Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘◦ Aperçus’


5 août 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de juillet

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Dr. Jekyll et Mr. Hyde suivi de Le tour d’écrou, Les trois enquêtes du Chevalier Dupin et Histoire de ma vie, Guido Crepax d’après Robert L. Stevenson, Henry James, Edgar Allan Poe et Giacomo Casanova, 2015, Actes Sud, coll. « BD », 208 p., 9782330039660*

La couverture de cette publication à l’apparence des plus classiques pourrait facilement en tromper quelques-uns. Présumant qu’ils ont affaire à une fidèle adaptation des nouvelles, contes et romans originaux, certains lecteurs seront surpris de découvrir ces versions de grandes œuvres de la littérature contemporaine, transformées par la plume et la vision de cet auteur italien grand spécialiste de l’érotisme élégant. Faisant suite à ses Dracula et Frankenstein que contenait le premier recueil, Crepax poursuit dans la veine fantastique et s’approprie les récits en y ajoutant ça et là, comme autant de parenthèses, de grandes illustrations érotiques qui rajoutent une touche voluptueuse et accentuent le sentiment d’inquiétante étrangeté. Magnifique ! (HB)

La favorite, Matthias Lehmann, 2015, Actes Sud, coll. « BD », 160 p., 9782330047788*

Cette histoire démarre comme la chronique d’une enfance difficile. La petite Constance, élevée d’une main de fer par sa grand-mère, est maintenue isolée dans l’immense manoir familial. Sans jamais voir le monde extérieur, ni aucun autre enfant, coincée entre ce confinement et la sévérité de son éducation, elle trouve, comme elle le peut, la liberté d’inventer ses jeux d’enfant. Cette mare d’ennui vole en éclats le jour où une famille est engagée en tant que gardiens dans la propriété. Constance rencontre alors Mano et Lydie Da Costa, deux enfants de son âge, et à partir de là le récit prend un tour des plus inattendu. La chronique amère se transforme en un fait divers édifiant. Avec une habilité monstre, l’auteur nous conduit dans les recoins les plus sombres de l’histoire de cet enfant. Le trait est envoûtant, l’intrigue est dérangeante et surprenante à souhait, on en ressort ravi d’avoir été bousculé par une main si virtuose. (SC)

Avant l’heure du tigre: La voie Malraux, Daphné Collignon et Virginie Greiner, 2015, Glénat, coll. « Grafica », 168 p., 9782723494687*

La bande dessinée s’ouvre sur les débuts d’une jeune intellectuelle qui souhaite percer dans le monde artistique des années 1920. Entrée dans l’avant-garde parisienne grâce à ses traductions pour la revue Action, Clara Goldschmidt rencontre les figures phares du milieu culturel, dont un certain écrivain qui commence à percer, André Malraux. Rapidement, pour des raisons sociales et familiales, les deux se marient et leurs destins se trouvent liés. Mais les placements de Malraux ne rapportent plus, et la seule alternative qui lui reste est de se faire financer par le gouvernement pour un voyage culturel en Indochine dont le véritable but est de piller des temples. Basé sur l’autobiographie de Clara Malraux, ce roman graphique commence comme une intrigue amoureuse sur fond littéraire et bifurque à la deuxième moitié pour se transformer en récit d’aventures, le tout raconté du point de vue d’une femme brillante, restée depuis toujours dans l’ombre d’un génie arrogant, misogyne et somme toute, malgré ses talents, assez détestable. Avant l’heure du tigre prend le temps de se pencher sur une partie pittoresque et méconnue de l’Histoire littéraire, celle d’un Malraux d’avant La Condition humaine, et de la femme qui a eu le malheur de croiser son chemin. (BN)

Area 51 T.3, Masato Hisa, 2015, Casterman, coll. « Sakka », 191 p., 9782203090422*

Area 51 est, sans contredit, la série la plus surprenante et la plus réjouissante de l’été. On y suit Mc Coy, une détective privée au passé nébuleux qui monnaye (chèrement) ses services dans l’Area 51, un état américain où résident des créatures fantastiques et des divinités dont l’existence est tenue secrète par le gouvernement. L’action est menée tambour battant et le récit, rythmé par la voix off de l’héroïne, est parsemé de références au roman noir. Le graphisme est à des années-lumière de l’esthétique manga traditionnelle et le contraste du noir et blanc de certaines planches fait penser à Sin City, de Frank Miller. De plus, Masato Hisa s’adonne à un détournement de personnage des plus cinglés ( le fils du Kraken en joueur compulsif poursuivi par la mafia ou le Père Noël dépouillé de ses vêtements par des extra-terrestres), poussant même l’audace de se mettre lui-même en scène dans des chroniques de fin d’album où il se rend dans un restaurant chinois pour déguster du sang de phénix ou des brochettes d’homme papillon. À découvrir sans plus tarder! (RSH)

RÉÉDITIONS

Valentina: Biographie d’un personnage, Guido Crepax, 2015, Actes Sud, coll. « L’An 2 », 151 p., 9782330047771*

Série culte commencée dans les années soixante, Valentina est représentative de cette époque avec son intrigue psychédélique, sa sensualité qui dépasse l’érotisme de base et ses personnages dignes des meilleurs romans d’espionnage. S’inspirant du cinéma muet, des comics de science-fiction et de la contre-culture en général, Guido Crepax a créé une héroïne plus vraie que nature, dont les aventures demeurent un classique de la bande dessinée européenne. (BN)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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28 juillet 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de juin

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

 Astrid Bromure T.1: Comment dézinguer la Petite Souris, Fabrice Parme, 2015, Rue de Sèvres, 40 p., 9782369811404*

Astrid Bromure est LA nouvelle héroïne de bande dessinée jeunesse à surveiller de près. À l’instar de Caterina et Claudette, qui ont ensoleillé notre été 2014, cette fille unique d’un richissime couple new-yorkais, vivant dans un manoir érigé sur une des plus hautes tours de la mégapole, saura vous charmer. Dotée d’une propension à l’ennui et d’un sens de la répartie assassine, Astrid bouleversera le quotidien des deux domestiques chargés de s’occuper d’elle. Avec ce premier projet solo, Fabrice Parme laisse libre cours à son esthétisme rétro en situant l’action de son récit dans les années 20. Le charme désuet de l’ensemble est appuyé par des dialogues irrésistibles qui laissent toutefois poindre une certaine critique des médias. Un deuxième opus est prévu pour cet automne, Dieu merci! (RSH)

Les enfants de la résistance T.1: Premières actions, Benoît Ers et Vincent Dugomier, 2015, Le Lombard, 47 p., 9782803635580*

La France, battue par l’Allemagne au printemps 1940, est maintenant un territoire occupé. François et Eusèbe, deux jeunes garçons de 13 ans, assistent impuissant à l’arrivée des soldats dans leur petit village. Une garnison doit s’y installer puisque les écluses situées tout près sont un lieu stratégique et que les Allemands veulent protéger ces infrastructures contre les sabotages. Nos deux jeunes héros, bientôt rejoints par Lisa, une jeune réfugiée abandonnée, vont répondre à l’appel du Général de Gaulle et entrer dans la résistance. Une histoire prenante et bien documentée, un récit crédible de cette époque trouble et de son impact sur les enfants. C’est la fin de l’innocence pour nos héros et le passage à l’âge adulte ne se fera pas sans heurts. Un véritable bijou. (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

 Nimona, Noelle Stevenson, 2015, Dargaud, 260 p., 9782205073829*

Webcomic à succès, Nimona est une première œuvre furieusement bien troussée. Rousse, inconséquente, insoumise, les cheveux coupés comme une hipster de 2012, Nimona peut se transformer en n’importe quoi et n’écoute personne. Un jour, elle débarque chez Lord Ballister Blackheart, le plus fameux chevalier renégat de tout Supervillainy, pour le convaincre de devenir son assistante. Une fois chose faite, le duo n’aura de cesse d’enchaîner aventures et catastrophes. Parodie d’Heroic Fantasy, un genre pourtant exploité jusqu’à la nausée, Stevenson s’en tire admirablement en proposant une variation à la vitalité imparable. Anachronismes assumés, dérision, héroïsme à contre-courant, la formule est d’une efficacité redoutable. Utilisant à merveille l’énergie de son personnage-titre, l’auteure parvient à surprendre et relancer l’intérêt de son intrigue tout au long des 260 pages. Et si le dessin et la mise en scène se montrent assez simples à la lecture des premières pages, l’ensemble ne manque pas de se raffiner au fil de l’histoire. Noelle Stevenson signe ici une première œuvre épatante, réussite manifeste d’une auteure qu’il faudra suivre de près. (SC)

