Le Délivré

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3 février 2015  par Le Délivré

LITTÉRATURES – LE CHOIX DES LECTEURS – JANVIER 2015

En ce froid mois de janvier, plusieurs romans profitent encore des échos favorables dont ils ont bénéficié dans les nombreux bilans critiques de l’année. Mais nous constatons déjà quelques nouvelles oeuvres qui suscitent l’intérêt de nos lecteurs et lectrices. L’année littéraire s’annonce bien…

ROMANS ET NOUVELLES – AUTEURS QUÉBÉCOIS ET CANADIENS

1- Les Luminaires, Eleanor Catton, 2015, Éditions Alto, 992 p., 9782896941889

Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes les ambitieux et les désespérés. Parmi eux, le jeune Britannique Walter Moody se retrouve à son insu au coeur d’une réunion secrète tenue dans son hôtel. Là, douze hommes que tout oppose essaient d’élucider des faits étranges qui ont récemment agité la communauté : dans la même nuit, un riche chercheur d’or a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours et un pauvre ivrogne est mort chez lui en possession d’une immense fortune. Moody succombe alors à l’irrésistible attrait d’un mystère aux mille et un arcanes, aussi vertigineusement envoûtant qu’un ciel étoilé. Formidable entrelacs d’intrigues dont l’ambitieuse construction emprunte à l’astrologie, Les Luminaires se déploie en harmonie avec le mouvement des planètes tel un horoscope funeste, dévoilant dans ses ramifications un inoubliable roman d’amour, une histoire de fantômes, des jeux de pouvoirs et quelques énigmes insolubles. Avec cette fresque lumineuse, Eleanor Catton s’est imposée comme l’étoile montante de la littérature mondiale et a remporté, à 28 ans seulement, le prix Man Booker et le Prix littéraire du Gouverneur général.

2-L’orangeraie, Larry Tremblay, 2013, Éditions Alto, 168 p., 9782896941698

Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent. Larry Tremblay frappe encore un grand coup, mais vise cette fois le coeur, laissant au lecteur le soin de départager les âmes pures des fourbes, les fanatiques des héros. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert.

3- Métis Beach, Claudine Bourbonnais, 2014, Éditions du Boréal, 456 p., 9782764623053

« Croyez-vous en Dieu, monsieur Carr ? » Cette question, on me la poserait souvent désormais, et toujours avec un air entendu. Comme si, déjà, on cherchait à débusquer en moi l’imposteur. Après tout : ne pas croire en Dieu dans ce pays n’est-il pas antiaméricain ? À cinquante ans, le scénariste Roman Carr est au sommet de sa gloire. Sa série télévisée In Gad We Trust, satire cinglante de l’Amérique et de sa relation avec Dieu, fait un tabac. Roman Carr, né Romain Carrier, se taille une place enviable à Hollywood, aboutissement d’un long parcours tortueux pour ce Gaspésien qui a fui son village dans des circonstances troubles en 1962, à l’âge de dix-sept ans. À la fois roman d’apprentissage et fresque historique, Métis Beach est le grand récit de l’Amérique des sixties. Il traduit à merveille l’extraordinaire mouvement de libération qui a marqué cette époque, les dérèglements qui l’ont accompagné, mais surtout l’irrépressible idéalisme qui a emporté toute une jeunesse. Métis Beach est l’histoire d’un homme qui a vu son rêve se réaliser puis lui échapper. C’est une célébration du bien suprême qu’une certaine Amérique a rêvé de léguer : le droit de chacun à la liberté.

ex-aequo

La promesse, Michèle Ouimet, 2014, Éditions du Boréal, 264 p., 9782764623046

Louise Durand est grand reporter pour un quotidien montréalais. Elle a la sensibilité à fleur de peau d’une femme qui a été témoin de trop de tragédies et la combativité de celle qui doit, pour survivre dans son milieu où la concurrence est féroce, donner plus de coups qu’elle n’en reçoit. Au cours d’une mission à Kaboul, Louise fait la connaissance de Soraya, jeune Afghane mariée de force à un époux violent qu’elle a fui. Elle habite dans un refuge tenu par Farida, qui se bat pour toutes les victimes de crimes d’honneur. Touchée par le courage des deux femmes, par la détresse de Soraya, Louise promet d’aider celle-ci. Elle lui promet de la soutenir si elle accepte de venir à Montréal, à titre de réfugiée. C’est à cause de cette promesse que Soraya, pour la première fois de sa vie, quitte son pays, sa culture, pour faire la longue route qui la mènera vers un autre monde, où elle pourra enfin aimer et vivre librement. La Promesse propose une fine réflexion sur la fragilité des idéaux, sur la difficulté de venir en aide aux êtres dont le destin nous émeut, sur l’amitié au féminin.

4- Baiser Tome 1: Les dérapages de Cupidon, Marie Gray, 2015, Guy Saint-Jean éditeur, 432 p., 9782894558904

Connue dans plusieurs pays pour ses populaires Histoires à faire rougir, Marie Gray revient en force avec Baiser, un roman aussi moderne qu’audacieux. Véritable portrait de la drague à l’ère informatique, où les premières approches se font désormais via Internet, Baiser est autant un constat de société, une réflexion sur l’amour, qu’un roman divertissant dans lequel plusieurs femmes se reconnaîtront.  Le roman débute au 46e anniversaire de Julie. Elle panique : plus que 4 ans avant la cinquantaine, la date de péremption ultime avec ses bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, tour de taille qui épaissit, rides qui se creusent, etc. Célibataire depuis quelques mois, elle se voit condamnée à vieillir sans sexe ou alors avec des vieux chauves bedonnants. Heureusement, elle ne se laisse pas abattre, du moins, au début… Les rencontres se succèdent, mais sans résultat. Julie arrivera-t-elle à trouver chaussure à son pied? Accompagnée de ses deux meilleures amies, elle vivra mille et une péripéties qui l’amèneront à réfléchir au sujet des relations hommes-femmes et à la mascarade qu’est la recherche du prince charmant. (Il n’existe pas… Chut!)

ex-aequo

Rien que la vie, Alice Munro, 2014, Éditions du Boréal, 320 p., 9782764623275

Alice Munro nous emporte avec ses personnages jusqu’aux moments charnières de leurs existences, là où tout peut basculer : une mère perd la trace de son enfant, un soldat saute inopinément du train qui le ramène chez lui, une jeune institutrice part enseigner dans un sanatorium reculé, une femme perdue se lie à un inconnu… Le hasard des rencontres, l’étrangeté des actes manqués, les coups funestes du destin, autant de lignes de force que Munro ausculte et nous restitue avec la grâce d’un « Tchekhov de notre temps ». Pour la première fois, elle se confie également sur sa propre vie dans la dernière partie du recueil. Alice Munro est, plus que jamais, l’écrivain de l’âme humaine. Prix Nobel de la littérature, 2013.

