Le Délivré

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19 décembre 2011  par nos libraires

Noël « autrement » avec Écosociété

En cette période de course aux cadeaux de Noël, la Guignolée nous invite à penser aux plus démunis d’entre nous et à donner, alors que d’autres organismes nous demandent d’éviter de tomber dans le piège de la surconsommation pendant les Fêtes. Un peu dans cette lignée, j’ai voulu revenir sur les difficultés qu’a connues la maison d’édition Écosociété en 2011 pour nous inciter à faire notre part pour aider ce fleuron du monde du livre à la suite de « l’affaire Noir Canada ».

Visés par une poursuite en diffamation, Écosociété et les trois auteurs de Noir Canada en sont arrivés à une entente hors-cour avec la compagnie aurifère Barrick Gold, après trois ans de démêlés judiciaires à forces inégales. La poursuite, que d’aucuns auront qualifiée de poursuite-bâillon (SLAPP, en anglais) et d’attaque à la liberté d’expression, aura grugé énormément de temps, d’argent et d’énergie à la maison et aux trois auteurs, Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher. L’éditeur, pourtant reconnu pour la rigueur de ses essais, aura même eu à payer un montant « significatif » à Barrick Gold, selon les termes de l’entente. Ce montant, non dévoilé, remet-il en question la survie d’Écosociété ? Les réponses demeurent plutôt évasives, ce qui est loin d’être rassurant.

Puisque le sort en est jeté pour « l’affaire Noir Canada », la meilleure façon d’appuyer Écosociété et ses auteurs demeure de lire et d’acheter leurs livres. Après tout, n’est-ce pas Laure Waridel qui nous a convaincus qu’Acheter, c’est voter ? Pourquoi alors ne pas « voter » en glissant un des livres d’Écosociété sous le sapin ? Voici quelques suggestions de titres qui pourraient animer les discussions autour de la dinde !

La politique « autrement »

Tout le monde est d’accord : il faut faire de la politique autrement. On ne peut être contre la tarte aux pommes… Mais derrière ce mot fort à la mode ces temps-ci, autrement, que se cache-t-il vraiment ? Loin des « on verra » et autres « achetez maintenant, payez plus tard », Françoise David nous livre généreusement ses réflexions dans son nouveau livre, De colère et d’espoir. La présidente de Québec solidaire s’y montre tantôt indignée, tantôt optimiste, et nous fait part de ses idées pour construire le Québec de demain. Au moment où nous donnons généreusement de l’argent et des vivres pour les paniers de Noël, David remet les pendules à l’heure en réclamant une véritable justice sociale plutôt que ces initiatives ponctuelles, des pansements sur des plaies vives. Elle parle entre autres de lutte contre la pauvreté, de développement durable, du Plan Nord, de santé, d’éducation, du français et, dans de belles sections du livre, de femmes voilées et d’Amir Khadir. De colère et d’espoir, c’est aussi le parcours d’une militante de longue date et d’une grande féministe, en plus d’un appel inspirant à la mobilisation. Ce livre est à mettre entre les mains de tous ceux et celles qui veulent connaître les idées de Françoise David et de Québec solidaire hors des clips des chaînes d’information continue, question de devenir des électeurs éclairés.

J’en profite pour vous inviter à écouter la conférence qu’elle a donnée à la Librairie en octobre dernier.

La consommation « autrement »

D’autres auteurs d’Écosociété nous proposent depuis longtemps déjà de vivre autrement en pratiquant la simplicité volontaire. Ces descendants spirituels d’Épicure et de Diogène nous rappellent à l’ordre devant la surconsommation et nous somment de nous en tenir au nécessaire. Leurs réflexions ne nous amènent pas forcément à aller aussi loin qu’eux dans la voie de la simplicité volontaire, mais elles nous feront à coup sûr repenser nos comportements de consommateurs. LA bible de la simplicité volontaire, c’est d’abord le livre de Serge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais, auquel se sont ajoutés L’ABC de la simplicité volontaire, de Dominique Boisvert, et Nous, de la simplicité volontaire, de Diane Gariépy.

