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Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘▪ Littérature’


9 mars 2012  par nos libraires

Littératures : les parutions de février

Comme à chaque début de mois, nos libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici quelques-uns dignes de mention, question d’aiguiser votre appétit livresque…

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Dans la grande nuit des temps (+), Antonio Munoz Molina, 2012, Seuil, 751 p., 9782021025347*
Vie Animale (+), Justin Torres, 2012, l’Olivier, 139 p., 9782879298207*
Tout ça pour quoi (+), Lionel Shriver, 2012, Belfond, 528 p., 9782714448002*
Une année studieuse (+), Anne Wiazemsky, 2012, Gallimard, 262 p., 9782070126705*
Le retour de Silas Jones (+), Tom Franklin, 2012, Albin Michel, 386 p., 9782226238429*

EN POCHE
Suis-je snob ?, Virginia Woolf, 2012, Rivages Poche, 174 p., 9782743623043*
Le bateau, Nam Le, 2012, Le livre de poche, 378 p., 9782253156680*
La chute des géants, Ken Follett, 2012, Le livre de poche, 1050 p., 9782253125952*

 

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Sur la 132 (+), Gabriel Anctil, 2012, Héliotrope, 495 p., 9782923511702*
Amerika (+), Sergio Kokis, 2012, Lévesque, 267 p., 9782923844824*
Tsukushi (+), Aki Shimazaki, 2012, Léméac/Actes Sud, 136 p., 9782330008062*
Seulement attendre et regarder (+), Elena Botchorichvili, 2012, Boréal, 99 p., 9782764621554*

C’était au temps des mammouths laineux (+), Serge Bouchard, 2012, Boréal, 221 p., 9782764621103*
Le hasard et la volonté (+), Jean-François Beauchemin, 2012, Québec/Amérique, 167 p., 9782764413104*
Les devins (+), Margaret Laurence, 2012, Alto, 734 p., 9782923550312*

 

POÉSIE et THÉÂTRE

Dans mes paysages, Stéphane D’Amour, 2012, Les Herbes Rouges, 63 p., 9782894193297*

Proches du haïku, les poèmes-instants de Stéphane D’Amour nous procurent de beaux moments grâce au subtil sens de l’observation de l’auteur.

Ce qui est là derrière, Geneviève Gravel-Renaud, 2012, La Peuplade, 94 p., 9782923530406*

Premier recueil d’une poète prometteuse, Ce qui est là derrière traite de l’après-rupture dans un appartement dont les meubles et l’espace sont toujours « habités » par l’ex-amoureux.

Mon bruit, Normand de Bellefeuille, 2012, Le Noroît, 109 p., 9782890187382*

Après Mon nom et Mon visage, Normand de Bellefeuille conclut sa trilogie Chroniques de l’effroi.

Aussi :
Dissidents (+), Philippe Ducros, 2012, L’instant même, 90 p., 9782895023203*
L’oratorio de Noël (+), Michel Tremblay, 2012, Leméac, 80 p., 9782760904156*
La beauté est incurable (+), Alain Fisette, 2012, Les Herbes rouges, 129 p., 9782894193303*

 

LITTÉRATURE POLICIÈRE

Le onzième pion, Heinrich Steinfest, 2012, Carnets nord, 409 p., 9782355360572*

Steinfest nous entraine dans un jeu à l’échelle du monde entre hommes et dieux. Ce drôle de roman, véritable « ovni » dans le monde du polar, est écrit dans une langue très savoureuse.

Le champ du potier, Andrea Camilleri, 2012, Fleuve Noir, 254 p., 9782265093720*

Camilleri ramène le commissaire Montalbano dans un récit aux tons très gris, mais toujours avec ce vocabulaire particulier qui fait le bonheur de ses lecteurs.

Au lieu-dit Noir-Étang…, Thomas H. Cook, 2012, Seuil, coll. « Policier », 354 p., 9782021047868*

Publié en anglais en 1996, ce roman de Thomas H Cook a reçu le prestigieux prix Edgar Allan Poe.