ESSAIS LITTÉRAIRES – AUTEURS QUÉBÉCOIS ET CANADIENS

1- Album Gabrielle Roy, François Ricard, 2014, Éditions du Boréal, 152 p., 9782764623428

Pour marquer la conclusion de la prestigieuse « Édition du centenaire » des oeuvres de Gabrielle Roy, dont les deux derniers titres sont parus en octobre 2013, le Boréal est heureux de proposer cet album à tous les admirateurs de la grande romancière. Préparé par François Ricard, le biographe de Gabrielle Roy et l’âme dirigeante de l’« Édition du centenaire », il rassemble une magnifique collection de photos et de documents iconographiques, dont de nombreux inédits, qui rappellent les principales étapes de la carrière de l’auteur de Bonheur d’occasion. Près de 200 photos, dont de nombreux inédits. Album tout en couleurs. Reproductions d’oeuvres d’art et de documents reliés à la carrière de Gabrielle Roy. Chronologie complète de la vie et de l’oeuvre de la grande romancière.

2- L’univers de Michel Tremblay : dictionnaire des personnages (NE), Jean-Marc Barrette et Serge Bergeron, 2014, Leméac éditeur, 816 p., 9782760994508

Fécond dramaturge, romancier et chroniqueur, Michel Tremblay a créé au fil de soixante ans d’écriture une vaste fresque composée d’une multitude de personnages fictifs et réels – de la Grosse Femme à Huguette Oligny, de Marcel à Michel-Ange, d’Édouard à Elizabeth II. Ceux-ci composent aujourd’hui une ville de plusieurs milliers de citadins qui vont et viennent dans les clubs et bordels de la Main, les delicatessen, magasins, ruelles et arrière-cours du Plateau-Mont-Royal, les cuisines animées de la rue Fabre, les buissons du parc Lafontaine… Cet outil est indispensable pour connaître la genèse de son oeuvre, son déploiement balzacien, ses arbres généalogiques, et ses ramifications socioculturelles le long des avenues québécoise, française et américaine. La première édition de ce dictionnaire parue en 1996 répertoriait quelque 3000 entrées de personnages. Une quinzaine de romans et une dizaine de pièces de théâtre plus tard, l’univers de Michel Tremblay en compte plus de 5000.

ex-aequo

Fabrications : essai sur la fiction et l’histoire, Louis Hamelin, 2014, Presses de l’Université de Montréal, 232 p., 9782760633179

Essai ludique au ton personnel, Fabrications raconte les huit années d’une passionnante enquête intellectuelle pendant lesquelles Louis Hamelin a écrit La constellation du Lynx. Ce roman a parfois été perçu comme un document politique ou un ouvrage historique ; à l’inverse, le présent essai sera peut-être pris pour une oeuvre de fiction. Pourtant, à part Samuel Nihilo, l’alter ego fictif de l’auteur, les personnages qu’on y rencontre existent ou ont déjà existé — même si leurs noms ont parfois été modifiés — et leurs propos sont rapportés avec le souci de traduire au mieux leur pensée.Où se trouve le plus de vérité ? Dans le patient réexamen des faits qui préside à la fabrication artisanale du romancier ou dans les récits tout aussi construits qui forment la « version officielle », avec sa narration univoque et ses prétentions à l’authenticité ? Il y a une histoire secrète qui, à l’instar de la littérature, fabrique des récits. D’une même matière surgissent des interprétations antagonistes, dont l’une s’imposera en repoussant les autres dans la fiction. Ici, le processus est soumis à un éclairage littéraire qui fait appel tant à l’expérience des Brigades rouges qu’à l’intelligence de quelques oeuvres phares, de Tolstoï à Mailer. Voici donc la vraie histoire de Samuel Nihilo.

 Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy, 2014, Éditions du Boréal, coll. Liberté grande, 176 p., 9782764623329

The Shining, de Stanley Kubrick, cette histoire étrange située dans un hôtel où s’installent hors saison un écrivain, sa femme et leur garçon aux pouvoirs extrasensoriels, a impressionné une foule de spectateurs depuis sa sortie en 1980. C’est à l’âge de dix ans que Simon Roy a découvert ce film, médusé par une réplique : « Tu aimes les glaces, canard ? » Depuis, il l’a revu au moins quarante-deux fois, sans doute parce qu’il « contient les symptômes tragiques d’une fêlure » qui l’habite depuis des générations. La relation méticuleuse entretenue avec le maléfique récit lui aura permis d’intégrer les éléments troubles de sa « généalogie macabre », d’en accuser le coup. Un ouvrage singulier, stupéfiant.

ROMANS ET NOUVELLES – AUTEURS ÉTRANGERS

1- Soumission, Michel Houellebecq, 2015, Éditions Flammarion, 300 p., 9782081354807

A la fin du second mandat de François Hollande, alors que s’opposent au deuxième tour Marine Le Pen et une alliance des partis de tous bords et du candidat de la Fraternité musulmane, la question se pose d’un système influencé par un islam qui gagne du terrain sur le front politique et intellectuel. François, professeur à Paris III, se retrouve confronté à la transformation de son université.

2- Charlotte, David Foenkinos, 2014, Éditions Gallimard, 220 p., 9782070145683

L’histoire de Charlotte Salomon, une artiste peintre juive allemande, déportée à Auschwitz à 26 ans alors qu’elle était enceinte. Avant sa mort, la jeune femme parvient à confier ses toiles, principalement autobiographiques, aujourd’hui conservées au musée juif d’Amsterdam. Prix Renaudot 2014, prix Goncourt des lycéens 2014.

3- Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, 2014, Éditions Gallimard, 145 p., 9782070146932

Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d’adresses de l’écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous. Il se retrouve alors embarqué malgré lui dans l’enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel. Prix Nobel de littérature, 2014.

4- Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud, 2014, Éditions Actes Sud, 152 p., 9782330033729

Il est le frère de « l’Arabe » tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée. Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin… Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent. Prix des Cinq continents de la francophonie 2014.

5- Mr Gwyn, Alessandro Baricco, 2014, Éditions Gallimard, 183 p., 9782070142361

En dépit du succès de ses trois premiers romans, Jasper Gwyn, jeune écrivain britannique, décide de rompre avec l’écriture romanesque. Il décide de réaliser des portraits écrits dépassant la simple description et se met en quête de modèles, dont il relate l’histoire. A travers la fiction se dévoile l’interrogation de l’auteur sur la nature véritable de l’artiste.

ex-aequo

Le Royaume, Emmanuel Carrère, 2014, Éditions POL, 630 p., 9782818021187

Les débuts de la chrétienté ou comment, à la fin du Ier siècle, Paul et Luc transformèrent une petite secte juive en une religion qui allait conquérir le monde. Cette fresque fait revivre le monde méditerranéen d’alors, ses personnages, ses soubresauts religieux et politiques, et propose une réflexion sur le christianisme. Prix littéraire du Monde 2014, meilleur livre de l’année 2014 (Lire).

… en format poche

1- Le livre du roi, Arnaldur Indridason, 2014, Éditions Points, 425 p., 9782757846490

Copenhague, 1955. Un étudiant en histoire se lie d’amitié avec un professeur spécialisé dans les sagas islandaises. Il découvre grâce au vieux professeur que l’une d’entre elles, Le livre du roi, a été volée pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis. Ensemble, ils traversent l’Europe à la recherche du manuscrit convoité.

2- La cuisinière d’Himmler, Franz-Olivier Giesbert, 2014, Éditions Gallimard, coll. Folio, 410 p., 9782070459704

Ceci est l’épopée drolatique d’une cuisinière qui n’a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu’elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de 1 avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d’une centenaire scandaleuse qui a un credo : « Si l’Enfer, c’est l’Histoire, le Paradis, c’est la vie. »

3- Nos gloires secrètes, Tonino Benacquista, 2015, Éditions Gallimard, coll. Folio, 254 p., 9782070459650

Six histoires dans lesquelles un parfumeur, un meurtrier, un enfant silencieux, un antiquaire, un milliardaire et un poète vengeur ont pour point commun d’avoir une vie intérieure beaucoup plus exaltante que leur vie quotidienne. Prix de la nouvelle de l’Académie française 2014.

ex-aequo :

L’analphabète qui savait compter, Jonas Jonasson, 2014, Éditions Pocket, 475 p., 9782266248983

Née à Soweto pendant l’apartheid, Nombeko Mayeki commence à travailler à 5 ans, devient orpheline à 10 et est renversée par une voiture à 15. Mais le destin la propulse dans le monde élitiste de la politique internationale car la jeune femme possède un don inné pour manier les nombres.

4- Ainsi résonne l’écho infini des montagnes, Khaled Hosseini, 2014, Éditions 10/18, 497 p., 9782264063496

Originaires d’un petit village des montagnes afghanes, Abdullah et sa soeur Pari ont été séparés enfants lorsque leur père a vendu la petite fille à une riche famille européenne. Des années plus tard, Abdullah n’a pas oublié sa soeur cadette qui, après une enfance passée à Paris, souffre quant à elle d’une sensation de manque indéfinissable.

ex-aequo

Un paradis trompeur, Henning Mankell, 2014, Éditions Points, 397 p., 9782757847978

En 1940, Hanna Renström, 18 ans, fuit le nord de la Suède dans l’espoir de gagner sa vie. Cuisinière sur un bateau en direction de l’Australie, elle épouse le second qui bientôt la laisse veuve. Mais comme elle s’échappe lors d’une escale au Mozambique, elle est recueillie par les pensionnaires du bordel tenu par Senhor Vaz.

Un pedigree, Patrick Modiano, Éditions Gallimard, coll. Folio, 126 p., 9782070321025

En utilisant la première personne, P. Modiano raconte son enfance et sa jeunesse : tous les thèmes, les ambiances, les personnages croisés fugitivement dans son oeuvre sont ici recousus par l’utilisation du je. Mais, loin d’être une autobiographie, ce récit est donné sur le ton du constat bref et s’apparente à un interrogatoire. Des clés pour lire ou relire l’ensemble de ses romans. Prix Nobel de Littérature, 2014.

ESSAIS LITTÉRAIRES – AUTEURS ÉTRANGERS

1- Will le magnifique, Stephen Greenblatt, 2014, Éditions Flammarion, 488 p., 9782081329881

Qui était Shakespeare ? De l’homme, rien ou presque n’a survécu. Seule l’oeuvre a traversé les siècles. Se pourrait-il qu’elle éclaire une partie de ce mystère que le dramaturge semble avoir délibérément entretenu ? Stephen Greenblatt le croit. Et avec sa tranquille érudition nous en offre une lecture passionnante, la confrontant à l’histoire du XVIe siècle élisabéthain et aux plus récentes découvertes. La voix de Shakespeare est alors si présente, l’Angleterre décrite si vivante qu’elles donnent à l’ouvrage une saveur d’autobiographie. Le monde dans lequel le dramaturge a grandi revit sous nos yeux, les rites et les traditions, les travaux des jours et des saisons, les expériences sensorielles et émotionnelles. On découvre avec étonnement comment s’est forgé l’imaginaire de l’artiste, de quels souvenirs son oeuvre est pétrie, quelles associations d’idées sont à l’origine d’un vers ou d’une scène, comment cet homme, qui a fui sa province natale et le métier de gantier qui lui était promis, a transformé sa vie, sans appui ni héritage, en une incroyable success story. Mais le portrait serait incomplet s’il n’avait pour toile de fond l’Angleterre elle-même, Londres et sa prodigieuse vitalité, coeur d’une nation déchirée par les persécutions religieuses et sur le point de basculer du Moyen Âge vers les Temps modernes, dans cette Renaissance foisonnante que Stephen Greenblatt – les lecteurs de Quattrocento le savent – raconte mieux que personne.

