout lecteur qui a envie de découvrir les magical girls, impossible de passer à côté de Sailor moon (18 tomes). Cette série unique est actuellement rééditée dans un format collector sous le nom de Sailor Moon – Pretty Guardian, avec de nouvelles couvertures, des dessins corrigés et une nouvelle traduction. Sailor Moon est l’histoire d’Usagi Tsukino, qui découvre qu’elle et ses amis sont les réincarnations de gens décédés dans une guerre antique opposant la Princesse de la lune et le Mal absolu. Transformées en gardiennes du système solaire, les sailors doivent retrouver la princesse ainsi que le cristal d’argent, source de son pouvoir, avant que le Mal absolu n’avale la Terre. Cette série s’avère extraordinaire grâce à ses références mythologiques, ses personnages forts et diversifiés, ainsi que ses nombreux messages sur l’égalité et la tolérance. Il est à noter que la réédition de la série sera accompagnée d’une nouvelle télésérie, dont la diffusion est prévue à l’échelle internationale en 2013.

Alice 19th (7 tomes) est une courte série axée sur le pouvoir des mots. Alice, jeune fille discrète et introvertie, est secrètement amoureuse du meilleur ami de sa sœur. Alors que cette dernière décide de faire de lui son petit ami, Alice est reconnue par une étrange créature comme étant la gardienne des Lotis, des mots magiques permettant d’actualiser les désirs. Alice, jalouse, décide alors de les utiliser pour bannir sa sœur dans un monde magique, une faute qu’elle devra ensuite racheter : avec l’aide d’autres gardiens, elle tente de retrouver sa sœur… Alice 19th, qui explore les thèmes de la famille et de l’estime de soi, est originale par le fait que la magical girl est autant l’antagoniste que le protagoniste, puisque c’est en partie son orgueil et sa peur qui causent les situations problématiques. Sur le plan graphique, le très beau dessin de Yuu Watase nous emmène dans un monde magique aux décors créatifs et détaillés.

Full moon – À la recherche de la pleine lune (7 tomes) raconte l’histoire de Mitsuki, jeune fille cancéreuse n’ayant plus qu’un an à vivre. Elle rencontre par hasard deux « shinigami », des esprits chargés de conduire les humains vers la mort. Mais Mitsuki ne se résigne pas à mourir  avant d’avoir rempli la promesse qu’elle a faite avec Eichi, son ami d’enfance : devenir chanteuse. Les shinigami acceptent alors de conclure un marché avec elle : pendant un an, ils l’aideront à devenir une star de la chanson, à condition qu’elle les suive une fois ce délai expiré.  Full Moon se penche sur les thèmes du suicide, de la motivation et du deuil. Malgré une part de morbidité, la série garde un ton positif et offre au lecteur un message plein d’espoir.

Chocola et Vanilla (8 tomes) met en scène deux sorcières prétendantes au poste de reine du Royaume magique. Pour accéder au trône, elles doivent séjourner chez les humains et s’emparer des cœurs d’un maximum de beaux garçons… Chocola et Vanilla, amies depuis leur plus tendre enfance, arriveront-elles à conserver leur amitié intacte malgré tout ? Chocola et Vanilla rappelle les séries classiques de magical girls. L’auteur raconte son histoire avec beaucoup d’humour et de tendresse. Les dessins sont très travaillés, avec des décors abondants et des designs de vêtements très « mode ». Bref, c’est une série qui donne envie de croquer des cœurs en sucre !

Shugo Chara (12 tomes) parle des malheurs d’Amu Hinamori, une jeune fille qui, sous ses airs de grande punk blasée, est plutôt réservée et peu sûre d’elle-même… En fait, elle rêve d’être tout autre que celle qu’elle est aux yeux de tous. Dans son école, un groupe d’élèves, appelés les « Gardiens », assurent la protection des élèves. Après avoir découvert trois œufs étranges dans sa chambre, Amu est encouragée à intégrer les Gardiens. Ses œufs sont des « œufs de cœur » : chacun contient un « shugo chara », c’est-à-dire un exemple de ce que la personne qui les possède voudrait devenir dans le futur. Amu doit protéger ses œufs, ainsi que ceux des autres, d’Easter, une organisation sans scrupules qui désire les voler. Shugo Chara est une série extrêmement mignonne, idéale pour les jeunes préadolescentes. Grâce à ses dessins légers, ses personnages attachants et ses messages motivants sur l’estime de soi et les rêves, Shugo Chara saura charmer ses lectrices.

