Le Délivré

Archive pour le mot-clef ‘Salon des nouveautés’


28 juillet 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de juin

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

 Astrid Bromure T.1: Comment dézinguer la Petite Souris, Fabrice Parme, 2015, Rue de Sèvres, 40 p., 9782369811404*

Astrid Bromure est LA nouvelle héroïne de bande dessinée jeunesse à surveiller de près. À l’instar de Caterina et Claudette, qui ont ensoleillé notre été 2014, cette fille unique d’un richissime couple new-yorkais, vivant dans un manoir érigé sur une des plus hautes tours de la mégapole, saura vous charmer. Dotée d’une propension à l’ennui et d’un sens de la répartie assassine, Astrid bouleversera le quotidien des deux domestiques chargés de s’occuper d’elle. Avec ce premier projet solo, Fabrice Parme laisse libre cours à son esthétisme rétro en situant l’action de son récit dans les années 20. Le charme désuet de l’ensemble est appuyé par des dialogues irrésistibles qui laissent toutefois poindre une certaine critique des médias. Un deuxième opus est prévu pour cet automne, Dieu merci! (RSH)

Les enfants de la résistance T.1: Premières actions, Benoît Ers et Vincent Dugomier, 2015, Le Lombard, 47 p., 9782803635580*

La France, battue par l’Allemagne au printemps 1940, est maintenant un territoire occupé. François et Eusèbe, deux jeunes garçons de 13 ans, assistent impuissant à l’arrivée des soldats dans leur petit village. Une garnison doit s’y installer puisque les écluses situées tout près sont un lieu stratégique et que les Allemands veulent protéger ces infrastructures contre les sabotages. Nos deux jeunes héros, bientôt rejoints par Lisa, une jeune réfugiée abandonnée, vont répondre à l’appel du Général de Gaulle et entrer dans la résistance. Une histoire prenante et bien documentée, un récit crédible de cette époque trouble et de son impact sur les enfants. C’est la fin de l’innocence pour nos héros et le passage à l’âge adulte ne se fera pas sans heurts. Un véritable bijou. (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

 Nimona, Noelle Stevenson, 2015, Dargaud, 260 p., 9782205073829*

Webcomic à succès, Nimona est une première œuvre furieusement bien troussée. Rousse, inconséquente, insoumise, les cheveux coupés comme une hipster de 2012, Nimona peut se transformer en n’importe quoi et n’écoute personne. Un jour, elle débarque chez Lord Ballister Blackheart, le plus fameux chevalier renégat de tout Supervillainy, pour le convaincre de devenir son assistante. Une fois chose faite, le duo n’aura de cesse d’enchaîner aventures et catastrophes. Parodie d’Heroic Fantasy, un genre pourtant exploité jusqu’à la nausée, Stevenson s’en tire admirablement en proposant une variation à la vitalité imparable. Anachronismes assumés, dérision, héroïsme à contre-courant, la formule est d’une efficacité redoutable. Utilisant à merveille l’énergie de son personnage-titre, l’auteure parvient à surprendre et relancer l’intérêt de son intrigue tout au long des 260 pages. Et si le dessin et la mise en scène se montrent assez simples à la lecture des premières pages, l’ensemble ne manque pas de se raffiner au fil de l’histoire. Noelle Stevenson signe ici une première œuvre épatante, réussite manifeste d’une auteure qu’il faudra suivre de près. (SC)

Perles & Pirates: Une histoire de perles… et de pirates, Clotha et Zaoui, 2015, Casterman, 128 p., 9782203058187*

Tout le royaume est convié à la grande fête donnée en l’honneur du Gouverneur Cortez qui aurait, paraît-il, débarrassé la région du dernier des pirates: le grand Mortimer McKinley. Mais c’est sans connaître l’existence de ses cinq filles, toutes piratesses elles aussi, fières, téméraires et prêtes à tout pour se forger une solide réputation. S’emparant du navire de Cortez et du célèbre canon de Charles-le-turc, elles viendront délivrer leur papa du cachot, car lui seul possède, évidemment, le secret de la cachette du fabuleux trésor. Variation sur un thème déjà hyper exploité – le récit de piraterie – mais pour la première fois en bande dessinée, version féministe! Les clichés sont détournés, le ton humoristique très ironique et les nombreux retournements de situation rafraîchissent vraiment le genre. Le tout est réalisé dans un dessin magnifiquement simple et rehaussé de jolies couleurs acidulées. Une perle! (HB)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

