Le Délivré

Archive pour le mot-clef ‘Salon des nouveautés’


29 avril 2016  par nos libraires BD

Bandes dessinées : le choix des libraires

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – JEUNESSE

Simone, joli monstre !, Rémy Simard, 2016, Bayard, 56 p., 9782895797531*

Bande dessinée pour enfant, Simone, joli monstre ! raconte les aventures de Simone, seule humaine dans un monde de monstres. La BD déconstruit savamment des situations de tous les jours que vivent les enfants, avec un trait humoristique qui met en vedette des monstres au lieu des humains et ainsi rend Simone, la petite humaine, l’étrangeté au milieu de cette population. Néanmoins, Simone est acceptée par ses amis monstres, même s’ils la trouvent souvent effrayante – étant, pour eux, l’équivalent d’un monstre pour nous. (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

La poudre d’escampette, Chloé Cruchaudet, 2016, Delcourt, coll. « Les enfants gâtés », 26 p., 9782756075839*

Ce qui saute aux yeux immédiatement, c’est la maestria graphique de Chloé Cruchaudet. On connaissait déjà ses qualités de dessinatrice à l’œuvre dans Mauvais Genre et Ida, pourtant l’artiste parvient encore à nous tirer des « oh » d’admiration avec cette splendide bande dessinée jeunesse. La poudre d’escampette est une véritable invitation au rêve, d’enfants, bien entendu. On y suit le peu téméraire Paul Dubreuil, embarqué malgré lui sur le radeau d’une bande de gamins qui cherchent leur place : un ailleurs… parce qu’ailleurs, c’est peut-être mieux. Cette échappée naïve sur un ruisseau idyllique offre une pure tranche de bonheur. Et vous pouvez, en plus, construire le radeau en papier offert à la fin du livre. (SC)

One-Punch Man T.01, One et Yusuke Murata, 2016, Kurokawa, 189 p., 9782368522257*

L’arrivée de cet antihéros était grandement attendue au Québec. Heureusement, One-Punch Man s’est montré à la hauteur des rumeurs qui l’entouraient. Saitama est un héros complètement blasé : en effet, il est tellement fort que personne ne résiste à ses spectaculaires coups de poing. À la recherche d’un sens à sa vie ennuyeuse, il passe le temps en éliminant des nuisibles. Une bonne dose d’humour est concentrée dans ce premier tome, accompagnée par de bonnes bagarres typiques du genre. (CC)

Omega – Alien mégalo sous contrôle T.01, Tomohito Oda, 2016, Kaze, coll. « Shonen », 194 p., 9782820322807*

Premier volume d’une série de trois mangas, Omega raconte l’histoire d’un extraterrestre surpuissant qui se retrouve malgré lui à répondre à une humaine parce qu’il a été piégé par un autre extraterrestre qui voulait en faire son esclave. Omega est donc coincé sur terre et doit faire ce que Shiho lui demande. Contrairement à Fairy Tail et One Piece, où le rôle principal féminin – Lucy, Nami – est un peu effacé ou faible comparé au protagoniste et tient un peu le rôle de princesse à sauver parfois, Shiho est une fille forte qui tient tête aux garçons de son école ainsi qu’au protagoniste masculin, Omega, même s’il est l’être le plus fort de l’univers. Ce manga n’est peut-être pas tout public – on regarde sous la jupe de Shiho, Omega se fait traiter d’obsédé – mais pour les lecteurs et lectrices de 14 ans et plus c’est excellent. Et puis avec une série en trois tomes, on a un autre avantage face à Fairy Tail et One Piece: l’histoire ne risque pas de traîner et de perdre son essence à la longue. (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADOS

Une aventure des Spectaculaires T.01: Le cabaret des ombres, Arnaud Poitevin et Régis Hautière, 2016, Rue de Sèvres, 54 p., 9782369811831*

Dans le Paris du début du siècle, une troupe d’artistes de cirque sur le déclin se voit proposer une mission particulière : récupérer l’arme secrète inventée par le professeur Pipolet. Il s’agirait d’une arme si terrible qu’elle serait capable d’anéantir une armée entière. En utilisant diverses inventions farfelues du professeur, nos artistes devront s’improviser superhéros chargés de sauver le monde. La fantaisie qui anime ce récit de bout en bout est d’une réelle efficacité; gaffeurs et souvent inefficaces, nos héros ne parviennent jamais vraiment à cet héroïsme bien peigné que le récit tente de leur faire atteindre. Une comédie d’aventure rythmée et habilement tissée. (SC)