Perles & Pirates: Une histoire de perles… et de pirates, Clotha et Zaoui, 2015, Casterman, 128 p., 9782203058187*

Tout le royaume est convié à la grande fête donnée en l’honneur du Gouverneur Cortez qui aurait, paraît-il, débarrassé la région du dernier des pirates: le grand Mortimer McKinley. Mais c’est sans connaître l’existence de ses cinq filles, toutes piratesses elles aussi, fières, téméraires et prêtes à tout pour se forger une solide réputation. S’emparant du navire de Cortez et du célèbre canon de Charles-le-turc, elles viendront délivrer leur papa du cachot, car lui seul possède, évidemment, le secret de la cachette du fabuleux trésor. Variation sur un thème déjà hyper exploité – le récit de piraterie – mais pour la première fois en bande dessinée, version féministe! Les clichés sont détournés, le ton humoristique très ironique et les nombreux retournements de situation rafraîchissent vraiment le genre. Le tout est réalisé dans un dessin magnifiquement simple et rehaussé de jolies couleurs acidulées. Une perle! (HB)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

 Des filles de ma connaissance, Kwon Yong-deuk, 2015, Atrabile, coll. « Sang », 188 p., 97828892303108*

Yong-deuk raconte, dans ce recueil d’histoires courtes, son questionnement sur l’amour et ses rapports romantiques avec les femmes. Auteur coréen se spécialisant surtout dans le récit à teneur autobiographique, il adopte rapidement, dans ses mémoires dessinées sur une dizaine d’années, un ton de plus en plus intime et dramatique pour partager les moments difficiles de sa vie sentimentale. Ne craignant pas de passer pour un « loser », il expose ses pires tourments, ses malaises, ses désillusions ainsi que sa difficulté supplémentaire d’être un auteur de manhwa pauvre, solitaire et paumé. Tout cet étalage a le pouvoir de rendre sa voix unique et terriblement touchante. (HB)

 En enfer avec Dante, Michael Meier d’après Dante Alighieri, 2015, Casterman, 132 p., 9782203095656*

En enfer avec Dante se veut une adaptation assez libre de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Avec une distance, une légèreté et un anachronisme totalement assumés, Michael Meier modernise ce chef-d’œuvre épique de la littérature médiévale avec un dessin et un humour résolument contemporain. L’auteur s’approprie le texte original à sa manière et fait de son protagoniste principal, Dante, un hipster branché parcourant les sept cercles de l’enfer. Son guide, l’écrivain Virgile, qui a pris la forme d’un chacal roux, lui donne les diverses explications des tourments auxquels sont soumises les différentes victimes de Lucifer. C’est non seulement une excuse pour s’amuser avec un classique, mais aussi une manière de se défouler sur les différents personnages historiques et actuels dont Hitler, Berlusconi, et tant d’autres. Étonnamment, la bande dessinée de Meier demeure une excellente adaptation, et un divertissement hors pair. (BN)

Tumultes, Hugues Micol, 2015, Cornélius, coll. « Pierre ». 288 p., 9782360810987*

Comment résumer Tumultes d’Hugues Micol de façon cohérente tout en lui rendant justice? On pourrait parler de son dessin pseudoclassique, mais avec un certain décalage étrange, difficile de percevoir d’un premier abord, et qui finit par flatter l’œil d’une page à l’autre. On pourrait tenter de la replacer dans l’œuvre éclectique de Micol, qui s’en sert pour donner une origine à son diptyque (3 et Séquelles) bien qu’il se lise de manière indépendante. On pourrait aussi tenter de résumer son intrigue sinueuse, éclatée, hallucinogène et vaguement surréaliste, mêlant les enquêtes policières à divers mythes et monstres géants. On pourrait également tenter d’en rendre l’atmosphère en comparant cet OVNI de la bande dessinée à d’autres artistes qui s’en approchent comme David Lynch ou Jack Kirby. Malheureusement, on risquerait de ne faire rien de plus qu’en effleurer la surface. Il semble que la seule option qui vous reste, c’est de lire Tumultes le plus tôt possible. (BN)

Murderabilia, Alvaro Ortiz, 2015, Rackham, 108 p., 9782878271874*

Malmö, jeune vingtaine et glandeur invétéré, rêve de devenir écrivain sans y mettre d’effort. Son ronron quotidien sera bouleversé le jour où il héritera des deux chats de son oncle décédé d’une crise cardiaque et éventré par ses félins. Approché par un collectionneur d’artefacts macabres vivant dans un bled perdu, il trouvera l’inspiration… et l’hommerie. Déjà remarqué en 2013 avec Cendres, Alvaro Ortiz continue à se jouer des codes du polar et tisse une fable cruelle sur la nature humaine en utilisant des teintes douces qui tamisent l’indicible. (RSH)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.
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30 juin 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mai

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – ADULTES

André le Géant: La vie du Géant Ferré, Box Brown, 2015, La Pastèque, 240 p., 9782923841663*

Cette excellente biographie en bande dessinée retrace la vie du fameux lutteur André le Géant, mais pas uniquement. En véritable passionné de la lutte, l’auteur nous livre aussi certains secrets de ce curieux sport/spectacle, et l’ensemble s’avère très surprenant. Nul besoin d’être intéressé par la lutte pour être captivé par ce récit. On y découvre divers aspects de la vie privée d’André : sa relation avec Hulk Hogan, son attachement à son sport, et toutes les difficultés liées à sa grande taille. Une taille surhumaine due à une maladie, l’acromégalie, qui lui valut de nombreuses douleurs à la fin de sa vie. Avec un trait franc et une narration fluide, cette bande dessinée parvient sans mal à rendre son sujet très attachant. (SC)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Cigish ou Le maître du je, Florence Dupré la Tour, 2015, Ankama, coll. «Label 619 », 303 p., 9782359103809*

Florence vit une crise existentielle : elle vient de rompre, se retrouve en garde alternée avec des enfants affreux et son activité d’auteure de BD est au plus bas. À vrai dire, elle n’en peut plus d’elle-même : ennuyeuse, trop gentille, elle se fait marcher dessus par tout le monde. Soudain, en pleine messe, la voilà prise d’une illumination mystique : elle décide d’incarner son ancien personnage de jeu de rôles favori, Cigish Hexorotte, un nain nécromancien, un personnage du MAAAL. Sa vie, elle l’envisage désormais comme une aventure, obéissant à sa vieille fiche de personnage. – L’éditeur

Deux frères, Gabriel Bá et Fábio Moon d’après Milton Hatoum, 2015, Urban Comics, coll. « Urban Graphic », 240 p., 9782365776257*

Déjà, avec leur œuvre précédente Daytripper, les frères Fábio Moon et Gabriel Bá nous avaient enchantés. Ils réitèrent ce bonheur avec cette bande dessinée adaptée d’un roman de Milton Hatoum. On est ébloui à la fois par la qualité littéraire, la richesse du récit, et la générosité du dessin. Le noir et blanc, tout en contraste, offre des ambiances somptueuses, de quoi se sentir plongé dans la moiteur de Manaus. Yacoub et Omar sont deux frères jumeaux que tout oppose. Une rivalité au long cours que rien n’apaise, voire qui monte comme une fièvre au fil du récit. Mais c’est finalement la trajectoire de la famille entière qui se dessine, avec ses heurts, ses cicatrices et ses contradictions. On tient ici une bande dessinée superbe, une de celle qui vous laisse quelque chose une fois le livre refermé. (SC)

