Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘◦ Aperçus’


9 août 2016  par nos libraires BD

Bandes dessinées : le choix des libraires

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

La ligue des voleurs T.01, Dagda et Maïa Mazaurette, 2016, Jungle, 48 p., 9782822212441*

Alors qu’elle n’a qu’à peine onze ans, Clémence est déjà confrontée à un tournant important de sa vie: l’examen pour le diplôme de base de la Ligue des voleurs. Ayant un talent qui semble inné, ce ne devrait pas être un problème pour la jeune fille provenant d’une famille de voleurs. Si ce n’était que Clémence n’aspire pas à être une voleuse et souhaite plutôt être transférée dans une école régulière. Elle n’aime pas devoir cacher son identité au monde extérieur et est une adepte de la bibliothèque, ce que ses parents ne comprennent pas. En utilisant cette avenue plutôt fantaisiste qu’est le métier de voleur professionnel, les auteurs explorent de façon intelligente le problème des enfants dont les parents veulent contrôler l’avenir. Que ce soit parce qu’ils doivent hériter de la compagnie familiale ou parce qu’ils ont un don dans un domaine précis, certains parents ne veulent pas gâcher le potentiel de l’enfant, au détriment de ses choix personnels. Avec ses dessins charmants, cette bande dessinée dépeint une histoire à divers niveaux. Non seulement la jeune Clémence doit-elle passer l’examen, mais elle vit une vie secrète en allant à la bibliothèque et en devenant amie avec une personne « normale ». Elle découvrira également qu’elle n’est peut-être pas la seule au sein de sa famille qui cache un pan de sa vie. (CH)

Ugly princess T.01, Natsumi Aida, 2016, Akata, 192 p., 9782369740780*

Ugly Princess est le nouveau manga de l’auteure du succès Switch Girl. Cette fois, on y retrouve Mito Meguro (ou Meg, pour les intimes), une anti-héroïne à l’apparence moins flatteuse que ses camarades de classe. Après s’être fait rejetée et humiliée publiquement par un garçon insensible, elle s’est tournée vers l’univers virtuel des jeux de simulations d’histoires d’amour au lieu de tenter d’approcher à nouveau un garçon. La situation change toutefois lorsque Kunimatsu lui adresse la parole et lui vient en aide, confrontant les camarades qui se moquent d’elle. Ce qui à priori pourrait être un manga shojo rempli de clichés se révèle être, en fait, un portrait très exact des réflexions des jeunes filles remplies de complexes qui portent envers elles-mêmes un regard extrêmement critique. À plusieurs moments, Meg se laisse décourager par ses élucubrations négatives, mais elle imagine parfois des scénarios plus positifs où, telle une magnifique princesse, elle réussit à conquérir Kunimatsu (ou même parfois Seiji, le héros de ses simulations d’amour). Si on se fait parfois dérouter en croyant qu’une scène est bien réelle, on découvre à la page suivante qu’en réalité nous nous retrouvons en pleine immersion dans l’univers mental de Meg. Le contexte est plutôt représentatif des shojo, avec la jeune fille qui tombe en amour avec le plus beau garçon de l’école, mais le point de vue très personnel qui est offert à travers Mito Meguro – dont le nom veut ironiquement dire « belle personne aux yeux noirs » – risque de rapidement transformer ce shojo en classique exceptionnel. (CH)

12 ans T.01, Nao Maita, 2016, Glénat, coll. « Shojo manga », 192 p., 9782344007495*

Le shojo 12 ans dépeint la vie de plusieurs personnages qui quittent le monde de l’enfance en vivant certaines premières fois propres au début de l’adolescence: premier baiser, premier petit ami, premières règles, etc. Les personnages sont encore tout à fait innocents dans certains domaines. Hanabi, qui n’est encore qu’une enfant, sera la première à être en couple dans sa classe, alors que sa meilleure amie Yui, qui parait mature, se fige de peur ou de gêne lorsque surviennent ses règles ou son premier amour. Ce manga se concentre vraiment sur les sentiments que l’on ressent à la sortie de l’enfance et non au beau milieu de l’adolescence, comme le font la majorité des shojo aux héroïnes de 16 ans. Il ne tente pas non plus de vieillir prématurément ses personnages, la majorité de la classe n’ayant jamais eu de premier baiser. Lorsque cela se produit pour Hanabi et Yui, cela en reste là, le manga n’essaie pas de leur faire brûler des étapes. Le dessin traduit bien l’âge et l’innocence des personnages. C’est le manga parfait pour les jeunes qui sont eux-mêmes dans cette période de leur vie ou qui viennent de la quitter. Par contre, bien que les réactions des garçons soient également décrites, l’histoire est en grande partie centrée sur les filles (dans ce premier tome, toutefois.) (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

