Le Délivré
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15 juin 2009  par Le Délivré

Monet librairie Sorcière !

La Librairie Monet a l’immense privilège d’être la première librairie en Amérique du Nord promue au rang de Librairie Sorcière! Mais encore, nous direz-vous?

L’Association des Librairies Spécialisées pour la Jeunesse (communément appelée Réseau des Librairies Sorcières) est née en 1982, lorsque les librairies spécialisées en littérature jeunesse de France ont entrepris de se regrouper, afin d’unir leurs forces à la promotion du livre jeunesse et de favoriser l’entraide et la solidarité entre elles.

Les Librairies Sorcières sont engagées : elles assument leur indépendance, revendiquent le rôle culturel et social du libraire et refusent l’uniformisation, ainsi que la vision du libraire comme simple commerçant et celle de l’enfant comme simple consommateur. Elles misent sur la compétence du libraire, et proposent des fonds représentatifs des différents courants de pensée et de formes d’expression. Elles apportent leur soutien à l’édition de création, et affichent leur volonté de faciliter l’accès à la pluralité de la littérature jeunesse au public le plus large possible.

Ce réseau supporte plusieurs actions promotionnelles significatives, notamment : ses Prix Sorcières (annuels), créés en 1986 ; sa revue Citrouille, paraissant trois fois par année ; son site Internet et son blogue ; et enfin sa Quinzaine des Librairies Sorcières, mise en place en 2007.

 

Fière de se joindre à ce réseau où elle retrouve son engagement, la Librairie Monet l’est également de devenir, par la contribution qu’elle y apportera, un porte-étendard de la littérature jeunesse québécoise dans la francophonie!

 Nous vous invitons à venir vous procurer la revue Citrouille, qui sera bientôt disponible gratuitement en librairie.


15 juin 2009  par Carolane Verreault

Le mystère promotionnel

Alors que le dernier roman d’Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, paru en 2002, avait fait beaucoup de bruit lors de sa parution, la sortie d’un nouveau roman dont on ne sait qu’à peine le titre, 1Q84, a su créer un engouement bien plus grand par le mystère qui l’entoure. Le roman, si dense qu’il est publié en deux volumes et compte au-delà de mille pages, fut tiré à plus de 580 000 exemplaires.

Haruki Murakami

Haruki Murakami

La maison d’édition Shinchosha, avec laquelle travaille l’auteur japonais, a décidé de ne faire absolument aucune promotion entourant la sortie du nouveau roman, à l’opposé de ce qui fut le cas lors de la sortie du roman précédent. Malgré tout ce mystère, le roman de Murakami a reçu plus de 20 000 réservations sur les sites de vente par internet avant sa sortie en librairie au Japon le 29 mai dernier (1), ce qui est un record à ce jour pour un auteur japonais.

Est-ce qu’il faut donc comprendre que la meilleure des promotions demeure le coup d’éclat par le mystère?

«À ma connaissance, c’est la première fois que nous publions un nouveau roman sans promotion commerciale [mais] nous constatons un impact sur le marché beaucoup plus important que ce que nous avions imaginé», a déclaré à l’Agence France-Presse Akiko Saito, directrice de publication de la maison d’édition Shinchosha. «Après avoir publié Kafka, nous avons reçu beaucoup de commentaires de lecteurs regrettant d’avoir eu connaissance de l’histoire avant d’avoir lu l’ouvrage», a-t-elle ajouté.

Il semblerait effectivement que le mystère et le néant promotionnel seraient en majeure partie responsables du succès de ce roman dont personne ne connaissait l’intrigue. Cela, ainsi que le rapprochement du titre avec l’œuvre de George Orwell, 1984, qui, selon l’auteur, n’a rien à voir avec ce roman-ci. En effet, alors que le chef-d’œuvre de science-fiction proposait une vision du futur, 1Q84 revisitera vraisemblablement le passé. Ce qui n’en dit pas long sur le récit à envisager.

Murakami , aujourd’hui âgé de 60 ans, a d’abord publié un premier roman, Écoute le chant du vent, en 1979, à la suite de quoi il est parti en Europe, puis aux États-Unis, où il a enseigné la littérature japonaise à l’université de Princeton. C’est son roman La ballade de l’impossible, qu’il publie en 1987, qui lui valut la notoriété et son premier grand succès. Une adaptation du roman au cinéma est d’ailleurs prévue pour l’an prochain. Affecté par le tremblement de terre de Kobe, puis par l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, Murakami décide de revenir vivre au Japon en 1995.

Fidèles au parcours de l’auteur, qui s’est vu partagé par les cultures, les romans d’Haruki Murakami permettent à celui qui les lit de goûter aux saveurs de l’orient, mais aussi aux clichés américains. Jusqu’à ce jour, treize de ses romans sont traduits en français, mêlant des thèmes tels que la bombe atomique, la quête de liberté, les amours impossibles, le baseball et la musique, sous la forme d’un surréalisme très rafraîchissant. Signalons également que Murakami est pressenti depuis quelques années pour le prix Nobel de littérature…

Mais tout le mystère entourant ce roman sera-t-il un argument suffisant pour vous convaincre de le lire?

(1) Il est à souligner que moins de deux semaines après sa parution, le livre a déjà dépassé le cap du million d’exemplaires vendus.


