
Dans la lignée de nos questionnaires d’auteur et dans le cadre de notre salon Le crime est à la page, c’est un éditeur de polar qui est notre invité d’aujourd’hui !
Krakoen est une coopérative d’édition ; c’est quoi ?
Des auteurs qui se rassemblent au sein d’une structure associative non lucrative afin d’éditer leurs productions littéraires. C’est ce principe de la coopération entre membres qui préside à la destinée de cette cabane d’édition autogérée. Son projet entend se tailler une petite clairière dans la jungle de la surproduction « livresque » afin de préserver ce qu’on nomme désormais la « bibliodiversité » défendue également grâce aux libraires indépendants et actifs. Krakoen, c’est en quelque sorte une utopie en action qui réussit grâce à l’esprit qui règne en son sein entre les auteurs. En poursuivant sa professionnalisation, en accueillant des écritures non formatées, Krakoen s’installe au sein des acteurs du livre comme une réponse originale.
Comment ça se traduit, concrètement ?
Au cas particulier, l’autoproduction éditoriale bénéficie avec Krakoen du savoir-faire mutualisé d’une coopérative qui place ses auteurs au cœur de la chaîne du livre. Comme les vignerons apportent leurs raisins à la coopérative afin que celle-ci les vinifie et commercialise le vin, des auteurs apportent leurs manuscrits à Krakoen pour en faire des livres. Mais Krakoen sélectionne grâce à son comité de lecture, il ne prend ni les textes trop verts ni ceux de mauvaise qualité. De surcroît, le nombre de coopérateurs ayant une production régulière ne saurait grandir indéfiniment. L’effectif maximal est fixé à vingt auteurs.

Jeanne Desaubry et Max Obione
Et puis c’est qui, Krakoen ?
C’est un collectif dont les membres sont disséminés en France et en Belgique, mais Krakoen est surtout incarné par Max Obione, son créateur, qui la dirige toujours, et Jeanne Desaubry qui assure la responsabilité éditoriale, auxquels s’agrègent des membres en cas de besoin pour accomplir des tâches spécifiques. L’Internet permet de circulariser les documents, et nous partageons collectivement le savoir-faire des uns et des autres (comité de lecture, relecture, etc.)

Quand la maison d’édition a-t-elle été créée ?
Elle a été créée par Max Obione avec deux autres auteurs en 2003. Puis l’information s’est diffusée sur le Net notamment, et rapidement de nouveaux coopérateurs se sont joints au groupe initial en étant cooptés par les devanciers. 2005 marque véritablement le début de Krakoen. En 2010, nous avons célébré nos cinq ans d’existence en éditant Le mystère Krakoen.
Combien de titres avez-vous publiés à ce jour ?
Nous allons atteindre bientôt la soixantaine de titres répartis en trois collections. La principale, la dominante, qui donne sa couleur à Krakoen est consacrée aux polars et romans noirs : « Forcément noir ». La seconde : « Complètement à l’Ouest », pour nos coups de cœur, ni noir ni polar. Enfin la troisième, transversale, destinée à accueillir les petites formes littéraires comme les nouvelles, les aphorismes, etc. : « Court-lettrages ». Nous allons aussi développer une collection jeunesse : « Larpo & Rino ».
Quelle a été votre première motivation pour créer votre propre maison d’édition ?
Les réactions de personnes ayant lu des manuscrits qu’ils regrettaient de ne pas pouvoir retrouver sur les tables des libraires. Le désir de présenter des écritures non formatées, en limite du genre parfois. De faire en sorte que l’auteur ne soit pas dépossédé de tout le processus éditorial proprement dit. Nous pensons qu’il s’agit là de la principale particularité par rapport à d’autres éditeurs.
L’autoédition, quelle différence pour les auteurs ?
L’autoédition, qu’il ne faut pas confondre avec l’édition à compte d’auteur, fait de l’auteur son propre éditeur, ce qui induit la maîtrise de bout en bout de l’édition. C’est un mode qui tend à se développer du fait des nouvelles technologies numériques, mais le piège est la solitude de l’auteur autoédité dans son coin. En littérature, le regard de l’autre est souverain pour s’améliorer. À cet égard Krakoen donne un regard éditorial, un cadre collectif, une visibilité, un catalogue, un site Internet, une professionnalisation et un réseau. Une dynamique de groupe !

