Card captor Sakura

Les mangas sont d’abord conçus en chapitres d’une vingtaine de pages. Ces chapitres sont sérialisés dans des magazines hebdomadaires avant d’être rassemblés sous la forme de tankōbon, c’est-à-dire de livres reliés, pour les lecteurs qui désirent les collectionner. Dû au format de publication, les mangas ont souvent un marché-cible très spécifique, dont l’âge et le sexe correspond à celui visé par le magazine hôte. Par exemple, les séries de type shōjo visent un public de préadolescentes et d’adolescentes. Mais chaque type de manga comprend aussi plusieurs genres. Dans le shōjo, on retrouve des genres tels que la romance et les drames historiques. Mais il en existe un autre, très particulier, qui est associé exclusivement aux mangas pour filles : le « magical girl ».

Les magical girls, ou mahō shōjo, ou encore majokko, sont les héroïnes d’un genre que presque tout le monde connaît, même sans le savoir, dû au grand nombre de séries animées japonaises adaptées en français qui ont bercé notre enfance à la télévision. Au fil des années, le genre a connu une popularité grandissante auprès d’un public international, et il commence même à influencer de plus en plus les bandes dessinées européennes et les comics américains. Mais quelles sont les caractéristiques de ce genre et qu’est-ce qui lui a permis de devenir si populaire ?

 

Une recette sucrée

Presque toutes les histoires de magical girls comportent un certains nombre d’éléments récurrents. Généralement, l’histoire raconte les aventures d’une jeune fille ayant des pouvoirs magiques, qui lui sont soit innés, soit confiés pour une durée limitée, dans le but de faire le bien et de compléter une quête. Habituellement, les pouvoir sont offerts par une entité magique puissante (une reine des sorcières, par exemple), et une créature mignonne est envoyée par l’entité pour veiller sur la magical girl.

Chocola et Vanilla

La jeune fille doit trouver un moyen de partager sa vie quotidienne avec ses histoires romantiques et sa mission magique. La plupart du temps, elle doit compléter une quête, qui consiste à rassembler plusieurs parties d’un tout, ou partir à la recherche d’un objet. Par exemple, elle peut être en quête des morceaux du cœur brisé d’un prince, comme dans la série animée Princess Tutu, ou à la recherche de cœurs amoureux, comme dans Chocola et Vanilla. Le personnage évolue au fur et à mesure que la quête avance, acquérant graduellement une plus grande estime d’elle-même, de plus grands pouvoirs magiques, des amis, etc.

Les histoires de ce genre baignent souvent dans le mystère : l’héroïne cache sa nature magique et presque tous les personnages ont un secret. Seule la lectrice et certains compagnons magiques, ayant un rôle de mentor ou protecteur, sont au courant.

L’héroïne peut être seule, avec des compagnons dépourvus de pouvoir magiques, ou bien faire partie… d’un groupe de magical girls. La plupart du temps, le groupe compte trois ou cinq filles, et suit généralement un code chromatique. Par exemple, l’une des filles est associée au bleu, et à des pouvoirs inspirés par l’eau, comme c’est le cas pour Sailor Mercure dans la série Sailor Moon. Souvent, on retrouve aussi dans l’histoire une « dark magical girl », c’est-à-dire une antagoniste au passé tragique ayant des pouvoirs rappelant ceux de l’héroïne et s’habillant de couleurs sombres, comme le personnage d’Utau dans Shugo Chara. D’ailleurs, l’élément visuel le plus distinctif de la magical girl est bien sûr son costume. En effet, une magical girl a toujours un costume reconnaissable, en général assez court et très mignon. Le costume est enfilé grâce à une scène de transformation où les vêtements du quotidien sont remplacés instantanément. Dans le cas d’un groupe, les costumes et les transformations partagent un style ou un thème pour démontrer que le groupe est uni.

Autrement, il existe trois catégories communes de magical girls, chacune ayant ses propres stéréotypes : les « adorables sorcières » proviennent d’un royaume magique et essaient d’intégrer le monde des humains, les « idoles magiques » cherchent à exceller dans un domaine artistique grâce à leurs pouvoirs, et les « combattantes »  – catégorie la plus populaire – sont des filles normales auxquelles on a offert des pouvoirs pour les aider à combattre les forces du mal.

Mahō tsukai Sally ou… Minifée !

Les mangas de magical girls ont habituellement un style graphique très léger, rond et mignon. Beaucoup de détails sont ajoutés aux yeux, aux cheveux et aux costumes. Les décors, par exemple composés de motifs floraux, sont souvent associés aux émotions du personnage mis en scène. Bref, tout, de l’histoire au dessin, cherche à créer un personnage adorable et motivé. Quelqu’un que la jeune lectrice veut suivre…

Du balai au fusil

Le genre est né dans les années 60, inspiré par la série américaine Bewitched, mieux connue en français sous le nom de Ma sorcière bien-aimée. Cette comédie fantastique diffusée de 1964 à 1972 raconte la vie de Samantha, sorcière mariée avec un humain. Bien qu’encouragée par son mari à cacher ses pouvoirs, Samantha ne peut s’empêcher de les utiliser lorsque qu’elle et son mari ont des ennuis, ce qui entraîne souvent des problèmes encore plus gros, surtout lorsque la mère de Samantha, sorcière elle aussi, s’en mêle.

Mahō no princess Minky Momo (Gigi en VF)

Les deux premières séries du genre magical girl furent Mahō tsukai Sally (1966-68) et Himitsu No Akko-chan (1969). Leurs créateurs ont d’ailleurs confirmé lors de plusieurs entrevues s’être inspiré de Bewitched : l’un avait tenté d’adapter le concept de la série américaine pour un public japonais alors que l’autre s’était simplement inspiré de l’interaction entre le monde humain et celui de la magie présentée dans l’émission américaine.

Le terme « magical girl » est quant à lui inventé au début des années 70 par la compagnie Toei Animation, suite au succès phénoménal de son adaptation télévisuelle de Mahō tsukai Sally (mieux connue au Québec pour avoir été adaptée sous le fameux nom de Minifée). Il sert alors à désigner tous les clones de Sally et à profiter de la vague de son succès. Au début, seule la compagnie Toei Animation produit des séries de ce genre, mais après qu’elle abandonne ce dernier au début des années 1980, dû à une grande baisse d’audience, Ashi Productions reprend le flambeau en 1982 avec Mahō no princess Minky Momo, qui sera diffusé en Europe sous le nom de Gigi, et qui définira les grandes règles du genre pour toutes les séries créées par la suite.

Nanoha StrikerS, une série de « magical guntai »

En 1992, la série Sailor Moon, qui introduit l’idée des équipes de magical girls, remporte un succès international phénoménal. Plus tard, dans les années 2000, un petit nombre de scénaristes cherche toujours à renouveler le concept : on retrouve maintenant des histoires où les magical girls sont classées selon une hiérarchie militaire (« magical guntai »), où elles ne cherchent plus à se cacher, où la magie est une banalité, où l’héroïne doit faire un choix entre les ordres qu’elle reçoit et ses sentiments, etc. Toujours est-il que le genre perdure et se développe toujours, trouvant sans cesse un public passionné.

Si cette première partie a exploré l’histoire l’origine et l’esthétisme du genre, la seconde, publiée la semaine prochaine, se penchera sur les éléments scénaristiques et les caractéristiques des personnages qui rendent les histoires de magical girls si passionnantes, en plus d’inclure plusieurs suggestions de lecture. C’est un rendez-vous !

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