Aussi :
Les anges de New York (+), R.J. Ellory, 2012, Sonatine, 560 p., 9782355841101*
La tristesse du samouraï (+), Víctor del Árbol, 2012, Actes Sud, coll. « Actes Noirs », 349 p., 9782330002251*

EN POCHE
L’homme inquiet, Henning Mankell, 2012, Points, coll. « Policier », 593 p., 9782757825099*
Une douce flamme, Philip Kerr, 2012, Le livre de poche, 566 p., 9782253161318*
La petite fille de ses rêves, Donna Leon, 2012, Points, coll. « Policier », 325 p., 9782757826492*

 

SCIENCE-FICTION ET FANTASTIQUE

Reine des batailles (+), David Gemmel, 2012, Bragelonne, 380 p., 9782352945437*
Les chants de la Terre (+), Elspeth Cooper, 2011, Bragelonne, 476 p., 9782352945321*
Le baiser du rasoir (+), Daniel Polansky, 2012, Bragelonne, 376 p., 9782352945444*

EN POCHE
La Malerune (+), Pierre Grimbert et Michel Robert, 2012, Le livre de poche, coll. « Fantasy », 1114 p., 9782253132813*
Le glamour (+), Christopher Priest, 2012, Gallimard, coll. « Folio SF », 409 p., 9782070445684*
Entremonde (+), Neil Gaiman et Michael Reaves, 2012, J’ai lu, coll. « Fantasy », 221 p., 9782290032640*

* * *

Sélection et rédaction : litt. étrangère – Benoit Desmarais ; litt. québécoise – Sébastien Veilleux ; poésie/théâtre et science-fiction – Maxime Nadeau ; policier – Morgane Marvier.

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5 mars 2012  par Maxime Nadeau

Denise Boucher, encore et toujours voyelle !

Décidément, la voyelle (voyou, au féminin !) n’a pas encore dit son dernier mot. À 76 ans, la poète, dramaturge, parolière et journaliste Denise Boucher porte désormais aussi le chapeau de « jeune » romancière, elle qui a publié l’automne dernier son premier roman, Au beau milieu, la fin. On y suit le personnage d’Adèle dans les lettres qu’elle envoie à une amie et où il est question de la vieillesse vécue quotidiennement, tant par elle que par son entourage. Sujet dont on traite assez peu, quand on y pense bien… Et pas question d’adopter un ton misérabiliste, bien au contraire : Denise Boucher arrive à nous convaincre que la vieillesse, malgré ses inconvénients, peut être une formidable aventure, car « le cœur et le cerveau sont des organes qui se conservent mieux que les os ». Dans les bonheurs, misères et révoltes d’une Adèle attachante et pleine d’esprit filtre un désir de dignité et de respect, et une indignation face à l’infantilisation des personnes âgées, le tout dans un livre qui se laisse lire d’un trait ! En complément de lecture, je vous propose d’écouter l’entrevue que Boucher a donnée à l’émission de radio La librairie francophone du 25 février dernier, où elle se pose des questions fort pertinentes, notamment sur la lutte au droit à l’euthanasie et ce qu’elle couvrirait selon elle, soit le tabou de la vieillesse et la peur de la souffrance.

Une œuvre conséquente

Avec les Fées ont soif, Denise Boucher réclamait le droit des femmes à la jouissance. La jouissance de pouvoir être dans toute leur plénitude, avec leur corps, leurs désirs et leurs idées, affranchies des contraintes et des stéréotypes (la mère, la sainte, la putain) qu’on leur imposait alors plus qu’aujourd’hui. J’aurais pu écrire liberté plutôt que jouissance, mais cela m’aurait semblé occulter le côté festif et souvent humoristique du féminisme dont se réclame Denise Boucher, cette même auteure qui a nommé son premier recueil de poésie Cyprine, et qui se dit elle-même « féministe phallophile, radicale au boutte » (dans la préface de En beau fusil de Francine Déry). Dans Les fées ont soif, on sent la jubilation de l’affranchissement par la prise de parole, une parole décomplexée qui nomme, attaque et réclame, mais qui rit, aime et s’amuse. Un peu dans cette lignée, Au beau milieu, la fin s’attaque à un tabou, la vieillesse, et poursuit une œuvre qui aura toujours porté un certain militantisme dans une révolte festive, voire hédoniste. Et Denise Boucher ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : dans son autobiographie publiée en 2007, Une voyelle, elle annonce que la prochaine révolution sera celle des vieux. « S’il le fallait, nous, nous trouverions bien les moyens de nous défendre et je me referais mégère avec beaucoup d’imagination. » Qu’on se le tienne pour dit !