L’homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2016, Lucky comics, 64 p., 9782884713634*

Contrairement aux nombreuses reprises d’albums de Lucky Luke faits à la manière des auteurs originaux par divers émules plus ou moins doués, ce nouvel opus, concocté par Matthieu Bonhomme, se démarque par sa démarche personnelle et son ton résolument adulte. C’est plus fort de son expérience du genre western – depuis l’aventure de sa série Texas Cowboys partagée avec Lewis Trondheim au scénario – que Bonhomme osera présenter à l’éditeur Dargaud sa vision unique du personnage et son idée de projet d’un nouveau Lucky Luke; lecture fondatrice de son enfance et avec laquelle il apprit à faire de la bande dessinée. Remarquable réussite scénaristique et graphique, cet hommage au héros mythique, et au genre western en général, ravira son lecteur autant par sa nouvelle approche semi-réaliste que par le traitement « Morrisien » de la couleur, les cadrages audacieux et les brillants ajouts à l’histoire inventés par cet auteur de haut niveau, et qui a su répondre à son envie de la reprise avec brio. (HB)

Amour austral, Jan Bauer, 2016, Warum, coll. « Civilisation », 234 p., 9782365352208*

Au sortir de deux années très éprouvantes émotionnellement, Jan s’offrira une longue randonnée en solitaire à travers le bush australien; histoire de faire le point sur sa vie et de compléter son deuil. Son chemin croisera celui de Morgane – une charmante cowgirl française – avec laquelle il migrera moins d’une semaine, mais qui le fera rapidement dévier de sa quête initiale et de son ardent désir de solitude. Dans ce road trip autobiographique, exempt de kangourous et de clichés, on retrouvera seulement quelques chiens dingos – prédateurs rois de ces grandioses régions sauvages – et une belle aventure romantique, sans happy-end, mais forte des réflexions et de la maturité qu’apporte ce genre de vécu mêlé à une très grande sensibilité. (HB)

L’origine du monde, Liv Strömquist, 2016, Rackham, 144 p., 9782878271973*

Saviez-vous que la taille réelle du clitoris a été découverte seulement en 1998? Et qu’en conséquence, l’idée pourtant persistante d’un orgasme dit vaginal n’a plus de sens? Avez-vous remarqué que toutes les publicités concernant les tampons parlent de discrétion, de fraîcheur, comme si on parlait de quelque chose de malpropre, qu’il fallait cacher? Ce genre de constat, et bien d’autres encore, sidérants pour la plupart, font légion dans cet essai remarquable. Conduit avec humour, L’Origine du monde révèle toutes les conclusions scientifiques hasardeuses qui ont contribué à bâtir une image détériorée du sexe féminin. Des conclusions, ou des croyances, toutes élaborées par des hommes, bien entendu… Ainsi, on découvre à quel point la perception du sexe féminin a toujours (du moins en occident) été construite en creux ou en opposition par rapport au sexe masculin. On regrettera peut-être quelques effets de mise en scène redondants, mais hormis ce détail, c’est un livre d’intérêt public. (SC)

