Le Délivré

Archive pour le mot-clef ‘Le journal d’Alice’


28 mars 2014  par Le Délivré

IDENTITÉ LITTÉRAIRE : SYLVIE LOUIS

Les livres nous inspirent, nous marquent et nous ouvrent des horizons insoupçonnés. Ils nous accompagnent, aiguisent notre pensée et résonnent en nous bien après qu’on en a terminé la lecture. Chaque lecteur a son propre parcours littéraire. Certaines lectures sont plus significatives que d’autres. Elles ont ponctué une étape de notre vie, nous ont révolté ou complètement transporté. Chaque invité se dévoile le temps de trois livres.

Bienvenue à Identité littéraire!

Pour visionner cette webémission produite par airelibre.tv, veuillez cliquer ici.

Notre invitée : Sylvie Louis

Née en Belgique, Sylvie Louis vie à Montréal depuis maintenant vingt-cinq ans. Journaliste de profession, elle a collaboré à diverses publications dont le magazine Enfants Québec. Elle a également publié des ouvrages dans le domaine de la santé, pour l’éveil maternel et la prématurité, notamment aux Éditions de l’Hôpital Ste-Justine. Auteure jeunesse, Sylvie Louis a publié en 2010 le Journal d’Alice, le premier tome d’une série très populaire auprès des jeunes. Le 8e tome de cette série paraîtra sous peu.

Animatrice : Anne-Pascale Lizotte

Libraire et passionnée de littérature, Anne-Pascale est directrice artistique de l’organisme Diffusion aire libre. Elle est également responsable de la programmation culturelle de la Librairie Monet.

Les choix de Sylvie Louis :

Gabrielle Roy, Rue Deschambault, Éditions du Boréal, 9782890525771

Sandro Veronesi, Chaos calme, Livre de poche, 9782253127451

Joyce Carol Oates, Journal 1973-1982, coll. Points, 9782757816769

Les œuvres de notre invitée :

Le Journal d’Alice, Tome 1 à 7, Texte de Sylvie Louis, ill. de Christine Battuz, 2010 – 2013, Éditions Dominique et Compagnie

Juliette a un petit frère : une histoire sur… la jalousie, Texte de Sylvie Louis, ill. de Louise Catherine Bergeron, 2012, Dominique et Compagnie, 9782896860548

Le grand livre du bébé prématuré (2e éd.), Sylvie Louis, 2010, Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, 9782896191949

Pas de noix pour Sara : les allergies alimentaires , Texte de Sylvie Louis, ill. de Romi Caron, 2009, Éditions Enfants Québec, 9782923347738

Que deviennent les très grands prématurés de 26 semaines et moins? : des parents témoignent, des médecins réagissent, Sylvie Louis, 2008, Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, 9782896191208

Le premier hiver de Max : une histoire sur la prématurité, Texte de Sylvie Louis, ill. de Romi Caron, 2008, Éditions Enfants Québec, 9782923347691

Accompagner son enfant prématuré : de la naissance à 5 ans, Sylvie Louis, 2007, Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, 9782896190850

Pour consulter tous les ouvrages de notre invitée disponibles sur notre site monet.leslibraires.ca, veuillez cliquer ici.

Et pour commander les oeuvres qui ont marquées Sylvie Louis, veuillez cliquer sur les titres.

 


12 août 2011  par Le Délivré

Avant-goût de la rentrée littéraire (VI)

Le Délivré réduira sa voilure jusqu’à la mi-août, mais ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire en exclusivité quelques extraits des ouvrages qui feront la rentrée littéraire de l’automne. Nous en profitons pour adresser nos chaleureux remerciements aux Éditions Dominique & compagnie, qui ont accepté avec empressement de nous fournir matière à piquer la curiosité de nos lecteurs !

Nuit noire, de Carole Tremblay

Parution prévue le 5 septembre 2011

Extrait

Chapitre 1 : Trop facile…

Jules se retourne dans son lit. «Ça serait presque trop facile, pense-t-il. Je suis sûr que ma mère ne se rendrait compte de rien.»