Une femme parmi d’autres

Avec la Journée internationale des Femmes qui aura lieu ce jeudi, 8 mars, c’est l’occasion rêvée de, justement ! lire l’autobiographie de Denise Boucher. Ce qui frappe dans Une voyelle, c’est de constater à quel point les acquis des femmes dans leur quête d’égalité sont récents, donc fragiles. Les plus jeunes y apprendront notamment qu’une dixième année d’enseignement public n’a été accordée aux filles qu’en 1950, et que l’accès à la pilule anticonceptionnelle ne date que de 1960. Boucher revient aussi sur le procès que lui ont intenté des intégristes catholiques pour bannir Les fées ont soif à la fin des années 70, pourtant plusieurs années après ce qu’on a appelé la « libération de la femme ». À travers la vie de Boucher, une femme qui a vécu somme toute assez librement, quitte à défoncer quelques portes, le lecteur suit l’évolution de la condition des femmes de toute sa génération, mais aussi les destins croisés de personnages ayant marqué le Québec : Gaston Miron, Germaine Guèvremont, Gérald Godin, Pauline Julien, Alfred DesRochers, Gerry Boulet, Patrick Straram, Jean-Louis Roux, etc. Il y est même question de parties de ping-pong avec un certain… Henry Miller ! Accordons-le à Madame Boucher : ce n’est pas un jeune qui pourrait se vanter de pareil exploit !

***

Au beau milieu, la fin, Denise Boucher, 2011, Leméac, 157 p., 9782760933378*
Une voyelle, Denise Boucher, 2007, Leméac, 313 p., 9782760951396*
Les fées ont soif, Denise Boucher, 2008, Typo, 108 p., 9782892952346*

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20 février 2012  par Caroline Scott

Mazetti et les acerbes douceurs

Pour mon premier article, j’ai décidé de briser la glace avec un survol de l’œuvre de Katarina Mazetti, une écrivaine suédoise. J’ai d’abord été charmée par le roman qui l’a fait connaître, Le mec de la tombe d’à côté. Puis j’ai découvert Entre Dieu et moi, c’est fini, et j’ai décidé que j’adorais le style, qu’il m’en fallait plus. Si l’expression « nul n’est prophète en son pays » est souvent véridique, Katarina Mazetti la contredit assurément. Bien qu’elle soit encore méconnue au Québec, ce n’est pas le cas en Suède. Le mec de la tombe d’à côté s’est vendu à plus de 450 000 exemplaires et a été traduit en 22 langues. Un film en a même été tiré et a été visionné par un million de Suédois.  Avec son style enfantin et lucide, l’écrivaine sexagénaire explore l’amour, les petits et grands deuils de la vie, les illusions qu’on se fabrique et qui s’effritent inévitablement. Sans verser dans le sentimentalisme ou les clichés, elle réussit à nous faire rire en ayant simultanément une boule dans la gorge.  Pour toutes ces raisons, j’ai décidé de vous proposer une incursion dans les mondes doux et amers de Katarina Mazetti.

Le mec de la tombe d’à côté

Désirée est veuve, bibliothécaire et terne. Bien qu’elle a été heureuse avec son défunt mari, jamais elle n’a été véritablement passionnée, à part par ses livres. Benny, l’homme qu’elle croise au cimetière, n’a que trois doigts à la main gauche, est fermier et dégage une odeur d’étable. Depuis que sa mère est morte, la maison est sale et vide. Ils n’ont rien en commun sauf la perte d’un être cher. Sur le banc d’un cimetière, ils se détestent et font semblant de s’ignorer jusqu’au jour où ils se sourient par inadvertance. Naît alors, d’une infime méprise, un amour puissant et contradictoire où les protagonistes sont soumis à leur véritable nature et confrontés à la différence d’un autre style de vie. Dans Le mec de la tombe de la tombe d’à côté, Mazetti  nous offre un récit hilarant et féroce sur le choc des cultures. Un fermier et une bibliothécaire peuvent-ils vraiment s’aimer ?