L’actualité « autrement »

Alors que le Plan Nord est sur toutes les lèvres, Roméo Bouchard nous ramène aux années 20 et 30 pour mieux nous parler du présent… et du futur ! Dans La reconquête du Québec, Bouchard retrace le parcours d’Esdras Minville, un économiste avant-gardiste qui prônait la décentralisation et la fondation de coopératives pour combattre le « trafic de richesses naturelles », vendues pour une bouchée de pain à des étrangers. Bouchard y analyse le travail de Minville pour nous donner des pistes d’action aujourd’hui, car plus ça change…

La laïcité est un autre sujet d’actualité qui fait couler beaucoup d’encre. Loin des nouvelles sensationnalistes sur les « accommodements raisonnables », une quinzaine d’auteurs y vont de leur plaidoyer pour la laïcité dans Le Québec en quête de laïcité, dirigé par Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte. Certains auteurs défendent la laïcité « stricte », d’autres, la laïcité « ouverte », et le grand gagnant du débat est le lecteur, qui aura pu se « faire une tête » sur un sujet délicat en lisant un livre à la fois exigeant et accessible.

Il faut revisiter le catalogue d’Écosociété pour constater toute sa richesse : Noam Chomsky, Laure Waridel, Michel Chossudovsky, Pierre Mouterde, Serge Mongeau, Normand Baillargeon, etc. Écosociété nous a habitués à de rigoureux essais qui bousculent, informent, remettent en question et proposent des voies nouvelles. En ces temps troubles où les Québécois se cherchent, plus que jamais avons-nous besoin des réflexions que nous offrent les livres d’Écosociété. C’est pourquoi, après trois années difficiles, je souhaite une belle année 2012 à cette nécessaire maison d’édition.

Et à vous aussi, lecteurs et lectrices du Délivré !

* * *

Acheter, c’est voter, Laure Waridel, 2005, Écosociété, 176 p., 9782923165066*
De colère et d’espoir, Françoise David, 2011, Écosociété, 216 p., 9782923165813
La simplicité volontaire, plus que jamais, Serge Mongeau, 1998, Écosociété, 266 p., 9782921561396*
L’ABC de la simplicité volontaire, Dominique Boisvert, 2005, Écosociété, 158 p., 9782923165110*
Nous, de la simplicité volontaire, Diane Gariépy, 2011, Écosociété, 184 p., 9782923165769*
La reconquête du Québec : Esdras Minville et le modèle gaspésien, Roméo Bouchard, 2011, Écosociété, 224 p., 9782923165783*
Le Québec en quête de laïcité, Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte, dir., 2011, Écosociété, 164 p., 9782923165776*

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2 juillet 2010  par David Murray

Au-delà de la casse

Manifestation du vendredi 25 juin

Manifestation du vendredi 25 juin

Le weekend dernier se déroulait à Toronto le sommet des chefs d’États du G20. Résultat des courses ? On parlait de 900 arrestations, mais, ce matin, le journaliste Alec Castonguay nous apprend dans Le Devoir que ce sont en fait plutôt 1090 arrestations qui ont été réalisées par les forces de l’ordre. Cette rafle en fait la plus importante jamais vue au pays, plus du double de ce que furent les arrestations massives lors du Sommet de Québec en 2001 et lors de l’application de la loi des mesures de guerre en 1970… Rappelons que dans le dernier cas, un diplomate et un ministre avaient été enlevés, alors que dans le cas présent, on rapporte deux voitures de police délibérément abandonnées incendiées et quelques vitrines fracassées, essentiellement des banques et autres multinationales… Des dégâts du même acabit que lors des victoires du Canadiens. Sur les 1090 personnes arrêtées, 827 ont depuis été relâchées sans qu’aucune accusation ne soit portée contre elles…

arrestation

Avec les témoignages qui fusent de toutes parts depuis une semaine, on réalise à quel point ces arrestations furent arbitraires, injustifiées et indignes d’un État de droit. Surtout que celui-ci se targue d’être de la crème des régimes démocratiques, se donne fréquemment le droit de faire la leçon aux gouvernements autoritaires de la planète, et de plus envoie ses soldats se faire tuer à l’autre bout du globe au nom de cette même démocratie… En début de semaine, la police a bien tenté de nous vendre sa salade, renforcée par des pseudo-experts des « questions de sécurité » invités sur les tribunes médiatiques, pour qui les « casseurs » de Toronto sont en gros les mêmes que ceux qui sévissent lors des victoires de la Sainte Flanelle pendant les séries de la Coupe Stanley. Mais l’exercice de légitimation des actions de la police nous apparaît plutôt bancale, de nouveaux mensonges policiers étant révélés chaque jour. Plusieurs questions demeurent d’ailleurs toujours  sans réponse, que seule une enquête indépendante pourrait éclaircir. Phlippe Leroux, sur le média citoyen Agora Vox, a bien résumé ces interrogations.