Max Obione et le slogan de l'éditeur
À quoi ressemble la reconnaissance de votre travail auprès de la chaîne du livre ?
Quelques indices : quatre de nos auteurs figurent désormais dans le Dictionnaire des littératures policières (sous la direction de Claude Mesplède) ; la revue Crimes de l’année, éditée par la Bilipo (Bibliothèque des littératures policières à Paris), exposant la moisson des meilleurs polars de l’année 2008 a distingué quatre de nos ouvrages ; Scarelife de Max Obione vient d’être nominé parmi les cinq meilleurs polars francophones pour le Trophée 813 (Association des amis des littératures policières). Nombre de nos romans sont sélectionnés pour des prix littéraires, nous sommes cités dans de nombreux médias, et nos polars font l’objet de bonnes critiques, le plus souvent. Nos auteurs sont régulièrement invités dans les salons ou festivals du livre. Même le n° 35 de la revue Alibis, qui paraît au Québec, a publié une critique de Scarelife sous la plume d’André Jacques, c’est dire !
Comment découvrez-vous vos auteurs ?
Par contact personnel direct, après une approche longue d’échanges sur Internet ou une rencontre sur un salon, avant l’envoi du manuscrit. Car Krakoen est un état d’esprit, une aventure collective qui implique chaque membre, tout le contraire d’une « auberge espagnole » ; l’adhésion à ce projet est un préalable essentiel. Actuellement nous sommes au complet. Intégrer plus d’auteurs productifs serait assurément passer à un stade qui mettrait à mal notre fonctionnement autogéré et bénévole.
Quelles sont vos relations avec les autres acteurs de la chaîne du livre ?
On a connu un premier stade d’étonnement et de suspicion (de ricanements aussi !) devant cette formule originale dont le fonctionnement n’était pas compris, au point qu’on a eu du mal au départ à se faire référencer dans les bases bibliographiques. Depuis, notre professionnalisme a levé progressivement les obstacles. Hormis la partie en amont de la sortie d’un livre qui est particulière du fait de notre structure, toute la partie en aval, dès lors que le livre sort des presses de l’imprimeur, nous inclut dans un fonctionnement de maison d’édition classique, au niveau de la distribution par exemple.

La maquette Krakoen
Est-ce que l’objet livre est important à vos yeux et comment le mettez-vous en valeur ?
L’objet livre est très important pour nous ; sa conception et sa fabrication doivent être les plus irréprochables possibles, l’amateurisme est mortel en ce domaine. La correction s’améliore de livre en livres, et si l’on ne peut éviter les ultimes « coquillettes », on tente d’approcher de la perfection. On a beaucoup travaillé l’identification visuelle de notre collection polar avec deux soucis : une charte graphique forte et esthétique en même temps.
Quelle est votre position sur le livre électronique ?
Pas d’objection a priori, difficile d’arrêter un tsunami avec de bons arguments. Cela nécessiterait un grand développement, nous y réfléchissons bien évidemment. Se passer du papier et de toute la logistique qui s’y attache, c’est quelque part une aubaine pour un tout petit éditeur. Mais nous pensons que l’édition papier bénéficiera toujours d’une demande, même si elle devrait amorcer une courbe descendante avec la vieillissement de la population culturellement « élevée à la lecture papier ». On peut d’ores et déjà accéder à quelques-uns uns de nos livres électroniques sur le portail d’I-kiosque. Nous avons également un recueil de nouvelles – collectif Krakoen -, Onze balles perdues, sur Ipod (Caramba ! Publishing). L’époque est exaltante d’un certain point de vue, tant de choses sont à repenser : le rôle de l’éditeur, du libraire, la diffusion et la sélection, l’avenir des salons littéraires, etc.
Des choses excitantes à lire dans un avenir proche ?
Voici nos « à paraître » du premier semestre 2011 :