 Des filles de ma connaissance, Kwon Yong-deuk, 2015, Atrabile, coll. « Sang », 188 p., 97828892303108*

Yong-deuk raconte, dans ce recueil d’histoires courtes, son questionnement sur l’amour et ses rapports romantiques avec les femmes. Auteur coréen se spécialisant surtout dans le récit à teneur autobiographique, il adopte rapidement, dans ses mémoires dessinées sur une dizaine d’années, un ton de plus en plus intime et dramatique pour partager les moments difficiles de sa vie sentimentale. Ne craignant pas de passer pour un « loser », il expose ses pires tourments, ses malaises, ses désillusions ainsi que sa difficulté supplémentaire d’être un auteur de manhwa pauvre, solitaire et paumé. Tout cet étalage a le pouvoir de rendre sa voix unique et terriblement touchante. (HB)

 En enfer avec Dante, Michael Meier d’après Dante Alighieri, 2015, Casterman, 132 p., 9782203095656*

En enfer avec Dante se veut une adaptation assez libre de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Avec une distance, une légèreté et un anachronisme totalement assumés, Michael Meier modernise ce chef-d’œuvre épique de la littérature médiévale avec un dessin et un humour résolument contemporain. L’auteur s’approprie le texte original à sa manière et fait de son protagoniste principal, Dante, un hipster branché parcourant les sept cercles de l’enfer. Son guide, l’écrivain Virgile, qui a pris la forme d’un chacal roux, lui donne les diverses explications des tourments auxquels sont soumises les différentes victimes de Lucifer. C’est non seulement une excuse pour s’amuser avec un classique, mais aussi une manière de se défouler sur les différents personnages historiques et actuels dont Hitler, Berlusconi, et tant d’autres. Étonnamment, la bande dessinée de Meier demeure une excellente adaptation, et un divertissement hors pair. (BN)

Tumultes, Hugues Micol, 2015, Cornélius, coll. « Pierre ». 288 p., 9782360810987*

Comment résumer Tumultes d’Hugues Micol de façon cohérente tout en lui rendant justice? On pourrait parler de son dessin pseudoclassique, mais avec un certain décalage étrange, difficile de percevoir d’un premier abord, et qui finit par flatter l’œil d’une page à l’autre. On pourrait tenter de la replacer dans l’œuvre éclectique de Micol, qui s’en sert pour donner une origine à son diptyque (3 et Séquelles) bien qu’il se lise de manière indépendante. On pourrait aussi tenter de résumer son intrigue sinueuse, éclatée, hallucinogène et vaguement surréaliste, mêlant les enquêtes policières à divers mythes et monstres géants. On pourrait également tenter d’en rendre l’atmosphère en comparant cet OVNI de la bande dessinée à d’autres artistes qui s’en approchent comme David Lynch ou Jack Kirby. Malheureusement, on risquerait de ne faire rien de plus qu’en effleurer la surface. Il semble que la seule option qui vous reste, c’est de lire Tumultes le plus tôt possible. (BN)

Murderabilia, Alvaro Ortiz, 2015, Rackham, 108 p., 9782878271874*

Malmö, jeune vingtaine et glandeur invétéré, rêve de devenir écrivain sans y mettre d’effort. Son ronron quotidien sera bouleversé le jour où il héritera des deux chats de son oncle décédé d’une crise cardiaque et éventré par ses félins. Approché par un collectionneur d’artefacts macabres vivant dans un bled perdu, il trouvera l’inspiration… et l’hommerie. Déjà remarqué en 2013 avec Cendres, Alvaro Ortiz continue à se jouer des codes du polar et tisse une fable cruelle sur la nature humaine en utilisant des teintes douces qui tamisent l’indicible. (RSH)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.
 * Commandez ces albums via notre site monet.leslibraires.ca en cliquant sur les titres sélectionnés.