Complètement disproportionnés furent donc les agissements de la police cette dernière fin de semaine à Toronto. Et en prenant connaissance des nombreux témoignages de personnes maintenant relâchées, on réalise à quel point fut inhumain le traitement qui leur fut accordé pendant leur détention. Un navrant spectacle des forces de l’ordre qui nous amène à conclure que tout fut en fait orchestré pour justifier le milliard de dollars investis dans la sécurité pour le Sommet. De nombreux soupçons d’infiltrations policières commencent aussi à poindre… Mais il n’y a rien de nouveau là-dedans – rappelons-nous le sommet de Montebello en 2007. Encore jeudi, lors d’une marche de solidarité avec les prisonniers politiques de Toronto (appelons un chat un chat), on a pu aperce- voir de ces agents provocateur aux abords de la manifestation. Ces techniques d’infiltration remontent à loin et ont été appliquées à toutes les sauces par les gouvernements du monde. On pourra lire à cet effet la réédition chez Lux de l’ouvrage de Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression. Dans une des postfaces du livre, le politologue Francis Dupuis-Déri rappelle d’ailleurs comment les militants montréalais font les frais d’une constante répression politique depuis une quinzaine d’années au Québec.

Le Sommet du G20 est aussi venu nous rappeler à quel point les médias et les pseudo-experts auxquels ils se réfèrent généralement font preuve d’une grande ignorance quant aux motivations des manifestants, ou plus particulièrement celles des groupes plus radicaux ; ce qu’on peut entendre en termes d’idées pré-conçues à propos entre autres des Black Blocs le démontre bien… Nous parlions d’agents provocateurs plus haut. Bien évidemment que certains de ces agents réussissent à infiltrer ce type de manifestation. Mais de là à considérer tous les « hommes et femmes en noir » d’agents provocateurs, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Nous recommandons d’ailleurs à ces « experts ès casseurs » de lire l’ouvrage du même Dupuis-Déri sur les Black Blocs, publié chez Lux. Qu’on adhère ou non avec les méthodes employées, il faut reconnaître l’authenticité des luttes que mènent ces personnes. Nous ne voulons pas ici nécessairement défendre la « violence » perpétrée sur les vitrines de grandes multinationales, mais simplement rappeler que plusieurs mouvements de luttes ont eu leurs franges plus violentes, qu’on pense aux suffragettes au début du siècle dernier ou au mouvement de lutte pour les droits civiques aux États-Unis, comme le rappelait d’ailleurs Dupuis-Déri dans un texte d’opinion paru dans Le Devoir. Mais la mémoire historique est une faculté qui s’oublie ; n’en restera-t-il finalement plus d’elle qu’une devise vide ornant les plaques de nos voitures ?

Et parlant de violence et de cet éternel débat surgissant à la suite des grands sommets mondiaux, nous vous laisserons avec ce qu’en disait Miguel Benasayag et Diego Sztulwark dans leur excellent ouvrage Du contre-pouvoir, paru aux éditions La Découverte :

« La question de la violence en politique, souvent abordée,  a toujours été victime des « grands consensus » de ces dernières années. Sa seule évocation suffit pour déclencher une réaction en chaîne menant inévitablement à la bonne réponse : nous sommes tous contre l’utilisation de la violence en politique, nous sommes tous d’accord qu’il ne faut pas ajouter aux malheurs de l’humanité en augmentant les niveaux de violence et que les conflits doivent être résolus pacifiquement.