Le sculpteur, Scott McCloud, 2015, Rue de Sèvres, 485 p., 9782369811244*

Scott McCloud, connu surtout pour ses bandes dessinées théoriques devenues incontournables (L’art Invisible, Faire de la bande dessinée), avait commis aussi ça et là quelques œuvres de fiction, mais rien de traduit en français, et/ou qui ait marqué les mémoires. Cela va changer avec Le Sculpteur, véritable pavé jeté dans la mare du roman graphique. Cette reprise moderne du mythe de Faust, récit-fleuve de presque cinq cents pages, reprend l’idée de Thomas Mann de faire du protagoniste faustien un artiste plutôt qu’un savant. Il s’agit cette fois d’un sculpteur qui se fait proposer d’avoir toutes les dispositions pour laisser sa trace dans l’Histoire en échange de sa vie : il n’a que deux cents jours pour accomplir son chef-d’œuvre. L’histoire est de facture plutôt classique, mais sort des sentiers battus, joue avec les clichés narratifs et utilise astucieusement plusieurs revirements de situation qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur. De même, le dessin est assez conventionnel, mais le trait de McCloud réussit de manière étonnamment efficace à transmettre les émotions intenses que vivent ses personnages. Frisant le mélodrame sans jamais s’y perdre vraiment, cette épopée artistique à plusieurs niveaux s’engouffre dans les relations interpersonnelles, l’amour, la mort, le rôle de l’art dans la société, le milieu professionnel et la vie personnelle, et bien d’autres choses. L’enjeu y est énorme et le résultat amplement satisfaisant. Audacieux projet, à la hauteur de ses ambitions. (BN)

Le rapport de Brodeck T.1: L’autre, Manu Larcenet d’après Philippe Claudel, 2015, Dargaud, 158 p., 9782205073850*

Manu Larcenet, l’auteur de bande dessinée qui n’a plus besoin de présentation, vient à peine d’achever sa série culte, Blast, qu’il se lance dans un diptyque tout aussi prometteur. Basé sur le roman de Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck raconte le récit d’un petit village allemand, hanté par l’Histoire. Les habitants de ce coin perdu en plein milieu d’une campagne rase ont connu la guerre et les camps de prisonniers. Ce traumatisme les a marqués pour au moins une ou deux générations. Le lecteur a accès à des bribes du passé par les souvenirs du narrateur, chargé par les villageois de raconter ce qui est arrivé à l’étranger qui à eu le malheur de les visiter. Brodeck travaille donc sur son rapport officiel, mais aussi sur son journal dans lequel il compte relater les événements véridiques. La pression des locaux, qui souhaitent voir leur culpabilité s’estomper, se fait de plus en plus sentir. À quel récit a-t-on vraiment accès? Le jeu avec les flashbacks, les différentes pistes narratives qui s’enchevêtrent, et les plans contemplatifs qui dissèquent le paysage et les protagonistes sont autant d’outils que Larcenet maîtrise à merveille, et qui donnent un récit à la fois captivant et intrigant. (BN)

La fourmilière, Michael Deforge, 2015, Atrabile, 112 p., 9782889230303*

Il y a deux sortes d’œuvres bizarres. Celles qui essayent trop, dont le sens se fait attendre et nous échappe tellement qu’il donne une forte impression de n’importe quoi. Puis il y a celles qui font l’effet d’une nouveauté absolue, d’une façon inédite de faire de l’art et de raconter une histoire, une œuvre qui va peut-être changer son médium, à jamais, un peu comme celles de David Cronenberg, William Burroughs ou David Lynch. La fourmilière entre dans cette seconde catégorie. Le graphisme, à la fois insolite, unique et hypnotisant de Michael Deforge, est au service d’une histoire de fourmis s’interrogeant sur leur existence et leur rôle dans la colonie, alors qu’une guerre les oppose aux fourmis rouges. Ces dernières, souffrant d’hallucinations féroces après avoir bu du lait d’araignée, sont devenues incohérentes et hors de contrôle. Il y a quelque chose de fascinant dans La fourmilière, que ce soit son récit déjanté ou son dessin renversant qui transforme les mille-pattes en limousines très très longues, les araignées en têtes de chiens renversées à huit pattes, et les fourmis, en sympathiques humanoïdes angoissés. Un récit qu’on ne peut lâcher des mains, et qui se substitue merveilleusement aux drogues dures. (BN)

Kersten, médecin d’Himmler T.1: Pacte avec le mal, Fabien Bedouel et Pat Perna, 2015, Glénat, coll. « Grafica », 48 p., 9782344000588*

Une excellente BD historique sur un autre oublié de l’Histoire : Felix Kersten. Ce médecin d’origine finlandaise, un peu idéaliste, va connaître une vie sans pareil puisqu’il deviendra le médecin personnel d’Heinrich Himmler, le tristement célèbre chef de la SS dans l’Allemagne nazie. Kersten, très professionnel, considère ce patient hors du commun comme n’importe quel autre, mais la réalité de sa situation va rapidement le rattraper et il devra faire des choix qui auront un impact majeur sur sa vie et celle de centaines de personnes. Une biographie qui se lit comme un thriller sur un personnage méconnu et fascinant. À découvrir. (PP)

Clan, Amazing Améziane, 2015, Le Lombard, 96 p., 9782803634989*

Un jeune Yakusa veut transformer l’ordre établi et remplacer son chef. Ambitieux et sans pitié, Saburo, va se lancer dans une véritable guerre contre les anciens de son clan. Malheureusement pour lui, Kodama, le grand chef, possède un atout secret : Shi, un tueur inégalable qu’il garde en prison parce qu’il est vraiment trop dangereux. Une rivière de sang va couler sous les pas de Shi qui, malgré les années passées en prison, reste toujours très attaché aux anciennes valeurs traditionnelles et à son honneur. Le choc entre Shi, véritable samouraï des temps modernes, et Saburo, apôtre de la modernité et du changement, va faire du bruit et personne n’en sortira indemne. Une BD très cinématographique avec beaucoup d’action, un bon moment de lecture. (PP)

MANHUA

 

Après avoir puisé largement dans le catalogue de DC Comics afin de faire connaître des perles inconnues aux lecteurs de langue française, les éditions Dargaud et leur filiale Urban Comics s’associent à l’éditeur chinois Comicfans pour le lancement d’Urban China, une collection vouée à la promotion du manhua contemporain.

Une première salve de quatre titres vient de nous toucher de plein fouet et l’on ne peut que s’étonner devant l’éclectisme et le parti pris graphique sans concession qui nous est présenté.

Avec son dessin minutieux et des ambiances sombres, Bo Lu relate un épisode marquant de l’Histoire chinoise dans 1937, La bataille de Shanghai (9782372590037*). De son côté, la jeune prodige Xia Da laisse libre cours à son style vaporeux dans Little Yu T.1 (9782372590044*), un shôjo empreint de réalisme magique décrivant le quotidien d’une jeune fille dans un village ancestral. Dans La princesse vagabonde T.1 (9782372590013*), Xia Da change de registre avec les péripéties de la jeune Yongning qui tente de venger la mort de sa famille et de reconquérir le trône impérial au VIIe siècle. Et que dire de Hong Kong comics: Histoire du manhua (9782372590020*), un essai sur la bande dessinée hongkongaise du XXe siècle agrémentée d’une foule de couvertures et de planches.