Underwater: Le village immergé T.01, Yuki Urushibara, 2016, Ki-Oon, coll. « Latitudes », 246 p., 9782355929410*

Au milieu d’une ville privée d’eau, Chinami s’effondre suite à un entrainement trop poussé. Elle se réveille dans un village inconnu, mais vaguement familier, où la pluie tombe sans cesse. Elle y rencontre un jeune garçon et un vieil homme. En racontant cette aventure à sa famille, elle lève peu à peu le voile sur cet endroit mystérieux, situé entre le réel et l’imaginaire. On retrouve dans ce manga une agréable poésie, sans toutefois perdre de vue des problèmes plus actuels. (CC)

Roger et ses humains T.01, Paka et Cyprien, 2016, Dupuis, 86 p., 9782800164199*

Roger est un robot créé par l’armée pour être une arme, mais comme l’ingénieur travaillant sur ce projet ne veut pas de ce destin pour Roger, il le cache chez Hugo, son fils. Hugo et sa petite amie adoptent Roger même si telle n’était pas l’intention principale de l’ingénieur. Ne connaissant pas Cyprien d’avance, c’est à l’aveugle que je me suis plongée dans sa bande dessinée. Je n’ai rien regretté. L’humour noir et sarcastique de Roger le robot qui ne peut pas mentir, mais qui est très susceptible, doublé des vannes de la petite amie d’Hugo fait de Roger et ses humains une BD très drôle. Les dessins simples sont accrocheurs. À travers ce format humoristique sont tout de même traités des sujets sociaux tels que le ridicule de la télé-réalité, l’omniprésence de la technologie, le chômage chez les artistes, l’avancement professionnel et le danger du développement d’armes surpuissantes. (CH)

Heartbeats T.01, Risa Konno, 2016, Panini Manga, coll. « Shojo », 192 p., 9782809453508*

La déléguée de classe, Tsukasa, et le nouvel élève, Arima, deviennent meilleurs amis dès l’arrivée de celui-ci. Tsukasa développe toutefois des sentiments un peu différents envers Arima et se fait rejeter lorsqu’elle lui avoue son amour. Ne se laissant pas démonter, Tsukasa lui promet de ne pas jeter l’éponge et d’attendre qu’il partage ses sentiments. À priori un shojo (manga pour filles) tout ce qu’il y a de plus classique – voire cliché – celui-ci se démarque par l’immense impression de douceur qu’il dégage. Le style de dessin fait beaucoup penser à celui d’Io Sakisaka, auteure de Strobe Edge et Blue Spring Ride, et l’histoire est tout aussi attirante que celles de ces autres mangas. Les efforts incessants de Tsukasa font d’elle un personnage tout à fait attachant et ses moments de faiblesse passagers la rendent humaine. (CH)

Spider-Gwen T.01, Jason Rodriguez et Jason Latour, 2016, Panini Comics, coll. « 100% Marvel », 112 p., 9782809453690*

Gwen Stacy est mordue par une araignée radioactive et elle développe des pouvoirs fantastiques. Elle prendra conscience des responsabilités que ces pouvoirs lui imposent lorsqu’elle sera témoin de la mort de son ami Peter Parker. Elle devra éviter les pièges tendus par Frank Castle, le nouveau chef de police qui cherche à l’accuser de ce meurtre, ainsi que résister à la tentation de devenir une super-criminelle aux ordres du Caïd et de Matt Murdock. On revisite l’univers Marvel dans cette nouvelle BD qui mélange les cartes et donne de nouveaux rôles à plusieurs personnages connus. Un univers parallèle vraiment intéressant et rafraichissant par son inventivité. Vive Spider-…Woman! (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

La vraie vie, Grégory Mardon et Thomas Cadène, 2016, Futuropolis, 131 p., 9782754812085*

Mardon et Cadène, l’alliance de ces deux auteurs ne pouvait que nous enthousiasmer, tant ils ont su jusqu’ici proposer des œuvres de qualités. Jean est un trentenaire célibataire. Sa vie est simple. Il travaille en tant qu’employé de mairie, et le soir, son ordinateur lui tient compagnie : Internet, sites d’infos, sites pornos, Tweeter, podcast, jeux en ligne, etc… Jean vit sereinement la vie moderne, en homme de son époque. Évidemment, ça éveille des perplexités; la vie sur les écrans, ce n’est pas la vraie vie, bien sûr. Mais… Et si, en dépit des apparences, la vie avec Internet, c’était la vie quand même? Avec ce récit surprenant et touchant, Cadène prouve une fois encore qu’il sait parler de l’air du temps avec beaucoup de crédibilité. (SC)

