Nez au vent, à la recherche du soleil, toujours inspirée par le printemps, je vous offre une autre sélection, d’histoires cette fois-ci, sur le thème des jardins. Voici donc des jardins et…

…des histoires pour les tout-petits

Au jardin est un album à volets que les enfants auront beaucoup de plaisir à explorer. L’histoire débute à la fin du printemps, alors que Mattéo et Emma, en compagnie de leurs grand-parents, assistent à la renaissance de la nature, symbolisée par l’arrivée de la mésange, et l’apparition des crocus et des perce-neiges. Ce livre cartonné légèrement répond à une foule de questions que les enfants ne manqueront pas de se poser : pourquoi y a-t-il de petits tas de terre dans le gazon ? Que se passe-t-il sous la terre lorsque les haricots poussent ? C’est quoi, la rosée ? Le fait de découvrir des photos sous les volets vient ajouter à l’intérêt de ce livre qui passionnera certainement les plus jeunes lecteurs.

Le thème des jardins et du réveil de la nature donne souvent lieu à des histoires pleines de poésie, mais le jardin peut aussi être le lieu de situations cocasses. Avec une Mamie jardinière, les enfants ne s’ennuient jamais, et encore moins si la mamie en question est un brin maladroite… Rempli d’entrain et de bonnes intentions, Mamie entraîne Fripouille le chat et ses deux petits enfants dans ses travaux de jardinage. S’ensuit alors une séries de petites catastrophes qui font sourire à tout coup ! Le texte écrit en rimes avec beaucoup d’humour comme les illustrations dynamiques et colorées de Vinicius Vogel donnent à cet album un ton des plus joyeux.

Les potagers réservent bien des surprises aux jardiniers et les légumes peuvent parfois se révéler très surprenants, l’inspecteur Lapou en sait quelque chose ! Un beau matin, c’est en plein chaos qu’il met les pieds : les tomates sont hystériques, la carotte est on ne peut plus sérieuse, et le canard et le chat ne savent plus où donner de la tête… C’est la faute au concombre qui tente de ramper discrètement (c’est peine perdue) à travers le potager. Qu’est-ce que tout ce raffut veut dire ? Dans Le concombre démasqué, l’inspecteur Lapou saura, encore une fois, mener l’enquête avec perspicacité pour éclaircir ce mystère.

…de la couleur pour la grisaille

De vieilles plantes mourantes qui ont vu le jour à travers les rails d’une ancienne voix ferrée rencontrent un jour un jeune garçon d’une grande générosité. Liam, qui suit la voix ferrée et découvre ces plantes qui ont grand besoin d’aide, décide, bien qu’il ne connaisse rien du tout au jardinage, de faire ce qu’il faut pour leur permettre de pousser. D’abord un brin malhabile, le jeune garçon devient, au fil des jours, de plus en plus compétent ; les fleurs, qui avaient fait preuve de beaucoup de patience, reprennent vie, grandissent, se dispersent et finissent par s’étendre à toute la ville, qui était depuis trop longtemps déjà morne et grise… Le jardin voyageur présente des illustrations magnifiques, mises en valeur par une mise en page originale et dynamique. Cet album nous rappelle que la nature a sa place même en plein cœur de la ville ; qu’elle demande des soins et de la patience, mais que si on lui en laisse la chance, elle saura nous surprendre !

Dans Un jardin en sous-sol, le jardin représente, comme pour l’histoire précédente, une solution à la grisaille des villes. On y retrouve Monsieur Moss, affecté à l’entretien d’une station de métro, qui se désole de l’aspect de celle-ci, mais surtout de l’odeur répugnante dont se plaignent les usagers ! Ayant son travail à cœur, Monsieur Moss entreprend de nettoyer de fond en comble sa station. Et voilà qu’il découvre une bouche d’aération laissant passer l’air et la lumière du jour… Il choisit d’exploiter cette riche découverte en plantant là un arbuste, qu’il entretient avec patience et amour. Dès lors, le petit arbre grandit, fait des petits, trouve son chemin jusqu’à la rue et cause tout un émoi dans la ville. Une fable qui illustre, encore une fois, que la nature a sa place et qu’elle sait la reprendre, du moment qu’on la lui laisse.

…de tout ce qui peut en sortir

Anja vit au cœur du désert, dans une ville construite tout en hauteur, et dans laquelle les habitants pallient au manque d’espace par la création de minuscules jardins de bords de fenêtres, de balcons et de toits : Les jardins suspendus. Toutefois, si les jardins inspirent et font rêver, ils peuvent aussi être à la source de bien des jalousies… Ainsi de la famille d’Anja et de celle de son voisin, Kay, qui sont en brouille pour cause de grosseur de légumes ou de parfum de fleurs ! Le jour où Kay disparaît suite au cadeau d’Anja, un magnifique bouquet de fleurs, la jeune fille se laisse envahir par la tristesse et l’inquiétude. Après plusieurs jours, par un mystérieux phénomène, Anja s’envole sur un bout de son jardin comme sur un tapis volant. Loin de s’en inquiéter, elle en profite pour chercher son ami disparu. Cette histoire, très près du conte, laisse une grande place au merveilleux.