Le caveau de famille

Mais évidemment, qu’ils peuvent s’aimer ! puisque dans Le caveau de famille, nous retrouvons Désirée et Benny, toujours amourachés l’un de l’autre, même si tout n’est pas rose. Ils ne sont plus ensemble, mais aucun des deux n’a oublié. Désirée appelle finalement Benny et propose un projet fou et étrange,  à l’image de leur histoire. Ils ont trois tentatives pour essayer de faire un bébé. Si le plan échoue, c’est qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, mais s’il fonctionne… La question reste sans réponse, mais Benny et Désirée seront bien obligés d’y faire face, avec tout ce que cela implique. Avec son écriture toujours aussi lucide et décapante, Mazetti  dépasse le choc des cultures et nous raconte le choc de la vie de famille.

Entre Dieu et moi, c’est fini

Dans ce premier roman de la trilogie qui met en scène Linnea Nilsson, Mazetti s’attaque au projet complexe de se vêtir une seconde fois d’une peau adolescente. Linnea, quinze ans, est une jeune fille farouche, complexée et incomprise. Déchirée entre une pensée teintée d’enfance et des sentiments de plus en plus adultes, elle n’a personne à qui confier toutes ses interrogations, jusqu’à ce qu’elle rencontre Pia. Une amie de la même espèce qu’elle, qui la comprend, avec qui elle parle de tout et aussi de Dieu, même si ce n’est jamais longtemps. Mais Pia se suicide, et commence alors pour Linnea une longue bataille avec ses souvenirs et une place vide. Pour ne pas oublier Pia et pour qu’elle n’ait plus à murmurer sa peine à l’oreille d’un mur, recroquevillée dans le placard de sa grand-mère. Avec Entre Dieu et moi, c’est fini, Mazetti nous offre un roman tendre et brutal à la fois, qui fait instantanément ressentir les grands émois, aussi  merveilleux qu’atroces, de notre adolescence.

Entre le loup et le chaperon rouge, c’est fini

Dès les premières lignes d’Entre le loup et le chaperon rouge, c’est fini, Mazetti nous replonge, tête première, dans l’univers chaotique et intense de Linnea, qui a maintenant dix-sept ans.  Si elle est devenue plus mûre, elle n’en reste pas moins plus seule et tourmentée que jamais. Les interrogations qu’elle se posait jadis sont devenues des montagnes de questions que la jeune femme peine à  franchir. Dans le quotidien monotone apparaît bientôt une chance inespérée : quinze mille couronnes lui sont offertes par sa grand-mère, le seul être vivant qui la comprend encore. Elle lui ordonne de le dépenser pour « quelque chose de réel », ce que fera allègrement Linnea. Prenant l’argent, un sac, ses montagnes de points d’interrogation, l’adolescente nous entraîne dans un voyage où elle découvrira qu’on ne répond pas à nos questionnements sans devoir en payer le prix.

La fin n’est que le début

Pour clore la trilogie, Mazetti nous présente une Linnea maintenant âgée de 18 ans. Elle entame (enfin!) sa dernière année de collège et s’en réjouit, malgré la cicatrice encore fraîche du décès de Pia. Pour le meilleur ou pour le pire, elle fait la connaissance du grand frère de sa meilleure amie, Per,  lieutenant dans la marine.  Bien camouflé sous son uniforme, il est à la fois la réplique et l’antipode de Pia. La suite est prévisible, autant pour le lecteur que pour Linnea. Elle se met à le détester autant qu’a l’adorer, et s’ensuit une histoire houleuse, rafraîchissante et contradictoire. Mais sa vision du monde n’étant plus la même, c’est avec des lunettes  d’adulte qu’elle nous fait lire, pour une dernière fois, son quotidien toujours aussi mordant.