Breizhskin, Craoman et Dav Guedin, 2016, Ankama, coll. « Label 619 », 92 p., 9782359108903*

Trois jeunes skinheads désireux de gagner leurs premiers galons de nazillons partent à la rencontre d’une sommité locale du mouvement fasciste. Au lieu d’un modèle duquel ils pourraient s’inspirer, ils trouveront un skin fou dangereux, qui n’hésitera pas à les mettre à l’épreuve, voire les mettre en danger. Livrés à cette brute sans limites, leur weekend va tourner au cauchemar. Les faits (présentés comme étant inspirés de situations réelles) sont hallucinants. La violence qui y est évoquée est stupéfiante de gratuité. Pour autant, il ne s’agit pas d’un livre qui ne serait que brutalité. Le dessin colle idéalement au sujet, l’ensemble est impeccable de cohérence et, au passage, soulève intelligemment la question de la recherche d’identité, de volonté d’appartenance à un groupe, quand on est un jeune adulte un peu paumé. (SC)

Juliette: Les fantômes reviennent au printemps, Camille Jourdy, 2016, Actes sud, coll. « BD », 240 p., 9782330057510*

Fatiguée de sa vie parisienne, Juliette retourne dans sa ville natale pour quelque temps. Elle y retrouve sa mère débordante d’énergie, son père retraité à la dérive, et sa sœur qui trompe son mari tous les jeudis avec un amant déguisé en loup, en lapin, en fantôme… Camille Jourdy nous avait déjà séduits avec Rosalie Blum, œuvre adaptée au cinéma par Julien Rappeneau en 2016. Avec Juliette, on retrouve la même ambiance, le même charme, faits d’un quotidien ronronnant traversé de quelques éclairs de fantaisie. Et là aussi, l’auteure met en scène cette France provinciale avec un naturel confondant, grâce à un sens du dialogue et de la situation qui sonne juste en permanence (mention spéciale pour les décors, qui sont d’une force d’évocation quasi émouvante). Cette comédie subtile sait créer de vrais moments de drôlerie, où chacun est un peu clown à sa manière : une vraie petite perle. (SC)

L’Oiseau bleu, Takashi Murakami, 2016, Ki-Oon, coll. «Latitudes», 209 p., 9782355928857*

La vie parfaite de Yuki vole en éclats au moment où la voiture familiale sort de la route. Son fils décède sur le coup, et comme si ce drame n’était pas suffisant, son époux se retrouve hospitalisé pour une longue période. Un homme vieillissant doit faire le deuil de ses souvenirs et accepter sa maladie, malgré les autres dont la vie continue. L’oiseau bleu, partagé entre ces deux récits fondamentalement reliés, nous raconte l’histoire de deuils profondément différents. La plume de Takashi Murakami est empreinte de sensibilité et d’espoir, autant dans le dessin que dans le texte. On referme ce manga presque à contrecœur, comme lorsqu’on quitte un vieil ami. (CC)

Championne du monde de flippette: Manuel de survie à l’usage des angoissées et autres anxieuses, Gemma Correll, 2016, Jungle, 109 p., 9782822213226*

Championne du monde de flippette est une bande dessinée qui dépeint les mésaventures des femmes qui sont trop anxieuses dans la vie. Certaines pages comportent des faits qui sont probablement arrivés à toutes les filles ou femmes, anxieuses ou non, alors que d’autres pages exagèrent certaines absurdités de notre société d’aujourd’hui. Je me suis reconnue dès la page 9. Je m’attendais à avoir de la difficulté à être touchée par cette bande dessinée puisqu’elle provient de France et que nous n’avons pas exactement le même mode de vie ou les mêmes expressions, mais au final, c’est généralement facile à comprendre et à y voir une réflexion de soi-même. On ne peut évidemment pas se reconnaître dans toutes les pages puisque la bande dessinée se veut en partie une exagération, mais certaines pages donnent envie de s’exclamer « Oui, c’est tellement moi, ça! » Si quelques gags tombent tout de même à l’eau à cause des différences culturelles, on reste avec le sourire aux lèvres du début à la fin. (CH)

Birthright T.01: Le retour, Andrei Bressan et Joshua Williamson, 2016, Delcourt, coll. « Contrebande », 144 p., 9782756069968*

