En l’espace d’à peine deux ans, la maison d’édition Pow Pow a su se tailler une place de choix dans le petit monde de la bande dessinée québécoise. Dirigée par l’auteur Luc Bossé, qui s’est fait connaître des lecteurs avec son blogue BD de cuL, la collection se démarque tant par l’éclectisme que l’originalité des titres qu’elle propose. Nous nous sommes entretenu avec lui.

Les deux premiers titres parus chez Pow Pow, Apnée et Yves, le roi de la cruise, étaient somme toute assez différents l’un de l’autre et, dans l’ensemble, on peut dire que si quelque chose a caractérisé ta ligne éditoriale, depuis le début, c’est un certain éclectisme. Comment sélectionnes-tu les projets que tu désires publier ?

Étant avant tout un lecteur, lorsque je lis un manuscrit, si je suis pris par l’histoire dès les premières pages, c’est déjà bien parti. Ensuite, je regarde le dessin. Est-ce que le dessin sert bien le récit ? Est-ce que c’est lisible ? Bref, est-ce que j’ai le goût de dévorer les pages jusqu’à la dernière sans m’arrêter ?

Finalement, je dois aussi (malheureusement) penser à la réalité du marché. Est-ce qu’il y a un public pour cette histoire ? Est-ce qu’on va en vendre ? Et ce n’est pas une science exacte. Étant donné que je n’ai pas beaucoup d’expérience, je me fie beaucoup à mon instinct.

Tu as commencé dans le milieu de l’autoédition, en publiant une série de livres dont la présentation générale annonce assez clairement l’esthétique de Pow Pow. Sens-tu que ton travail crée des ponts entre ce monde et celui de l’édition traditionnelle ?

Pour moi, l’autoédition a été un laboratoire. Avant même de savoir que j’allais faire de l’édition traditionnelle, j’explorais le monde de l’édition avec mes fanzines.  Je ne sais pas si ça fait un pont entre les deux mondes. Peut-être. Du moins, certains points s’en approchent. Par exemple, nous continuons d’être présents dans les foires alternatives telles que Expozine, Puces POP ou le Salon nouveau genre… Le monde du fanzinat a ça de bien, le fait d’être proche des lecteurs. Pour ce qui est de l’esthétique, le fait de sérigraphier à la main certaines de nos couvertures est effectivement une pratique qu’on voit plus fréquemment en autoédition que dans le milieu de l’édition à gros tirage…

On remarque, depuis quelques années, qu’il y a une effervescence particulière du côté des blogues de bande dessinée. Bon nombre des livres que tu as publié étaient d’ailleurs, en partie du moins, disponibles sur internet avant de paraître en librairie. Crois-tu que ceci peut leur nuire, au niveau des ventes ?

Je ne pense pas qu’une publication en blogue avant le papier nuit à la vente des livres. Au contraire, je pense plutôt que ça peut aider les ventes. Si c’est bon, bien sûr ! Je crois que plus il y a de gens qui lisent ton travail, plus il y a de chances que les ventes suivent. Si tu as beaucoup de lecteurs, peu importe le format, et qu’ils aiment, ils vont en parler autour d’eux, l’offrir en cadeau. C’était le cas avec mon blogue personnel. Jamais je n’aurais pu vendre autant de livres en publiant seulement sur papier.

Il y a aussi ceux qui n’aiment pas lire à l’écran. Ils vont lire quelques pages pour voir s’ils aiment ça et ensuite passer à l’achat. En plus, c’est beaucoup moins gênant de lire quelques pages sur internet que dans les rayons d’une librairie.

À quoi ressemble le travail d’adaptation pour passer d’un format à l’autre ?

Certains publient sur internet en sachant que ce sera publié en format livre par la suite. C’est le cas pour Glorieux printemps. Sophie dessine ses planches en fonction du format du livre. Quand arrive le temps de publier le livre, on repasse sur certains passages, certains dessins sont refaits, des textes changés, etc. Dans le cas de Mile End, une partie du livre était pêle-mêle sur le blogue de Michel. Un travail de sélection ainsi que de mise en page était nécessaire pour certains passages. Bref, on tente de s’assurer que le livre soit une expérience différente de la version en ligne.

Certains de ces livres s’éloignent de la bande dessinée conventionnelle, d’une forme standardisée à laquelle le public est habitué  – par exemple Phobies des moments seuls de Samuel Cantin. Est-ce que c’est plus difficile de vendre des livres plus atypiques tels que celui-ci ?

