Voici la sixième entrée de blogue de notre auteure en résidence, Audrée Wilhelmy. Vous pourrez la suivre ici, tout au long de sa résidence.

J’ai eu l’occasion, pendant la durée de ma résidence, de participer à de nombreux événements, tant ici qu’à l’étranger. J’arrive tout juste d’une triade d’événements qui m’ont fait voyager à Paris, Saint-Malo, Régina et Joliette. À Saint-Malo, à la mi-mai, je participais au Festival Étonnants Voyageurs, et c’est cette activité particulière que j’ai envie de partager avec vous.

Étonnants Voyageurs est un festival littéraire et cinématographique qui rassemble plus de deux cents intervenants, écrivains et réalisateurs, à Saint-Malo. Toutes sortes de tables rondes, de cafés littéraires, d’échanges en petits et grands groupes sont organisés, qui permettent aux visiteurs de découvrir de nouveaux auteurs et d’apprendre à connaître le travail d’écrivains qu’ils ne liraient pas d’emblée. La première édition a eu lieu en 1990, le Festival fêtera bientôt ses 30 ans.

J’avais envie de vous parler de cet événement parce que j’y ai fait des rencontres d’une très grande richesse et que, comme les visiteurs, j’ai découvert des plumes vers lesquelles je ne me serais pas tournée d’entrée de jeu. J’ai réalisé, entre autres, que j’avais une bien piètre connaissance de tout ce qui se fait ailleurs dans la francophonie qu’en France et au Québec.

Voici donc, en vrac, quelques-unes de mes découvertes.

Ananda Devi. Cette grande dame de la littérature, d’origine mauricienne, était à Saint-Malo pour présenter son tout dernier roman, Manger l’autre, qui met en scène une adolescente obèse, à laquelle le père a inventé une jumelle avec laquelle elle aurait fusionné dans le ventre de sa mère. La violence de ce récit, candidement imaginé par le père pour justifier la prise de poids de la narratrice, se transforme vite en torture, puisque le fantôme de cette sœur inventée n’est jamais loin. Ananda Devi explore dans ce roman le rapport trouble que la société entretient avec le corps des femmes, mais aussi la dégénérescence de nos désirs autodestructeurs. Elle a d’ailleurs gagné le Prix Ouest-France pour ce roman, pendant le festival.

Gaël Octavia. D’origine martiniquaise, cette femme combine une pratique en arts visuels, dramaturgie et réalisation cinématographique à une démarche littéraire. Son premier roman, La fin de Mame Baby, met en scène une communauté de femmes qui se reconstruisent à travers la mythification de l’une des leurs, après que celle-ci soit décédée. La solidarité féminine devant la violence d’un quartier où chaque jour est un combat renouvelle le discours sur l’amitié entre femmes.

Les revues Lettres de Lémurie et IntranQu’îllité. Pour découvrir l’étendue, la variété et la puissance des voix littéraires de la francophonie, ces deux revues sont d’une incroyable richesse

Je n’en suis qu’au début de la découverte de cette littérature puissante, diversifiée et riche, mais j’avais envie de vous faire découvrir ces univers littéraires dont on parle peu ici, tout occupés que nous sommes à construire et consolider notre propre espace littéraire. Cette effervescence littéraire qui me plait tant, qui me grise chez nous, j’ai été ravie de la trouver tout aussi pétillante ailleurs dans le monde francophone.