Le Délivré
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5 juin 2009  par Alice Liénard

Les éditions La Joie de Lire, hors catégorie

logo_la_joie_de_lire1Catégorisation, segmentation, sectorisation, des mots froids qui, malheureusement, définissent de plus en plus souvent les lecteurs. Le lectorat est en effet de plus en plus réduit à une tranche d’âge. Il est certes peu évident de se repérer dans une production littéraire toujours plus foisonnante, et on peut comprendre ce besoin d’établir des repères, des collections pour les 6-8 ans, les 8-10 ans, les 10-12 ans, les adolescents, etc., afin d’aider les parents et les prescripteurs dans leurs choix. Cependant, le livre idéal pour les 6 ans, les 8 ans, les 10 ans, les 12 ans, les 30 ans, les 60 ans n’existe pas ! Le livre n’est pas une prescription donnée à un âge donné.

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© La joie de lire, 2005.

Inviter le lecteur à ne pas se perdre, l’engoncer dans un carcan peut réduire à néant la petite étincelle de risque, de découvertes jubilatoires face à une lecture plus complexe (aussi bien au niveau du contenu que de la narration). Le lecteur y perd alors la possibilité de se dévoiler, tout d’abord à lui-même. Comme si toutes difficultés, tous écueils devaient être évités à tout prix. Pourquoi ?

Découvrir, dévoiler, là est la lecture. Certes ce qui relève de la lecture adolescente n’est pas cohérent pour un enfant de 8 ans, et vice-versa. Chaque lecteur est pourtant – et fort heureusement – unique et la sectorisation quasi-systématique (mais aussi les avertissements de lecture, aperçus plus récemment dans certains ouvrages) brise le lecteur en tant qu’individu, qu’être unique. Le lecteur est Un.

Un éditeur, La Joie de Lire, l’a bien compris. Cette maison helvète de littérature jeunesse indique aussi, depuis peu, une catégorie sur ses romans, à une nuance près : Catégorie d’âge : Chaque lecteur est unique. Si vous avez un doute, demandez conseil à votre libraire.

Bravo de refuser les réductions, la classification, la globalisation. Merci de considérer la lecture comme multiple et chaque lecteur comme être unique.

La confiance que La Joie de Lire accorde aux libraires, sa reconnaissance, les confirme en tant que passeurs culturels et sociaux, mais surtout des passeurs à l’écoute de la singularité d’autrui. Cette simple note en quatrième de couverture des romans est aussi un message d’affection envers les libraires, mais c’est surtout une marque de respect envers les lecteurs et leur individualité.

www.lajoiedelire.ch


5 juin 2009  par Eric Bouchard

Ici s’éteint

L’hebdomadaire culturel ICI Montréal aura effectué sa dernière livraison la première semaine de mai, après une dizaine d’années d’existence. Une nouvelle plutôt marquante, mais qui n’a malheureusement guère suscité de réactions dans l’univers médiatique montréalais.

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Il est vrai que le journal avait perdu de son aura depuis son virage vers l’affichage explicite de sa  convergence Québécor/Canoë/Archambault, mais c’était, en dépit de tout, une des rares vitrines du livre de la métropole, à qui nous devons maintenant dire adieu. Évidemment, la décision a été justifiée par la situation économique et une «expectative de rentabilité devenue inexistante».

Cependant, il semblerait qu’ICI n’ait pas tout à fait disparu, migrant vers le quotidien gratuit 24 heures (journal ouvertement initié pour concurrencer le journal Métro) sous la forme d’un cahier culturel le jeudi. Malheureusement, au regard de l’édition du 14 mai, s’il s’avère que les sections musique et spectacles ont été conservées, la section livres a brillé par son absence. Il faut croire hélas que ce n’était pas la section du défunt hebdo rapportant le plus de revenus publicitaires.

La section livres de l’hebdomadaire ICI n’était pas bien imposante : une page ou deux, un article et quelques commentaires de lecture ; mais sa diffusion était non-négligeable (100 000 exemplaires pour 276 000 lecteurs, selon le site de l’hebdo), et cette visibilité permettait souvent aux librairies de recevoir la visite de lecteurs dont la curiosité avait été piquée par un titre chroniqué…

C’est un deuil avec lequel il faudra composer désormais.


1 juin 2009  par Le Délivré

Chers clients, chers lecteurs !

La Librairie Monet concrétise un nouvel idéal en inaugurant enfin son blogue, Le délivré. Bien que son site Internet comprenait déjà une section de nouvelles et une autre de suggestions de lectures, il lui manquait encore sa voix propre, le reflet du dynamisme des échanges dans lesquels les libraires sont plongés jour après jour avec les clients, les livres et leur univers.

Comme la Librairie Monet et les libraires qui la composent sont les témoins privilégiés de la production éditoriale francophone, ce blogue se veut un observatoire de cette production, mais aussi une tribune pour commenter les événements liés au monde du livre, un réseau de promotion des réalisations dont nous nous sentons proches, une manière de creuser davantage certaines lectures et l’occasion de faire des liens avec d’autres univers culturels. Son approche cherchera à interroger, à mettre en lumière, à jeter un regard sur le livre et la lecture, sous toutes leurs coutures !

De l’auteur à l’éditeur, les livres vivent de multiples transformations matérielles et immatérielles, des ratés, des ratures, des essais, des possibles n’ayant jamais abouti, alors que d’autres révéleront leurs pleins potentiels, le tout créant cette identité que découvriront ses futurs lecteurs. Il n’est pas vain de rappeler que chaque livre est unique en soi, et que chacun d’entre eux implique autant de mondes complexes, d’univers énigmatiques et souterrains, irréductibles les uns aux autres.

Que faisons-nous en tant que libraires chez Monet ? Nous délivrons le livre pour le lecteur. Nous tentons de restituer ce qu’Henri Michaux appelait « l’espace du dedans ». Nous sommes des passeurs de livres et donc d’espaces infinis, tâche accueillie avec humilité sachant que le livre, chaque livre nous dépasse infiniment. Nous avons aussi en mémoire cette longue tradition d’appropriation du livre et de la lecture comme acte thérapeutique : la lecture délivre. Celle d’un seul livre peut changer une vie, la transformer comme jamais le lecteur n’aurait osé l’imaginer.

Ce que ce blogue donne à lire est dès lors une réappropriation, par chacun des libraires, de ces mondes multiples. Le monde numérique nous permettra dorénavant d’exposer et de faire partager un travail concret relevant du savoir-faire de nos libraires, soit l’acte même de délivrer les multiples possibles dont chaque livre est constitué. Laissez le libraire être votre guide, l’entrée sera toujours libre et sans date d’expiration !

De manière hebdomadaire, vous serez invités à lire et à réagir aux messages en lien avec les trois grands pôles de la librairie : la littérature générale, la littérature jeunesse et la bande dessinée.

En espérant que vous serez nombreux à venir le visiter, et surtout, à y participer.



© 2007 Librairie Monet