Quatre autres nouvelles séries et un récit autobiographique paraîtront d’ici décembre, pour notre plus grand bonheur. (RSH)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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26 mai 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème d’avril 2015

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Hannah Arendt, Lindsay Grime et Béatrice Fontanel, 2015, Naïve, coll. « Grands Destins de Femmes », 81 p., 9782350213842*

Hannah Arendt relate le parcours à contre-courant de cette intellectuelle juive rebelle et engagée. Fumeuse invétérée, amoureuse de poésie qu’elle récite par cœur, élève puis maîtresse d’Heidegger, elle côtoiera une multitude de gens remarquables, de Bertolt Brecht à Gershom Scholem. Survivant au nazisme en s’exilant aux États-Unis, elle sèmera la controverse par son analyse de la pensée totalitaire. Plus tard, devenue professeure de théorie politique, elle remportera quantité de prix pour ses écrits philosophiques. « Il n’existe pas de pensée dangereuse pour la simple raison que le fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est encore plus dangereux. » Septième biographie en bande dessinée de cette collection devenue indispensable, ces Grands Destins de Femmes sont des plongées elliptiques dans la vie et la pratique de ces femmes extraordinaires et donnent résolument envie de parfaire notre connaissance de leurs œuvres. (HB)

Moi non plus, Émilie Plateau, 2015, Misma, 128 p., 9782916254425*

Moi non plus est l’histoire d’une rupture longue à cicatriser. Émilie se fait larguer, mais, malheureusement, la personne qui est partie ne cesse d’entretenir l’ambiguïté, donc l’espoir. Avec son dessin minimaliste et sa narration très sobre, Émilie Plateau restitue la lente reconstruction d’elle-même avec une justesse épatante. De la détresse à la colère, puis à la rationalisation, elle traverse l’épreuve et les étapes se succèdent de façon très nuancée. Avec un tel sujet, il aurait été facile de sombrer dans l’autocomplaisance et le pathos le plus coupable, mais il n’en est rien. Avec un ton qui n’appartient qu’à elle, Émilie Plateau raconte avec juste ce qu’il faut de cynisme et de recul, et en tire un livre sincère et personnel. (SC)

Le Voleur de livres, Alessandro Tota et Pierre Van Hove, 2015, Futuropolis, 170 p., 9782754810043*

Paris, dans les années 50, Daniel Brodin se veut poète. Il rêve une vie faite de reconnaissance et de célébrité, mais pour l’heure il n’est qu’un étudiant en droit qui vit chez son oncle. Son temps libre, il le passe essentiellement à voler des livres. Arrive le jour où il s’approprie la paternité d’un poème méconnu devant les plus éclairés des poètes parisiens, et c’est le succès. Daniel est bien vite pris pour un poète de génie qu’il n’est pas du tout. Par ailleurs, ses larcins lui font rencontrer une bande d’artistes délinquants, qui voient en l’imposture de Daniel un geste artistique formidable. Ainsi, entre le milieu littéraire et la petite délinquance, Daniel fera son chemin avec en ligne de mire, toujours, la reconnaissance et la célébrité. Un livre superbe. (SC)

Garth Ennis présente Hellblazer T.1, Garth Ennis, Steve Dillon, Will Simpson et David Lloyd, 2015, Urban Comics, coll. « Vertigo Signatures », 374 p., 9782365776059*

Traduite pour la première fois en français, la série Hellblazer prise en main par le scénariste Garth Ennis (Preacher) est l’une des incarnations les plus longues et les plus connues des aventures de John Constantine. Si le premier scénariste de la série avait fait du détective du paranormal un mélange entre les films noirs et le fantastique flirtant avec l‘épouvante, la version de Ennis est une plongée franche dans l’horreur. On s’attarde aussi à creuser la psyché du protagoniste : Constantine découvre qu’il a le cancer des poumons, à cause de sa manie de fumer qui caractérise tellement le personnage. La manière dont Constantine tentera de survivre à la maladie n’est qu’un des fils narratifs qui l’amènent à trafiquer avec les démons, combattre toutes sortes d’esprits et vivre avec la culpabilité de tous ses amis qu’il a vus mourir. Un essentiel pour les amateurs de la série, et une belle manière de la découvrir pour les autres. (BN)

Les Maîtres Anciens, Mahler et Thomas Bernhard, 2015, L’Association, coll. « Ciboulette », 150 p., 9782844145628*

Sans doute l’une des plus grandes œuvres littéraires de l’Autriche, Maîtres Anciens est le roman le plus célèbre et le plus accompli de Thomas Bernhard. L’auteur de bandes dessinées Mahler s’est fait moins minimaliste que d’habitude pour l’adapter en bande dessinée. Pour tout dire, quand on connaît son sens de l’humour décapant et pince-sans-rire, et quand on voit le travail de découpage qu’il a fait du roman de Bernhard, on imagine difficilement comment l’adaptation aurait pu être mieux exécutée. Le narrateur raconte sa relation avec l’un des plus fréquents visiteurs du musée de l’histoire de l’art de Vienne. Avec sa connaissance démesurée de l’art, et son appréciation quasi nihiliste des grands maîtres, il expose ses idées vis-à-vis la peinture, la vie et tout le reste dans un bavardage incessant. Le narrateur finira par comprendre ce que lui veut le vieux bonhomme qui vient s’asseoir tous les jours sur le même banc du musée, et d’où lui vient son obsession. C’est une excellente relecture, et une belle manière de découvrir un chef-d’œuvre de la littérature. (BN)

Dr Watson T.1 : Le Grand Hiatus, Darko Perovic et Stéphane Betbeder, 2015, Soleil, coll. « 1800 », 46 p., 9782302042711*

La collection 1800 est composée de plusieurs séries d’albums nous proposant des intrigues fantastiques se déroulant au XIXe siècle. Cette nouvelle série, beaucoup plus orientée enquête et ne comportant que quelques petits éléments de fantastique, est des plus intéressantes. On s’intéresse au destin du fameux Docteur Watson peu de temps après la mort de Sherlock Holmes. Le bon docteur a de la difficulté à admettre la perte de son collègue et il va devoir mettre en pratique les techniques que Holmes lui a enseignées pour tenter de retrouver le corps disparu de son ami. L’ombre malfaisante de Moriarty plane sur cette disparition et Watson se retrouve maintenant seul pour lutter contre le génie du mal. L’histoire est originale et le héros, peu habitué à se retrouver à l’avant plan doit faire preuve d’inventivité face aux éléments fantastiques qui surviennent lors du déroulement de son enquête. Vivement la suite. (PP)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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28 avril 2015  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mars

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

A Silent Voice T.1, Yoshitoki Oima, 2015, Ki-oon, coll. « Shonen », 183 p., 9782355927713*

Première œuvre de cette jeune mangaka, A Silent Voice a rapidement créé dans son pays un tel engouement que la série a décroché la première place au palmarès des lecteurs devant L’Attaque des Titans. Elle s’est également hissée au sommet d’un jury de 79 éditeurs japonais comme étant le manga de l’année 2014 et son adaptation en animé est déjà annoncée. L’intrigue est centrée sur le handicap de Shoko, malentendante transférée dans une nouvelle école, et de ses rapports difficiles avec son persécuteur Shoya, le leader de la classe, qui la compare à une extraterrestre. Il fera d’elle l’objet de ses agressions psychologiques puis physiques. L’une des meilleures lectures sur le thème de l’intimidation, ce manga nous présente le point de vue du bourreau et nous fait vraiment ressentir le rejet qu’il subira à son tour. Il met en lumière son combat pour survivre à la culpabilité et aux conséquences de ses actes. Série complète en sept volumes. (HB)

Le grand méchant renard, Benjamin Renner, 2015, Delcourt, coll. « Shampooing », 183 p., 9782756051246*

Face à une ferme qui ne le prend pas au sérieux, un renard chétif et peureux cherche à retrouver sa place au sommet de la chaîne alimentaire, sans grand succès. Le loup, qui l’impressionne autant qu’il l’intimide, lui suggère que les œufs sont beaucoup plus faciles à voler que des poules. Le renard vole donc les œufs, les couve, les fait éclore, et devient maman dans le temps de le dire. Cet album aux personnages aussi charmants que drôles suit l’impossible quête d’un renard qui tente malgré toute son innocence et sa bonté de cœur d’être le méchant de l’histoire. (BN)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Saru, Daisuke Igarashi, 2015, Sarbacane, 440 p., 9782848657608*