Magic knight Rayearth (6 tomes), c’est la quête d’Hikaru, Umi et Fuu, trois adolescentes arrachées à leurs vies quotidiennes à Tokyo afin de devenir les héroïnes chargées de trouver et protéger la princesse d’un monde parallèle. Ensemble, les trois amies vont apprendre les valeurs de l’amitié et du courage… mais aussi que les apparences sont souvent trompeuses. Magic knight Rayearth est une série que les garçons apprécieront tout autant que les filles, grâce à ses scènes d’action dynamiques et ses personnages accrocheurs.

Je vous conseille également Card captor Sakura (12 tomes), série créée comme la précédente par le collectif d’auteures Clamp. Alors qu’elle feuillette un livre mystérieux, Sakura, jeune élève du primaire, disperse aux quatre vents des dizaines de cartes magiques. Kéro, le charmant gardien du livre, lui fait passer un pacte par lequel elle s’engage à récupérer les cartes au plus vite. La jeune fille devra apprendre à les maîtriser, mais ce ne sera pas facile puisque ces cartes ont des « personnalités » parfois agressives… Card captor Sakura est une série originale grâce à la façon dont elle joue avec les caractéristiques du genre. Par exemple, Sakura ne se transforme jamais ; c’est sa meilleure amie, Tomoyo, qui lui fabrique des costumes pleins de froufrous et la force à les enfiler ! L’héroïne fait également preuve d’une grande détermination et de beaucoup d’ingéniosité pour capturer ses cartes, puisqu’elle doit faire des combinaisons de cartes pour en chasser d’autres. Le tout est soutenu par des dessins superbes, d’une douceur sans limites…

Finalement, je vous recommande Puella magi Madoka magica (3 tomes), l’histoire de Madoka, une étudiante chaleureuse et aimante, et de son amie d’enfance, Sayaka Miki. Leurs vies basculent lorsqu’elles rencontrent Kyubey, une mignonne boule de poils aux noirs desseins, qui, en échange d’un vœu, souhaite faire d’elles des « Puella magi », des guerrières chargées de chasser des sorcières. Ce manga est inspiré d’une série télévisée éponyme qui a connu un succès fou en 2011 grâce à son histoire sombre et son esthétisme mélangeant plusieurs styles d’animation. Madoka magica joue avec les motifs habituels du genre en les retournant « négativement » : plutôt qu’être entourées d’amis, les magical girls sont condamnées à combattre et mourir seules, leurs pouvoirs naissant de leur égoïsme ! La série se conclut tout de même sur une note positive grâce à l’altruisme de Madoka, véritable magical girl dans l’âme.

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Sur ce, bonnes lectures, et n’oubliez pas vos baguettes magiques !

Sailor moon – Pretty guardian, t. 1, Naoko Takeuchi, Pika, 9782811607135* http://bit.ly/OXPhlc
Alice 19th, t. 1, Yuu Watase, Glénat, 9782723442381*
Full moon – À la recherche de la pleine lune, t. 1, Arina Tanemura, 9782723453103*
Chocola et Vanilla, t. 1, Moyoko Anno, Kurokawa, 9782351421833*
Shugo Chara, t. 1, Peach Pit, Pika, 9782811600396*
Magic knight Rayearth, t. 1, Clamp, Pika, 9782845990852*
Card captor Sakura – Volume double, t. 1, Clamp, Pika, 9782845999770*
Puella magi Madoka magica, t. 1, Hanokage, Doki-doki, 9782818909744*
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