L’histoire commence par un événement tragique, Mickey un jeune garçon qui s’apprête à fêter ses dix ans, disparait sans laisser de trace alors qu’il jouait dans un parc avec son père. La famille va vivre une année infernale et sera détruite par cet événement, le père est même soupçonné d’avoir tué son fils. Un an après sa disparition, la famille est convoquée par la police pour rencontrer un étrange personnage. Il prétend être Mickey, mais il a visiblement entre vingt et trente ans et il a l’allure de Conan le barbare. Une histoire très bien construite qui mélange les éléments classiques de la fantaisie en y ajoutant plusieurs innovations originales. Un grand plaisir de lecture. À découvrir. (PP)

Sykes, Armand et Pierre Dubois, 2016, Lombard, coll. « Signé », 78 p., 9782803632268*

Un nouveau western dans la collection Signé au Lombard. « Sentence » Sykes est un marshall réputé et craint, il travaille parfois aux limites de la légalité, mais quand il se lance à la poursuite d’un criminel, il attrape toujours sa proie. Ce personnage froid, méticuleux et efficace va devoir affronter un de ses plus grands défis en pourchassant une bande de tueurs sans pitié pour aider un jeune garçon à se venger. Les dessins sont somptueux, le scénario solide, venez chevaucher avec Sykes dans cette BD d’une très grande qualité. (PP)

L’été diabolik, Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen, 2016, Dargaud, 160 p., 9782205073454*

Lors de l’été 1967, Antoine a 15 ans et il va vivre une série d’événements étranges qui marqueront sa vie à jamais. Il lui faudra vingt ans pour comprendre et assembler toutes les pièces du puzzle, mais il finira par comprendre ce qui est arrivé à son père lors de cet « été diabolik ». Un style graphique époustouflant et un scénario hyper bien ficelé, que demander de plus! Une œuvre originale, superbe et prenante. L’album garde ses secrets jusqu’aux toutes dernières pages pour notre plus grand plaisir, attention : chef d’œuvre! (PP)

 

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Cynthia Couture, Christina Huard, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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5 janvier 2016  par nos libraires jeunesse

Littérature jeunesse : la crème de décembre 2015

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en littérature jeunesse passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces nouveaux titres et nouvelles séries, question d’aiguiser votre appétit livresque…

ALBUMS

Le plus beau numéro du monde, Roy MacGregor, ill. de Geneviève Després, Éditions de la Bagnole, 32 p., 9782897141622*

Je vous confesse aujourd’hui quelque chose que je n’avoue pas souvent, car c’est au Québec presque un crime : je n’aime pas le hockey. Même si ma mère y a longtemps joué et que mes parents le suivent tout au long de la saison, je ne m’y suis jamais intéressé. Alors si je vous dis que cet album m’a profondément touchée, alors qu’il traite de l’évolution du sport et du port du numéro 9 au fil du temps, c’est qu’il est magnifique. Cette passion commune qui se transmet de génération en génération permet de faire comprendre aux plus jeunes fans de ce sport les changements sociaux qui ont eu lieu entre l’époque du Rocket et aujourd’hui, notamment la création d’équipes de filles. À voir, qu’on soit fan de hockey ou pas! (C. Bond)

En forêt, Maria Dek, Marcel et Joachim, 46 p., 9791092304138*

Hommage aux marches en forêt et aux aventures qu’elle contient, cet album nous remémore cette époque où tout lieu devient un espace de jeu quasi infini. Tour à tour minuscule et immense, action et contemplation, la forêt s’épanouit durant toute la journée, et même la nuit. Ce livre est à offrir sans modération aux amoureux de ballades boisées. (C. Bond)

Réveille-toi Raymond!, Anne Crausaz, Memo, Collection « Tout-petits memômes », 46 p., 9782352892700*

Si vous ne connaissez pas Raymond l’escargot, voici votre chance. Sous un ton humoristique, une histoire qui nous rappelle que parfois nos peurs ne sont, en vérité, que de mauvais rêves. La réputation d’Anne Creusaz n’est plus à faire, le texte appuie impeccablement les illustrations simples, mais combien colorées et éloquentes. (S.D.)

Le Souffleur de Rêves, Bernard Villiot, ill. de Thibault Prugne, Gautier-Languereau, 36 p., 9782012202801*

Un souffleur de verre vénitien autodidacte, surnommé « Il Ballarino » en raison d’une blessure qu’il porte à la jambe, est si talentueux qu’il crée de merveilleux rêves, bien qu’il n’ait aucun atelier à son nom : il emprunte un atelier différent chaque soir pour pratiquer son art. On trouve dans ce récit tout le spectre de l’humanité entre la méchanceté et la beauté infinie de l’amitié et de l’enfance, le tout accompagné d’illustrations qui font, évidemment, rêver à Venise. (C. Bond)

Une rivière, Marc Martin, Circonflexe, Collection « Aux couleurs du monde », 32 p., 9782878337983*