2- Houellebecq économiste, Bernard Maris, 2014, Éditions Flammarion, 152 p., 9782081296077

Servitude, frustration, angoisse sous l’impitoyable « loi de l’offre et de la demande » ou celle de la « destruction créatrice » ; souffrance dans les eaux glacées du calcul égoïste et l’extension du domaine de la lutte qui conduira à la disparition de l’espèce… Tel est l’univers des héros houellebecquiens. Comme Balzac fut celui de la bourgeoisie conquérante et du capitalisme triomphant, Michel Houellebecq est le grand romancier de la main de fer du marché et du capitalisme à l’agonie. Dans ce surprenant essai littéraire, l’économiste Bernard Maris nous invite à lire Houellebecq à travers le prisme des grands auteurs (Malthus, Schumpeter, Keynes, Marx). Vous aimiez l’écrivain ? Il vous paraîtra encore plus grand sous ses habits d’économiste. Vous le détestiez ? Son respect du travail, des femmes, du lien amoureux, et son mépris pour le libéralisme et l’économie vous le feront aimer.

LITTÉRATURE POLICIÈRE

1- Une main encombrante, Henning Mankell, 2014, Éditions du Seuil, 170 p., 9782021140132

Dans la province suédoise de Scanie, Wallander, jeune retraité, cherche à acheter une maison à la campagne. Un ami lui en présente une, qui lui plaît immédiatement. En parcourant le jardin, il trébuche sur ce qui se révèle être les os d’une main qui émerge du sol. Au lieu d’entamer une autre vie dans cette maison, Wallander commence une nouvelle enquête.

2- Les neuf cercles, Roger Jon Ellory, 2014, 573 p., Sonatine Éditions, 9782355842696

John Gaines, traumatisé par la guerre du Vietnam, doit faire face aux secrets d’une petite ville du Mississippi dont il est le shérif. Le corps d’une adolescente gardé intact par la boue, est découvert, 20 ans après le crime. L’enquête du shérif pour découvrir le meurtrier de Nancy Denton va l’emmener au coeur de la part la plus sombre de la nature humaine.

3- Violence à l’origine : une enquête de Victor Lessard, Martin Michaud, 2014, Éditions Goélette, 456 p., 9782896905782

Responsable de la section des crimes majeurs en l’absence de son supérieur, le sergent-détective Victor Lessard se voit confier la mission d’enquêter sur la mort d’un haut gradé du SPVM dont on a retrouvé la tête dans un conteneur à déchets. Formé du jeune Loïc Blouin-Dubois, de l’inimitable Jacinthe Taillon et de Nadja Fernandez, avec qui Victor partage sa vie, le groupe d’enquête qu’il dirige doit faire vite, car l’assassin a laissé un message qui annonce de nouvelles victimes. Confronté à un tueur particulièrement retors, qui peint de lugubres graffitis sur le lieu de ses meurtres et évoque un curieux personnage surnommé le « père Noël », pressé d’obtenir des résultats rapides par sa hiérarchie sans pour autant recevoir l’appui nécessaire, Victor Lessard s’entête envers et contre tout à résoudre « l’affaire du Graffiteur », dédale inextricable d’une noirceur absolue qui ravivera les meurtrissures de son âme, ébranlera ses convictions les plus profondes et le mènera au bord du gouffre. Peut-on vouloir le mal pour faire le bien ?

4-Prague fatale, Philip Kerr, 2014, Éditions du Masque, 406 p., 9782702438480

Berlin, 1942. Capitaine dans le service de renseignement SS, Bernie Gunther est de retour du front de l’Est. Alors qu’il a été affecté au service des homicides et qu’il enquête sur l’assassinat d’un ouvrier néerlandais, il surprend un homme battant sa femme dans la rue et décide de protéger l’inconnue et de l’emmener avec lui à Prague, où Heydrich l’a invité.

ex-aequo :

Dix petits hommes blancs, Jean-Jacques Pelletier, 2014, Éditions Hurtubise, 500 p., 9782897234843

À Paris, Théberge se croyait en vacances. Une période de réadaptation pour son épouse handicapée. Mais il est bientôt recruté par Leclercq, un ami des services de renseignement français. L’affaire est délicate. Un petit homme blanc a été tué dans le 1er arrondissement. Puis deux dans le deuxième. Et trois dans le troisième… Où cela s’arrêtera-t-il? Les hommes sont-ils les seuls menacés? Et seulement s’ils sont petits? Seulement s’ils sont blancs? Des rumeurs se propagent : tueur en série, meurtres à caractère raciste, crimes mafieux, terrorisme… Les réseaux sociaux se déchaînent. Les médias emboîtent le pas. Inquiétude et paranoïa s’installent dans la population. Des groupes de défense se constituent. Les victimes collatérales s’additionnent. Des politiciens profitent des événements pour régler des comptes… Victor Prose, l’ami écrivain de Théberge, est aspiré dans cette spirale : Théberge apprécie son expertise de romancier pour débrouiller les intrigues. Natalya, une tueuse professionnelle recyclée dans l’humanitaire, est également recrutée. Mais une seule personne connaît la vérité sur ces meurtres : Darian Hillmorek, un artiste aux ambitions planétaires qui a entrepris de «sculpter dans l’humanité».

Debout dans la tombe d’un autre, Ian Rankin, 2014, Éditions du Masque, 476 p., 9782702439289

Depuis que l’inspecteur Rebus a pris sa retraite, il végète aux marges de son ancienne vie et travaille comme civil à la résolution d’affaires classées non élucidées, frustré de ne plus être en première ligne. Quand un vieux cold case sort du placard à la suite de la disparition d’une jeune femme, il ne résiste pas à la tentation, s’empare du dossier et parvient à récupérer sa place à la crim. Mais Rebus reste Rebus. Il est toujours aussi buté, dispersé et ingérable, et se met vite tout le monde à dos, notamment Malcolm Fox du service des Plaintes, la police des polices, qui compte bien faire tout son possible pour empêcher sa réintégration. Fox est convaincu que Rebus est pourri jusqu’à l’os et à mesure que ce dernier franchit une ligne après l’autre, on se demande si Fox n’a pas raison. Tout ce que veut Rebus, c’est découvrir la vérité sur une série de disparitions qui ont eu lieu dans les années 2000 et qui n’ont apparemment aucun lien entre elles. Personne n’a envie de s’occuper de cette affaire, à commencer par ses coéquipiers. Évidemment, cela ne va pas empêcher l’inspecteur de s’y frotter, quitte à mettre sa vie et la carrière de ses collègues dans la ligne de mire. Rebus sera-t-il capable d’être l’homme qu’il fut par le passé et de rester du bon côté de la loi ?