Cette épigraphe, citant une prédiction de Nostradamus, nous laissait déjà présager un récit à saveur apocalyptique, mais ce serait bien mal connaître Daisuke Igarashi que de croire qu’il allait s’en tenir à ce genre généralement assez convenu. Revisitant son idée déjà explorée en quatre courtes histoires dans Sorcières, cet auteur atypique et visionnaire – une sorte d’heureux croisement entre Miyazaki et Jodorowsky – s’attaque, dans ce manga volumineux, à développer le thème de l’élu qui aurait pour mission de réconcilier les deux grandes forces opposées de l’univers, de façon à rétablir le fragile équilibre du monde. Lecture envoûtante combinée à un visuel élégant, l’auteur de la cultissime série Les enfants de la mer démontre encore une fois sa grande érudition, mariant religions, légendes et récits mythologiques dans cette nouvelle œuvre profonde qui s’emploie à célébrer le caractère magique et sacré de la vie. (HB)

L’Enterrement de mes ex, Gauthier, 2015, 6 pieds sous terre, coll. « Plantigrade », 160 p., 9782352121107*

Dès ses premiers émois amoureux, Charlotte semble naturellement attirée par les filles. Si elle vit ses premiers sentiments comme des évidences, les difficultés ne tardent pas à apparaître, que ce soit ses propres questionnements ou le regard oblique des autres. Bien plus qu’un simple parcours sentimental, ce livre aborde la question de la découverte de son orientation sexuelle avec une sensibilité remarquable. L’auteure de La peau de Lapin, confirme là encore, son talent de conteuse. La narration est impeccable de fluidité et parvient à transmettre l’intime, sans jamais s’enliser dans les lourdeurs de l’introspection. (SC)

At Work, Dylan Horrocks, 2015, Casterman, 187 p., 9782203089259*

Pas de long récit ici, mais plutôt une succession d’histoires courtes. Réalisés entre 1986 et 2012, ces travaux de Dylan Horrocks offrent une perspective passionnante sur l’imaginaire de l’auteur. Rappelons que, jusqu’ici, le lectorat francophone n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. On connaissait Dylan Horrocks pour son roman graphique culte Hicksville, mais rien d’autre n’avait été traduit en français. De sorte que pour les lecteurs francophones, Horrocks est longtemps resté l’auteur d’une seule œuvre. Avec la sortie de Magic Pen et de At Work, le mal est enfin réparé. Depuis ses œuvres de jeunesse, à ses travaux les plus récents, on découvre avec bonheur la richesse de l’univers de Horrocks, où la grande variété narrative qu’il déploie rappelle à tous que la bande dessinée peut tout raconter, et de toutes les manières. C’est sans doute là le Grand Ingrédient de l’œuvre de cet auteur : sa foi incroyable pour la bande dessinée. (SC)

The Wake, Sean Murphy et Scott Snyder, 2015, Urban comics, coll. « Vertigo Deluxe », 240 p., 9782365774208*

L’horreur et la science-fiction sont des genres assez polyvalents, mais il n’est pas donné à tous de combiner les deux de manière efficace. Scott Snyder (American Vampire) et Sean Murphy (Punk Rock Jesus) font équipe pour produire un bijou qui accomplit la rare prouesse d’égaler des œuvres iconiques comme Alien de Ridley Scott et The Thing (L’Effroyable chose) de John Carpenter. Une biologiste sous-marine est interrompue dans son travail pour rejoindre une équipe secrète dans une base située dans les profondeurs de l’océan afin d’investiguer un mystère qui a de quoi surprendre les plus éminents anthropologues, biologistes et mythologues de ce monde. La grande beauté de ce récit à la fois effrayant, intriguant et déjanté est qu’il étonne à chaque page. On a beau penser savoir où nous amène le fil narratif, on continue à être surpris jusqu’à la fin. Et c’est une belle surprise. (BN)

Panthère, Brecht Evens, 2015, Actes Sud, coll. « BD », 126 p., 9782330036805*

Après deux bandes dessinées visuellement impressionnantes (Les amateurs, Les noceurs) Brecht Evens se surpasse à la fois narrativement et graphiquement avec Panthère, un récit sur l’enfance, l’imagination et la séduction. L’histoire commence quand la petite Christine perd son chat. Le prince Panthère vient la consoler en l’amusant avec les récits fabuleux de son pays magique. Lentement s’installe un jeu de chat et de souris. L’apparence du félin change à chaque case comme pour parfaitement s’adapter aux phrases qu’il prononce, ce qui accentue son charme. Ça débute comme un livre jeunesse, mais qui sombre tranquillement dans le malaise, émotion que Brecht Evens maîtrise de mieux en mieux. Un peu comme un Alice au pays des merveilles cruel, Panthère séduit par sa virtuosité et dérange par son propos. Un mélange étrange mais qui fonctionne à merveille. (BN)

Une tête bien vide, Gilbert Hernandez, 2015, Atrabile, coll. « Ichor », 119 p., 9782889230280*

Une tête bien vide commence comme la suite du Saison des billes, l’excellent récit pseudo-autobiographique de Hernandez, mais très rapidement, le récit de la jeunesse d’un jeune garçon des années soixante, hantée par des visions hallucinantes, devient un album autonome sous la forme de l’histoire de la vie complète d’un homme, qui se laisse aller au fil du temps et des modes. On s’attarde surtout sur son adolescence des années 70 et 80, pendant laquelle il découvre la rébellion en même temps que la musique punk. Mais c’est bien plus qu’un roman d’apprentissage. Une tête bien vide est en fait bien le contraire : de son plus jeune âge, jusqu’à sa vieillesse, on est témoin de la vie d’un homme plutôt passif devant tous les événements qui chamboulent son existence. Sa position, et rétrospectivement celle du lecteur, est donc remise en question. Une belle preuve que le meilleur d’Hernandez n’est pas seulement derrière lui. (BN)

Undertaker T.1: Le Mangeur D’Or, Ralph Meyer et Xavier Dorison, 2015, Dargaud, 64 p., 9782505061373*

Annoncé comme le meilleur western en BD depuis Blueberry, ce fossoyeur plaçait la barre très haute avant même sa sortie. On aurait pu s’attendre à rester sur notre faim et à être déçu. Pourtant les auteurs livrent la marchandise et cette nouvelle série est des plus intéressantes. Le héros, au passé trouble et mystérieux, nous séduit et nous entraîne dans une histoire des plus enlevantes. Un départ lent met en place les personnages et la situation, puis l’action éclate et ne cessera pas jusqu’à la dernière case. On reste dans l’expectative et on attend impatiemment la suite. (PP)

Terra Prime T.1: La Colonie, Philippe Ogaki, 2015, Delcourt, coll. « Néopolis », 117 p., 9782756040547*

Une nouvelle série de science-fiction emballante, Terra Prime nous transporte à bord d’un vaisseau-monde recherchant une éventuelle planète à coloniser. La mission est en cours depuis plus de 250 ans et les dissensions à bord commencent à devenir un sérieux problème. Les passagers sont divisés entre l’idée de rester à bord du vaisseau ou de débarquer sur une planète pour la coloniser. Les tensions vont dégénérer en véritable guerre civile, ce qui aura de graves conséquences sur la colonisation. L’héroïne de la série est une jeune biologiste qui souhaite la colonisation, mais qui désapprouve les méthodes du gouvernement. Elle devra faire face à de nombreux obstacles pour voir son objectif se réaliser. Un premier tome très bien rempli, avec une histoire bien écrite, surprenante et captivante. Vivement la suite! (PP)

Balles Perdues, Jef, Matz et Walter Hill, 2015, Rue de Sèvres, 128 p., 9782369810681*

Des histoires sur les gangsters pendant la Prohibition, il y en a des tonnes. Balles Perdues se démarque par la grande qualité de ses planches et par son héros (antihéros) malgré tout sympathique. Roy Nash s’évade de prison pour accomplir une mission pour le compte de la pègre de Chicago. Il devra retrouver des voleurs qui ont refusé de payer leur part au « syndicat » et qui se sont enfuis avec le magot et la femme que Roy aime. Roy ne fait pas dans la dentelle et sa route se retrouve rapidement truffée de cadavres. Il cherche à accomplir sa mission pour sauver son aimée et pour pouvoir se retirer et fuir toute cette violence. Mais un criminel comme lui peut-il aspirer à la rédemption? (PP)