D’une simplicité et d’une poésie sans nom, cet album nous fait traverser ville, campagne, océan, mais surtout imaginaire : jusqu’où suivrons-nous la rivière que l’on voit par la fenêtre de notre chambre? Plus on s’éloigne de la ville, plus on voit se déployer la grandiose nature imaginée par la narratrice. À lire absolument pour s’émerveiller de l’étendue de l’univers à partir d’un simple cours d’eau. (C. Bond)

Chez nous, Carson Ellis, Hélium, 40 p., 9782330052652*

Carson Ellis, qui a également illustré les Chroniques de Wildwood de Colin Meloy, nous fait maintenant visiter une panoplie de jolies maisons sous l’eau, sous la terre, des maisons-chaussures… Une pléthore de jolies demeures, réalistes ou imaginaires, qui nous aide à saisir un peu plus l’imagination de l’illustratrice. De belles maisons pourront naître dans les esprits des lecteurs et, pourquoi pas, dans leurs cahiers de dessins? (C. Bond)

Où est mon étoile?, Satoe Tone, Nobi Nobi, 36 p., 9782373490107*

Il existe peu d’albums qui traitent des thèmes de la mort et du deuil qui peuvent convenir pour parler de la mort de n’importe quel être cher. La majorité d’entre eux se penche plus sur la mort des parents, des grands-parents, etc. Satoe Tone a plutôt choisi de raconter la perte, incommensurable, d’un « être cher », qui peut autant convenir pour parler de la mort d’un parent, d’un grand-parent, mais également d’un ami, d’une petite sœur, d’un camarade de classe… Avec une douce tendresse, la petite souris de rouge vêtue cherche sans arrêt l’étoile en laquelle s’est transformé son être cher. Cet album met des mots justes et poétiques sur la perte, mais également sur l’omniprésence de l’amour qu’ils partageaient. Des illustrations imprégnées de l’art japonais, emplies de détails délicats, rendent ce livre aussi précieux qu’un souvenir heureux. (C. Bond)

Les robes de la reine, Vavoute, ill. par l’Atelier SAJE, Marcel et Joachim, 20 p., 9791092304121*

Comme tout ce que Marcel et Joachim éditent, ce livre est spectaculaire. Des illustrations simples, mais efficaces, une pincée de fantaisie et, dans ce cas précis, des animations captivantes! On a envie de porter toutes les robes créées par la reine pendant sa semaine de solitude, surtout celle faite en gâteau! Ici, ce n’est pas l’histoire qui compte autant que le design des robes, avouons-le! (C. Bond)

Les coulisses du livre jeunesse, Gilles Bachelet, L’Atelier du poisson soluble, 42 p., 9782358710855*

Gilles Bachelet nous offre ici un hommage décalé aux figures marquantes de la littérature jeunesse. De Babar au poussin Blaise, en passant par les trois brigands d’Ungerer ou encore Charlie, chaque scène est une occasion d’éclater de rire. Pour les plus curieux, la liste des personnages se trouve à la fin. Un petit album à lire absolument! (P.-A. B.)

La princesse aux perles, Mary de Morgan, ill. d’Anne-Yvonne Gilbert, des Éléphants, 64 p., 9782372730105*

Sous cette magnifique couverture se cache un conte bien noir et très cruel! Exit la douce princesse qui se languit de son prince, enfermée dans la plus haute tour du donjon. Ici, la princesse est méchante et ne doit sa beauté qu’à la magie. Mary de Morgan nous présente une histoire qu’on dirait reprise du corpus des frères Grimm, écrite dans une langue aussi travaillée que le collier de perles de la princesse. Les magnifiques illustrations d’Yvonne Gilbert rehaussent admirablement le récit et font de cet album un objet de toute beauté. Voici un conte qui n’est clairement pas pour les enfants sages! (P.-A. B.)

Je suis une fille!, Yasmeen Ismail, Milan, coll. « Albums », 36 p., 9782745976079*

Cet album devrait être une lecture obligatoire à l’école! Yasmeen Ismail réussit à déconstruire tous les clichés associés aux filles avec un humour et une bonne humeur contagieuse. Les illustrations naïves aux couleurs vives viennent ajouter une touche de folie à un texte intelligent et entraînant. Un livre incontournable à mettre entre toutes les mains, que ce soit celles de filles ou de garçons! (P.-A. B.)