… en format poche

1- Il ne faut pas parler dans l’ascenceur, Martin Michaud, 2014, Éditions Coup d’oeil, 416 p., 9782897314873

Une jeune femme s’éveille après vingt-quatre heures dans le coma et se lance à la recherche d’un homme qui ne semble pas exister. Un meurtrier sans merci décide que chacun doit payer pour ses fautes et applique sa propre justice. Des crimes commis à une journée d’intervalle déroutent les membres de la police de Montréal… dont le sergent-détective Victor Lessard. L’enquêteur vivra des rebondissements troublants pour élucider cette affaire sordide parsemée de revirements inattendus. Un polar parfaitement ficelé qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

2- La chorale du diable, Martin Michaud, 2014, Éditions Coup d’oeil, 480 p., 9782897314880

Une femme et ses trois enfants sont retrouvés assassinés à coups de hache, tandis que le mari, le principal suspect, s’est apparemment suicidé après s’être tranché la langue. Deux jours plus tard, une jeune fille qui vend ses charmes sur Internet est portée disparue. Ces deux enquêtes sans relation apparente pousseront Victor Lessard à affronter les démons de son passé, tout en renouant avec son ancienne coéquipière, Jacinthe Taillon, qui lui voue une haine profonde. De Montréal au Vatican, en passant par Val d’Or et Sherbrooke, les deux enquêteurs découvriront les côtés sombres du fanatisme religieux, mais aussi de l’âme humaine…

3- Je me souviens, Martin Michaud, 2014, Éditions Coup d’oeil, 648 p., 9782897314682

À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy. Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes. La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent… De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon. Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

4-  Fantôme. Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, Jo Nesbo, 2014, Éditions Gallimard, coll. Folio Policier, 601 p., 9782070459018

Après trois années d’exil volontaire en Asie, Harry revient en Norvège lorsqu’il apprend par sa collègue Beate qu’Oleg, le fils de Rakel, a été arrêté pour le meurtre d’un dealer. Convaincu de l’innocence du jeune homme, Harry décide de mener son enquête. Il découvre alors que la victime officiait pour un mystérieux groupe de trafiquants de drogue dirigé par un individu surnommé Dubaï.

SCIENCE-FICTION, FANTASTIQUE ET FANTASY

1Les chevaliers d’Émeraude Volume 1: Le feu dans le ciel, Anne Robillard, 2008, Éditions de Mortagne, 384 p., 9782890747708

Apprenant que l’Empereur Noir s’apprête à envahir le continent de nouveau, le Roi d’Émeraude, soucieux de protéger tous les peuples d’Enkidiev, ressuscite un ancien ordre de chevalerie. Choisis pour leurs dons particuliers, dotés de pouvoirs magiques, les nouveaux Chevaliers d’Émeraude sont au nombre de sept: six hommes et une femme. Au moment où les compagnons d’armes se disent enfin prêts à combattre, la Reine Fan de Shola demande audience à Émeraude Ier et lui confie Kira, alors âgée de deux ans et encore inconsciente du rôle qu’elle sera appelée à jouer dans le futur des hommes. Ce jour-là, Wellan, le grand chef des Chevaliers, tombe profondément amoureux de la reine. Malheureusement, le Royaume de Shola subira les attaques féroces des dragons de l’Empereur Noir et tous les Sholiens, y compris la reine, seront massacrés. Le coeur brisé, Wellan devra organiser la défence d’Enkidiev et repousser les forces du Mal…

2- Le trône de fer : l’intégrale Volume 5, George R.R. Martin, 2014, Éditions Pygmalion, 1222 p., 9782756415932

Le volume 5 de l’intégrale du Trône de fer clôt provisoirement un chapitre important de cette saga désormais célèbre dans le monde entier grâce à la magnifique série télévisée qui a battu des records historiques d’audience. Il relate les aventures des personnages situés au nord de Westeros et sur le continent oriental. Les événements de ce volume et du précédent se déroulent en parallèle.

3- Le passager, Patrick Senécal, 2003, Éditions Alire, 224 p., 9782922145731

Étienne Séguin n’a pas trente ans. Originaire de Drummondville, demeurant depuis quelques années à Montréal, il vient d’accepter un poste de professeur de littérature au cégep de sa ville natale. Qu’à cela ne tienne, il fera l’aller-retour par l’autoroute 20 ; le trajet ne prend pas plus d’une heure, cela lui permettra d’écouter la radio et, surtout, d’oublier sa récente séparation ! Peu de temps après, Étienne remarque un autostoppeur, toujours posté au même endroit au moment où il passe. Pourquoi ne pas le faire monter afin de rompre la monotonie de la route ? Dès la première rencontre, le jeune homme comprend que son passager l’a connu dans son enfance. Mais voilà : Étienne souffre d’amnésie et n’a aucun souvenir de ses jeunes années. C’est alors que les questions surgissent dans son esprit : qui donc est ce passager qu’il a pris l’habitude d’embarquer ? Et qu’ont-ils fait ensemble, dans leur jeunesse ? Le Passager : un roman d’une tension extrême, par l’auteur des Sept Jours du talion.

4- Assassin’s creed Volume 7: Unity, Oliver Bowden, 2014, Éditions Milady, 383 p., 9782811213947

« Ils m’ont brutalisée, menti et trahie. Ils ont assassiné mon père, mais je me vengerai, quel qu’en soit le prix. » 1789 : La révolution est aux portes de Paris. Le peuple se dresse contre l’oppression de l’aristocratie, inondant de sang les rues pavées de la capitale. Mais la justice révolutionnaire se paie au prix fort… Alors que les inégalités entre les riches et les pauvres sont à leur paroxysme et que la nation se déchire, un jeune homme et une jeune femme tentent de se venger de tout ce dont on les a privés. Arno et Élise ne tardent pas à se retrouver plongés au beau milieu du conflit qui oppose les Assassin et les Templiers depuis plusieurs siècles déjà, sans un monde où les dangers sont plus redoutables qu’ils l’auraient imaginé. D’après le jeu vidéo à succès d’Ubisoft : Assassin’s Creed Unity.

