Malheureusement pour la littérature, la piqûre de la lecture, ce n’est pas comme le vaccin contre la grippe : impossible de se la faire administrer dans un CSSS près de chez soi, même au début de la saison forte ! Cependant, ne soyez pas en peine, parents et enseignants à court de moyens pour faire lire vos ados (ou préados) : il existe un remède qui a bon goût et qui s’ingère rapidement. En effet, plusieurs éditeurs de littérature jeunesse proposent des collections de « mini-romans » destinés à un lectorat adolescent. Parfois fortement associées à un genre, d’autres fois plus généralistes, ces collections en offrent véritablement pour tous les goûts.

Évidemment, pour adopter ce genre lecture, parents, adolescents et enseignants doivent être prêts à laisser de côté certains concepts préconçus, tel celui qui veut que le nombre de pages qu’ont à contenir les lectures de chevet d’un enfant doive être directement proportionnel à son âge… J’ai d’ailleurs été confrontée, il n’y a pas si longtemps, à ce genre d’idée : un garçon âgé d’une dizaine d’années me demandait, l’air préoccupé, des suggestions de livres « épais comme ça », qu’il devait lire sous ordre (me disait-il…) de son enseignante. Le garçon soucieux m’expliquait à cet effet qu’il devait se préparer au secondaire où il allait devoir se mettre à lire des livres « épais comme ça » (le second « ça » étant plus épais que le premier). Me mettant à la place de ce jeune homme, je dois avouer que, aussi attrayants que peuvent par exemple être la couverture et le titre de L’île mystérieuse de Jules Verne, le grand nombre de pages a la fâcheuse conséquence de freiner bien promptement les élans spontanés pour la lecture.

Je vous propose donc une sélection de collections dont les romans contiennent entre 30 et 100 pages. Ce format s’avère tout à fait adapté à la génération « d’ados-jeux-vidéo » qui arpentent malgré eux les étagères des bibliothèques scolaires en quêtes de romans se lisant le temps d’un aller-retour en métro.

« Mini Syros – Polar »

Cette collection, qui s’approche beaucoup dans sa forme de la nouvelle policière, est destinée à un public âgé de neuf à treize ans. On y propose des récits aux ambiances un peu sombres et aux dénouements inattendus. Les histoires de meurtres présumés, de voisin suspect ou de mystérieux pendu sont racontées avec beaucoup d’humour. C’est d’ailleurs le style d’humour plus léger qui différencie ces romans du genre traditionnel, aux airs glauques et ironiques. Des dénouements « punchés » concluent habilement les tensions et le suspense de l’intrigue.

J’ai tué mon prof, Patrick Mosconi, Syros, 42 p.
Trois fêlés et un pendu, Jean-Hugues Oppel, Syros, 36 p.

« Mini Syros – Soon »

Ici, c’est plutôt sur le mode de la science-fiction que se composent les récits, aussi ciblés pour un lectorat de neuf à treize ans. Dans ces histoires qui s’installent d’abord dans une réalité qui semble être la nôtre, les éléments de science-fiction font leur apparition lentement, mais sûrement, pour finir par tisser des univers tout à fait originaux. Ces romans, empreints d’une grande sensibilité, racontent tantôt la différence, tantôt la souffrance. Loin d’être moralisateurs, les angles choisis proposent toujours des rapprochements avec notre époque contemporaine. Le choix du genre s’avère donc un excellent prétexte à la création de nouveaux mondes diversifiés où les problèmes ne sont finalement pas si différents des nôtres.

L’enfaon, Éric Simard, Syros, 48 p.
L’envol du dragon, Jeanne-A Debats, Syros, 41 p.
Toutes les vies de Benjamin, Ange, Syros, 41 p.