Capitaine Mulet, Sophie Guerrive, 2024, 2016, 227 p., 9782919242269*

 Cette histoire est une épopée, une comédie moyenâgeuse de 227 pages au cours desquelles les évènements s’enchaînent sans lever le pied. C’est pour ce rythme autant que pour le caractère du Capitaine Mulet que cette œuvre fait penser à Don Quichotte dans ce qu’il a de meilleur. En effet, le Capitaine Mulet partage avec L’Ingénieux Indalgo de la Manche un goût pour les initiatives qui tournent mal, autant qu’un orgueil le mettant à l’abri de tout sentiment d’échec. Et le résultat atteint la même poésie, la même saveur. Le Roy de France ordonne au Capitaine Mulet de se trouver un équipage et de voguer en direction du soleil. Une fois en pleine mer, on apprend que le Capitaine n’a jamais navigué, et que s’il sait dans quelle direction aller, on ne lui a pas expliqué à quelles fins. Les péripéties s’enchaînent et notre Capitaine n’en finit pas de se faire des ennemies où qu’il passe, au désespoir de son complice Bienvenu, une sorte de fidèle Sancho. L’ouvrage est soigné, l’évocation du Moyen âge se retrouve autant dans le parler que dans le dessin et le livre a été publié façon grand luxe (couverture rigide, dos toilé, signet cousu…) : une vraie petite merveille. (SC)

L’herbier sauvage, Chloé Cruchaudet et FabienVelhmann, 2016, Soleil, coll. « Noctambule », 164 p., 9782302051942*

Vous serez prévenu, ce n’est pas exactement de la bande dessinée, et en plus, ça parle de sexe… Pendant six ans, Velhmann a interrogé toutes sortes de gens au sujet de leur sexualité et il en résulte un bouquet de témoignages tous plus passionnants les uns que les autres. Mignon, consternant, triste à pleurer ou à mourir de rire, chaque récit offre une expérience, une vision du sexe, une singularité, qui vaut d’être raconté. De plus, Velhmann a la bonne idée de ne pas entièrement disparaître derrière les témoignages. Sobrement, il précise le contexte de chaque entretien puis ne réapparaît qu’à l’occasion de rares parenthèses, par exemple quand le locuteur marque un silence, ou qu’il appuie un mot par un geste particulier; le témoignage n’en est que plus vivant, plus incarné. L’Herbier Sauvage offre une vision généreuse de la sexualité, un éloge au caractère unique de l’expérience individuelle dans ses plaies comme dans ses victoires et c’est très touchant. En somme, ce livre, c’est de l’amour. (SC)

***

Sélection et rédaction de Thomas Blais-Leblanc, Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Christina Huard, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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6 juin 2016  par nos libraires BD

Bandes dessinées : le choix des libraires

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADOS

Are you Alice? T.01, Ikumi Katagiri et Ai Ninomiya, 2016, Kaze, coll. « Shonen up! », 188 p., 9782820323118*

Un jeune homme entre dans un endroit étrange qui s’avère être le pays des merveilles. On lui demande s’il est Alice et dès qu’il affirme que c’est son nom – il est amnésique et ne sait pas trop pourquoi Alice serait son nom, mais il semble croire que cela pourrait l’être – la machine est mise en route. Alice est le 82e de ce nom au pays des merveilles, car les 81 précédents ont échoué à être la vraie Alice. La vraie Alice qu’ils recherchent devrait être en mesure de tuer le lapin blanc. Telle est donc la mission du nouvel Alice, accompagné du chapelier toqué pour le protéger. Totale déconstruction du conte d’Alice au pays des merveilles, ce manga en 12 tomes prend une histoire pour enfant et en fait un shonen d’action pour adolescents. Les dessins sont vraiment bien faits et le récit est accrocheur. Le personnage d’Alice est mystérieux, puisque lui-même ne sait trop qui il est ni comment il s’est retrouvé au pays des merveilles, mais il reste sur ses positions quant à devenir le véritable Alice et enfin trouver sa place au pays des merveilles. Le 82e Alice est donc prêt à aller jusqu’au meurtre, si c’est pour être enfin accepté parmi la population et pouvoir y vivre le reste de sa vie. (CH)