RÉÉDITIONS

Une série phare qui a contribué à faire de Vertigo la maison d’édition culte qu’elle est aujourd’hui, Preacher (Urban Comics, coll. « Vertigo Essentiels », 9782365775823*) a, par son langage cru, ses personnages grandiloquents et son intrigue fleuve, choqué et séduit il y a plus de vingt ans et demeure encore aujourd’hui l’une des meilleurs séries américaines. Cette réédition avec une nouvelle traduction était plus qu’attendue par les bédéphiles francophones. (BN)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

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21 avril 2015  par nos libraires

Essais et documents : les parutions de mars

Comme chaque mois, notre équipe de libraires passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces nouveaux titres, question d’aiguiser votre appétit livresque…

SCIENCES HUMAINES

Tout peut changer: Capitalisme et changement climatique, Naomi Klein, 2015, Lux, coll. « Futur proche », 650 p., 9782895961932* (+)

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur le réchauffement climatique. La « vérité qui dérange » ne tient pas aux gaz à effet de serre, la voici : notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre. Au-delà de la crise écologique, c’est bien une crise existentielle qui est en jeu – celle d’une humanité défendant à corps perdu un mode de vie qui la mène à sa perte. Pourtant, prise à rebours, cette crise pourrait bien ouvrir la voie à une transformation sociale radicale susceptible de faire advenir un monde non seulement habitable, mais aussi plus juste.

Mines de rien: Chroniques insolentes, Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin, 2015, Remue-Ménage, 150 p., 9782890915039*

« Mines de rien est un recueil de plus d’une trentaine de courts textes écrits à 6 mains qui nous engagent dans une réflexion sur le sexisme qui se vit au quotidien, dans des dynamiques trop souvent intégrées et justifiées. En cinq grandes parties (ou cinq étapes faciles), les auteures tentent, à tour de rôle, une mise à jour de notre définition du sexisme, de la salle de bain divisé en deux genres bien distincts au langage dégradant parfois utilisé par des figures publiques. On nous invite à défaire, travailler, reconnaître les stéréotypes et engager un processus qui permettra de redéfinir ce qu’on veut que soit nos féminismes aujourd’hui. Des réflexions intelligentes qui ciblent plusieurs enjeux d’actualité à travers une écriture accessible et directe, qui ne manque surtout pas de mordant. » (Marie-Ève Blais)

Walmart: Journal d’un associé, Hugo Meunier, 2015, Lux, 182 p., 9782895961987*

« Katia, ma boss de La Presse, trouve que je prends mon nouveau travail trop à cœur, que j’en oublie même un peu pourquoi je suis devenu associé. Je ne pense presque plus à mon reportage. Je pense à mes palettes, mes livraisons, mes rotations, mon over et mon facing. Je pense Walmart. » Journaliste à La Presse, Hugo Meunier s’est infiltré pendant trois mois dans une succursale de Walmart, au nord de Montréal. Pendant sa vie d’« associé », il a tenu un journal dans lequel il a consigné avec humour les anecdotes de son quotidien. Les célèbres cris de ralliement, les clients déchaînés, les palettes qui s’écroulent, les absurdes séances de formation, il décrit avec un remarquable sens du détail tout ce qui ponctue les journées de travail des petits salariés de la plus grande entreprise de commerce de détail de la planète. Après cette expérience, le reporter prend la route pour enquêter sur l’empire – du Mexique à Jonquière, en passant par l’Arkansas. S’ajoute alors à son récit de la vie « sur le plancher » un saisissant portrait d’ensemble de Walmart et du culte qu’on y voue au seul dieu que vénère vraiment l’Amérique : l’argent.

Elles étaient seize, Linda Kay, 2015, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Champ Libre », 273 p., 9782760632325*

Seize journalistes canadiennes, à l’été 1904, font le voyage en train pour visiter la Foire universelle de Saint-Louis. Au cours de ces dix jours riches en péripéties, elles fondent le Canadian Women’s Press Club (CWPC), premier du genre au pays. S’appuyant sur des lettres et des entrevues, mais surtout sur les articles de journaux produits dans le sillage de l’événement, Linda Kay dresse un portrait saisissant de ces femmes qui avaient en commun de n’avoir que peu de droits civiques, et met en lumière les divergences culturelles entre les membres francophones et anglophones du groupe. À la faveur d’une analyse minutieuse des prises de position individuelles et des dynamiques collectives, elle évoque avec brio les luttes menées par ces femmes, et nous permet de mesurer l’ampleur du chemin parcouru.

11 brefs essais contre l’austérité, Ianik Marcil (dir.), 2015, Somme Toute, 202 p., 9782924283868*

Les politiques d’austérité ne sont pas qu’économiques. Elles sont idéologiques, car elles visent à démanteler l’État et à privatiser des services publics ou à les tarifer, sous prétexte de contraintes budgétaires. Ces 11 brefs essais montrent que les politiques d’austérité saccagent l’État tel que nous l’avons collectivement bâti depuis des décennies, au détriment de la solidarité et de la justice sociale. Ces textes portent un regard critique sur l’impact qu’ont ces politiques au Québec et au Canada sur les grandes institutions de l’État, les réseaux d’éducation et de santé, le soutien scientifique et la protection de l’environnement, mais, d’abord et avant tout, sur les femmes, les familles, les Premières Nations et les plus démunis. Un outil essentiel pour comprendre les effets destructeurs des politiques d’austérité, pour alimenter le débat et contrecarrer l’idéologie dominante. Avec des textes de : Alexa Conradi, Eve-Lyne Couturier, Annie Desrochers, Widia Larivière, Hans Marotte, Benoît Melançon, Melissa Mollen Dupuis, Christian Nadeau, Joëlle Tremblay, Alain Vadeboncoeur, Laure Waridel

 

PSYCHOLOGIE

Clinique du bien-être : la psy face aux nouvelles soufrances psychiques, Miguel Benasayag, 2015, La Découverte, 173 p., 9782707185365*

Le philosophe et psychanalyste plaide pour une adaptation des thérapies aux souffrances psychiques des sociétés contemporaines et expose les particularités d’une thérapie situationnelle inspirée de la psychothérapie phénoménologique alternative.

Les antipsychiatries: Une histoire, Jacques Hochmann, 2015, Odile Jacob, 251 p., 9782738131799*

À toutes les époques, certaines méthodes thérapeutiques de psychiatres pour traiter les troubles mentaux ont été remises en question. L’ouvrage retrace les mouvements opposés à la médecine officielle dans ce domaine, en particulier l’antipsychiatrie anglaise ou la psychiatrie démocratique italienne des années 1970. Il apporte un nouvel éclairage pour les débats actuels.

Le point de rupture: Comment les chocs d’une vie nous guident vers l’essentiel, Marie-Lise Labonté, 2015, Points, coll. « Points Vivre », 267 p., 9782757844595*

La psychothérapeute s’est guérie d’une maladie incurable en découvrant une méthode psychocorporelle, l’approche globale du corps et de l’être. Selon elle, un point de rupture dans la vie bouleverse l’existence et peut être aussi l’occasion de la transformer. Des témoins racontent la période faisant suite à un choc, comment ils ont réagi et vécu leur vie autrement.

 

PHILOSOPHIE

Le meilleur ou le vrai : Spinoza et l’idée de la philosophie, Philippe Danino, 2014, Publications de la Sorbonne, 433 p., 9782859447953*

Analyse de la notion de philosophie chez le penseur hollandais. Loin de faire l’objet d’une définition précise correspondant à un programme de connaissances, celle-ci s’élabore au gré des rencontres (avec le politique, le religieux, le souverain, mais également le vulgaire ou l’ignorant) et consiste à produire et à communiquer ses idées.