C’est difficile de savoir. C’est certain que ce livre est un peu un ovni parmi les titres de Pow Pow. Certaines personnes m’ont dit qu’elles aimaient ce format parce qu’il y avait plus de texte à lire. D’autres m’ont dit le contraire.

Sous forme de carnet de bord, sans case ni phylactère, c’est vrai qu’il est plutôt difficile de le placer dans la catégorie de bande dessinée. De là à savoir si ça nuit aux ventes, je n’en ai aucune idée. Les fans de bande dessinée purs et durs vont peut-être passer leur tour. Et c’est bien dommage pour eux parce que Samuel Cantin est un talent à découvrir.

En fait, je pense que les livres de Pow Pow ne s’adressent pas nécessairement aux puristes de bandes dessinées classiques. Si le dessin aide l’histoire, c’est tout ce qui importe pour moi; et dans ce cas-ci, le format carnet de bord était pertinent. 

Tu es toi-même auteur – et, de surcroît, éditeur de tes propres livres. Est-ce difficile de jouer les deux rôles à la fois ?

Une chose est certaine, c’est plus facile de se faire éditer lorsque l’on est éditeur ! Plus sérieusement, étant donné que le livre que j’ai publié, Yves, le roi de la cruise, n’était pas scénarisé par moi, je crois que je pouvais tout de même avoir un regard critique sur le projet. Et je reviens encore à l’histoire. Le récit me plaisait, alors je me suis assuré de produire un dessin efficace qui était au service de l’histoire. C’était un travail d’équipe avec Alexandre Simard. De plus, je consulte beaucoup les autres auteurs de Pow Pow et les collègues de l’atelier où je dessine. Mais ce sera peut-être plus difficile lorsque viendra le temps de publier un livre que j’aurai fait seul (scénario et dessin). Je jongle même avec l’idée d’avoir un « éditeur invité » pour un de mes projets solo.

Je sais que tu travailles notamment, avec Alexandre Simard, sur une suite à Yves. Quels sont les autres titres auxquels on peut s’attendre en 2013 ?

Nous avons un calendrier très chargé pour 2013. Tous les auteurs actuels de Pow Pow travaillent présentement sur un nouveau projet. Pierre Bouchard et Francis Desharnais bossent sur la troisième partie de Motel Galactic, qui sera prête pour le Festival de bande dessinée francophone de Québec, en avril. Samuel Cantin devrait sortir son prochain livre Vil et misérable juste à temps pour le Festival BD de Montréal en juin. C’est l’histoire de Lucien, un diable qui travaille dans un concessionnaire de voitures et de livres usagés.

De son côté, Sophie Bédard prépare le troisième tome de Glorieux printemps, prévu pour la fin de l’été. Zviane travaille sur un livre qui s’appelle Les deuxièmes, aussi prévu pour la fin de l’été. Yves, fidèle à lui-même devrait être prêt pour l’automne et, si tout va bien, le prochain livre de Michel Hellman, Nunavik, sera en librairie au mois de novembre. Nous accueillons également un nouvel auteur au sein de notre équipe, Jean-Claude Aumais. Il publiera fort probablement le premier livre couleur de Pow Pow.

Évidemment, toutes ces dates sont matière à changement. Parce que faire de la BD, c’est long.

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Les éditions Pow Pow vous intéressent ? Voici quelques liens à visiter :

 

Le site officiel des éditions Pow Pow
Le blogue BD de cuL
La bande-annonce du prochain livre de Zviane, Les deuxièmes

 

Bibliographie

 

Apnée, Zviane, 2010, Pow Pow, 82 p., 9782981112873*
Yves, le roi de la cruise, Luc Bossé et Alexandre Simard, 2010, Pow Pow, 160 p., 9782981112866*
Motel Galactic T.1, Pierre Bouchard et Francis Desharnais, 2011, Pow Pow, 112 p., 9782981112880*
Mile End, Michel Hellman, 2011, Pow Pow, 136 p., 9782924049013*
Pain de viande avec dissonance, Zviane, 2011, Pow Pow, 152 p., 9782924049006*
Phobies des moments seuls, Samuel Cantin, 2011, Pow Pow, 160 p., 9782924049020*
Motel Galactic T.2 : Le folklore contre-attaque, 2012, Pow Pow, 104 p., 9782924049044*
Glorieux Printemps T.1, Sophie Bédard, 2012, Pow Pow, 148 p., 9782924049037*
Glorieux Printemps T.2, Sophie Bédard, 2012, Pow Pow, 152 p., 9782924049051*

 

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