 

« Petite poche », chez Thierry Magnier

Cette collection particulière s’avère plutôt difficile à classer en termes de catégorie d’âge. Car certains des romans qui la composent, s’ils mettent en vedettes des héros assez jeunes, traitent de sujets plutôt matures comme la guerre… D’autres font le portrait des perceptions d’enfants sur certaines réalités telle que l’amour, et s’avèrent particulièrement intéressants à observer avec un œil plus mature. En effet, dans le roman Je t’aime (encore) quand même de Susie Morgenstern, lorsqu’un enfant lance la phrase suivante : « Faire l’amour comme faire une maison. C’est comme si on construisait quelque chose de ses mains (p. 12) », le genre de réflexion suggérée n’est pas que de l’ordre de la perception naïve que fait un enfant de l’amour. Toutes ces perches lancées à différents niveaux proposent donc tout autant de degrés de lecture.

Je te hais et Je t’aime (encore) quand même, Susie Morgenstern, 45 p. ch.
Champ de mines, Yann Mens, 45 p.
Mercedes cabossée, Hubert Ben Kemoun, 45 p.

 

« Mini-romans », chez Sarbacane

Cette nouvelle collection incontournable a assez vite fait de vous rendre littéralement secoué ! En regroupant de courts romans d’auteurs jeunesse de renom, le chemin vers le succès de « Mini-romans» était en fait tracé d’avance. Recommandés à partir de 12 ans, ces romans abordent des tabous d’une manière à ne laisser personne indifférent ; tout y passe, de l’agression à l’obésité, de la trahison à la culpabilité, du suicide à l’amour déçu. Les textes sont vrais, simples et vont droit au but. Les mots ont été soigneusement choisis pour frapper directement leur cible. Car il n’y a pas de place pour le superflu lorsqu’on fait tenir le drame d’une vie en soixante pages. Le lecteur passe par toute une gamme d’émotions, le réconfort se frotte au malaise le plus inconfortable ; on est bouleversé à coup sûr ! Et le plaisir est trop accessible pour se permettre de s’en passer !

Johnny, Martine Pouchain, 64 p.
Ce que j’aime c’est…, Marta Thomas, 64 p.
Les maux du cœur, Axl Cendres, 64 p.
Les mots qui tuent, Agnès de Lestrade, 64 p.
Le rêve du cachalot, Alexis Brocas, 64 p.

 

« Epizzod », à La courte échelle

Chez l’éditeur québécois, on a joué la carte du format « saison en 13 épisodes », à la manière de votre télésérie favorite. Les six séries de cette collection s’adressent toutes à des adolescents avertis de 14 ans et plus, et on y aborde des thèmes qui les préoccupent : l’amitié, l’amour, la sexualité et les premières expériences. Cette initiative (locale, rappelons-le) permet au lecteur de se retrouver dans une réalité qui lui est familière.

La série Pavel, produit de la plume de Matthieu Simard, dont le style singulier allie poésie et déconstruction, raconte l’histoire d’un ado marginal que certaines rencontres marqueront à jamais. La sincérité de l’écriture de Sophie Bienvenu, dans la série (k), nous plonge au cœur des pensées d’une adolescente en quête de l’amour avec un grand A dans une forme dynamique où se côtoient textos, courriels et narration. Pour ce qui est de la série Les Allergiks d’André Marois, c’est plutôt le suspense qui attire et maintient le lecteur en haleine entre chaque épisode. Au final, avec ses quelques 40 pages par épisodes, cette formule finit par former un roman entier de plus de 520 pages que l’on aura dévoré sans trop s’en rendre compte…

Pavel (13 épisodes), Matthieu Simard, env. 40 p. ch.
(k) (13 épisodes), Sophie Bienvenu, env. 40 p. ch.
Les Allergiks (13 épisodes), André Marois, env. 40 p. ch.

 

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Bref, ce genre de romans à petite échelle peut devenir une porte d’entrée idéale dans le monde la littérature pour les adolescents. Ainsi, qu’on ne lise que 40 pages, là n’est pas l’important. Il faut lire, tout simplement, et être encouragé à le faire, quelle que soit la forme et le nombre de pages choisis. Il n’y a pas de sottes lectures et encore moins de sots lecteurs. Bref, si c’est en forgeant que l’on devient forgeron, eh bien c’est en lisant… qu’on devient lecteur.

Et comme on dit : dans les petits pots, les meilleurs onguents !