Le Délivré
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15 juillet 2009  par Simon Paradis

Ici s’éteint la littérature (suite)

Après la fermeture de l’hebdomadaire Ici*, intégré depuis peu au journal 24 heures dans son édition du jeudi, voilà que le quotidien La Presse fait disparaître son édition du dimanche. Mauvaise nouvelle pour le monde du livre et de la librairie, le cahier Lectures est relégué au jeudi dans une seule et unique page. Le monde du livre, déjà peu médiatisé au Québec, perd son meilleur moteur de vente dans les quotidiens imprimés. La prescription littéraire dominicale apportait aux librairies de nombreux clients, de par sa couverture des nouveautés et surtout de par son système de cotation avec étoiles. Un titre recevant cinq étoiles de Norbert Spehner, comme par exemple La trilogie berlinoise de Philipp Kerr, gagne environ six mois en durée de vie! Dans ce cas précis, l’éditeur français Du Masque a dû imprimer le livre au Québec pour répondre à la demande le plus rapidement possible. Il va sans dire que l’opinion des journalistes compte pour beaucoup dans le succès d’un livre au Québec.

La « section » Lectures nouvelle mouture : une page le jeudi.

La « section » Lectures nouvelle mouture : une page le jeudi.

Depuis plusieurs années, les quotidiens nous ont habitué aux cahiers spéciaux de fin de semaine. Ce penchant vers le maga- zine est fort apprécié des pantouflards qui épluchent deux jours durant leur rendez- vous avec le monde. L’information litté- raire fait partie de ce moment privilégié où chacun essaie de se retrouver dans ce déluge de publications de romans et d’essais. Pourquoi donc reléguer au jeudi ce cahier Lectures, qui est dorénavant réduit à une seule page? Chantal Guy, directrice du cahier de La Presse, laisse-t-elle planer le doute quant à son avenir, lorsqu’elle  écrit dans son article du 5 juillet sur son blogue : « P.S.: Pendant la saison estivale, la section littéraire du journal sera publiée les jeudis. »

Est-ce que le cahier Lectures survivra à l’été, et en redeviendra-t-il un digne de ce nom ? Pourrait-on redéployer à l’automne ce cahier fort apprécié dans l’édition du samedi, qui serait une niche idéale pour lui ? Les lecteurs de livres sont des consommateurs de journaux qui ne passeront pas au mode « Cyberpresse » pour deux raisons : leur amour du papier et leur lien avec les matins de repos (ordinateur = travail). Les quotidiens sont en perte de vitesse, mais le monde du livre demeure dynamique. Les lecteurs de livres sont toujours friands d’informations, et bien qu’ils passent déjà pour des dinosaures, ils demeurent les meilleurs clients des quotidiens imprimés.

Nous ne pouvons qu’inviter les lecteurs de La Presse à manifester leur mécontentement au journal…

*Voir l’article du 5 juin 2009 de mon collègue Eric Bouchard.


13 juillet 2009  par David Murray

Connaître l’histoire par la littérature?

Jocelyn Létourneau

Jocelyn Létourneau

On dit souvent que les Québécois connaissent mal leur histoire et que leur intérêt pour le passé, contrairement à ce dont l’on serait en droit de s’attendre d’un peuple qui affirme haut et fort son identité collective particulière, ne serait pas pour faire honneur à la devise de la belle province, le célèbre « Je me souviens ». Un vaste sondage mené à l’initiative de l’historien Jocelyn Létourneau laissait d’ailleurs entendre que les Québécois arrivent en queue de peloton face aux autres provinces canadiennes lorsqu’il est question d’intérêt pour l’histoire.

Pourtant, s’il y a un genre littéraire dont le succès ne se dément pas au Québec, c’est bien celui du roman historique. Certaines maisons d’édition comme Hurtubise HMH ou VLB ont même mis sur pied des collections dédiées à ce genre littéraire ou y ont consacré une part importante de leur catalogue. Comment expliquer alors que les Québécois semblent si peu friands d’histoire en général, bien que passionnés par l’histoire servie à la sauce romanesque? Surtout dans un cadre où une étude de l’Institut du Dominion a démontré que le Québec arrivait premier pour les cours d’histoire dispensés au secondaire – à savoir maintenant quelle est la qualité de ces cours offerts relève d’un autre débat. Dans ce contexte, est-ce que les romans historiques ne pourraient pas devenir des vecteurs pour s’initier à l’histoire? Pourraient-ils receler une certaine vertu éducative?