666 Friedrich Nietzsche: Dithyrambe beublique, Victor Lévy-Beaulieu, 2015, Trois-Pistoles, 1392 p., 9782895832997* (+)

Ceci n’est pas un livre.
Mais qu’est-ce que les livres,
Qu’est-ce que les cercueils et les linceuls ?
C’est une volonté, c’est une promesse,
Ceci est une dernière rupture des ponts,
C’est un vent marin, une levée d’ancre,
Un bruit de machines, une main à la barre,
Et tonne le canon, avec son panache de feu,
Et rit l’Océan, l’immense !

Back to Baudrillard, Olivier Penot-Lacassagne, 2015, CNRS Éditions, coll. « Histoire », 263 p., 9782271081988*

Entretiens, études, lettres et essais d’intellectuels, d’écrivains et d’universitaires, aussi divers que : Sophie Calle, Michel Deguy, Philippe Dagen, Bernard Edelman, Nathalie Heinich, interrogent la pensée de Jean Baudrillard, philosophe sociologue, qui n’a eu de cesse d’interpeller le présent et de promouvoir le commerce des idées dans leur diversité.

 

CUISINE

Tutti frutti: 90 recettes sucrées et salées de fruits cuisinés, Barbara Gateau, 2015, Éditions de l’Homme, 192 p., 9782761940955*

Cuisiner tous les jours avec des fruits ? Et pourquoi pas ? Grillés, pochés, poêlés, confits, en croûte ou en papillote, les fruits libèrent à la cuisson des arômes surprenants de finesse. Osez les présenter en entrée, les relever de savoureuses épices, les jumeler aux fruits de mer et aux viandes et en faire les vedettes de vos desserts, des plus simples aux plus gourmands! Soupe de betteraves aux pommes et à la feta, cuisses de poulet aux clémentines, carrés d’agneau aux prunes, saumon en papillote à la vanille et à la grenade, figues pochées au jasmin, minibrownies aux poires : découvrez le meilleur des fruits… autrement!

Non coupable, Hubert Cormier, 2015, Éditions de la Semaine, 240 p., 9782897032661*

« Je me sens tellement coupable d’avoir passé au travers du bol de chips. Demain, j’arrête tout et je mange comme il faut », « Ahhh! Si seulement j’avais 15 livres en moins, je pourrais sortir sans gêne, aller danser, m’acheter ceci et faire cela… », « J’ai mangé un morceau de brownie, du coup, mes efforts pour la journée sont anéantis, autant continuer à m’empiffrer  maintenant! »   La culpabilité alimentaire est nocive. Elle s’introduit dans nos vies et, du jour au lendemain, on se sent coupable, sans trop savoir pourquoi. Toutes sortes de raisons peuvent être à l’origine de cette culpabilité alimentaire, mais la finalité demeure la même : on se sent mal dans notre peau et on désire changer d’alimentation, parfois pour le mieux, mais parfois au détriment de notre santé physique et psychologique. Non coupable vous apprendra, dans un premier temps, à reconnaître les situations qui vous font sentir coupable puis à gérer et à apprivoiser cette culpabilité alimentaire pour être en mesure de la faire disparaître. En plus des méthodes et des outils pour apprendre à se déculpabiliser face à l’alimentation, cet ouvrage propose des témoignages de vedettes, des recettes de collations non culpabilisantes, ainsi qu’une foule d’astuces pour mieux manger.

Zéro gluten, Jeanne B. Giacobetti, 2015, La Martinière, 187 p., 9782732465081*

Plus de 80 recettes sans gluten à base de farines alternatives : clam chowder, rillettes de saumon-tarama, quiche aux morilles, pancakes à la banane, cake amandine aux framboises, gâteau amandes-châtaignes, etc. Avec des farines de millet, de lentilles, de maïs, de pois chiches ou de riz complet.

 

BIOGRAPHIES

American Desperado, Jon Roberts et Evan Wright, 2015, Livre de poche, 733 p., 9782253904823*

Jon Roberts naît en 1948 au cœur du Bronx, dans une famille de la mafia new-yorkaise, les Gambino. À 7 ans, il assiste à un assassinat commis par son père. Ce jour-là, il décide de suivre la même voie, celle du crime organisé. Après un passage au Vietnam, il connaît une ascension fulgurante au sein de la mafia : racket, trafic de cocaïne pour le compte du cartel de Medellín, meurtres… C’est une effrayante épopée de réussite criminelle qu’il bâtit dans les années 1970 et 1980. Roberts est enfin arrêté en Colombie mais réussit à s’évader. Rattrapé par la police américaine, il accepte de coopérer avec la justice. Evan Wright est un journaliste et écrivain américain reconnu.

American desperado est le fruit de leurs échanges.

Une lecture hallucinante.

Raymond Gravel, entre le doute et l’espoir, Claude Gravel, 2015, Libre Expression, 264 p., 9782764810187*

En mars 2013, Raymond Gravel avait accepté de se confier à Claude Gravel et de lui laisser rédiger sa biographie. Ils ne se connaissaient pas, mais une confiance mutuelle s’est établie entre eux. « Je n’ai rien à cacher », lui dira l’abbé Gravel. Lorsqu’il a appris, le 28 août 2013, qu’il était atteint d’un grave cancer, Raymond Gravel a tenu à poursuivre ce projet, rencontrant l’auteur presque chaque semaine jusqu’à la fin de sa vie, mettant à sa disposition une documentation personnelle considérable, dont un journal intime qu’il a tenu pendant plus de vingt ans.

L’auteur l’a suivi dans son ministère. Il a rencontré ses proches, il a interviewé des dizaines de laïcs et d’hommes d’Église qui ont cheminé avec ce personnage hors du commun, décédé le 11 août 2014. Pour beaucoup, Raymond Gravel demeure un mystère, « la confluence d’ambiguïtés énormes », dira un de ses grands amis. Avec cette biographie, on en apprend davantage sur l’homme, sur le prêtre, un prêtre différent des autres.

Une carrière au service du coopératisme, Claude Béland, 2015, Fides, 288 p., 9782762138856*

Passant en revue les grandes étapes de sa fructueuse carrière, Claude Béland se raconte à travers l’histoire du coopératisme québécois des soixante-dix dernières années. Du collège à la Faculté de droit, de la Fédération des caisses d’économie du Québec à la présidence du Mouvement Desjardins, de sa participation à la Commission sur l’avenir constitutionnel et ­politique du Québec à sa nouvelle carrière de grand conseiller et d’analyste dans les médias, ce livre retrace les grands moments de la carrière d’un homme qui fut un acteur important de la société québécoise telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Truman Capote, Lilian Kerjan, 2015, Gallimard, coll. « Folio Biographies », 304 p., 9782070461479*

« Le cerveau peut recevoir des conseils, mais pas le cœur, et l’amour, n’ayant pas de géographie, ne connaît pas de frontières. » Truman Garcia Capote, de son vrai nom Truman Streckfus Persons (1924-1984), voulait être danseur de claquettes ou chanteur de night-club… Il devint écrivain, prolixe et déconcertant. Affirmant « je suis un anormal, les gens ne m’aiment pas », il adorait les cocktails et les feux d’artifice sur le Grand Canal à Venise et possédait une garde-robe des plus extravagantes. Il ne cessa d’éblouir, d’intriguer, de surprendre ; certains le comparèrent à Jean Cocteau, d’autres prétendirent qu’il était l’Elvis Presley des lettres américaines. Son œuvre capte l’air du temps, oblige la société contemporaine à se poser des questions. Petit déjeuner chez Tiffany et De sang-froid en sont les deux titres phares. De ce dernier, il écrit : « C’est une réussite parfaite… parce qu’il est sans style. C’est comme un verre d’eau. Mon rêve. Rien entre l’écriture et le lecteur. »

Maurice « Mad Dog » Vachon, Bertrand Hébert et Pat Laprade, 2015, 312 p., 9782764810415* (+)