K-Shock, Christelle Pécout, 2016, Glénat, 112 p., 9782344005903*

Bien qu’on puisse croire à priori qu’il s’agit ici d’un manga, c’est en fait une bande dessinée européenne que nous propose Christelle Pécout. Une Française déménagée à Séoul essaie de s’adapter à sa vie d’étrangère dans la capitale sud-coréenne, tandis qu’un jeune rappeur coréen participe malgré lui à une émission de téléréalité pour créer le prochain boys band de l’heure. Cette bande dessinée nous présente les deux versants du monde de la K-Pop : la vie des fans et les difficultés qu’implique le fait de s’entraîner dans une agence professionnelle pour devenir une célébrité. Sans oublier les difficultés qu’affrontent les Occidentaux que la vague hallyu amène à Séoul. Tout n’y est pas que K-Drama (série télévisée coréenne) et K-Pop (musique pop coréenne). La bande dessinée plaira aux fans accomplis de culture coréenne puisqu’ils s’y retrouveront, mais aussi à ceux qui n’y connaissent rien, puisqu’elle expose vraiment tous les aspects de cette vague de plus en plus populaire mondialement. Un glossaire se retrouve d’ailleurs au début pour s’y retrouver au travers des termes qui sont typiques de la vague hallyu coréenne. (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

L’esprit rouge, Maximilien Le Roy et Zéphir, 2016, Futuropolis, 156 p., 9782754811774*

C’est en 1936 qu’Antonin Artaud, écrivain et acteur iconique, déçu par le ratage de sa première réalisation théâtrale, parti au Mexique pour se chercher. La jeune quarantaine, mais déjà affaiblie par une syphilis héréditaire, il y séjournera difficilement, étant dépourvu des drogues qu’il avait l’habitude de consommer pour étouffer sa douleur. Sa quête le mènera chez les Indiens Tarahumaras pour y être initié aux rites du soleil et du peyotl. Retraçant le pèlerinage de ce personnage hors du commun, les auteurs se concentreront surtout sur la narration par l’image, en y ajoutant très peu de texte. Ainsi, et grâce au riche traitement des couleurs chaudes, ils nous feront plutôt ressentir l’essence de l’expérience psychédélique et la nature délirante de celui qui, dans son œuvre autant que dans sa vie, tentera sans cesse de briser les limites pour trouver sa vérité. (HB)

Tebori T.01, Marcial Toledano et José Robledo, 2016, Dargaud, 48 p., 9782205073713*

Voici une nouvelle série créée par le tandem qui nous avait offert l’excellent Ken games. Les auteurs traitent encore une fois des apparences et des faux-semblants et nous emmènent dans le monde de la mafia japonaise. Le héros de l’histoire est un jeune tatoueur prometteur qui deviendra l’élève de l’un des sept grands maîtres, les tatoueurs officiels des yakuzas. Il se retrouve alors impliqué dans cet univers rude, au code de conduite immuable et où la place de chacun est bien définie. La création d’une œuvre unique pour un puissant seigneur du crime se révélera difficile et va l’entraîner sur un chemin dangereux. La rencontre d’une jeune femme qui collectionne les tatouages des maîtres bouleversera ses certitudes. Un album riche en rebondissements. Vivement la suite! (PP)

C.O.W.L., Mark Siegel et Kyle Higgins, 2016, Urban Comics, coll. « Urban Indies », 272 p., 9782365775656*

Une autre bande dessinée où l’on revisite et modifie les concepts de base, traditionnellement manichéens, des univers de super-héros. Imaginez que les supers se créent un syndicat: organisation des quarts de travail, sécurité d’emploi, assurances, vacances, équipement fourni par la ville, la belle vie pour les héros qui n’ont plus qu’à se concentrer sur leur vrai travail: sauver le monde. Cependant, la puissante Chicago Organized Worker League est très efficace et les super-vilains (et le crime par la même occasion) ont presque disparu de la ville. Les héros n’ont plus de travail du fait de leurs succès et la mairie veut renégocier les conditions de travail du C.O.W.L.. La grève semble inévitable. Un petit bijou, original et très agréable à lire. On savoure les dilemmes moraux de certains super-héros qui voudraient bien sauver des gens, mais qui hésitent, car ils se retrouveraient dans une position inconfortable face à leur syndicat. Un excellent album. (PP)

Jupiter’s legacy T.01 : Lutte de pouvoirs, Frank Quitely et Mark Millar, 2016, Panini comics, coll. « Best of fusion comics », 144 p., 9782809453454*