Je termine ce billet avec un conseil : commencez par vous lier d’amitié avec Le mec de la tombe d’à côté. Si vous tombez sous le charme, vous aurez alors la garantie d’apprécier les autres romans de Mazetti. Le thème du suicide et de ses répercussions, abordés dans la trilogie de Linnea, peut quelquefois être lourd, surtout si vous n’aimez pas le style d’un auteur. Après avoir lu Le mec de la tombe d’à côté, vous serez fixés. Sous la plume de Mazetti, la vie est décortiquée, analysée et jugée sans autre forme de procès. Mon verdict : j’aime, j’adore, je recommande.

* * *

Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti, 2009, Actes Sud, coll. « Babel », 253 p., 9782742771905*
Le caveau de famille, Katarina Mazetti, 2011, Gaïa, 237 p., 9782847201925*
Entre dieu et moi, c’est fini, Katarina Mazetti, 2011, Actes Sud, coll. « Babel », 136 p., 9782742796755*
Entre le chaperon rouge et le loup, c’est fini, Katarina Mazetti, 2011, Actes Sud, coll. « Babel », 168 p., 9782742797738*
La fin n’est que le début, Katarina Mazetti, 2011, Actes Sud, coll. « Babel ». 157 p., 9782330001315*

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16 février 2012  par Sébastien Veilleux

Les « lecteurs numériques » sortent de l’ombre !

Le livre numérique fait couler beaucoup d’encre depuis quelque temps. Tel un vautour, il semble planer au-dessus du livre papier, prêt à n’en faire qu’une bouchée. Du moins, c’est ce que plusieurs personnes dans le milieu du livre craignent. Il est vrai que le marché du livre numérique est en pleine expansion. Amazon affirme avoir vendu quatre millions (!) de Kindle durant la période de Noël 2011, et on estime qu’à la fin de 2012 17 millions de liseuses électroniques auront trouvé preneur. Selon le bureau d’études Idates, le marché mondial du livre électronique connaîtra une croissance annuelle de 30 % d’ici 2015 pour atteindre 12 % du marché mondial du livre.

Nous avons interrogé trois adeptes du livre numérique pour connaître leur point de vue.

Pourquoi s’acheter une liseuse numérique ? Quels sont les avantages de ce format ? Chantal s’est procuré la sienne en 2010, un Kindle 3G d’Amazon. Elle a choisi ce modèle parce que la connexion Internet 3G lui permet de télécharger des livres numériques où qu’elle soit. Grande voyageuse, elle peut désormais partir avec plusieurs livres sans encombrer sa valise. Le dictionnaire intégré s’avère également très utile puisqu’elle télécharge surtout des livres en anglais, et si le sens d’un mot lui échappe, elle n’a qu’à placer son curseur dessus pour voir apparaître la définition. Finie l’époque où il fallait garder un dico près de soi. Chantal lit présentement La dernière frontière de Philip Le Roy en version papier, et One for the Money de Janet Ivanovitch en version numérique (La prime en version française).

Robert, de son coté, a choisi la liseuse de marque Kobo, d’une part pour ne pas être enchaîné au site d’Amazon et d’autre part parce que le Kobo était la liseuse la mieux cotée par les experts au moment de son achat, fin 2011. Pour l’instant, Robert ne télécharge que des livres gratuits, des classiques libres de droits d’auteurs. Il en trouve à profusion, en anglais pour la plupart. Pour lui, la gratuité des livres reste le principal avantage de la liseuse numérique. Il lit présentement The Picture of Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray) d’Oscar Wilde et, en version papier, Murmures à Beyoglu de David Boratav.

L’été dernier, Geneviève s’est acheté un Kobo en espérant pouvoir consulter ses dossiers dans les transports en commun. Elle a été déçue, car il ne suffit pas de convertir un fichier en PDF pour obtenir un livre numérique. En revanche, elle adore pouvoir grossir le caractère du texte puisque auparavant sa vue ne lui permettait pas de lire des livres en format poche. Du coup, elle affirme que le nombre d’heures qu’elle consacre à la lecture a considérablement augmenté avec sa liseuse électronique. Elle lit présentement Le Défi positif de Thierry Janssen, en version papier.