Le dernier arbre, Ingrid Chabbert, ill. de Guridi, Frimousse, 36 p., 9782352412519*

Imaginer la ville sans espace vert, voilà une pensée déprimante… Que serait-elle sans ses parcs et ses cours remplies de fleurs? Ingrid Chabbert et Guridi nous montrent cette éventualité avec sensibilité et sans clichés. Un bel album sur la disparition de la flore en milieu urbain et sur les rêves d’après-midi à se rouler dans l’herbe! (C. Bond)

ROMANS

Arena 13 T. 1, Joseph Delaney, Bayard, 389 p., 9782747058582*

Plongez dans l’univers d’Arena 13, la nouvelle trilogie de Joseph Delaney. De la science-fiction tout en subtilité, qui se rapproche de la fantasy, tout en s’inscrivant directement dans la Rome antique. Des personnages attachants (ou terrifiants!), une intrigue crédible et un univers riche et complexe font de ce premier tome un plaisir de lecture assuré. Vous ne ressortirez pas indemne de votre lecture et vous ne connaîtrez plus de repos avant de connaître la date de parution du tome deux. Allez Monsieur Delaney, ne nous faites pas trop languir! (P.-A. B.)

DOCUMENTAIRES

Animaux sauvages : voyage en terres du sud, Dieter Braun, Milan, 140 p., 9782745974624*

Séparé par continents, ce documentaire présente des illustrations de plusieurs animaux emblématiques de ces terres du sud, parfois accompagnées d’un petit texte expliquant une particularité de l’animal. Par exemple, saviez-vous que le cou de la girafe contient autant de vertèbres que celui de l’humain? Ce livre est à laisser sur la table à café pour que tout le monde puisse observer toute la beauté des animaux sauvages! (C. Bond)

Le tour du monde des bises et des câlins, Laurence Fugier, ill. de Caroline Modeste, Rue des enfants, Collection « Le tour du monde », 31 p., 9782351812488*

Un nouveau titre pour la très bonne collection de l’éditeur Rue des enfants qui nous transporte de pays en pays à la découverte des différentes coutumes et traditions du monde entier. Ici, c’est au tour des bisous et des câlins, indispensables à notre bonheur! On revient sur leur origine et leur évolution dans l’histoire, puis on met l’accent sur les différentes formes de démonstrations d’affection dans de nombreux pays. Ainsi, on peut faire des bisous sur la joue, le front, la bouche, ou avec le nez, mais il faut être prudent, car, dans certaines parties du monde, ils sont réservés aux amoureux ou même parfois interdits en public! Quant aux câlins, ils peuvent être donnés à la famille ou bien à l’occasion de certaines fêtes uniquement! Un livre étonnant et débordant d’amour qui vous donnera envie d’embrasser le monde entier! (Petit plus : la traduction des mots « bisou » et « câlin » dans plus de 20 langues différentes, pour dire des mots doux à votre entourage en tamoul ou en finnois!) (J. L.-B.)

Mondrian : pop-up monumental, Claire Zucchelli-Romer, Palette, 13 p., 9782358321860*

Un pop-up original qui nous plonge en plein cœur de l’œuvre de Piet Mondrian, célèbre pour ses toiles abstraites toutes en couleurs primaires, de noir et de blanc. Les lignes et les couleurs s’intensifient à chaque déploiement. Un incontournable pour les amateurs de Mondrian et les professeurs qui cherchent à faire découvrir les possibilités qu’offre l’art abstrait à leurs élèves. (C. Bond)

Beaux oiseaux, Jean Roussen, ill. d’Emmanuelle Walker, Gautier-Languereau, 52 p., 9782012202863*

Entre documentaire animalier et album avec une chute inattendue, les rimes et les couleurs de ce livre sauront vous enchanter! Les jeunes ornithologues aimeront feuilleter à l’infini ce livre multicolore aux pages mates arborant fièrement leurs aplats de couleur et leurs détails attentionnés comme le paon mâle exhibe ses plumes spectaculaires! (C. Bond)

Les images et les mots, Brigitte Labbé et P.-F. Dupont-Beurier, ill. de Jacques Azam, Milan, coll. « Les goûters philo », 43 p., 9782745976550*

On dit souvent qu’une image vaut mille mots. Mais combien d’images vaut un mot bien choisi? Est-ce que les mots ont le même sens partout dans le monde? Pourquoi est-ce que certains mots peuvent blesser? Ce sont à ces questions et à plusieurs autres encore que répondent Brigitte Labbé et P.-F. Dupont-Beurier dans ce petit ouvrage très bien écrit. Les explications sont appuyées par des exemples pertinents et faciles à comprendre. Bref, ce documentaire est un incontournable à mettre entre toutes les mains! (P.-A. B.)