Un album original et très intéressant abordant des sujets quasi inexistants dans l’univers des super-héros : les relations familiales parents-enfants ainsi que la place des héros dans la société. Utopian, le plus grand super-héros sur terre, cherche à mener une vie normale malgré ses super-pouvoirs. Il veut assurer une certaine stabilité à ses enfants pour en faire ses dignes héritiers. Cependant, les crises se multiplient au fil des ans et Utopian doit faire son devoir. Son fils Brandon souffre particulièrement de l’absence de son père et leur relation est de plus en plus difficile. Utopian ne se questionne jamais sur l’intégrité et la légitimité des différents présidents qu’il doit servir et refuse que les super-héros s’impliquent dans les décisions politiques, mais les temps changent et beaucoup des collègues d’Utopian souhaiteraient s’impliquer d’avantage dans la politique et la gestion des affaires humaines. Une révolution se prépare… Une histoire sortant des cadres traditionnels des univers super-héroïques. À découvrir. (PP)

***

Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Christina Huard, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.
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29 avril 2016  par nos libraires BD

Bandes dessinées : le choix des libraires

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – JEUNESSE

Simone, joli monstre !, Rémy Simard, 2016, Bayard, 56 p., 9782895797531*

Bande dessinée pour enfant, Simone, joli monstre ! raconte les aventures de Simone, seule humaine dans un monde de monstres. La BD déconstruit savamment des situations de tous les jours que vivent les enfants, avec un trait humoristique qui met en vedette des monstres au lieu des humains et ainsi rend Simone, la petite humaine, l’étrangeté au milieu de cette population. Néanmoins, Simone est acceptée par ses amis monstres, même s’ils la trouvent souvent effrayante – étant, pour eux, l’équivalent d’un monstre pour nous. (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

La poudre d’escampette, Chloé Cruchaudet, 2016, Delcourt, coll. « Les enfants gâtés », 26 p., 9782756075839*

Ce qui saute aux yeux immédiatement, c’est la maestria graphique de Chloé Cruchaudet. On connaissait déjà ses qualités de dessinatrice à l’œuvre dans Mauvais Genre et Ida, pourtant l’artiste parvient encore à nous tirer des « oh » d’admiration avec cette splendide bande dessinée jeunesse. La poudre d’escampette est une véritable invitation au rêve, d’enfants, bien entendu. On y suit le peu téméraire Paul Dubreuil, embarqué malgré lui sur le radeau d’une bande de gamins qui cherchent leur place : un ailleurs… parce qu’ailleurs, c’est peut-être mieux. Cette échappée naïve sur un ruisseau idyllique offre une pure tranche de bonheur. Et vous pouvez, en plus, construire le radeau en papier offert à la fin du livre. (SC)

One-Punch Man T.01, One et Yusuke Murata, 2016, Kurokawa, 189 p., 9782368522257*

L’arrivée de cet antihéros était grandement attendue au Québec. Heureusement, One-Punch Man s’est montré à la hauteur des rumeurs qui l’entouraient. Saitama est un héros complètement blasé : en effet, il est tellement fort que personne ne résiste à ses spectaculaires coups de poing. À la recherche d’un sens à sa vie ennuyeuse, il passe le temps en éliminant des nuisibles. Une bonne dose d’humour est concentrée dans ce premier tome, accompagnée par de bonnes bagarres typiques du genre. (CC)

Omega – Alien mégalo sous contrôle T.01, Tomohito Oda, 2016, Kaze, coll. « Shonen », 194 p., 9782820322807*

Premier volume d’une série de trois mangas, Omega raconte l’histoire d’un extraterrestre surpuissant qui se retrouve malgré lui à répondre à une humaine parce qu’il a été piégé par un autre extraterrestre qui voulait en faire son esclave. Omega est donc coincé sur terre et doit faire ce que Shiho lui demande. Contrairement à Fairy Tail et One Piece, où le rôle principal féminin – Lucy, Nami – est un peu effacé ou faible comparé au protagoniste et tient un peu le rôle de princesse à sauver parfois, Shiho est une fille forte qui tient tête aux garçons de son école ainsi qu’au protagoniste masculin, Omega, même s’il est l’être le plus fort de l’univers. Ce manga n’est peut-être pas tout public – on regarde sous la jupe de Shiho, Omega se fait traiter d’obsédé – mais pour les lecteurs et lectrices de 14 ans et plus c’est excellent. Et puis avec une série en trois tomes, on a un autre avantage face à Fairy Tail et One Piece: l’histoire ne risque pas de traîner et de perdre son essence à la longue. (CH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADOS

Une aventure des Spectaculaires T.01: Le cabaret des ombres, Arnaud Poitevin et Régis Hautière, 2016, Rue de Sèvres, 54 p., 9782369811831*

Dans le Paris du début du siècle, une troupe d’artistes de cirque sur le déclin se voit proposer une mission particulière : récupérer l’arme secrète inventée par le professeur Pipolet. Il s’agirait d’une arme si terrible qu’elle serait capable d’anéantir une armée entière. En utilisant diverses inventions farfelues du professeur, nos artistes devront s’improviser superhéros chargés de sauver le monde. La fantaisie qui anime ce récit de bout en bout est d’une réelle efficacité; gaffeurs et souvent inefficaces, nos héros ne parviennent jamais vraiment à cet héroïsme bien peigné que le récit tente de leur faire atteindre. Une comédie d’aventure rythmée et habilement tissée. (SC)

Underwater: Le village immergé T.01, Yuki Urushibara, 2016, Ki-Oon, coll. « Latitudes », 246 p., 9782355929410*

Au milieu d’une ville privée d’eau, Chinami s’effondre suite à un entrainement trop poussé. Elle se réveille dans un village inconnu, mais vaguement familier, où la pluie tombe sans cesse. Elle y rencontre un jeune garçon et un vieil homme. En racontant cette aventure à sa famille, elle lève peu à peu le voile sur cet endroit mystérieux, situé entre le réel et l’imaginaire. On retrouve dans ce manga une agréable poésie, sans toutefois perdre de vue des problèmes plus actuels. (CC)

Roger et ses humains T.01, Paka et Cyprien, 2016, Dupuis, 86 p., 9782800164199*

Roger est un robot créé par l’armée pour être une arme, mais comme l’ingénieur travaillant sur ce projet ne veut pas de ce destin pour Roger, il le cache chez Hugo, son fils. Hugo et sa petite amie adoptent Roger même si telle n’était pas l’intention principale de l’ingénieur. Ne connaissant pas Cyprien d’avance, c’est à l’aveugle que je me suis plongée dans sa bande dessinée. Je n’ai rien regretté. L’humour noir et sarcastique de Roger le robot qui ne peut pas mentir, mais qui est très susceptible, doublé des vannes de la petite amie d’Hugo fait de Roger et ses humains une BD très drôle. Les dessins simples sont accrocheurs. À travers ce format humoristique sont tout de même traités des sujets sociaux tels que le ridicule de la télé-réalité, l’omniprésence de la technologie, le chômage chez les artistes, l’avancement professionnel et le danger du développement d’armes surpuissantes. (CH)

Heartbeats T.01, Risa Konno, 2016, Panini Manga, coll. « Shojo », 192 p., 9782809453508*

La déléguée de classe, Tsukasa, et le nouvel élève, Arima, deviennent meilleurs amis dès l’arrivée de celui-ci. Tsukasa développe toutefois des sentiments un peu différents envers Arima et se fait rejeter lorsqu’elle lui avoue son amour. Ne se laissant pas démonter, Tsukasa lui promet de ne pas jeter l’éponge et d’attendre qu’il partage ses sentiments. À priori un shojo (manga pour filles) tout ce qu’il y a de plus classique – voire cliché – celui-ci se démarque par l’immense impression de douceur qu’il dégage. Le style de dessin fait beaucoup penser à celui d’Io Sakisaka, auteure de Strobe Edge et Blue Spring Ride, et l’histoire est tout aussi attirante que celles de ces autres mangas. Les efforts incessants de Tsukasa font d’elle un personnage tout à fait attachant et ses moments de faiblesse passagers la rendent humaine. (CH)