Nos trois adeptes lisent encore des livres papier et jurent qu’ils n’arrêteront jamais d’en lire… et d’en acheter. Chantal et Robert privilégient les livres papier quand vient le temps de lire en français. Robert admet toutefois que sa consommation de livres anglais a doublé depuis qu’il possède une liseuse électronique. Pour sa part, Chantal, avant d’avoir son Kindle, estimait son ratio de lecture à 70 % de livres francophones pour 30 % de livres anglophones. Ce ratio est passé à 60 %-40 % depuis l’achat de sa liseuse.

Les livres numériques nuisent-ils à la littérature francophone ? Une chose est sûre, il y a une grande disparité entre l’offre des livres anglais et français sur le web. Les titres anglais sont beaucoup plus nombreux sur les sites de téléchargements. Philippe Desalle, dans un article paru le 31 décembre, parle de 30 000 à 50 000 livres francophones contre 1 million de titres anglophones déjà disponibles en format numérique. Le prix des livres aussi pose problème : alors que les titres anglophones sont souvent vendus à moitié prix dans leur format numérique (et souvent plus  bas encore), la réduction est beaucoup moindre en français. Pourtant, cette différence de prix est citée comme étant un avantage majeur aux yeux de nos trois adeptes, d’où peut-être leur intérêt accru pour le livre en anglais.

Heureusement, les éditeurs francophones ont compris le message et s’ajustent rapidement. L’association des Librairies Indépendantes du Québec (LIQ) propose déjà sur son site web plus de 16 800 titres francophones, dont près de 10 000 titres québécois, en format numérique (PDF et Epub), téléchargeables en un clin d’œil.

Les prochaines années seront déterminantes pour le milieu du livre. Robert croit d’ailleurs que cette révolution aura des bienfaits sur l’édition papier, obligeant les éditeurs a offrir des reliures de meilleure qualité, à faire du livre traditionnel un objet de collection. De toute façon, l’essentiel demeure la lecture elle-même; en bout de ligne, les amoureux du livre, quel que soit son format,  auront toujours le dernier mot.

Et vous, avez-vous succombé au livre électronique ? Si oui, pour quelles raisons ? Que lisez-vous ? Optez-vous davantage pour des livres en anglais ? Êtes-vous plutôt un ardent défenseur du livre papier ? Pourquoi ? Le Délivré veut vous lire !

Vous trouverez notre inventaire de titres disponibles en format numérique sur :

Vous pouvez vous y procurer des livres en version papier ou numérique tout en profitant de l’expertise de nos libraires par leurs suggestions dans chacun des secteurs.


10 février 2012  par nos libraires

Littératures : retour sur les parutions de janvier

Comme à chaque début de mois, nos libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici quelques-uns dignes de mention, question d’aiguiser votre appétit livresque…

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Les milles automnes de Jacob De Zoet, David Mitchell, 2012, Alto, 711 p., 9782896940004*
Deux, Irène Nemirovsky, 2011, Albin Michel, 293 p., 9782226238344*
Un homme de tempérament, David Lodge, 2011, Rivages, 706 p., 9782743622916*
La sœur, Sándor Márai, 2011, Albin Michel, 301 p., 9782226238306*
Nouvel éloge de la folie, Alberto Manguel, 2011, 389 p., 9782330001599*

EN POCHE
Une rencontre, Milan Kundera, 2011, Gallimard, coll. « Folio », 242 p., 9782070443369*
Perdu dans un supermarché, Svetislav Basara, 2011, 10/18, 178 p., 9782264049094*
La perruque de Newton, Jean-Pierre Luminet, 2011, Le livre de Poche, 449 p., 9782253158028*
L’horizon, Patrick Modiano, 2011, Gallimard, coll. « Folio », 166 p., 9782070443376*

 

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE

Amour et autres violences, Marie-Sissi Labrèche, 2012, Boréal, 156 p., 9782764621394*
À l’aide, Jacques Cousteau, Gil Adamson, 2012, Boréal, 169 p., 9782764621431*
Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage, Martine Delvaux, 2012, 170 p., 9782923511719*
Charlotte before Christ, Alexandre Soublière, 2012, Boréal, 214 p., 9782764621547*
L’amour n’est rien, Nadia Gosselin, 2012, Les 400 coups, 216 p., 9782895405801*

EN POCHE
L’héritage, Victor-Lévy Beaulieu, Boréal compact, 839 p., 9782764621677*

 

 

POÉSIE et THÉÂTRE

L’arrière-boutique de la beauté, Fernand Durepos, 2012, L’Hexagone, 88 p., 9782890069671*

Émouvant et tendre recueil sur le deuil de la mère et de son inconditionnel amour.