La veilleuse du couloir trace une mince ligne de lumière sous sa porte. À travers les rideaux de sa chambre, le garçon devine la lueur du lampadaire, juste en face de chez lui. Il était en panne depuis presque trois semaines, mais les employés de la Ville sont venus le réparer, hier matin. Dommage. Jules aimait bien l’obscurité épaisse et moelleuse qui envahissait la pièce depuis que l’éclairage de la rue avait rendu l’âme.

Jules n’a jamais eu peur du noir. Au contraire. Il s’y sent à l’aise. Pour lui, l’obscurité a quelque chose de reposant, d’apaisant. Comme l’eau fraîche et profonde du lac, près du chalet où il va tous les étés. Peut-être pourrait-il demander à sa mère d’installer un store sous les rideaux?

Le garçon s’assoit dans son lit. Il n’a pas sommeil. Aura-t-il le courage de mettre son plan à exécution? Ou le laissera-t-il tomber comme les cent autres qu’il a échafaudés dans le passé? Jules n’arrive pas à dire si c’est la lâcheté ou la lucidité qui l’a, chaque fois, fait renoncer à agir.

Il faut l’avouer, bon nombre d’idées qu’il avait élaborées, bien au chaud au creux de son lit, ne tenaient pas debout. Maintenant qu’il y pense, il est plutôt content de ne pas avoir osé passer à l’action. Comme cette fois où il avait songé à déterrer les plantes de la voisine parce qu’elle lui avait interdit d’accrocher son vélo à sa clôture. Jules aurait sûrement été le premier soupçonné, et sa mère aurait encore été obligée de se confondre en excuses et de multiplier les promesses pour éviter d’être mise à la porte de l’appartement. Parce que, malheureusement, madame Kiraly n’est pas qu’une simple voisine. C’est aussi la propriétaire de l’immeuble où Jules habite avec sa mère.

Le garçon repousse les couvertures et pose les pieds par terre. Le sol est froid. Un frisson traverse son corps. On doit geler, dehors, en pleine nuit.

Juste avant que sa mère se couche et éteigne la télé, Jules a entendu les prévisions de la météo, à la fin du journal télévisé. Une voix de femme annonçait de la faible neige, une température de -12, avec des vents de 50 km/h. Le garçon n’a aucune idée à quoi ressemblent des vents de 50 km/h. Un vent qui fonce à la vitesse d’une voiture sur le boulevard Saint-Joseph. Ça semble vite, mais quand on pense qu’une tempête tropicale atteint 100 km/h, ce n’est pas la fin du monde.

Jules chasse l’image de la tempête d’un geste de la main. «Je suis en train de chercher des raisons de ne pas y aller, comme toujours, se dit-il. Je ne vais quand même pas reculer simplement parce qu’il y a du vent. Alors, hop! Grouille-toi, espèce de mollasson!»

Le garçon ouvre le tiroir de sa commode et en sort un chandail propre. À peine l’a-t-il déplié qu’il le remet en boule dans le tiroir. Pourquoi s’habiller? Il lui suffit de mettre son manteau et son pantalon de neige par-dessus son pyjama. Après tout, personne ne le verra. C’est d’ailleurs ça, l’idée, ne pas être vu, non?

Jules jette un regard à son lit, à la fenêtre, à la commode. Il a beau chercher, s’il n’a pas à s’habiller, il n’a plus de raisons de s’attarder dans sa chambre. Il faut qu’il aille enfiler ses vêtements d’extérieur dans l’entrée.

Et si sa mère ne dormait pas? Si jamais c’était le cas, il n’aurait qu’à prétendre qu’il allait aux toilettes et remettre sa sortie à plus tard. L’important, c’est de faire le moins de bruit possible. Il tourne doucement la poignée. Par bonheur, le mécanisme n’émet qu’un léger cliquetis et la porte s’ouvre sans grincer.

Le garçon prend quelques secondes pour stabiliser sa respiration qui s’est un peu emballée. Il tend l’oreille. Dans l’appartement, le silence est total. Même le frigo a arrêté de ronronner. Le garçon est debout, immobile. Rien ne le retient. Pourtant, on dirait qu’une main invisible l’empêche de franchir le seuil. Comme si l’air était subitement devenu plus épais. Jules compte dans sa tête, comme avant de plonger du quai, au chalet. Un, deux, trois… Go! Il glisse un premier pied nu sur le plancher du corridor.