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8 janvier 2015  par nos libraires

Littératures : les parutions de fin d’année

Comme chaque mois, notre équipe de libraires passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces nouveaux titres, question d’aiguiser votre appétit livresque…

 LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, 2014, Gallimard, 145 p., 9782070146932*

Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d’adresses de l’écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous. Il se retrouve alors embarqué malgré lui dans l’enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel.

Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra, 2014, Lattès, 444 p., 9782709642415*

Dans un village reculé de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, cachée en pleine nuit dans les bois, voit des soldats russes emmener son père, accusé d’aider les rebelles. De l’autre côté de la rue, Akhmed, un voisin ami de sa famille, observe lui aussi la scène, redoutant le pire. Lorsqu’il retrouve Havaa dans la forêt, Akhmed décide de chercher refuge dans un hôpital abandonné où il ne reste qu’une chirurgienne russe, Sonja, pour accueillir les blessés. Au cours de cinq jours extraordinaires, le monde de Sonja, d’Akhmed et de Havaa va basculer. Une constellation de phénomènes vitaux, traduit dans treize pays, a été salué par la critique comme un des meilleurs romans américains parus en 2013 et récompensé du prestigieux prix du Premier roman du National Book Critics Circle.

Mon holocauste, Tova Reich, 2014, Cherche-Midi, 358 p., 9782749141039*

Bienvenue dans la famille Messer. Le père et le fils, Maurice et Norman, vivent par et pour le génocide juif. Le premier dirige le musée de l’Holocauste de Washington, le second préside une société, Holocaust Connections, Inc., chargée de distribuer une appellation « Holocauste compatible » aux produits de ses clients. Autour d’eux se presse une foule de donateurs, d’artistes, d’intellectuels, tous soucieux d’obtenir un label socialement désirable et commercialement rentable. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où Nechama, la fille de Norman, décide de se convertir au catholicisme et d’entrer au carmel d’Auschwitz. Avec ce roman furieux, sans hypocrisie ni tabou, Tova Reich s’en prend, sous la forme d’une satire irrésistible, aux « professionnels de l’Holocauste ». Salué par la critique américaine, comparé aux œuvres de Philip Roth, Mon Holocauste a fait scandale lors de sa sortie aux États-Unis.

Le fils, Philipp Meyer, 2014, Albin Michel, 670 p., 9782226259769*

Vaste fresque de l’Amérique de 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman exceptionnel.

Eli, enlevé par les Comanches à l’âge de onze ans, va passer parmi eux trois années qui marqueront toute sa vie. Revenu parmi les Blancs, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de bâtir un empire, devenant, sous le nom de « Colonel », un personnage de légende. À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens. Porté par un souffle hors du commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire, et une exploration fascinante de la part d’ombre du rêve américain.

Moisson, Jim Crace, 2014, Rivages, 272 p., 9782743628994*

« Deux panaches de fumée à une période de l’année trop douce pour les feux de cheminée nous surprennent à l’aube. Notre terre est cernée de flammes. »

En quelques jours, le pouvoir change de mains dans le village. Le bien et le mal s’inversent, au point de se confondre. Walter Thirsk doit déchiffrer les règles pour tenter de sauver sa peau. La violence fait rage, poussant l’âme humaine dans ses retranchements, engendrant une lutte sans fin entre l’instinct de survie, la morale et la quête du progrès. L’époque est incertaine et le village sans nom, mais cette histoire est universelle. Avec ce roman haletant au lyrisme puissant, Jim Crace s’impose comme l’un des grands écrivains de notre époque, dans la lignée de Cormac McCarthy ou J. M. Coetzee.

EN FORMAT POCHE

  

Mudwoman, Joyce Carol Oates, 2014, Points, 564 p., 9782757840634*

Abandonnée par sa mère dans les marais des Adirondacks, Mudgirl est miraculeusement sauvée puis adoptée par un couple résolu à lui faire oublier son horrible histoire. Devenue Meredith Neukirchen, première femme présidente d’université, Mudwoman, brillante et irréprochable, se dévoue toute à sa carrière. Un voyage sur les lieux de sa naissance va faire resurgir les fantômes du passé…

Un paradis trompeur, Henning Mankell, 2014, Points, 360 p., 9782757847978*

Hanna a connu le froid avant la chaleur. La misère avant l’opulence. La Suède avant l’Afrique. Deux fois mariée, deux fois veuve, elle échoue au Mozambique où elle se retrouve à la tête d’un bordel. Au milieu des prostituées, sa couleur de peau dérange. Ce pays où la peur de l’autre habite les Blancs comme les Noirs est-il un paradis ou un enfer ?

Les cents derniers jours, Patrick McGuinness, 2014, Livre de poche, 501 p., 9782253099789*

Un jeune professeur d’anglais est nommé en Roumanie trois mois avant la chute de Ceausescu. Confronté à une étrange ambiance dans un pays où couve une révolution silencieuse, il est guidé par Leo, son tuteur, qui fournit de nombreux clients au marché noir. Et tombe amoureux d’une jeune femme.

Blitz et autres histoires, Esther Kreitman, 2014, Points, 298 p., 9782757844663*

Des shelt de la Pologne d’avant-guerre au Londres des années 1940 sous le Blitz, Esther Kreitman dépeint avec une tendre ironie le quotidien de juifs polonais. Voici un monde aujourd’hui disparu, où l’on croise la coquette Madame Tsesho au sac chargé des fortunes léguées par feu ses trois maris, ou l’intrépide Bella, dont le destin est suspendu à de mystérieuses horloges…

Immortelle randonnée, Jean-Christophe Rufin, 2014, Gallimard/Folio, 277 p., 9782070455379*

Jean-Christophe Rufin a suivi le « Chemin du Nord » jusqu’à Saint-Jacques : huit cents kilomètres le long des côtes basque et cantabrique, à travers les montagnes sauvages des Asturies et de Galice. Il s’est peu à peu transformé en clochard céleste, en routard de Compostelle. Il nous raconte, avec une délicieuse autodérision, ce parcours humain et spirituel.