30 juin 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mai

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – ADULTES

André le Géant: La vie du Géant Ferré, Box Brown, 2015, La Pastèque, 240 p., 9782923841663*

Cette excellente biographie en bande dessinée retrace la vie du fameux lutteur André le Géant, mais pas uniquement. En véritable passionné de la lutte, l’auteur nous livre aussi certains secrets de ce curieux sport/spectacle, et l’ensemble s’avère très surprenant. Nul besoin d’être intéressé par la lutte pour être captivé par ce récit. On y découvre divers aspects de la vie privée d’André : sa relation avec Hulk Hogan, son attachement à son sport, et toutes les difficultés liées à sa grande taille. Une taille surhumaine due à une maladie, l’acromégalie, qui lui valut de nombreuses douleurs à la fin de sa vie. Avec un trait franc et une narration fluide, cette bande dessinée parvient sans mal à rendre son sujet très attachant. (SC)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Cigish ou Le maître du je, Florence Dupré la Tour, 2015, Ankama, coll. «Label 619 », 303 p., 9782359103809*

Florence vit une crise existentielle : elle vient de rompre, se retrouve en garde alternée avec des enfants affreux et son activité d’auteure de BD est au plus bas. À vrai dire, elle n’en peut plus d’elle-même : ennuyeuse, trop gentille, elle se fait marcher dessus par tout le monde. Soudain, en pleine messe, la voilà prise d’une illumination mystique : elle décide d’incarner son ancien personnage de jeu de rôles favori, Cigish Hexorotte, un nain nécromancien, un personnage du MAAAL. Sa vie, elle l’envisage désormais comme une aventure, obéissant à sa vieille fiche de personnage. – L’éditeur

Deux frères, Gabriel Bá et Fábio Moon d’après Milton Hatoum, 2015, Urban Comics, coll. « Urban Graphic », 240 p., 9782365776257*

Déjà, avec leur œuvre précédente Daytripper, les frères Fábio Moon et Gabriel Bá nous avaient enchantés. Ils réitèrent ce bonheur avec cette bande dessinée adaptée d’un roman de Milton Hatoum. On est ébloui à la fois par la qualité littéraire, la richesse du récit, et la générosité du dessin. Le noir et blanc, tout en contraste, offre des ambiances somptueuses, de quoi se sentir plongé dans la moiteur de Manaus. Yacoub et Omar sont deux frères jumeaux que tout oppose. Une rivalité au long cours que rien n’apaise, voire qui monte comme une fièvre au fil du récit. Mais c’est finalement la trajectoire de la famille entière qui se dessine, avec ses heurts, ses cicatrices et ses contradictions. On tient ici une bande dessinée superbe, une de celle qui vous laisse quelque chose une fois le livre refermé. (SC)

Le sculpteur, Scott McCloud, 2015, Rue de Sèvres, 485 p., 9782369811244*

Scott McCloud, connu surtout pour ses bandes dessinées théoriques devenues incontournables (L’art Invisible, Faire de la bande dessinée), avait commis aussi ça et là quelques œuvres de fiction, mais rien de traduit en français, et/ou qui ait marqué les mémoires. Cela va changer avec Le Sculpteur, véritable pavé jeté dans la mare du roman graphique. Cette reprise moderne du mythe de Faust, récit-fleuve de presque cinq cents pages, reprend l’idée de Thomas Mann de faire du protagoniste faustien un artiste plutôt qu’un savant. Il s’agit cette fois d’un sculpteur qui se fait proposer d’avoir toutes les dispositions pour laisser sa trace dans l’Histoire en échange de sa vie : il n’a que deux cents jours pour accomplir son chef-d’œuvre. L’histoire est de facture plutôt classique, mais sort des sentiers battus, joue avec les clichés narratifs et utilise astucieusement plusieurs revirements de situation qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur. De même, le dessin est assez conventionnel, mais le trait de McCloud réussit de manière étonnamment efficace à transmettre les émotions intenses que vivent ses personnages. Frisant le mélodrame sans jamais s’y perdre vraiment, cette épopée artistique à plusieurs niveaux s’engouffre dans les relations interpersonnelles, l’amour, la mort, le rôle de l’art dans la société, le milieu professionnel et la vie personnelle, et bien d’autres choses. L’enjeu y est énorme et le résultat amplement satisfaisant. Audacieux projet, à la hauteur de ses ambitions. (BN)

