Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘◦ Regards’


8 mars 2013  par Isabelle Melançon

Puisque c’est le 8 mars…

Photo par Ruth Orkin

« Il se trouve – même si c’est difficile à croire quand on voit les étals des librairies – que les deux tiers des projets que je reçois [ pour la collection Bayou ] sont envoyés par des filles. Je ne sais pas si c’est Gallimard qui suscite ça… Il existe aujourd’hui un véritable appétit de bande dessinée chez les filles parce qu’elles ne l’ont pas pratiqué avant. »

Entretiens avec Joann Sfar, Joann Sfar et Thierry Groensteen, 2013, Les Impressions Nouvelles, 270 p., 9782874491580*
 

Depuis son officialisation par l’Organisation des Nations unies en 1977, le 8 mars est reconnu comme étant la Journée internationale de la femme. Plusieurs journalistes et blogueurs profitent de cette occasion pour écrire un article soulignant les nombreuses contributions, souvent oubliées, des femmes dans les domaines des arts, des sciences, etc.

Dans notre secteur de la bande dessinée, à cette date précise, c’est presque devenu une tradition de lister les nouveautés signées par des auteures et de passer en revue avec nostalgie les séries et les romans graphiques créés par des femmes qui nous ont marqués. Nous nous réjouissons du fait que le nombre d’auteures augmente de façon constante dans un médium encore fortement associé avec la gent masculine et ses préférences.

Voici une liste de suggestions d’œuvres de qualité, nées sous les crayons d’artistes et de scénaristes femmes, et mettant en scène des personnages féminins réalistes et captivants. Ces jeunes auteures s’attaquent à des sujets allant de la romance à la politique avec des styles de dessin allant de l’art naïf au réalisme.

Algésiras et AurorePénélope BagieuRikke Bakman,  Sophie BédardBoumVera BrosgolFanny Britt et Isabelle ArsenaultGeneviève CastréeLeela CormanChloé CruchaudetArianne DénomméIsabelle DethanFlorence Dupré la TourÉlodie Durand, Aisha Franz,  Anneli FurmarkIris,  Keum Suk Gendry-KimSophie GuerriveKonami Kanata,  Fabienne LoodtsOriane LassusUlli LustLisa MandelJulie MarohSandrine MartinKaoru Mori,   Yoon-sun Park,  Gabrielle PiquetJulie Rocheleau et Émilie VilleneuveMarjane SatrapiPosy SimmondsAnne Simon et Corinne MaierNaoko Takeuchi,  Mari Yamazaki,  Vanyda,  Birgit Weyhe,  Aurélie William LevauxZviane.

Nous vous encourageons aussi à visiter le site internet de l’Association Artémisia . Cette association, qui tient son nom de l’artiste Artémisia Gentileschi, cherche à faire la promotion de la bande dessinée « féminine » en offrant un prix annuel. Selon cette association, un regard féminin sur la production BD est essentiel. La bande dessinée ne pourrait pas évoluer en éliminant par machisme la moitié de ses lecteurs et de ses créateurs potentiels. Lointaine est l’époque où les femmes n’étaient que des coloristes du travail de leur maris. Elles ont des choses à dire, et elles veulent les dires dans des phylactères !

Photo par Charles Teenie Harris

Pour voir plus de photos de Charles Teenie Harris : ici et Ruth Orkin :  ici

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27 février 2013  par Alexandre F. R.

L’extraordinaire gentleman et sa ligue

La parution quasi simultanée dune nouvelle intégrale française des deux premiers volumes de La ligue des gentlemen extraordinaires et de la traduction de Century 2009, dernier tome du troisième livre de la série, s’avère l’occasion rêvée de revenir sur l’une des créations les plus denses et fascinantes de l’auteur anglais Alan Moore.