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Album Gabrielle Roy, François Ricard, 2014, Boréal, coll. « Édition du centenaire », 152 p., 9782764623428*

Pour marquer la conclusion de la prestigieuse « Édition du centenaire » des œuvres de Gabrielle Roy, dont les deux derniers titres sont parus en octobre 2013, le Boréal est heureux de proposer cet album à tous les admirateurs de la grande romancière. Préparé par François Ricard, le biographe de Gabrielle Roy et l’âme dirigeante de l’« Édition du centenaire », il rassemble une magnifique collection de photos et de documents iconographiques, dont de nombreux inédits, qui rappellent les principales étapes de la carrière de l’auteur de Bonheur d’occasion. Près de 200 photos, dont de nombreux inédits. Album tout en couleurs. Reproductions d’œuvres d’art et de documents reliés à la carrière de Gabrielle Roy. Chronologie complète de la vie et de l’œuvre de la grande romancière.

Sports et divertissements, Jean-Philippe Baril Guérard, 2014, Ta Mère, 246 p., 9782923553696*

Dans une forme inspirée de l’œuvre du même nom d’Erik Satie, Sports et divertissements suit le quotidien à la fois vide et saturé d’un groupe d’amis qui déploient toutes leurs énergies à s’étourdir, à grands coups d’endorphine, d’art et de substances diverses, naviguant entre l’extraordinaire et le banal, le plaisir et l’ennui, en (plus ou moins) dignes représentants de ce que leur époque a de meilleur et de pire à offrir.

Les marges détachables, Ralph Elawani, 2014, Poètes de brousse, « Essai libre », 98 p., 9782923338712*

Ralph Elawani réfléchit brillamment à notre rapport à la contre-culture et à son héritage épineux et incertain. Ne vous y trompez pas, Les marges détachables n’est pas un livre nostalgique sur ce qui n’est plus, mais bien un ouvrage éclairant sur la filiation culturelle et une tentative d’interpeller la culture on peut trop lisse dans laquelle se complait le Québec contemporain.

Igor Grabonstine et le Shining, Mathieu Handfield, 2014, Ta Mère, 168 p., 9782923553719*

Igor Fedorovich Grabonstine est l’acteur le plus talentueux de son époque, de la précédente et, sans aucun doute, de la suivante. Ce n’est donc pas une surprise si Stanley Kubrick le choisit pour interpréter le personnage principal de The Shining, l’adaptation d’un des plus grands romans du maître de l’horreur, Stephen King – dont le visage, soit dit en passant, rappelle étrangement celui d’un chat. Ce contrat prestigieux n’aurait été que routine pour l’acteur stanislavskien, n’eût été la présence inquiétante d’un jeune prodige, Danny Lloyd, six ans, dont les aptitudes dramatiques inexplicablement puissantes menacent de reléguer Igor au rang d’acteur de second ordre. Laissant de côté honneur et morale, Grabonstine ne s’arrêtera devant rien pour empêcher l’enfant d’assombrir sa performance et de lui voler la vedette…

De Rose à Rosa, Michel-Olivier Gasse, 2014, Tête Première, 200 p., 9782924207345*

De Rose à Rosa, c’est le feuilleton que Michel-Olivier Gasse nous a fait découvrir sur Voir.ca, dont les textes et quelques inédits sont réunis ici en un récit témoin d’une époque, d’un quartier et des gens qui l’habitent. On y retrouve bien sûr la plume singulière de Gasse, mais surtout ce regard aigre-doux sur la vie, qui ne peut naître que lorsqu’on prend le temps de la regarder passer.

EN FORMAT POCHE

La traversée du continent, Michel Tremblay, 2014, Leméac/Actes Sud, coll. « Babel », 320 p., 9782330047160*

Ce roman d’une immense tendresse nous fait remonter aux origines mêmes [du projet littéraire de Michel Tremblay], bien avant que Nana devienne l’universelle Grosse femme d’à côté

Le temps du déluge, Margaret Atwood, 2014, 10-18, 604 p., 9782264063670*

Les liogneaux, ou porcons, créatures transgéniques, ont pris le pouvoir tandis qu’une secte religieuse et écologique, les Jardiniers de Dieu, tente de favoriser les conditions nécessaires à la survie puis à la restauration des humains. Pour cela, les adeptes d’Adam Premier se réfugient dans leur jardin loin du monde extérieur.

Dans sa bulle, Suzanne Myre, 2014, Marchand de feuilles, 468 p., 9782923896397*

Un hôpital, c’est comme un petit village doté d’une route principale, où tout le monde finit par se croiser sans le vouloir. Il n’y a pas que les malades pâlichons en posture cercueil-pédic dans les unités de soins prolongés. Miss Gratteux rêve de gagner à la loterie, le plombier-joaillier présente ses bijoux à la foire d’artisanat des employés et le gériatre timide, qui arrive de la Côte-Nord, fait rêver l’infirmière-chef. Mélisse, elle, ses paroles s’écrivent dans des phylactères et elle survit à son travail en nageant.Illustration de la touchante faillibilité des humains, Dans sa bulle est également un livre sur l’importance du père dans la vie d’une femme et une lunette d’approche qui nous permet de poser un regard sur le microcosme d’un hôpital, un lieu de toutes les découvertes.

POÉSIE QUÉBÉCOISE

Marie Réparatrice, Louis-Philippe Hébert, 2014, La Grenouillère, coll. « Grandeur de la poésie », 56 p., 9782923949666*

Marie Réparatrice, c’est cette petite fille de huit ans qui découvre qu’elle a un don. Quelque chose d’unique lui permet de faire ce qu’on aurait appelé autrefois des miracles. Et ces miracles se réalisent pour permettre à ceux qu’elle aime, des plus petits comme son cochon d’Inde et son chat aux plus grands comme sa mère, de traverser des épreuves et de rester vivants. Ce roman poème se déroule sur le fil ténu qui permet à l’amour de passer par-dessus la réalité. Une histoire touchante et vraie qui éclaire le mystère de vivre.