Ils seront plusieurs à en douter. Et pas seulement des historiens. D’ailleurs, certains artisans du monde littéraire sont les premiers à le reconnaître : les romans historiques relèvent avant tout du divertissement. Dans un entretien accordé au Devoir, Arnaud Foulon, directeur de la collection «Roman historique» chez Hurtubise HMH mentionnait justement : « Entendons-nous […] les romans historiques n’ont pas de mission éducative, ce sont des livres de divertissement ».

Plusieurs reprochent en effet au roman historique, en regard de l’histoire, d’être anecdotique et de manquer de rigueur. Il n’est pas rare d’ailleurs de voir certains auteurs prendre quelques libertés avec les faits historiques. On leur reproche souvent aussi de faire preuve de nombreux anachronismes – entre autres d’accorder à des personnages du passé des traits de caractère et des comportements qui ne s’appliquent pas à la période donnée. La saga des Rois maudits en est un bon exemple. Malgré ses qualités littéraires, l’œuvre de Maurice Druon n’est peut-être pas le miroir idéal pour appréhender la réalité de la fin dramatique des Capétiens au XIVe siècle, l’auteur s’étant permis quelques libertés avec la réalité historique comme l’a démontré Éric Le Nabour dans son ouvrage Les rois maudits : l’enquête historique. En somme, on considère que le roman historique n’est pas un bon outil pédagogique puisqu’il ne traite de l’histoire que de manière parcellaire et sans souci de refléter fidèlement le passé.

Toutefois, n’en déplaise aux historiens et autres gardiens de l’histoire officielle, l’histoire avec un grand «H» n’est pas une science exacte et immuable. De tout temps, elle a été sujette à la manipulation et à la subjectivité de ses rédacteurs. La controverse autour de la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham a bien démontré les clivages qui peuvent exister lorsque vient le temps de considérer l’importance d’un fait historique. Paul Valéry disait d’ailleurs qu’il n’y pas d’histoire mais bien des histoires, et qu’en ce sens, « l’histoire justifie ce que l’on veut, n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout. » Un cas parmi tant d’autres qui illustre cette instrumentalisation de l’histoire est celui de Dollard-des-Ormeaux. Bien qu’il fut porté aux nues par Lionel Groulx, qui en a fait un héros national pour un peuple en quête de figures historiques importantes, les travaux des nouveaux historiens québécois des années 1960 ont démontré la banalité du personnage et son importance plutôt équivoque dans notre trame historique.

Mais de là à croire que le roman historique puisse se substituer aux travaux des historiens dans notre appréhension de l’histoire, il y a un pas à ne pas franchir. Peut-il cependant exister un pont entre le roman historique et l’histoire? Bien entendu. Certains romans historiques recèlent des qualités indéniables qui nous permettent de nous plonger au cœur de diverses réalités du passé. Un exemple parmi tant d’autres : La mémoire des vaincus, de Michel Ragon. Ce roman est une fresque monumentale qui retrace l’histoire du mouvement libertaire européen de la première moitié du XXe siècle. On y suit le parcours du personnage fictif Fred Barthélémy qui, aux différents détours de sa vie, rencontrera les membres de la bande à Bonnot, les Lénine, Trotsky, Victor Serge, Nestor Makhno, Sorel et autres figures de proue du camp républicain lors de la guerre civile espagnole. Dans ce roman, le dosage est bien maîtrisé entre la fiction et les faits historiques. Un ouvrage qui a des vertus indéniables, autant au niveau pédagogique qu’en termes de divertissement.

La bande dessinée offre également quelques perles en la matière comme les travaux de Tardi sur la Première guerre mondiale et la Commune de Paris, ou ceux d’un Étienne Davodeau ou d’un Kris. Ces derniers ont d’ailleurs collaboré à réaliser Un homme est mort, qui dresse le portrait des ouvriers ayant travaillé à la reconstruction de Brest dans les années 1950 et de leurs luttes.

Le roman historique peut donc être un vecteur qui conduit le lecteur à s’intéresser à l’histoire. Mais ce qu’on peut déplorer, par contre, c’est qu’il n’en soit pas nécessairement ainsi dans la réalité. Quand on regarde les ventes des livres d’histoire versus celles des romans historiques, on constate qu’ils sont peu à faire le saut. Pour ne prendre que l’exemple québécois, mis à part quelques noms connus comme Jacques Lacoursière, Marcel Tessier ou Denis Vaugeois, les livres de nos historiens ne sont pas de grands vendeurs. Pourtant, il y a d’excellentes maisons d’édition qui se consacrent à l’histoire au Québec. Qu’on pense aux éditions du Septentrion, qui offrent un vaste catalogue consacré à notre histoire, ou à Lux éditeur, qui consacre certaines collections à des ouvrages alimentant notre mémoire collective. Est-ce parce que ces ouvrages sont plutôt arides à lire qu’ils n’ont pas la cote auprès des lecteurs? Pourtant, nombre d’entre eux s’adressent à un large public et se lisent… comme un roman!