« Après leur passionnante histoire de la lutte québécoise, À la semaine prochaine si Dieu le veut, Pat Laprade et Bertrand Hébert nous reviennent avec la biographie d’un des plus colorés et importants lutteurs du Québec : Maurice « Mad Dog » Vachon. Les deux éminents spécialistes de la lutte y relatent notamment le fil de sa carrière, avec tous ces fascinants jeux de coulisses du monde de la lutte professionnelle que l’autobiographie de Vachon, parue en 1988, ne pouvaient révéler… car à l’époque c’était encore l’omertà sur la scénarisation des combats ! « Ça prend pas un dictionnaire pour comprendre ça », nous dit avec ironie la quatrième de couverture en citant une phrase récurrente des entrevues de Mad Dog, un clin d’œil au mépris de certains pour la lutte. Peut-être, mais soulignons la plume alerte et fluide des deux auteurs, qui rend passionnante la vie du plus grand vilain de la lutte québécoise, avec son lot de savoureuses anecdotes. Un plaisir de lecture pour les nostalgiques de Mad Dog autant que pour les amateurs de lutte, jeunes et moins jeunes. » (Maxime Nadeau)

VIE PRATIQUE

Dessine-moi un mouton, Joe-Ann Benoit et Graziella Pettinati, 2015, Québec-Livres, 176 p., 9782764024423*

« S’il te plaît, dessine-moi un mouton ! » demandait le Petit Prince. Depuis la nuit des temps, le dessin est un moyen privilégié de communiquer un message, une émotion, une idée… C’est à partir de cette prémisse que Jo-Ann Benoit et Graziella Pettinati offrent ici le fruit de leur expérience aux parents, aux grands-parents, aux intervenants et aux enseignants afin de leur permettre de mieux comprendre le monde intérieur de l’enfant. Le dessin prépare tout naturellement l’enfant au geste graphique. C’est pourquoi les auteures abordent également cet aspect du développement : Quels crayons donner au tout-petit ? Comment l’aider à bien les tenir ? Comment l’encourager à adopter une position ergonomique ? De quelle façon s’établit la dominance manuelle (gauche ou droite) ? Ce livre répond à ces questions ainsi qu’à bien d’autres qui touchent l’interprétation des dessins. Il vous propose des outils simples pour mieux comprendre l’expression des enfants et pour les préparer à leur entrée à l’école.

Soutenir et accompagner l’enfant malade, Catherine Kozminski, 2015, CHU Sainte-Justine, 112 p., 9782896197194*

Dans un style vif et franc, ce livre relate, dans sa plus grande partie, le cheminement émotif d’une jeune enfant malade et celui, plus « secret » et intérieur, de sa mère. Le quotidien familial, entre la maison et l’hôpital, évoque tous les impacts physiques et psychologiques de la maladie chez l’enfant. Ce point de vue est appuyé par deux textes de soignants qui se trouvent au cœur même de cet accompagnement si particulier de l’enfant et de sa famille, deux textes porteurs d’observations concrètes et de réflexions concernant, entre autres, l’hospitalisation de l’enfant aux besoins particuliers et l’humanisation des soins dans notre système de santé.

Respirez, Eline Snel, 2015, Transcontinental, 224 p., 9782897430634*

Les adolescents sont imprévisibles, fragiles, et parfois franchement difficiles. Ils cherchent à prendre leurs distances de leurs parents, ce qui ne les empêche pas d’avoir besoin de la sécurité que ceux-ci représentent. Ils naviguent entre inertie et stress, provocations et angoisses. Comment trouver la bonne attitude et les bons mots pour les rejoindre et apaiser les tensions ? Conçu d’abord pour les parents, ce livre doublé d’exercices audio apprend aux adultes à utiliser la méditation pour éviter les réactions impulsives et pour se recentrer sur l’essentiel. Respirez comprend également un volet destiné aux ados : des conseils intégrés au fil du texte et cinq méditations guidées leur permettent de surmonter le stress et de se relier au meilleur d’eux-mêmes. Toute simple, cette démarche ne nécessite aucune connaissance préalable. Elle est accessible à quiconque a envie d’améliorer le climat et la communication entre parents et adolescents.

Tisanes: Remèdes et recettes, Pierrette Nardo, 2015, Rustica éditions, 63 p., 9782815305983*

Plus de 100 recettes de tisanes et d’infusions pour une santé et une beauté au naturel : se déstresser, faciliter le sommeil, soigner les courbatures, etc.

Elixirs médicinaux, Erika Laïs, 2015, Rutisca éditions, 63 p., 9782815304986*

50 recettes pour préparer des élixirs médicinaux, classées par type de plantes.

 

ARTS & BEAUX-LIVRES

La musique au tournant des siècles, Brigitte François-Sappey, 2015, Fayard, coll. « Les chemins de la musique », 302 p., 9782213682501*

Les tournants de siècle ont-ils été vécus dans la musique comme des moments particuliers ? Cet essai met en perspective cinq passages d’un siècle à un autre, depuis 1600. Si les passages de 1600, 1800 et 1900 s’accompagnent des revendications de nouvelle musique, celui de 1700 consacre un accomplissement. Qu’en sera-t-il du tournant de l’an 2000 ?

JonOne : The Chronicles, Théophile Pillauts, 2014, David Pluskwa Art contemporain, 352 p., 9791094003008*

Publiée à l’initiative de David Pluskwa, galeriste à Marseille, cette monographie retrace le parcours de l’artiste, depuis ses premiers graffitis en 1979 jusqu’à aujourd’hui. L’ouvrage montre l’évolution de son style, de plus en plus abstrait, coloré et privilégiant l’improvisation.

Alors que plusieurs artistes de rue font leur entrée dans les musées et les collections privées, peu de livres permettent à l’amateur d’apprécier leur production. Avec cet ouvrage, le galeriste David Pluskwa donne accès à l’œuvre de JoneOne caractérisée par sa rapidité d’exécution donnant du mouvement aux couleurs qui recouvrent entièrement la surface; un allover qui mélange calligraphie et dripping. Des reproductions et des photographies accompagnent une biographie ainsi que des témoignages de ceux qui ont été les spectateurs de cette ascension « from Street to Art ». Une première monographie consacrée à un graffeur qui a su adapter l’action painting de Jackson Pollock aux rues de New York, tout en faisant entrer le tag dans les galeries. (Maude Jacob)

Street art: De Banksy à Zacharevic, découvrez les artistes et les œuvres les plus représentatives de l’art urbain du monde entier, Russ Thorne, 2015, Larousse, 191 p., 9782035907967*

Depuis les années 70, les graffitis ont pris possession de nos villes, pour le meilleur et pour le pire. Liberté de parole, créativité ou égocentrisme adolescent et vandalisme, notre regard diffère selon les « œuvres ». Mais, depuis plusieurs années déjà, que ce soit en Amérique latine, en Californie, en Europe ou au Québec, de nombreux artistes ont pris possession de ces innombrables lieux abandonnés, en faisant des oasis de beauté, d’humour, de cynisme ou de revendication. Une façon innovante de se réapproprier la Cité, au plus grand plaisir des citadins… Ce livre dresse un panorama complet des tendances actuelles en art urbain … (Robert Beauchamp)

Dominique Gaucher, André-Louis Paré et Eveline Boulva, 2015, Éditions Plein sud / Expression, Centre d’exposition, 144 p., 9782922256628*

Cet ouvrage richement illustré explore le récent parcours du peintre québécois Dominique Gaucher depuis les années 2000 jusqu’à ses travaux les plus récents. Des œuvres qui, des plus intimes aux plus monumentales, intéresseront tous les publics. Les textes d’André-Louis Paré (critique d’art, commissaire d’expositions et professeur de philosophie, également directeur et rédacteur en chef de la revue Espace) et d’Eveline Boulva (artiste en arts visuels), ainsi qu’un entretien avec l’artiste, offrent des points de vue plus approfondis sur les œuvres reproduites.

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Tous les textes proviennent des éditeurs, sauf lorsqu’il y a mention d’auteur.

Sélection : Caroline Scott – biographies et vie pratique ; Benoit Desmarais – sciences humaines ; Caroline Le Gal – psycho, philo et cuisine ; Marie-Ève Blais – sciences humaines et arts & beaux-livres ; Robert Beauchamp – arts & beaux-livres.



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