Adepte de l’occultisme, anarchiste et ancien dealer de LSD, Alan Moore s’est d’abord fait remarquer en tant qu’auteur au début des années 80, signant entre 1982 et 1985 les premiers numéros de l’iconique saga V for Vendetta avant de revamper pour le compte de DC Comics la série Swamp Thing qui, avant son intervention, n’était qu’une série B d’horreur parmi tant d’autres. Il réinventera par la suite le récit de super-héros avec Watchmen, œuvre culte ayant grandement contribué à l’émergence du terme graphic novel  (ou roman graphique) — qui sera dès lors utilisé pour décrire ces œuvres dont la forme s’éloigne des conventions du feuilleton, auxquelles s’était jusqu’alors plié le comic traditionnel. Moore deviendra par le biais de ce succès critique et commercial exceptionnel le symbole d’un renouveau de la bande dessinée américaine, qui, après des décennies d’adolescence, aurait enfin atteint l’âge adulte. Mais au lieu de monnayer sa popularité, Moore l’utilisera pour acquérir une indépendance peu commune au sein d’une industrie peu ouverte aux iconoclastes de sa trempe.

Entamée en 1999, La ligue des gentlemen extraordinaires s’avère la somme des ambitions démesurées d’un auteur inclassable, doté d’une érudition encyclopédique phénoménale, qui aspire à s’approprier, par le biais d’une fiction unificatrice, le canon littéraire populaire anglais afin de l’adapter à sa vision singulière. Composant son récit à partir d’emprunts, de clins d’œil et de citations, puisant ses références à même diverses sources, dans divers registres, Moore s’attaque ici à la distinction entre la littérature dite « mineure » et le répertoire classique — faisant en quelque sorte écho à ce bouleversement du neuvième art duquel il avait été l’un des principaux architectes dix ans plus tôt . Ici, il pousse l’audace jusqu’à intégrer à la bande dessinée des extraits d’œuvres romanesques, inventées de toute pièce, qui fournissent au lecteur des informations complémentaires sur le récit et étoffent la description des multiples personnages de la saga.

Le premier livre de la série réquisitionne ainsi ses principaux protagonistes à divers romans classiques, tissant entre eux une série de liens qui permettent à Moore d’élaborer un amusant jeu référentiel en même temps qu’un authentique discours critique, notamment sur l’imaginaire colonialiste et l’impérialisme britannique. Mina Harker est empruntée au Dracula de Bram Stoker, le Capitaine Nemo à Jules Vernes, l’aventurier Allan Quatermain aux livres de H. Rider Haggard, le Dr. Jekyll et son double Mr. Hyde à Robert Louis Stevenson,  l’homme invisible à une nouvelle de H.G. Wells, Fu Manchu à l’œuvre de Sax Rohmer et le professeur Moriarty à celle d’Arthur Conan Doyle. Le premier chapitre du second livre se déroule pour sa part sur Mars, où le John Carter d’Edgar Rice Burroughs ainsi que son inspiration directe le lieutenant Gullivar Jones (tiré, celui-là, d’un roman méconnu d’Edwin Lester Linden Arnold) assistent aux événements qui mèneront directement à La guerre des mondes  de H.G. Wells. C’est d’ailleurs dans ce contexte que se déroule l’action du second livre — récit crépusculaire qui marque, en même temps que le passage du 19e au 20e siècle, l’arrivée d’une modernité qui viendra bouleverser l’univers de la série.

 

Voilà qui nous amène d’ailleurs à ce dernier livre, Century, dont les trois tomes se déroulent respectivement en 1910, 1969 et 2009 — pirouette temporelle qui permet à Moore d’intégrer les Rolling Stones, Emma Peel ou encore Harry Potter, pour n’en nommer que quelques-uns, à une trame narrative qui gagne en densité avec chaque nouveau chapitre. L’inévitable confrontation que ce cycle met en scène entre ces héros de l’ère romantique et ce siècle turbulent, qu’ils traversent tels de perpétuels anachronismes, permet à l’auteur de régler ses comptes avec l’imaginaire contemporain. Réflexion sur l’épuisement des mythes, la saga se conclut dans une atmosphère de fin des temps — comme un voyage au bout de la littérature qui, à force de se recycler, aurait accouché d’un antéchrist médiocre (dont nous nous garderons bien de révéler l’identité ici) qui arrive à peine à assumer son rôle d’antagoniste suprême de toute cette histoire. Moore n’épargne même pas ses héros, exténués, qu’il condamne à la lutte à perpétuité alors que leur volonté même s’effrite et que leurs convictions s’effondrent.