Putsch, Gérard Streiff, coll. « Forcément noir ».
Moscou, 19/21 août 1991. Alors qu’au Kremlin, un quarteron de politiciens tente un putsch d’opérette, la ville semble déboussolée : une journaliste de Paris Presse est harcelée par un besogneux de la police politique ; un illuminé, adepte de la hache, du vers libre et des mots-tocsin, règle ses comptes à la russe ; un ornithologue libidineux tombe amoureux d’une jeune géante du côté de la Maison Blanche. À l’autre bout du pays, en Crimée, dans une datcha transformée en prison, macèrent, sous le cagna, un Chef d’Etat dépassé, un officier du KGB genre intello torturé, un affairiste qui se sent pousser des ailes, un cuistot tatare au nom pas possible et jamais vraiment revenu d’Afghanistan. Autant de destins qui vont se croiser pour le meilleur et surtout pour le pire. Un vertige noir au temps de l’URSS finissante.

Coup de foehn, Franck Membribe, coll. « Forcément noir ».
Sarah se sent comme un têtard au fond d’un bocal. De regarder le monde à travers une paroi de verre, elle n’en peut plus ! Sa mère l’étouffe. Un séjour linguistique dans le canton de Zurich lui offre une délivrance. La voici propulsée au sein de la toute puissante famille Gründlich. En fait de bouffée d’oxygène, elle respire le fœhn, ce vent helvétique qui rend fou et qui viendra déloger le fantôme de son aïeul disparu en 1943. Aidée de Johann, journaliste local à la jambe raide, dont elle s’éprend furieusement, elle lèvera le voile sur l’un des épisodes des plus sinistres de l’histoire suisse : la neutralité bienveillante et lucrative envers les Nazis.

Nuoc Mâm baby, Jan Thirion, coll. « Forcément noir ».
Des jeunes filles du Sud-Est asiatique sont violées dans le but de les mettre enceintes. Prises en charge par une association caritative de Saïgon, au Vietnam, elles sont envoyées en Europe où on leur promet de s’occuper d’elles et de leurs enfants durant deux à trois ans avant de les ramener dans leurs pays d’origine. Filles et bébés ne reviennent jamais et disparaissent dans la nature. Grâce à un chanteur à succès d’origine vietnamienne et à son ami, un enquêteur dilettante, une terrifiante vérité va se faire jour à Paris. Ce trafic humain touche le show-biz et les élites de la Nation toujours plus avides de sensations fortes. Derrière les façades respectables, Sade n’en finit jamais de faire entendre une atroce petite musique de nuit de Chine, nuit canine.

L’ironie du short, Max Obione, coll. « Court-lettrages ».
Max Obione rassemble ses nouvelles inédites et celles éditées ici ou là depuis la publication de son recueil Balistique du désir.
L’incendie d’Halloween, Jeanne Desaubry, coll. « Larpo & Rino».
Arthur est têtu. On ne lui retirera pas de l’idée que c’est lui qui aurait dû être élu. On a truqué l’élection au conseil municipal des enfants. Qui ? Comment ? Pourquoi ? Avec ses copains Fatou et Indy du CM1, Arthur lance son enquête. Il n’imaginait pas qu’elle l’amènerait à se conduire en héros dans un incendie, ni à se retrouver ligoté dans une cave moisie… Il faut croire aux sortilèges de la nuit d’Halloween.
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Dans le cadre de notre salon du polar, nous avons spécialement fait venir les titres de Krakoen, pas encore distribués au Québec… Sans doute que cela ne saurait tarder !
Le site de l’éditeur Le blogue de Max Obione Le blogue de Jeanne Desaubry