12 juin 2009  par Brigitte Moreau

Les dangers de la littérature jeunesse

La littérature jeunesse n’est pas que jeunesse, elle est d’abord littérature! Trop souvent, les préoccupations des médiateurs qui s’en servent glissent, sans s’en rendre vraiment compte, du littéraire vers l’utilitaire. Ce faisant, ils tuent la métaphore et obligent les figures de style à la sagesse ; ce faisant, ils inhibent le littéraire du livre jeunesse.

Lorsqu’il s’agit d’enfance et de jeunesse, les discours de l’éducation ne sont jamais bien loin. La littérature jeunesse n’y échappe pas, elle qui doit aussi subir les aléas moraux auxquels se frottent ses jeunes lecteurs. Il en va ainsi des lectures permises : on cherche à les nettoyer de toutes traces d’impuretés, on les veut bienveillantes, non confondantes, saines, parce que l’adulte a peur de ne pas savoir comment devenir lui-même un phare, un guide rassurant et éclairant. On oublie que la littérature est avant tout littéraire. Qu’elle crée des univers fictifs à l’image de la réalité pour la transcender, pour chercher à la comprendre ou à en rire, afin d’éveiller les consciences et stimuler l’esprit critique. Elle pose un regard sur le monde qui permet au lecteur de lire en lui-même. Par opposition, le texte utilitaire n’est que pédagogique. Il délimite un terrain, une idée à laquelle il faut adhérer, il trace une voie (voix) toute faite où toute forme d’interprétation est absente. En circonscrivant le champs exploratoire de l’imaginaire des enfants on croit ainsi les protéger des dangers de la pensée malsaine et des idées noires. Mais c’est en refusant de les laisser pénétrer dans des univers inconnus et incontrôlés que nous contraignons les enfants à la méconnaissance du monde. Une prise de conscience véritable ne prend ses assises que sur le mode interprétatif. C’est en cherchant les clés de lecture en soi-même que se révèle toute l’ampleur de l’acte de lire.

Parce que le jeune est en état de formation constante, on cherche à le protéger du côté sombre de la vie, à édulcorer ses univers imaginaires afin de s’assurer qu’il évolue dans cet espace sain et pur relié au monde de l’enfance. Ce faisant, on nie d’emblée que l’apprentissage de la vie passe aussi par ses aspects les moins glorieux. Comment peut-on faire connaître le Beau si on ignore systématiquement le Laid? Quels seront les repères des enfants sur lesquels ils pourront tester, évaluer, comparer, soupeser les fondements du Bien et ceux du Mal? Comment peut-on croire que le mensonge promulgué par le rejet systématique de toute forme d’opposition à la pensée dominante peut assainir la pensée d’un enfant? Faut-il taire la vie pour former le jeune de demain? Si on rejette d’emblée tout ce qui n’est pas conforme à notre propre système de valeurs, comment peut-on prétendre éduquer nos enfants pour qu’ils endossent un jour ces mêmes valeurs? Comment pourront-ils sainement choisir leur propre voie (voix)? Ils en seront quittes pour explorer ces univers interdits en cachette, seuls, ce qui m’apparaît beaucoup plus dommageable. Si l’adulte s’interdit de répondre aux questions des enfants, ces derniers devront trouver par eux-mêmes, procéder par des phases d’essais/erreurs qui auront parfois des conséquences bénignes, mais d’autres fois irrémédiables. On ne peut pas façonner le Bien si on ne connaît pas le Mal. Le littéraire est un espace imaginaire, fictif, qui permet des confrontations saines, des questionnements intimes, une recherche de sens.

Sylvain Hotte

Sylvain Hotte

Pour illustrer mon propos, voici un exemple. J’ai lu récemment un roman qui s’inscrit entièrement dans le domaine du littéraire : Le chagrin des étoiles, de Sylvain Hotte. L’écriture intelligente a du style et une belle profondeur appuyée par une forte dose d’intertextualité, qui enrichit l’ensemble et lui donne du corps. Les personnages et l’intrigue se démarquent et sortent des sentiers battus grâce, notamment, à une fin surprenante qui secoue les émotions et procure un sentiment de grandeur pour son lecteur. Un texte qui mérite le détour, malgré une maquette qui l’étouffe dans une représentation beaucoup trop caricaturale (et qui m’a longtemps rebutée à lire le roman). Mais voilà où le bât blesse encore davantage : on inflige au lecteur un lexique intégré pour comprendre les mots difficiles!!! C’est prendre les enfants pour des imbéciles en appuyant, de façon non équivoque, sur le fait qu’ils ne sont pas assez rusés pour apprendre par eux-mêmes à trouver la signification des mots qui les intriguent. Et le mal ne s’arrête pas là! En interrompant ainsi la lecture pour de banales préoccupations pédagogiques, on tranche à vif dans l’élan de lecture en privant le lecteur d’un plaisir immense, celui de gérer tout seul son rythme, ses pauses, voire même son propre désir de consulter un dictionnaire! J’ose ici émettre un souhait, une prière, une requête : de grâce, chers éditeurs, ne tombez pas dans le piège du succédané littéraire, de cette littérature pseudo-littéraire-para-pédagogique-machin. De grâce, demeurez littéraires!

La littérature jeunesse ne doit pas sombrer dans ce pseudo-pédagogique qui nivelle vers le bas et qui ne propose de la réalité qu’une fade sensation de tiédeur. La littérature doit demeurer littéraire et les médiateurs du livre jeunesse vigilants, prêts à interdire la censure. Il y a des barrières à faire tomber, des frontières à franchir.



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