L’auteur termine sa fresque épique dans un climat de cynisme qui semble annoncer la mort des formes narratives qu’il avait dans un premier temps cherché à actualiser. Moore, fort heureusement, se contredit lui-même en tirant de ce nihilisme une force créative positive, articulant un imaginaire de la fin particulièrement fécond en partant du constat potentiellement stérile qu’il n’y a plus d’histoires à raconter. La ligue des gentlemen extraordinaires, pour le meilleur comme pour le pire, s’avère ainsi l’apothéose du projet d’écriture téméraire, à la limite mégalomane, que mène depuis plus de trente ans l’une des figures les plus fascinantes et les plus excentriques de l’univers du comic book.

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Bibliographie sélective

 

V for Vendetta, David Lloyd et Alan Moore, 2012, Urban comics, coll.« Vertigo essentiels », 334 p., 9782365770460*
Watchmen, Dave Gibbons et Alan Moore, 2012, Urban comics, coll. « DC essentiels », 441 p., 9782365770095*
La ligue des gentlemen extraordinaires : L’intégrale, Kevin O’Neill  et Alan Moore, 2013, Panini comics, coll. « Deluxe Fusion comics », 416 p., 9782809427585*
La ligue des gentlemen extraordinaires : Century T.1 : 1910, Kevin O’Neill et Alan Moore, 2010, Delcourt, coll. « Contrebande », 73 p., 9782756011370*
La ligue des gentlemen extraordinaires : Century T.2 : 1969, Kevin O’Neill et Alan Moore, 2011, Delcourt, coll. « Contrebande », 79 p., 9782756019291*
La ligue des gentlemen extraordinaires : Century T.3 : 2009, Kevin O’Neill et Alan Moore, 2012, Delcourt, coll. « Contrebande », 79 p., 9782756019307*
 
 
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27 novembre 2012  par Le Délivré

Espace francophone

Nos partenaires d’airelibre.tv ont eu la chance, en octobre dernier, de visiter le Salon du livre de la Péninsule acadienne, à Shippagan, Nouveau-Brunswick.

Grâce à l’appui du Regroupement des éditeurs canadiens-français (RECF), Simon Paradis, le réalisateur attitré d’airelibre.tv, a pu préparer une série de 5 webémission sur la culture et la littérature franco-canadienne. Profitant de leur présence au Salon de Shippagan, certains des plus importants romanciers, poètes, essayistes et autres intervenant font le point sur la situation, les tenants et les aboutissements de cet univers culturel.

Voici donc ces 5 émissions, chacune consacrée à l’une des facettes de cette culture qui, contrairement aux idées reçues, fait preuve d’une belle effervescence. Vous n’avez qu’à cliquer sur l’image pour accéder à la webémission…

Arts en Acadie

LES ARTS EN ACADIE

Les auteurs rencontrés témoignent de leur vie artistique. L’expérience acadienne repose sur plusieurs évènements qui ont contribué à forger cette identité et permis l’épanouissement d’une littérature, d’un théâtre et des autres formes d’arts.

Bibliothèque idéale

LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE

Catherine Voyer-Léger pose la question aux auteurs présents lors du Salon du livre de la Péninsule acadienne 2012: «Dans votre bibliothèque idéale, quel serait le premier titre à y mettre d’un auteur franco-canadien?»

Édition en Acadie

L’ÉDITION EN ACADIE

Quelle est l’importance des maisons d’édition dans les petites communautés linguistiques tel que la Péninsule acadienne. Des auteurs et éditeurs se prononcent sur les enjeux tel que l’éducation des jeunes, l’acte de mémoire et sur la production littéraire. Un regard positif se dégage de l’ensemble alors que les plus jeunes s’intéressent à la culture de chez eux.

Nouvelle génération

NOUVELLE GÉNÉRATION

Une troisième génération d’auteurs et de poètes acadiens revendique fortement sa place et son identité. Quarante ans après Cri de terre, premier recueil de poésie publié en Acadie, l’édition dans ce coin de pays est bien vivante.

Ailleurs

AILLEURS

Les liens entre les communautés francophones du Canada sont bel et bien vivants. Les auteurs qui témoignent de la vitalité de la langue française en Amérique viennent de tous les horizons. Les protagonistes de leurs romans parcourent tous les chemins et toutes les époques. Du Salon du livre de la Péninsule acadienne, ces auteurs nous racontent leur expérience francophone.

 



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