Zut! Il a oublié de mettre des chaussettes. Il ne peut quand même pas sortir nu-pieds dans ses bottes. Il s’apprête à retourner dans sa chambre en prendre une paire, mais s’arrête aussi sec. S’il commence à reculer au moindre truc, il ne se rendra jamais dehors. Des prétextes pour ne pas agir, il y en a des milliers. Quand on a peur, on n’a qu’à se laisser aller pour en inventer. Ils arrivent par douzaines sans qu’on les ait sonnés. Est-ce que c’est comme ça pour tout le monde? Ou est-il particulièrement peureux? Et si la lâcheté était un trait héréditaire dont il aurait hérité?

Jules avance dans le corridor sans l’avoir vraiment décidé. Qu’est-ce que ça peut faire, de toute façon, de sortir quelques minutes sans chaussettes? Le garçon a lu quelque part que certaines tribus d’Amérique du Sud marchent pieds nus dans la neige des montagnes et ne s’en portent pas plus mal. Ce n’est pas dix minutes dehors, les orteils à l’abri dans des bottes doublées, qui vont le faire mourir.

Le garçon est encore en train d’essayer de s’en convaincre quand il réalise qu’il a déjà enfilé son pantalon de neige. Il jette un œil vers la cuisine pour vérifier que l’appartement est toujours calme. Rien ne bouge. En se concentrant très fort, il arrive même à entendre la lourde respiration de sa mère. Elle dort comme une bûche, il n’y a aucun risque qu’elle se réveille. Jules attrape son foulard, l’enroule d’un geste rapide autour de son cou et se dépêche de mettre son manteau avant que la raison, la peur ou un mélange des deux ne le fasse reculer.

Après un dernier coup d’œil au corridor, Jules ouvre la porte qui donne sur l’extérieur. Le vent froid s’engouffre aussitôt dans la maison. Le garçon s’empresse de sortir et de refermer derrière lui, comme s’il craignait que le courant d’air aille réveiller sa mère.

Une fois sur le balcon, il sort sa tuque de sa poche et l’enfonce sur ses boucles brunes. Puis, il sourit, soulagé. Ça y est! Il est dehors. Le pire est fait. «Finalement, c’est exactement comme plonger dans le lac, songe-t-il. Il faut juste avoir le courage de sauter. Après, ça va tout seul.»

Appuyé contre le montant de la porte, Jules prend quelques secondes pour savourer sa victoire. Au fond, il avait raison. C’était presque trop facile…

* * *

Le journal d’Alice, tome 4 : Le big bang, de Sylvie Louis

Parution prévue le 5 septembre 2011

Extrait

Presque tous les élèves de la classe avaient déjà reçu leur rôle. Moi, j’attendais. C’est alors que Cruella a déclaré:

— Il ne nous manque que les trois bandits. Bohumil, Eduardo et Alice Aubry, vous serez Gaston, Gonzague et Gontrand.

QUOI???!!!

Me levant, j’ai dit:

— Madame Fattal, je préfère jouer le rôle d’une des filles qui fréquentent le camp de vacances!

— J’ai déjà suffisamment de filles, m’a-t-elle répondu.

En désespoir de cause, j’ai proposé:

— On pourrait transformer la bande de malfaiteurs en une gang mixte, composée de deux gars et d’une fille: Gaston, Gonzague… et Geneviève, par exemple.

Peine perdue! Cruella ne voulait rien entendre. Moi, je trouve ça sexiste de penser qu’il n’y a que les gars qui peuvent faire des mauvais coups. Lorsque j’ai déclaré que ça ne me tentait pas du tout de me glisser dans la peau d’un garçon, elle a rétorqué:

— Être acteur ou actrice, cela signifie jouer un rôle; et parfois, un rôle de l’autre sexe.