Le rapport de Brodeck T.1: L’autre, Manu Larcenet d’après Philippe Claudel, 2015, Dargaud, 158 p., 9782205073850*

Manu Larcenet, l’auteur de bande dessinée qui n’a plus besoin de présentation, vient à peine d’achever sa série culte, Blast, qu’il se lance dans un diptyque tout aussi prometteur. Basé sur le roman de Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck raconte le récit d’un petit village allemand, hanté par l’Histoire. Les habitants de ce coin perdu en plein milieu d’une campagne rase ont connu la guerre et les camps de prisonniers. Ce traumatisme les a marqués pour au moins une ou deux générations. Le lecteur a accès à des bribes du passé par les souvenirs du narrateur, chargé par les villageois de raconter ce qui est arrivé à l’étranger qui à eu le malheur de les visiter. Brodeck travaille donc sur son rapport officiel, mais aussi sur son journal dans lequel il compte relater les événements véridiques. La pression des locaux, qui souhaitent voir leur culpabilité s’estomper, se fait de plus en plus sentir. À quel récit a-t-on vraiment accès? Le jeu avec les flashbacks, les différentes pistes narratives qui s’enchevêtrent, et les plans contemplatifs qui dissèquent le paysage et les protagonistes sont autant d’outils que Larcenet maîtrise à merveille, et qui donnent un récit à la fois captivant et intrigant. (BN)

La fourmilière, Michael Deforge, 2015, Atrabile, 112 p., 9782889230303*

Il y a deux sortes d’œuvres bizarres. Celles qui essayent trop, dont le sens se fait attendre et nous échappe tellement qu’il donne une forte impression de n’importe quoi. Puis il y a celles qui font l’effet d’une nouveauté absolue, d’une façon inédite de faire de l’art et de raconter une histoire, une œuvre qui va peut-être changer son médium, à jamais, un peu comme celles de David Cronenberg, William Burroughs ou David Lynch. La fourmilière entre dans cette seconde catégorie. Le graphisme, à la fois insolite, unique et hypnotisant de Michael Deforge, est au service d’une histoire de fourmis s’interrogeant sur leur existence et leur rôle dans la colonie, alors qu’une guerre les oppose aux fourmis rouges. Ces dernières, souffrant d’hallucinations féroces après avoir bu du lait d’araignée, sont devenues incohérentes et hors de contrôle. Il y a quelque chose de fascinant dans La fourmilière, que ce soit son récit déjanté ou son dessin renversant qui transforme les mille-pattes en limousines très très longues, les araignées en têtes de chiens renversées à huit pattes, et les fourmis, en sympathiques humanoïdes angoissés. Un récit qu’on ne peut lâcher des mains, et qui se substitue merveilleusement aux drogues dures. (BN)

Kersten, médecin d’Himmler T.1: Pacte avec le mal, Fabien Bedouel et Pat Perna, 2015, Glénat, coll. « Grafica », 48 p., 9782344000588*

Une excellente BD historique sur un autre oublié de l’Histoire : Felix Kersten. Ce médecin d’origine finlandaise, un peu idéaliste, va connaître une vie sans pareil puisqu’il deviendra le médecin personnel d’Heinrich Himmler, le tristement célèbre chef de la SS dans l’Allemagne nazie. Kersten, très professionnel, considère ce patient hors du commun comme n’importe quel autre, mais la réalité de sa situation va rapidement le rattraper et il devra faire des choix qui auront un impact majeur sur sa vie et celle de centaines de personnes. Une biographie qui se lit comme un thriller sur un personnage méconnu et fascinant. À découvrir. (PP)

Clan, Amazing Améziane, 2015, Le Lombard, 96 p., 9782803634989*

Un jeune Yakusa veut transformer l’ordre établi et remplacer son chef. Ambitieux et sans pitié, Saburo, va se lancer dans une véritable guerre contre les anciens de son clan. Malheureusement pour lui, Kodama, le grand chef, possède un atout secret : Shi, un tueur inégalable qu’il garde en prison parce qu’il est vraiment trop dangereux. Une rivière de sang va couler sous les pas de Shi qui, malgré les années passées en prison, reste toujours très attaché aux anciennes valeurs traditionnelles et à son honneur. Le choc entre Shi, véritable samouraï des temps modernes, et Saburo, apôtre de la modernité et du changement, va faire du bruit et personne n’en sortira indemne. Une BD très cinématographique avec beaucoup d’action, un bon moment de lecture. (PP)

MANHUA

 

Après avoir puisé largement dans le catalogue de DC Comics afin de faire connaître des perles inconnues aux lecteurs de langue française, les éditions Dargaud et leur filiale Urban Comics s’associent à l’éditeur chinois Comicfans pour le lancement d’Urban China, une collection vouée à la promotion du manhua contemporain.