Spider-Gwen T.01, Jason Rodriguez et Jason Latour, 2016, Panini Comics, coll. « 100% Marvel », 112 p., 9782809453690*

Gwen Stacy est mordue par une araignée radioactive et elle développe des pouvoirs fantastiques. Elle prendra conscience des responsabilités que ces pouvoirs lui imposent lorsqu’elle sera témoin de la mort de son ami Peter Parker. Elle devra éviter les pièges tendus par Frank Castle, le nouveau chef de police qui cherche à l’accuser de ce meurtre, ainsi que résister à la tentation de devenir une super-criminelle aux ordres du Caïd et de Matt Murdock. On revisite l’univers Marvel dans cette nouvelle BD qui mélange les cartes et donne de nouveaux rôles à plusieurs personnages connus. Un univers parallèle vraiment intéressant et rafraichissant par son inventivité. Vive Spider-…Woman! (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

La vraie vie, Grégory Mardon et Thomas Cadène, 2016, Futuropolis, 131 p., 9782754812085*

Mardon et Cadène, l’alliance de ces deux auteurs ne pouvait que nous enthousiasmer, tant ils ont su jusqu’ici proposer des œuvres de qualités. Jean est un trentenaire célibataire. Sa vie est simple. Il travaille en tant qu’employé de mairie, et le soir, son ordinateur lui tient compagnie : Internet, sites d’infos, sites pornos, Tweeter, podcast, jeux en ligne, etc… Jean vit sereinement la vie moderne, en homme de son époque. Évidemment, ça éveille des perplexités; la vie sur les écrans, ce n’est pas la vraie vie, bien sûr. Mais… Et si, en dépit des apparences, la vie avec Internet, c’était la vie quand même? Avec ce récit surprenant et touchant, Cadène prouve une fois encore qu’il sait parler de l’air du temps avec beaucoup de crédibilité. (SC)

Breizhskin, Craoman et Dav Guedin, 2016, Ankama, coll. « Label 619 », 92 p., 9782359108903*

Trois jeunes skinheads désireux de gagner leurs premiers galons de nazillons partent à la rencontre d’une sommité locale du mouvement fasciste. Au lieu d’un modèle duquel ils pourraient s’inspirer, ils trouveront un skin fou dangereux, qui n’hésitera pas à les mettre à l’épreuve, voire les mettre en danger. Livrés à cette brute sans limites, leur weekend va tourner au cauchemar. Les faits (présentés comme étant inspirés de situations réelles) sont hallucinants. La violence qui y est évoquée est stupéfiante de gratuité. Pour autant, il ne s’agit pas d’un livre qui ne serait que brutalité. Le dessin colle idéalement au sujet, l’ensemble est impeccable de cohérence et, au passage, soulève intelligemment la question de la recherche d’identité, de volonté d’appartenance à un groupe, quand on est un jeune adulte un peu paumé. (SC)

Juliette: Les fantômes reviennent au printemps, Camille Jourdy, 2016, Actes sud, coll. « BD », 240 p., 9782330057510*

Fatiguée de sa vie parisienne, Juliette retourne dans sa ville natale pour quelque temps. Elle y retrouve sa mère débordante d’énergie, son père retraité à la dérive, et sa sœur qui trompe son mari tous les jeudis avec un amant déguisé en loup, en lapin, en fantôme… Camille Jourdy nous avait déjà séduits avec Rosalie Blum, œuvre adaptée au cinéma par Julien Rappeneau en 2016. Avec Juliette, on retrouve la même ambiance, le même charme, faits d’un quotidien ronronnant traversé de quelques éclairs de fantaisie. Et là aussi, l’auteure met en scène cette France provinciale avec un naturel confondant, grâce à un sens du dialogue et de la situation qui sonne juste en permanence (mention spéciale pour les décors, qui sont d’une force d’évocation quasi émouvante). Cette comédie subtile sait créer de vrais moments de drôlerie, où chacun est un peu clown à sa manière : une vraie petite perle. (SC)

L’Oiseau bleu, Takashi Murakami, 2016, Ki-Oon, coll. «Latitudes», 209 p., 9782355928857*