Minuscule petit roman, Profession : nain de jardin a pour narrateur – vous l’aurez deviné – un nain de jardin : Boniface. Celui-ci se voit régulièrement malmené par des ballons perdus, oubliés par les enfants distraits, ou humilié par le chat et l’escargot, parce qu’il rêve de voir ce qui se trouve de l’autre côté de la haie, et pourquoi pas, de parcourir le monde… Bien que la vie lui laisse peu d’espoir de voir ses rêves se réaliser, contre toute attente, il est d’abord kidnappé par de petits malfrats, séquestré dans une cave humide, recueilli dans un commissariat de quartier, et enfin, enfin, la chance lui sourit. Où ? Quoi ? Comment ? À vous de le découvrir !

…des vies

Anatole est un solitaire qui s’intéresse peu à ce qui se passe autour de lui. Pas plus aux trains qui filent sur la voie ferrée juste derrière son jardin qu’aux gens, qui n’arrivent à capter son intérêt. Mais ça, c’était jusqu’à ce qu’un bébé, qu’on devine tombé du train, fasse irruption dans son jardin. Dès lors, la vie d’Anatole qui, il va sans dire, ne connaît rien du tout aux bébés, prendra une toute autre dimension… Car un bébé, c’est exigeant, mais ça donne aussi : de ces regards, de cet amour, de cette attention et de ces sourires qui sont si essentiels. Le bébé tombé du train : Ou quand l’amour d’une mère est plus fort que tout est un roman d’une grande tendresse, écrit sans détours dans une économie de mots qui n’enlève rien à la profondeur du texte. Et que dire de la fin, si ce n’est qu’elle laissera certainement son empreinte dans le cœur du lecteur. Un récit tendre et bouleversant !

Plus humoristique, mais pas dénué de tendresse ni de sentiments, Un indien dans mon jardin raconte l’histoire de Mia, qui doit composer avec son père qui, du jour au lendemain, se révèle être un indien de la tribu Walla-Walla. Rien n’est laissé au hasard : le père en question revêt sa veste à franges, se coiffe de quelques plumes, dresse un tipi dans la cour et exécute une danse traditionnelle. Le quotidien de la famille se trouve évidemment bouleversé et chacun tente au mieux de s’accommoder de la situation tout en limitant les dégâts… Mais, au fond, la vraie question est : pourquoi ?

Enfin, dernier titre mais non le moindre, Mon beau jardin est un album extraordinaire dans lequel le jardin est tout d’abord un prétexte à illustrer le passage d’une vie. L’histoire commence alors qu’une fillette toute jeune pique-nique en compagnie de ses parents dans un boisé au cœur duquel pousse un magnifique jardin. La jeune fille tombe amoureuse de cet endroit et fait le souhait d’y reposer lorsqu’elle sera morte… La vie suit son cours, ponctuée par les visites de la jeune fille – qui devient femme, puis mère et grand-mère – à son cher jardin, dont elle prend soin sans ménager ses efforts. Ce livre est un hymne à la vie : à celle des humains mais également à celle de la nature, qui subsiste à toutes choses. Le texte, empreint de poésie et de sensibilité, est illustré avec brio par Rob Ryan, artiste accompli dans la découpe du papier, qui présente des œuvres rappelant la finesse de la dentelle. En une seule couleur à la fois, sur fond blanc, ces illustrations sont si détaillées, si complètes et si maîtrisées qu’on peut y voir un effet de profondeur qui ajoute encore à la magie. Une merveille !

De toute évidence, les auteurs sont de véritables jardiniers : ils font pousser des histoires comme d’autres des légumes ! À vous de les cueillir…

* * *

Au jardin, Marie-Odile Fordacq, ill. d’Amélie Dufour, Tourbillon, 2009, 12 p.
 
Jardin en sous-sol, Jo Seonkyeong, Le Rouergue, 2007, 31 p.
 
Le bébé tombé du train : Ou quand l’amour d’une mère est plus fort que tout, Jo Hoestlandt, ill. d’Andrée Prigent, Oskar jeunesse, 2011, 47 p.
 
Le concombre démasqué, Bénédicte Guettier, Gallimard jeunesse, 2008, 25 p.
 
Le jardin voyageur, Peter Brown, Nord Sud, 2010, 32 p.
 
Les jardins suspendus, Philippe Lechermeier, ill. de Géraldine Alibeu, Gautier-Languereau, 2006, 32 p.
 
Mamie jardinière, Nathalie Ferraris, ill. de Vinicius Vogel, de l’Isatis, 2010, 24 p.
 
Profession : nain de jardin, Hubert Ben Kemoun, Thierry Magnier, 2005, 43 p.
 
Un indien dans mon jardin, Agnès de Lestrade, Rouergue, coll. « Dacodac », 2010, 57 p.
 
Mon beau jardin, Carol Ann Duffy, ill. de Rob Ryan, Gautier-Languereau, 2010, 32 p.