Une première salve de quatre titres vient de nous toucher de plein fouet et l’on ne peut que s’étonner devant l’éclectisme et le parti pris graphique sans concession qui nous est présenté.

Avec son dessin minutieux et des ambiances sombres, Bo Lu relate un épisode marquant de l’Histoire chinoise dans 1937, La bataille de Shanghai (9782372590037*). De son côté, la jeune prodige Xia Da laisse libre cours à son style vaporeux dans Little Yu T.1 (9782372590044*), un shôjo empreint de réalisme magique décrivant le quotidien d’une jeune fille dans un village ancestral. Dans La princesse vagabonde T.1 (9782372590013*), Xia Da change de registre avec les péripéties de la jeune Yongning qui tente de venger la mort de sa famille et de reconquérir le trône impérial au VIIe siècle. Et que dire de Hong Kong comics: Histoire du manhua (9782372590020*), un essai sur la bande dessinée hongkongaise du XXe siècle agrémentée d’une foule de couvertures et de planches.

Quatre autres nouvelles séries et un récit autobiographique paraîtront d’ici décembre, pour notre plus grand bonheur. (RSH)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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28 avril 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mars

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

A Silent Voice T.1, Yoshitoki Oima, 2015, Ki-oon, coll. « Shonen », 183 p., 9782355927713*

Première œuvre de cette jeune mangaka, A Silent Voice a rapidement créé dans son pays un tel engouement que la série a décroché la première place au palmarès des lecteurs devant L’Attaque des Titans. Elle s’est également hissée au sommet d’un jury de 79 éditeurs japonais comme étant le manga de l’année 2014 et son adaptation en animé est déjà annoncée. L’intrigue est centrée sur le handicap de Shoko, malentendante transférée dans une nouvelle école, et de ses rapports difficiles avec son persécuteur Shoya, le leader de la classe, qui la compare à une extraterrestre. Il fera d’elle l’objet de ses agressions psychologiques puis physiques. L’une des meilleures lectures sur le thème de l’intimidation, ce manga nous présente le point de vue du bourreau et nous fait vraiment ressentir le rejet qu’il subira à son tour. Il met en lumière son combat pour survivre à la culpabilité et aux conséquences de ses actes. Série complète en sept volumes. (HB)

Le grand méchant renard, Benjamin Renner, 2015, Delcourt, coll. « Shampooing », 183 p., 9782756051246*

Face à une ferme qui ne le prend pas au sérieux, un renard chétif et peureux cherche à retrouver sa place au sommet de la chaîne alimentaire, sans grand succès. Le loup, qui l’impressionne autant qu’il l’intimide, lui suggère que les œufs sont beaucoup plus faciles à voler que des poules. Le renard vole donc les œufs, les couve, les fait éclore, et devient maman dans le temps de le dire. Cet album aux personnages aussi charmants que drôles suit l’impossible quête d’un renard qui tente malgré toute son innocence et sa bonté de cœur d’être le méchant de l’histoire. (BN)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Saru, Daisuke Igarashi, 2015, Sarbacane, 440 p., 9782848657608*

Cette épigraphe, citant une prédiction de Nostradamus, nous laissait déjà présager un récit à saveur apocalyptique, mais ce serait bien mal connaître Daisuke Igarashi que de croire qu’il allait s’en tenir à ce genre généralement assez convenu. Revisitant son idée déjà explorée en quatre courtes histoires dans Sorcières, cet auteur atypique et visionnaire – une sorte d’heureux croisement entre Miyazaki et Jodorowsky – s’attaque, dans ce manga volumineux, à développer le thème de l’élu qui aurait pour mission de réconcilier les deux grandes forces opposées de l’univers, de façon à rétablir le fragile équilibre du monde. Lecture envoûtante combinée à un visuel élégant, l’auteur de la cultissime série Les enfants de la mer démontre encore une fois sa grande érudition, mariant religions, légendes et récits mythologiques dans cette nouvelle œuvre profonde qui s’emploie à célébrer le caractère magique et sacré de la vie. (HB)