La vie parfaite de Yuki vole en éclats au moment où la voiture familiale sort de la route. Son fils décède sur le coup, et comme si ce drame n’était pas suffisant, son époux se retrouve hospitalisé pour une longue période. Un homme vieillissant doit faire le deuil de ses souvenirs et accepter sa maladie, malgré les autres dont la vie continue. L’oiseau bleu, partagé entre ces deux récits fondamentalement reliés, nous raconte l’histoire de deuils profondément différents. La plume de Takashi Murakami est empreinte de sensibilité et d’espoir, autant dans le dessin que dans le texte. On referme ce manga presque à contrecœur, comme lorsqu’on quitte un vieil ami. (CC)

Championne du monde de flippette: Manuel de survie à l’usage des angoissées et autres anxieuses, Gemma Correll, 2016, Jungle, 109 p., 9782822213226*

Championne du monde de flippette est une bande dessinée qui dépeint les mésaventures des femmes qui sont trop anxieuses dans la vie. Certaines pages comportent des faits qui sont probablement arrivés à toutes les filles ou femmes, anxieuses ou non, alors que d’autres pages exagèrent certaines absurdités de notre société d’aujourd’hui. Je me suis reconnue dès la page 9. Je m’attendais à avoir de la difficulté à être touchée par cette bande dessinée puisqu’elle provient de France et que nous n’avons pas exactement le même mode de vie ou les mêmes expressions, mais au final, c’est généralement facile à comprendre et à y voir une réflexion de soi-même. On ne peut évidemment pas se reconnaître dans toutes les pages puisque la bande dessinée se veut en partie une exagération, mais certaines pages donnent envie de s’exclamer « Oui, c’est tellement moi, ça! » Si quelques gags tombent tout de même à l’eau à cause des différences culturelles, on reste avec le sourire aux lèvres du début à la fin. (CH)

Birthright T.01: Le retour, Andrei Bressan et Joshua Williamson, 2016, Delcourt, coll. « Contrebande », 144 p., 9782756069968*

L’histoire commence par un événement tragique, Mickey un jeune garçon qui s’apprête à fêter ses dix ans, disparait sans laisser de trace alors qu’il jouait dans un parc avec son père. La famille va vivre une année infernale et sera détruite par cet événement, le père est même soupçonné d’avoir tué son fils. Un an après sa disparition, la famille est convoquée par la police pour rencontrer un étrange personnage. Il prétend être Mickey, mais il a visiblement entre vingt et trente ans et il a l’allure de Conan le barbare. Une histoire très bien construite qui mélange les éléments classiques de la fantaisie en y ajoutant plusieurs innovations originales. Un grand plaisir de lecture. À découvrir. (PP)

Sykes, Armand et Pierre Dubois, 2016, Lombard, coll. « Signé », 78 p., 9782803632268*

Un nouveau western dans la collection Signé au Lombard. « Sentence » Sykes est un marshall réputé et craint, il travaille parfois aux limites de la légalité, mais quand il se lance à la poursuite d’un criminel, il attrape toujours sa proie. Ce personnage froid, méticuleux et efficace va devoir affronter un de ses plus grands défis en pourchassant une bande de tueurs sans pitié pour aider un jeune garçon à se venger. Les dessins sont somptueux, le scénario solide, venez chevaucher avec Sykes dans cette BD d’une très grande qualité. (PP)

L’été diabolik, Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen, 2016, Dargaud, 160 p., 9782205073454*

Lors de l’été 1967, Antoine a 15 ans et il va vivre une série d’événements étranges qui marqueront sa vie à jamais. Il lui faudra vingt ans pour comprendre et assembler toutes les pièces du puzzle, mais il finira par comprendre ce qui est arrivé à son père lors de cet « été diabolik ». Un style graphique époustouflant et un scénario hyper bien ficelé, que demander de plus! Une œuvre originale, superbe et prenante. L’album garde ses secrets jusqu’aux toutes dernières pages pour notre plus grand plaisir, attention : chef d’œuvre! (PP)

 

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Cynthia Couture, Christina Huard, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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