Têtagoise, Pascal-Angelo Fioramore, 2012, Rodrigol, non paginé, 9782923617053*

Fioramore nous offre un recueil de poésie coup-de-poing où la violence côtoie la tendresse et, qui sait ? peut-être même quelques instants de bonheur…

Aussi :
Depuis, tout a grandi : Abécédaire, Michel Côté et Céline De Guise, 2012, Triptyque, 9782890317345*
L’encre serait de l’ombre : Notes, proses et poèmes choisis par l’auteur, 1946-2008, Philippe Jaccottet, 2012, Gallimard, coll. « Poésie », p., 9782070441457*

 

LITTÉRATURE POLICIÈRE

Red Room Lounge, Megan Abbott, 2012, Le Masque, 307 p., 9782702434581*
Hôtel Adlon, Philip Kerr, 2012, Le Masque, 509 p., 9782702434949*
Meurtre aux poissons rouges, Andréa Camilleri et Carlo Lucarelli, 2011, Fleuve noir, 149 p., 9782265092952*
Storyteller, James Siegel, 2011, Le Cherche-midi, 481 p., 9782749110295*

EN POCHE
Requins d’eau douce, Heinrich Steinfest, 2011, Gallimard, coll. « Folio policier », 419 p., 9782070444915*
La fille qui rêvait d’un bidon d’essence, Stieg Larsson, 2006, Actes Sud, coll. « Babel noir », 792 p., 9782742797875*
Le frelon noir, James Sallis, 2012, Gallimard, coll. « Folio policier », 230 p., 9782070442201*

 

SCIENCE-FICTION ET FANTASTIQUE

Vampires : De la légende au mythe moderne, Jean Marigny, 2012, La Martinière Styles, 191 p., 9782732445670*
Le rêve de Galilée, Kim Stanley Robinson, 2012, Presses de la cité, 578 p., 9782258084803*
Les enfers virtuels, t. 1 : Surface, Iain Banks, 2012, Robert Laffont, 397 p., 9782221127902*

EN POCHE
La trilogie de l’espace : L’intégrale, Arthur C. Clarke, 2012, Milady, 717 p., 9782811206468*

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Sélection et rédaction pour le secteur général : litt. étrangère – Benoit Desmarais ; litt. québécoise – Sébastien Veilleux ; poésie/théâtre et science-fiction – Maxime Nadeau ; policier – Morgane Marvier)

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30 janvier 2012  par Maxime Nadeau

La littérature et Twitter

Depuis quelques mois, on nous parle régulièrement de twittérature, c’est-à-dire de la littérature produite et diffusée sur Twitter, ce site de microblogage où les usagers ne s’expriment qu’en gazouillis, des messages de 140 caractères et moins. Il existe même un Institut de Twittérature Comparée (ITC), dont le site affiche fièrement les  lettres patentes (!) de l’organisme. Les « défenseurs » de la twittérature – car nombreux sont ses détracteurs – voient en Twitter une contrainte stimulante pour la création : la limitation des caractères rappelle les formes fixes de poésie comme le haïku ou le sonnet. On pense aussi à l’OuLiPo, ce fameux groupe d’écrivains (Perec, Calvino, Queneau, etc.) ayant expérimenté la contrainte dans la création littéraire. Les twittérateurs se donnent donc comme défi de produire de la littérature de qualité sur Twitter tout en gardant un certain esprit ludique, ce qui ne signifie pas que toute twittérature soit humoristique pour autant.