Bref, si l’on peut se réjouir que les Québécois raffolent des romans historiques, il est dommage qu’ils ne soient pas davantages à s’intéresser à l’histoire, si essentielle pour savoir d’où nous venons… et où nous allons.

* * *

  1. Les rois maudits : l’enquête historique, Eric de Nabour, Perrin, 296 p.
  2. La mémoire des vaincus, Michel Ragon, Le livre de poche, 558 p.
  3. C’était la guerre des tranchées, Jacques Tardi, Casterman, 126 p.
  4. Le cri du peuple (4 tomes), Jacques Tardi et Jean Vautrin, env. 80 p. ch.
  5. Un homme est mort, Étienne Davodeau et Kris, Futuropolis, 80 p.
  6. Une histoire du Québec, Jacques Lacoursière, Septentryon, 193 p.

10 juillet 2009  par May Sansregret

Les vacances et… les cahiers de révision?!?

« ... 6 plus 7 : 13 ; j'inscris 3, je retiens 1 ; plus 4 plus 8 ... »

« Rosa rosa rosam rosae rosae rosa... »

C’est l’été! L’école est finie, enfin! Euh… Vraiment???

Depuis quelques années, les collections de cahiers de révision pour le primaire se multiplient à une vitesse folle. Et leurs ventes en font autant. Tout porte à croire que ces ouvrages sont malheureusement devenus indissociables de la saison estivale, au même titre que la crème solaire et les moustiques!

Bien sûr, ces cahiers ont pour but d’aider les enfants à consolider les connaissances acquises au cours de l’année précédente. Je suis bien d’accord avec ça. Là où je me questionne, c’est sur la manière de les utiliser et sur le comportement de certains adultes… Je parle de ces enseignants qui recommandent à tous les parents de leurs élèves une liste d’achats de cinq ou six cahiers pour l’été ; de ces parents qui se procurent des ouvrages d’un niveau scolaire supérieur à celui de leur enfant (et ce même si on leur dit que le petit n’a pas encore vu les notions que donne à réviser ledit cahier) ; de ces parents qui dressent un plan d’intervention pédagogique strict pour l’été, réservant tous les avant-midi (pluvieux et ensoleillés!) à la révision scolaire ; de ces parents qui veulent des cahiers de compréhension de lecture, mais qui ne présentent jamais d’œuvres littéraires à leur enfant ; de ces gens qui offrent des cahiers de révision en cadeau d’anniversaire, sous prétexte que c’est éducatif ; et j’en passe…

Je sais, les bonnes intentions sont à l’origine de ce type de comportements. Or, l’utilisation à outrance des cahiers de révision ne vient-elle pas annihiler tout intérêt pour l’apprentissage et l’univers scolaire? Je pense que, trop souvent, tel est le cas. Il me semble que l’été est un moment privilégié dans l’année. C’est le temps de poser le sac d’ école et de laisser libre cours à l’enfance, à l’esprit vagabond et à l’errance remplie de surprises. De toute manière, nombre d’activités susciteront chez les enfants les compétences et les connaissances acquises au cours de l’année. Réinvestir les apprentissages scolaires dans le quotidien des vacances, voilà ma vision de la révision estivale!

***

Pour ceux et celles qui aimeraient ponctuer la belle saison de jeux originaux et amusants, il existe une panoplie de livres sur le sujet. Vos enfants seraient-ils partant pour construire un mini-barrage, constituer un herbier ou observer les étoiles? Et que diriez-vous de regarder le monde à travers un chapeau troué? Ou de construire, à l’aide de matériel de bureau, la plus haute tour possible en 30 minutes? Les livres cités ci-dessous présentent autant de suggestions qui vous permettront, à vous et vos enfants, de vous constituer des souvenirs d’été dignes de ce nom!

4 saisons d’activités nature en famille, Fiona Danks et Jo Schofield, 2006, 192 p.

On fait quoi aujourd’hui?, Anne Abile-Gal, photographies de Laurence Mouton, Nathan, 2006, 119 p.

1001 jeux de créativité avec les objets, Philippe Brasseur, Casterman, 2009, 92 p.

50 réalisations avec bâtons et bouts de ficelle, Benoit Delalandre, Milan, 2009, 61 p.

Manuel de récréation à l’usage des enfants imaginatifs et curieux, Bruno Gibert, Autrement, 2008, 96 p.



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