Gigi Foster, qui s’était vu attribuer le rôle d’une policière, s’est penchée vers la rangée de droite, où est assise Audrey. Elle lui a dit:

— Alice peut sans problème faire un gars! Elle a des cheveux courts et ne porte pas de soutien-gorge.

Je suis devenue rouge comme une tomate! Écarquillant ses yeux plusieurs fois d’affilée, Patrick le pas subtil a mimé de gros lolos avec ses mains. Bref, c’était l’horreur absolue! La honte totale!!! Tous les regards des garçons et aussi des filles de la classe étaient fixés sur moi, plus précisément sur mon tee-shirt plat. J’aurais souhaité  être à 1000 lieues d’ici!

— Mais, madame Fattal, a protesté monsieur Gauthier, je trouve l’idée d’Alice…

— Taratata! l’a interrompu Cruella. On voit bien, monsieur, que vous n’avez jamais eu à organiser un spectacle de fin d’année. Assez de discussion! Je vais distribuer le texte de la pièce. La représentation des 5e et 6e années se tiendra le 18 juin, en soirée. D’ici là, je m’attends à ce que vous consacriez trois périodes par semaine aux répétitions.

Monsieur Gauthier m’a lancé un regard désolé. Il avait gentiment pris ma défense. Mais, même s’il est beaucoup beaucoup plus grand que Cruella, cette dernière tenait à lui montrer qui était la boss…

La cloche annonçant la fin des cours a sonné. Marie-Ève s’est dirigée vers la porte de la classe. Cruella l’a appelée. Que pouvait-elle bien vouloir à ma meilleure amie? Devant les casiers, Africa s’en est prise à Gigi Foster:

— Tu n’as aucune raison d’humilier Alice! Tu es beaucoup plus costaude qu’elle! En plus, tu es née au mois d’octobre. Et elle, en août de l’année suivante. Imagine! Tu as…

Elle a compté sur ses doigts avant de reprendre:

— Tu as 10 mois de plus qu’elle! Quand Alice aura ton âge, ses seins auront sans doute commencé à pousser, eux aussi.

Je n’ai pu m’empêcher de rougir de nouveau. C’était tellement gênant, tout ça! Gigi Foster, qui ne prêtait aucune attention au monologue d’Africa, a refermé son casier d’un coup sec. Elle s’est dirigée vers les toilettes.

— Elle a bien raison, Afri! m’a dit Marie-Ève qui nous avait rejointes. Gigi est l’aînée des filles de notre classe, et toi, la plus jeune avec Jade. En plus, je me souviens que cet hiver, Gigi s’est vantée d’avoir déjà ses menstruations. C’est normal qu’elle soit plus formée que la plupart d’entre nous!

Je descendais l’escalier avec Marie-Ève lorsque, derrière nous, on a pouffé de rire. Je me suis retournée. C’était bien de moi que Patrick et Eduardo se moquaient! Tout à coup, j’en ai eu plus qu’assez de ces niaiseries! J’ai explosé:

— Attendez la pièce de l’an prochain, quand on vous assignera un rôle de fille! Et qu’on vous fera porter une jupe fleurie et une boucle rose dans les cheveux!!!

Imitant une voix super aigüe, Patrick s’est écrié:

— Oooh, j’adooore!

— Quels abrutis, ceux-là! a soupiré Marie-Ève. En tout cas, tu leur as bien répondu! Pour changer de sujet, écoute ça: Cruella m’a demandé si ma mère accepterait, cette année encore, d’être maquilleuse bénévole pour la soirée du 18 juin.

— Ça, au moins, ce serait cool!

— Je suis sûre qu’elle dira oui.

Marie-Ève et moi, on s’est saluées. Puis, je me suis dirigée vers le couloir menant à l’entrée de l’école, là où ma sœur et moi on se retrouve pour repartir ensemble à la maison.