Certains tenants de la twittérature misent déjà sur celle-ci à des fins pédagogiques au secondaire. Puisque les élèves clavardent et écrivent déjà sur des sites de microblogage comme Twitter et Facebook, aussi bien les joindre là où ils sont déjà et stimuler leur création par un médium qu’ils maîtrisent souvent davantage que leurs professeurs. Les opposants à ces méthodes d’enseignement y voient plutôt une forme de nivellement vers le bas : s’éduquer n’est pas que plaisir et exige de l’effort. Fabien Deglise, du Devoir, s’inquiétait d’ailleurs, dans sa chronique du 3 décembre dernier, d’un étiolement du vocabulaire que provoquerait l’usage de Twitter. Selon lui, limite de 140 caractères oblige, on aurait tendance à utiliser davantage de mots courts et génériques plutôt que des mots plus longs et plus précis. Pour reprendre un exemple de Deglise, exprimer, formuler, murmurer, dévoiler et affirmer écoperait au détriment de dire. Qu’importe, les twittérateurs ont leur lobbyiste et comptent bien obtenir du financement pour un projet-pilote visant à développer l’enseignement de la twittérature.

Mais en librairie, la twittérature est-elle présente ? Pour l’instant, presque pas. Peu nombreux, les livres s’affichant comme de la twittérature font sourciller, car les textes laissent malheureusement un peu à désirer, du moins jusqu’à maintenant. Force est de constater que les éditeurs n’ont toujours pas succombé et que les lecteurs connaissent encore peu le phénomène. Les twittérateurs forment pour l’instant une communauté assez restreinte, mais rien ne dit qu’elle ne comptera pas de nouveaux adeptes. Il suffirait que leur enthousiasme séduise quelques auteurs connus et qu’un succès en librairie accroisse leur visibilité pour que le nouveau genre prenne son envol. Après tout, la twittérature n’en est qu’à ses premiers balbutiements : on attribue la paternité du mouvement au Japonais Keitai Shosetsu, premier auteur à avoir écrit un roman entièrement sur un cellulaire, en 2006 ou 2007. Pour l’anecdote, on parlait alors de celluroman et de cellu-lit. Un genre que ne devrait pas trop priser la gent féminine !

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Twitter et les médias sociaux créeront peut-être une autre littérature, mais on peut d’ores et déjà croire que celle-ci influence et influencera la littérature « traditionnelle ». Je pense ici au plus récent recueil de Yolande Villemaire, Micropoésie. On savait l’auteure de La vie en prose polyglotte et grande voyageuse, mais on ne connaissait pas la branchée, grande utilisatrice des réseaux sociaux. On y apprend entre autres que les iPod, YouTube et autres Twitter n’ont aucun secret pour Villemaire, qui semble les utiliser quotidiennement, et avec enthousiasme. Une « abolition de l’espace » frappe dans ce recueil : l’auteure se trouve partout à la fois par l’utilisation des médias sociaux, vivant notamment le Printemps arabe en direct. Twitter et consorts auront encore fait reculer la contrainte de l’espace en permettant à des individus de partout dans le monde de se parler en direct. Un usager de ces technologies peut « vivre le monde » et peut-être développer une véritable « conscience universelle » par ces « stimuli technologiques » nous faisant ressentir  en tout temps les moindres parties de ce « corps mondial ».

Le recueil de Villemaire fait bien ressentir cette simultanéité des soubresauts du monde dans le quotidien, et en ce sens annonce possiblement des changements à venir dans la littérature. Si les nouvelles technologies influencent le quotidien d’un pourcentage grandissant de la population, celles-ci finiront tôt ou tard par se répercuter davantage dans la littérature. Les possibilités de mutations du récit sont multiples : un narrateur se nourrissant des médias sociaux, la communication des personnages via les nouveaux médias prenant plus d’importance, de nouvelles façons d’imaginer le futur dans la science-fiction, etc. Bref, que la twittérature fasse long feu ou pas, les médias sociaux s’inscrivent déjà dans la littérature et continueront de l’influencer à mesure que leur importance dans nos vie croîtra. Peut-être en avez-vous des exemples ? Ou peut-être lisez-vous de la twittérature ? Avez-vous des twittérateurs à recommander ? Le Délivré veut vous lire !

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Micropoésie, Yolande Villemaire, 2011, Écrits des Forges, 78 p., 9782896451869.

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