Voici la septième et dernière entrée de blogue de notre auteure en résidence, Audrée Wilhelmy. Vous pouviez la suivre ici, tout au long de sa résidence.

L’hiver a passé pour moi à une vitesse effarante, dans un joyeux désordre où se mêlaient promotion romanesque, famille, séjours à l’étranger, visites dans les cégeps et les universités, intervention chirurgicale, préparation de mariage, convalescence et tentative d’écriture. Ma résidence à la librairie Monet a été un facteur d’apaisement. La (relative) régularité de mes visites, l’accueil chaleureux des libraires, l’opportunité d’organiser toutes sortes d’activités qui rejoignent directement mes champs d’intérêt, la chance d’échanger avec des lecteurs passionnés : tout cela a contribué à faire de la librairie Monet un espace qui est devenu un peu chez-moi. Je ne m’attendais pas à cette impression de familiarité, ces repères pris si rapidement, cet accueil ni euphorique ni blasé, simplement naturel, comme quand, après une journée d’école ou de travail, un membre de la famille revient à la maison. J’ai senti une grande ouverture, entre autres de la part des libraires, et la volonté constante de faire de ce séjour un moment agréable, sans stress, un moment de communication, tout simplement. Je salue d’ailleurs particulièrement Anne-Pascale Lizotte et Mike Vienneau qui ont travaillé très fort afin que cette expérience soit douce et positive, malgré les multiples revirements de situation et changements de plan.

Cette résidence s’est ouverte par un entretien très bien mené par Mike Vienneau, lors duquel j’ai pu faire la rencontre des clients de la librairie et leur présenter mon travail. Par la suite, j’ai eu le plaisir de recevoir, lors des autres entretiens publics, les écrivaines Karoline Georges, Mikella Nicol, Stéfanie Clermont et Catherine Lalonde. Je me suis également entretenue avec Alexie Morin, qui intervenait tant à titre d’auteure qu’en tant que d’éditrice, et avec Geneviève Thibault, fondatrice du Cheval d’août éditeur. Avec elles toutes, j’ai abordé les enjeux liés à la place des femmes en littérature, et j’ai été très troublée de constater que plusieurs d’entre elles luttent contre elles-mêmes quand vient le temps d’écrire ou de publier, car elles s’interrogent continuellement sur la légitimité de leur prise de parole. Nous avons aussi abordé, lors de ces entretiens, des questions liées à l’intermédialité en littérature (mélange des formes artistiques — arts numériques et photographie argentique avec Karoline Georges ; danse, théâtre et performance avec Catherine Lalonde). Nous avons décortiqué le processus éditorial, réfléchit à la précarité des femmes auteures, parlé du travail d’écriture à proprement parler, et de tous ses méandres.

Parallèlement à ces rencontres, j’ai eu le plaisir de tenir quatre ateliers d’écriture qui ont rassemblé, pendant l’hiver, un groupe de fidèles participants, de même que des auteurs de passage. Cette expérience a été particulièrement formatrice pour moi, puisque j’avais l’habitude, avant cette série d’ateliers, de m’adresser à des étudiants, lorsque j’interviens au sujet de la création littéraire. Dans le contexte d’atelier, c’est à des personnes de tous les âges que j’ai eu le plaisir de m’adresser, et cela changeait considérablement la dynamique des ateliers, plutôt tournés vers l’écriture des textes que vers leurs commentaires. Lors de la dernière de ces quatre séances, les participants m’ont demandé de les inviter dans mon propre atelier et de leur expliquer plus en détail la manière que j’ai de travailler. Deux heures de présentation sur le sujet m’ont forcée à me poser toutes sortes de questions et à mieux comprendre moi-même ma démarche. J’ai été extrêmement touchée par la générosité et l’intérêt sincère de ces femmes et ces hommes qui ont participé à l’ensemble des activités que j’ai organisées.

Pour compléter ces événements, il y a les entrées de blogues que j’ai rédigées tout au long de l’hiver. J’ai essayé que celles-ci témoignent autant des sujets qui me préoccupent (rapport texte-image ; voix de femmes québécoises à découvrir) que des événements qui ont ponctué mon hiver (lancement du Corps des bêtes en France, processus éditorial et promotionnel d’un roman ; livres bonbon pour la convalescence ; ouvrages de la francophonie et participation au festival Étonnants Voyageurs). J’ai essayé, de cette manière, de mieux vous permettre de comprendre l’écrivaine que je suis et les aspects qui guident ma pratique d’écriture.

Je termine donc cette résidence en étant particulièrement fière de la place que j’ai pu accorder aux voix féminines et à l’intermédialité (deux conférences et un atelier portaient sur le sujet, en plus de deux articles de blogue). Ces deux sujets sont des points centraux de ma réflexion et de ma pratique, aussi je suis heureuse d’avoir pu creuser ces questions avec des femmes que je respecte, avec des lecteurs enthousiastes et avec des libraires dont la culture est d’une richesse remarquable. Je vous salue tous, libraires, lecteurs, écrivaines, éditrices, et vous remercie chaleureusement pour cette expérience mémorable.

Librairie Monet, ce n’est qu’un au revoir, très certainement.