Harry Potter : La galerie des portraits : Sorciers, Moldus et autres Cracmols, Collectif, Huginn & Muninn, coll. « Ciné TV », 207 p., 9782364803008*

Ce magnifique documentaire s’adresse à tous les Moldus mordus de l’univers cinématographique d’Harry Potter. On y retrouve la fiche descriptive des principaux personnages, ainsi que de nombreuses esquisses préparatoires ou encore des photos de continuité concernant certains éléments précis, comme la cicatrice d’Harry. Un document bourré d’informations, de photographies et de fac-similés qui plaira aux amateurs du plus célèbre sorcier à lunettes. (P.-A. B)

Monumental : records et merveilles de l’architecture, Sarah Tavernier et Alexandre Verhille, Milan, coll. « Atlas », 45 p., 9782745975645*

Que vous soyez amateurs de records ou d’architecture, ce documentaire est pour vous! À l’aide d’une infographie épurée et pertinente, Sarah Tavernier et Alexandre Verhile nous convient à un tour du monde des merveilles architecturales. Chaque continent a sa section propre et les monuments les plus représentatifs ou les plus extravagants de chaque pays y sont décrits à l’aide d’une fiche contenant les informations importantes. Les illustrations sont magnifiques et donnent envie de voyager pour contempler en vrai tous ces trésors architecturaux. Un gros coup de cœur! (P.-A. B.)

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Sélection et rédaction de Caroline Billo, Catherine Bond, Pierre-Alexandre Bonin, Susane Duchesne, Joelle Hodiesne, Juliette Lopes Benites, Aurélie Philippe, Louise Pratte et Sonia Simard.

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10 novembre 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : le choix des libraires

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

Ulysse Wincoop T.1: Le dernier des sioux, Benjamin Bachelier et Marion Festraëts, 2015, Gallimard, coll. « Bayou », 78 p., 9782070655687*

Pendant la tuerie des Sioux de Wounded Knee par la cavalerie, le soldat Jonah épargnera un nouveau-né. Avant de déserter, il confiera le papoose à sa sœur et son mari qui l’élèveront comme leur fils. Rouge de peau, le petit Ulysse ne trompera toutefois personne sur ses réelles origines et grandira en subissant la discrimination de son entourage. Plus tard, jeté hors du foyer, il retrouvera les siens ou le peu qui en reste. Triste témoignage de la difficile cohabitation entre deux peuples pendant la période de la conquête de l’Ouest américain, ce western atypique, bien mieux écrit et documenté que la grande majorité de ceux, très clichés, auxquels les auteurs européens nous ont habitués, traite du déracinement qu’ont dû subir ceux qui vivaient fiers et libres sur leurs terres jusqu’à être exterminés au nom du progrès et de la modernité. (HB)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Cette ville te tuera, Yoshihiro Tatsumi, 2015, Cornélius, coll. « Pierre », 336 p., 9782360810949*

Yoshihiro Tatsumi (1935-2015) a beau être peu connu du lectorat francophone, il n’en est pas moins une figure majeure de la bande dessinée japonaise. Son apport au manga est considérable, à lui seul, il a inventé un genre à l’aube des années 60 : le Gegika. Traitant des thèmes sombres, et des préoccupations adultes, cette rénovation artistique voulait s’éloigner de la naïveté habituelle des mangas de l’époque. Le genre a fait école et s’est, par la suite, installé de façon durable dans le paysage manga. Les 23 histoires courtes (publiées entre 1968 et 1970), qui composent Cette ville te tuera, portent autant les bases du gegika que la griffe de son fondateur : multiplications des cases silencieuses, décor urbain détaillé et strié de hachures, thèmes des histoires sombres, plus attachées aux vices qu’aux vertus des humains, illustrant le désir, la cruauté et la solitude qui mène à la folie, le tout chevillé à un quotidien misérable. Par ailleurs, l’auteur montre une maîtrise avérée de l’art de la dernière case, parvenant à nous surprendre quasi systématiquement en fin de récit. En somme, outre son intérêt patrimonial indéniable, ce recueil vaut aussi pour la qualité de ses 23 nouvelles dessinées par le maitre, décédé au mois de mars de cette année. (SC)

Kid Eternity, Fegredo Duncan et Grant Morrison, 2015, Urban comics, 150 p., 9782365776813*