L’Enterrement de mes ex, Gauthier, 2015, 6 pieds sous terre, coll. « Plantigrade », 160 p., 9782352121107*

Dès ses premiers émois amoureux, Charlotte semble naturellement attirée par les filles. Si elle vit ses premiers sentiments comme des évidences, les difficultés ne tardent pas à apparaître, que ce soit ses propres questionnements ou le regard oblique des autres. Bien plus qu’un simple parcours sentimental, ce livre aborde la question de la découverte de son orientation sexuelle avec une sensibilité remarquable. L’auteure de La peau de Lapin, confirme là encore, son talent de conteuse. La narration est impeccable de fluidité et parvient à transmettre l’intime, sans jamais s’enliser dans les lourdeurs de l’introspection. (SC)

At Work, Dylan Horrocks, 2015, Casterman, 187 p., 9782203089259*

Pas de long récit ici, mais plutôt une succession d’histoires courtes. Réalisés entre 1986 et 2012, ces travaux de Dylan Horrocks offrent une perspective passionnante sur l’imaginaire de l’auteur. Rappelons que, jusqu’ici, le lectorat francophone n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. On connaissait Dylan Horrocks pour son roman graphique culte Hicksville, mais rien d’autre n’avait été traduit en français. De sorte que pour les lecteurs francophones, Horrocks est longtemps resté l’auteur d’une seule œuvre. Avec la sortie de Magic Pen et de At Work, le mal est enfin réparé. Depuis ses œuvres de jeunesse, à ses travaux les plus récents, on découvre avec bonheur la richesse de l’univers de Horrocks, où la grande variété narrative qu’il déploie rappelle à tous que la bande dessinée peut tout raconter, et de toutes les manières. C’est sans doute là le Grand Ingrédient de l’œuvre de cet auteur : sa foi incroyable pour la bande dessinée. (SC)

The Wake, Sean Murphy et Scott Snyder, 2015, Urban comics, coll. « Vertigo Deluxe », 240 p., 9782365774208*

L’horreur et la science-fiction sont des genres assez polyvalents, mais il n’est pas donné à tous de combiner les deux de manière efficace. Scott Snyder (American Vampire) et Sean Murphy (Punk Rock Jesus) font équipe pour produire un bijou qui accomplit la rare prouesse d’égaler des œuvres iconiques comme Alien de Ridley Scott et The Thing (L’Effroyable chose) de John Carpenter. Une biologiste sous-marine est interrompue dans son travail pour rejoindre une équipe secrète dans une base située dans les profondeurs de l’océan afin d’investiguer un mystère qui a de quoi surprendre les plus éminents anthropologues, biologistes et mythologues de ce monde. La grande beauté de ce récit à la fois effrayant, intriguant et déjanté est qu’il étonne à chaque page. On a beau penser savoir où nous amène le fil narratif, on continue à être surpris jusqu’à la fin. Et c’est une belle surprise. (BN)

Panthère, Brecht Evens, 2015, Actes Sud, coll. « BD », 126 p., 9782330036805*

Après deux bandes dessinées visuellement impressionnantes (Les amateurs, Les noceurs) Brecht Evens se surpasse à la fois narrativement et graphiquement avec Panthère, un récit sur l’enfance, l’imagination et la séduction. L’histoire commence quand la petite Christine perd son chat. Le prince Panthère vient la consoler en l’amusant avec les récits fabuleux de son pays magique. Lentement s’installe un jeu de chat et de souris. L’apparence du félin change à chaque case comme pour parfaitement s’adapter aux phrases qu’il prononce, ce qui accentue son charme. Ça débute comme un livre jeunesse, mais qui sombre tranquillement dans le malaise, émotion que Brecht Evens maîtrise de mieux en mieux. Un peu comme un Alice au pays des merveilles cruel, Panthère séduit par sa virtuosité et dérange par son propos. Un mélange étrange mais qui fonctionne à merveille. (BN)