Caro n’était pas encore là. Je me suis effondrée sur le banc près de la réception. Pfff… quel horrible après-midi! Soudain, Karim est apparu. Il m’a souri nerveusement. Sans un mot, il m’a tendu la main…??? … et a glissé quelque chose dans la mienne. C’était un papier plié plusieurs fois. Apparemment une feuille qu’il avait dû arracher à son cahier de brouillon. Le temps que je relève la tête, mon voisin de classe s’éloignait déjà. Il a ouvert la porte donnant sur la cour et a disparu. Quel comportement bizarre, tout à fait inhabituel pour lui qui est si sociable… Décidément, rien ne tournait rond! Bon, c’était quoi, ce bout de papier? Après l’avoir déplié, j’ai lu: «Tu n’as peut-être pas encore de soutien-gorge, Alice, mais moi, tu me plais comme ça. N’écoute surtout pas les niaiseries de Gigi!»

Pour la troisième fois en un quart d’heure, j’ai senti le sang me monter au visage. À cet instant, Caroline a bondi devant moi.

— Pourquoi tu es toute rouge, Alice?

— Ouf, j’ai tellement chaud!!! lui ai-je répondu en fourrant le message de Karim dans la pochette extérieure de mon sac. Viens, on y va!

Pendant le trajet, ma sœur m’a raconté sa journée. De temps en temps, je lui disais «oui» machinalement. Car en fait, je ne l’écoutais pas vraiment. Pas du tout, même. Je n’en revenais pas!!! Les seins, les soutiens-gorge, ça fait partie de l’intimité, non? Pourtant, depuis la remarque super vexante de Gigi Foster, tout le monde parlait de mes seins comme s’il s’agissait d’un sujet de discussion public! Ou plutôt, de mon absence de seins… Non, mais! Tant qu’à y être, pourquoi n’installe-t-on pas un panneau électronique à l’entrée de l’école, qui décompterait les jours (les mois? les années? sniff!) pour que mes micro-lolos invisibles sous mon tee-shirt deviennent dignes de ce nom. Comme ça, tout le monde serait informé! GRRRRRR… En parlant de seins, ceux de ma mère ne sont pas très gros, mais ils ont quand même la taille d’un petit pamplemousse. J’espère en avoir de beaux comme les siens, plus tard. Enfin, dans pas trop longtemps. Pour que plus jamais on ne me fasse jouer le rôle d’un gars!

J’ai confié à maman ma déception d’avoir un rôle aussi nul dans la pièce.

— Ce n’est pas drôle, a-t-elle reconnu. Mais peux-tu essayer de trouver 10 points positifs à la situation, Biquette?

Nân, pas un seul!

20 h 50. En repensant à la moquerie de Gigi Foster, je me suis dit que je voudrais avoir un soutien-gorge. Juste un petit, tout simple, pour… pour faire comme les autres. Pour faire féminin, quoi. En attendant que mes lolos deviennent en 3D. Oh, je suis loin d’être la seule fille de 5e (et même de 6e) à ne «rien» avoir encore! Mais, même Jade porte un «top». Cependant, si j’en parle à maman, qui est toujours pratique, je suppose qu’elle me répondra que je n’en ai pas encore besoin. Bref, j’ai décidé de ne pas aborder le sujet, du moins, pas maintenant. Une humiliation me suffit pour aujourd’hui.

20 h 59. Avec tout ça, j’avais oublié le petit mot de Karim. Je viens de le sortir de mon sac. Après l’avoir défroissé, j’ai relu ce qu’il avait écrit. Bon, oublions cette lamentable affaire de soutien-gorge. Mais à part ça, je lui plais?! Tant mieux! Parce que lui aussi me plaît. Karim a toujours été mon ami. Depuis mardi, il est mon voisin de classe et je me sens bien à côté de lui. Très bien, même. Tellement bien, d’ailleurs, que pour la 1re fois de ma vie, je suis un peu triste quand la cloche de l’école sonne la fin des cours, qu’il faut se lever et se saluer. (Sauf aujourd’hui, évidemment, et ce n’est pas sa faute,  mais bien celle de Cruella et de Gigi Foster.) Bref, je plais à Karim… Ben voyons, qu’est-ce qui m’arrive?! Je me sens molle et un peu étourdie. Pas étonnant que je sois fatiguée, avec tout ce qui s’est passé! J’ai glissé le message de Karim au fond du tiroir de ma table de chevet et maintenant, au lit, Alice Aubry!



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