Kid Eternity reprend un super héros des années 40. Ses pouvoirs lui venaient de l’au-delà et consistaient à devenir immatériel et à invoquer des personnages de la mythologie. Le personnage a été repris et revampé à plusieurs reprises par DC, mais son incarnation la plus intéressante et la plus iconique est celle-ci, scénarisée par Grant Morrison et magnifiquement illustrée par Fegredo Duncan en 1991. Morrison, qui à cette époque a déjà donné une veine existentielle et angoissée à Batman et Doom Patrol, réinvente ici son protagoniste pour en faire le héros métaphysique d’une saga surnaturelle jonglant avec le paradis, l’enfer et la mort. Une reprise de la Divine comédie de Dante, refaite dans l’esprit des séries d’horreur de Vertigo, cette minisérie fait du personnage titre un représentant de la mort venant guider un humoriste mourant jusqu’en enfer. Celui-ci sera témoin, à l’image du lecteur, des terreurs et monstruosités sataniques qui attendent toutes les âmes damnées. La version de Morrison est l’exemple du meilleur de ce qui ce faisait dans les comics de super héros et la preuve que ce médium peut-être bien plus qu’un divertissement écervelé. (BN)

Bedlam T.1: Le Mal, c’est ce que j’ai fait ou ce que je suis? Riley Rossmo et Nick Spencer, Les Humanoïdes associés, 178 p., 9782731657739*

Les bandes dessinées de super héros mettent souvent en scène des individus qui seraient considérés comme particulièrement instables dans la vraie vie. Cet aspect est parfois exploité dans le médium, mais on ne s’est jamais autant attardé à la psychologie du mal, aux ficelles de la cruauté, à ce qui fait tiquer un cerveau malade. Or, le personnage principal est cette fois Madder Red, un psychopathe nouveau genre, un criminel vedette qui ferait passer le Joker pour un petit chiot sans défense. Une fois qu’il est arrêté, il est réhabilité par un docteur tout aussi instable que lui et réintégré dans la société. On l’oublie finalement assez rapidement, jusqu’à ce qu’un autre tueur sadique fasse son apparition. La ville de Bedlam a aussi son super héros, mais ce dernier est un personnage très périphérique. En fait, le focus principal de Bedlam, c’est cette psyché du criminel, l’apparition du mal, et l’archétype du super vilain. Ce n’est pas vraiment une bande dessinée de super héros, mais plutôt une œuvre qui joue très habilement avec les codes du genre. Des comics qui déconstruisent la mythologie des héros en cape, il s’en ait fait des centaines, mais celui-ci sort du lot, justement parce qu’il tente de construire une nouvelle mythologie plutôt que de dévaster l’ancienne. (BN)

R.U.S.T. T.1: Black List, Nesskain et Luca Blengino, 2015, Delcourt, coll. « Néopolis », 143 p., 9782756054414*

La terre est envahie par d’immenses machines organiques qui ont quasiment annihilé l’espèce humaine. Les survivants se cachent dans les douze métropoles et essaient de résister grâce aux R.U., de gigantesques robots biologiques. Malheureusement, le dernier pilote compatible avec un R.U. est tué et l’humanité devra faire appel aux sociopathes de la « black list ». Ces individus sont compatibles avec les R.U. mais instables et dangereux. Le genre humain vit-il ses dernières heures? De la science-fiction comme on en voudrait plus souvent. Un traitement graphique original et un scénario inspiré, voilà un mélange agréable pour un premier tome rempli de rebondissements. (PP)

Grandes oreilles et bras cassés, Nicoby et Jean-Marc Manach, 2015, Futuropolis, 109 p., 9782754812504*

Voici le récit en images d’une enquête menée par Jean-Marc Manach sur un scandale touchant le gouvernement français. L’histoire est surréaliste et si on la présentait comme une fiction, elle serait jugée peu crédible mais pourtant tout est vrai et documenté. L’Élysée a fournit de l’assistance pour la mise en place d’un système d’écoute électronique en Lybie aidant ainsi le régime de Kadhafi à repérer et éliminer ses opposants. Une histoire troublante qui montre les dérives de la politique internationale. Malgré les beau discours, l’argent et la corruption finissent toujours par influencer les décisions des hommes politiques. Une BD à découvrir pour constater à quel point, parfois, la réalité dépasse la fiction. (PP)

BEAUX LIVRES

Vue sur le lac, Blutch, 2015, Dargaud, 183 p., 9782205074642*

Publié à l’occasion de la rétrospective Blutch: Vue sur le lac, présentée au Festival international de bande dessinée de Lausanne en septembre 2015. Considéré par plusieurs comme un des auteurs les plus doués de sa génération, Blutch y était l’invité d’honneur. Cet ouvrage regroupe autant des récents travaux personnels que des illustrations pour divers magazines souvent non retenus ou inédits. (HB)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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