Une tête bien vide, Gilbert Hernandez, 2015, Atrabile, coll. « Ichor », 119 p., 9782889230280*

Une tête bien vide commence comme la suite du Saison des billes, l’excellent récit pseudo-autobiographique de Hernandez, mais très rapidement, le récit de la jeunesse d’un jeune garçon des années soixante, hantée par des visions hallucinantes, devient un album autonome sous la forme de l’histoire de la vie complète d’un homme, qui se laisse aller au fil du temps et des modes. On s’attarde surtout sur son adolescence des années 70 et 80, pendant laquelle il découvre la rébellion en même temps que la musique punk. Mais c’est bien plus qu’un roman d’apprentissage. Une tête bien vide est en fait bien le contraire : de son plus jeune âge, jusqu’à sa vieillesse, on est témoin de la vie d’un homme plutôt passif devant tous les événements qui chamboulent son existence. Sa position, et rétrospectivement celle du lecteur, est donc remise en question. Une belle preuve que le meilleur d’Hernandez n’est pas seulement derrière lui. (BN)

Undertaker T.1: Le Mangeur D’Or, Ralph Meyer et Xavier Dorison, 2015, Dargaud, 64 p., 9782505061373*

Annoncé comme le meilleur western en BD depuis Blueberry, ce fossoyeur plaçait la barre très haute avant même sa sortie. On aurait pu s’attendre à rester sur notre faim et à être déçu. Pourtant les auteurs livrent la marchandise et cette nouvelle série est des plus intéressantes. Le héros, au passé trouble et mystérieux, nous séduit et nous entraîne dans une histoire des plus enlevantes. Un départ lent met en place les personnages et la situation, puis l’action éclate et ne cessera pas jusqu’à la dernière case. On reste dans l’expectative et on attend impatiemment la suite. (PP)

Terra Prime T.1: La Colonie, Philippe Ogaki, 2015, Delcourt, coll. « Néopolis », 117 p., 9782756040547*

Une nouvelle série de science-fiction emballante, Terra Prime nous transporte à bord d’un vaisseau-monde recherchant une éventuelle planète à coloniser. La mission est en cours depuis plus de 250 ans et les dissensions à bord commencent à devenir un sérieux problème. Les passagers sont divisés entre l’idée de rester à bord du vaisseau ou de débarquer sur une planète pour la coloniser. Les tensions vont dégénérer en véritable guerre civile, ce qui aura de graves conséquences sur la colonisation. L’héroïne de la série est une jeune biologiste qui souhaite la colonisation, mais qui désapprouve les méthodes du gouvernement. Elle devra faire face à de nombreux obstacles pour voir son objectif se réaliser. Un premier tome très bien rempli, avec une histoire bien écrite, surprenante et captivante. Vivement la suite! (PP)

Balles Perdues, Jef, Matz et Walter Hill, 2015, Rue de Sèvres, 128 p., 9782369810681*

Des histoires sur les gangsters pendant la Prohibition, il y en a des tonnes. Balles Perdues se démarque par la grande qualité de ses planches et par son héros (antihéros) malgré tout sympathique. Roy Nash s’évade de prison pour accomplir une mission pour le compte de la pègre de Chicago. Il devra retrouver des voleurs qui ont refusé de payer leur part au « syndicat » et qui se sont enfuis avec le magot et la femme que Roy aime. Roy ne fait pas dans la dentelle et sa route se retrouve rapidement truffée de cadavres. Il cherche à accomplir sa mission pour sauver son aimée et pour pouvoir se retirer et fuir toute cette violence. Mais un criminel comme lui peut-il aspirer à la rédemption? (PP)

RÉÉDITIONS

Une série phare qui a contribué à faire de Vertigo la maison d’édition culte qu’elle est aujourd’hui, Preacher (Urban Comics, coll. « Vertigo Essentiels », 9782365775823*) a, par son langage cru, ses personnages grandiloquents et son intrigue fleuve, choqué et séduit il y a plus de vingt ans et demeure encore aujourd’hui l’une des meilleurs séries américaines. Cette réédition avec une nouvelle traduction était plus qu’attendue par les bédéphiles francophones. (BN)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

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© 2007 Librairie Monet