Nous vivons dans une société de normalisation, et ce, depuis toujours. On a eu peur (en vrac) de la « race des femmes », des gens de couleur, des roux, des homosexuels… Bref, de toutes les différences. Heureusement, de nos jours, toutes ces peurs se sont bien atténuées, et c’est peut-être en cela que consiste la civilisation (et la civilité). On est pourtant loin d’être au bout du voyage, surtout quand on voit le mal qu’on a à s’écouter, à être soi-même !

On pourrait penser que les jeunes ont plus de facilité à accepter la différence. Après tout, ils aiment se marginaliser en espérant bien ne jamais ressembler à ces adultes mornes et ennuyeux. Mais, même en marge, ils rentrent dans des cases pré-établies : gothiques, geeks, sportifs, chichiteuses, skateurs et tant d’autres. Comme pour donner raison aux films pour adolescents (plus ou moins réussis).

Dans cette série de deux articles consacrés aux fictions qui disent l’importance d’être soi-même, cette première partie s’intéressera aux personnages décalés, aux originaux, à ceux qui vivent dans l’imaginaire ; à ceux qui ont le courage de briser les normes en allant danser sous la pluie, en décidant, pour un homme, d’avoir les cheveux longs et d’en supporter les moqueries. Ou encore, à ceux qui, en respectant la règle « Tant que personne n’est lésé, fais ce qui te plaît », sont eux-mêmes et ne se soucient guère du regard des autres.

Pas toujours facile d’être soi !

Stargirl est l’exemple parfait qui illustre mon propos. Son héroïne ne ressemble à personne et l’assume parfaitement… contrairement aux personnes qu’elle aborde pour leur souhaiter un joyeux anniversaire avec un ukulélé ! Tour à tour rejetée, adulée, détestée et idéalisée, Stargirl reste pourtant la même dans chacune de ces situations. Léo en tombe amoureux… Alors pourquoi veut-il, lui aussi, que cette fille étincelante se normalise ?

Dans Le club des inadaptés, une bande d’amis se savent marginaux, mais comment croire que le plus gentil d’entre eux se soit fait tabasser parce qu’il portait une cravate et des belles chaussures ?  Et, surtout, comment vivre après le drame qui a frappé fort dans l’esprit de la victime comme dans ceux de ses amis ? La réponse est aussi étonnante que les personnages.

Il n’est pas toujours évident d’être fidèle à soi-même et à ses convictions. Jean est tellement intraitable qu’on le surnomme Jean l’impitoyable ! Au départ, Jean est un parfait élève qui n’a que des amis et qui range sa chambre. Il refusera pourtant le grand honneur d’être celui qui portera le gâteau à la fête du grand prix. L’incompréhension de tous se transformera en une telle rancœur que Jean sera envoyé en prison…

L’héroïne de la bande dessinée Les nombrils fait face à un autre genre de difficulté : comment être soi-même si on ne sait plus qui on est ? Après s’être faite trop longtemps manipuler, Karine devient sûre d’elle et s’affirme. Mais à quel point ce changement est-il influencé ? Et quelle est la vraie Karine, l’ancienne ou la nouvelle ?

Cela vaut pourtant le coup !

Dans le manga Elle et lui, Yukino fait tout pour être appréciée, mais pour cela, elle cache son véritable caractère (ce principe d’un mode on et d’un mode off sera d’ailleurs repris plus tard dans la série Switch girl). Ainsi, cette façade lui permet d’être adulée par tous, de se nourrir d’une adoration, de se « sentir bien ». Mais sa vraie personnalité est découverte par son rival, qui menace de la dévoiler à tous… Yukino devra alors changer de stratégie et chercher à se faire apprécier pour ce qu’elle est vraiment. Bonne idée : elle se fera ainsi son premier véritable ami. Et qui sait si ça n’ira pas plus loin !

Ismaël va quant à lui voir sa vie se transformer avec l’arrivée de James Scobie, un jeune garçon au physique plus qu’insignifiant. Celui-ci, au lieu de devenir le souffre-douleur de l’école, deviendra un personnage totalement intouchable, car apprécié. En effet, loin de se laisser intimider, le nouvel arrivant tiendra tête, avec ses paroles, au mini-dictateur des lieux et gagnera les suffrages. Ismaël se laissera influencer par le courage de James  et par son pouvoir étonnant : celui des mots. Notre héros, dont tous moquent le nom, pourra bientôt affirmer : Appelez-moi Ismaël.

Nous pouvons facilement nous laisser aveugler par la magie du Secret de Térabithia, mais il ne faudrait pas passer à coté des autres forces de ce livre, qui nous dit que, grâce à notre imagination et à nos passions, nous pouvons voir plus loin que nos peurs et nos idées préconçues. Être soi-même, c’est réfléchir sur soi, mais aussi sur le monde…

Pour finir, Je m’appelle Catherine ! est l’histoire d’une petite fille dont le prénom est souvent transformé, mais qui refuse d’être la Cathy ou la Cat’ des autres… Elle est Catherine toute entière, sa personnalité l’est tout autant, et elle le crie bien fort.

Retrouvez bientôt la suite de cette réflexion, alors que le second article s’attardera à ces romans d’anticipation dépeignant les dérives que peuvent entraîner des sociétés trop conformistes…

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Pour commander Stargirl, Jerry Spinelli, Flammarion, coll. « Tribal », 270 p., 9782081620087.
Pour commander Le club des inadaptés, Martin Page, L’école des loisirs, coll. « Médium », 72p, 9782211201575.
Pour commander Jean l’impitoyable, Florence Seyvos, L’école des loisirs, coll. « Mouche », 9782211087551.
Pour commander Les nombrils, t.5 : Un couple d’enfer, Delaf et Maryse Dubuc, Dupuis, 9782800150222.
Pour commander Appelez-moi Ismaël, Michaël Gérard Bauer, Casterman, 23.95$, 265p., 9782203037557.
Pour commander Le secret de Térabithia, Katherine Paterson, Livre de poche jeunesse, 188 p., 9782013225854 .
Pour commander Je m’appelle Catherine !, Annika Dunklee, ill. de Matthew Forsythe, Scholastic, 32 p., 9781443111607.
*  La série Elle et lui de Masami Tsuda (Tonkam) est malheureusement épuisée, mais elle se trouve toujours en bibliothèque !