Pourtant, la brutalité des puissants et du marché international, l’inhumanité du monde financier pour lequel rien ni personne ne vaut plus qu’une bonne action à la Bourse, les désastres écologiques qui menacent la vie des peuples, des animaux et des plantes, l’exclusion sociale de millions de miséreux, le cynisme des firmes pharmaceutiques qui refusent de produire certains vaccins au nom des critères de rentabilités, toute cette violence-là non seulement n’a pas cessé, ne s’est pas affaiblie, mais elle se développe sans que  – apparemment – rien ni personne ne puisse l’arrêter. De sorte que la critique si « consensuelle » de la violence semble, soudain, se relativiser : ce qui serait devenu inacceptable dans notre monde, ce ne serait pas la violence en elle-même, mais un type de violence et, paradoxalement, pas celle qui met en danger la survie même de la planète, mais cette autre violence qui oppose les opprimés aux oppresseurs. Ce qui en réalité est perçu comme révolu et inadmissible, c’est que face à la violence du système se manifeste une violence de la résistance.

On ne peut donc souscrire aux énoncés pacifistes qui, plus que pacifistes, sont en réalité conformistes voire « collaborationnistes ». La violence est un élément de la multiplicité, dont il est impossible de dire si nous « voulons » ou non qu’elle existe – affirmation qui relève de l’illusion. Dans la plupart des cas, la seule chose que nous puissions faire face à la violence, lorsqu’elle se déchaîne, c’est de définir de quel côté nous nous situons. »

Et entre vous et moi, si la police voulait véritablement empêcher la destruction de vitrines sans défense, on se demande comment 20 000 policiers armés jusqu’aux dents, quadrillant tout le centre-ville de Toronto, n’ont pas réussi à contrer, quoi, cette trentaine d’individus – cinquante tout au plus – qui ont eu une bonne heure sans présence policière manifeste pour accomplir leurs actions. Je vous laisse sur cette réflexion…

* * *

Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, Victor Serge, Lux, 225 p.
Les Black Blocs : la liberté et l’égalité se manifestent, Francis Dupuis-Déri, Lux, coll. «Instincts de liberté», 252 p.
Du contre-pouvoir, Miguel Benasayag et Diego Sztulwark, La Découverte, 178 p.


27 novembre 2009  par Susane Duchesne

Notes du Sommet national sur la lecture

Les 12 et 13 novembre derniers avaient lieu à Toronto le Sommet national pour la lecture. Organisé par Ibby Canada et la Banque TD, ce sommet avait pour but de réunir des écrivains, bibliothécaires, enseignants, éditeurs, fonctionnaires et universitaires intéressés à mettre sur pied un projet national de culture de lecture.

Des conférenciers venus de Hollande, du Mexique, du Brésil, des États-Unis et de l’Angleterre ont partagé les différents programmes nationaux de lecture en vigueur dans leur pays respectifs. D’autres spécialistes canadiens ont démontré l’importance de mettre sur pied un programme national, et ont fait part de leurs recherches et de leur expérience dans la réalisation de programmes de promotion de la lecture.

Présentement, nous avons plusieurs programmes de niveaux provincial ou municipal qui sont en place, mais il serait plus efficace de mettre sur pied une stratégie nationale qui ferait la promotion de la lecture ; cela assurerait une stabilité, une continuité et un engagement durable dans l’ensemble du pays.

Pourquoi un tel programme à ce moment-ci ? Parce que dans une société saturée d’informations, il est plus que jamais primordial d’être en mesure d’analyser et de comprendre ce que nous lisons. Les bienfaits d’une société alphabétisée ne sont plus à prouver. Il est nécessaire d’apprendre à déceler ce qui relève de la propagande dans les médias, et de vivre dans une société démocratique qui forme des citoyens à part entière, fiers de ce qu’ils sont et ayant le goût de s’engager au sein de leur collectivité.

L’importance de la lecture dès le plus jeune âge n’a pas été négligée. La notion de plaisir dans la lecture et l’importance de former des gens avides de transmettre leur passion ont suscité beaucoup d’intérêt et de réflexions.

Pour terminer, des discussions et une plénière sur les prochaines étapes à accomplir dans les mois qui suivent a eu lieu. En somme, ce fut un congrès très stimulant, qui nous a invité à nous unir pour mettre en place un programme qui sera sûrement bénéfique à toute la communauté.

Je vous invite à suivre les développements de cette réflexion sur le site du Sommet national sur la lecture.



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