El beso del amor, Robin Aubert, 2014, Oie de Cravan, 140 p., 9782922399912*

El beso del amor, c’est une murale photographiée par l’auteur au Mexique ; c’est surtout, à nouveau, le témoignage poétique de la nécessité de l’amour comme force d’ancrage pour résister aux secousses d’un monde en folie.

Le mal du pays est un art oublié, Joël Pourbaix, 2014, Noroît, 144 p., 9782890189058*

« Sous le hublot, des champs aux arbres reclus, des routes aux lacets dénoués, reformés, cassés. Les gens assis en rang d’oignons sélectionnent déjà leurs films, le but ultime encore et toujours de tuer le temps. Le paysage chaotique des glaces étale deux heures plus tard une beauté brute et abstraite, les failles font signe entre le Labrador, l’île de Baffin, le Groenland. L’implacable lenteur d’un bouleversement défile sous le ventre de l’avion. Personne ne regarde, la terre est un grand miroir déserté. »

Le ciel comme passage, Isabelle Duval, 2014, Herbes rouges, 72 p., 9782894194652*

Avec un langage ancré dans le territoire et une étonnante capacité à s’interroger sur le monde, l’auteure, à travers le voyage – lui-même métaphore de la vie –, rend compte des ciels ayant marqué son chemin. « Le sol est sans nuages. Nos ombres ne peuvent se vêtir. / Nous goûtons au luxe du vide. »

Poésies et opuscules sur la Nouvelle-France de Marc Lescarbot, Isabelle Lachance et Marie-Claire Pioffet, 2014, Nota Bene, 393 p., 9782895184836*

D’une étonnante modernité, les écrits de Lescarbot, anthropologue avant la lettre, résonnent encore aujourd’hui comme un hymne à l’Acadie et à la diversité humaine.

THÉÂTRE QUÉBÉCOIS

Daral Shaga suivi de Maudits les innocents, Laurent Gaudé, 2014, Acte Sud, coll. « Actes Sud-Papiers », 43 p., 9782330034870*

Deux textes écrits pour l’opéra où les liens familiaux se mêlent à la force des convictions.

Tranche-cul, Jean-Philippe Baril Guérard, 2014, Dramaturges éditeurs, 120 p., 9782896370771*

La mort
Dans’ vie
C’est une bonne affaire
Quand ça arrive aux autres

Habiller l’acteur, Pascale Bordet, 2014, Actes Sud, coll. « Théâtre », 87 p., 9782330035761*

Bordet habille Michel Bouquet depuis des années. La costumière et l’acteur témoignent des liens étroits qui se tissent entre le rôle interprété par l’un et les atours créés par l’autre.

Théâtres en utopie, Yann Rocher, 2014, Actes Sud, 332 p., 9782330034962*

Présentation de 90 projets de théâtre qui ne purent être réalisés, de l’Antiquité à nos jours. Ces « projets de papier » forment une sorte d’histoire parallèle du théâtre.

Les Fridolinades, Gratien Gélinas, 2014, Typo, 416 p., 9782892954166*

Bien avant de signer Tit-Coq et Bousille et les justes, Gratien Gélinas était connu comme le « roi du rire » et « l’as des revuistes ». Pendant l’effervescente décennie 1935-1945, le fin satiriste a écrit, mis en scène et produit neuf spectacles annuels qui ont remporté un très vif succès populaire et critique. Revisitant l’actualité au moyen d’un humour souvent grinçant, ces revues à grand déploiement offraient des scènes de genre d’une réelle puissance d’évocation. Pour entendre la savoureuse parlure des Canadiens français d’alors ; pour les voir vivre et combattre, s’aimer et se moquer les uns des autres ; pour se faire une idée de la trame de leurs travaux et de leurs jours, rien ne vaut les revues Fridolinons et leur galerie de portraits plus vrais que nature.

LITTÉRATURE POLICIÈRE

Quand vient la nuit, Dennis Lehane, 2014, Rivages, coll. « Thriller », 269 p., 9782743629052*

Bob est barman à Brooklyn. Son bar est utilisé comme « money drop » pour faire passer de l’argent à la mafia locale. Un jour, l’établissement est cambriolé et une somme importante disparaît. Bob et son cousin Marv doivent impérativement la récupérer.

Debout dans la tombe d’un autre, Ian Rankin, 2014, Du Masque, 476 p., 9782702439289*

L’inspecteur Rebus reprend du service : une jeune femme disparaît, ce qui provoque la réouverture d’un vieux dossier. Réintégré au sein de la brigade criminelle, l’inspecteur ne change pas ses habitudes et se met tout le monde à dos. Mais cette fois, le vieux policier use de méthodes qui pourraient bien le faire basculer de l’autre côté de la loi.

Violence à l’origine, Martin Michaud, 2014, Goélette, 456 p., 9782896905782*

Responsable de la section des crimes majeurs en l’absence de son supérieur, le sergent-détective Victor Lessard se voit confier la mission d’enquêter sur la mort d’un haut gradé du SPVM dont on a retrouvé la tête dans un conteneur à déchets. Formé du jeune Loïc Blouin-Dubois, de l’inimitable Jacinthe Taillon et de Nadja Fernandez, avec qui Victor partage sa vie, le groupe d’enquête qu’il dirige doit faire vite, car l’assassin a laissé un message qui annonce de nouvelles victimes. Confronté à un tueur particulièrement retors, qui peint de lugubres graffitis sur le lieu de ses meurtres et évoque un curieux personnage surnommé le « père Noël », pressé d’obtenir des résultats rapides par sa hiérarchie sans pour autant recevoir l’appui nécessaire, Victor Lessard s’entête envers et contre tout à résoudre « l’affaire du Graffiteur », dédale inextricable d’une noirceur absolue qui ravivera les meurtrissures de son âme, ébranlera ses convictions les plus profondes et le mènera au bord du gouffre. Peut-on vouloir le mal pour faire le bien ?

L’inconnu du grand canal, Donna Leon, 2014, 307 p., 9782702155967*

Le commissaire Brunetti enquête sur la mort d’un inconnu retrouvé dans le Grand Canal de Venise. L’homme, quoique défiguré, semble familier au commissaire, qui grâce à son assistante, mademoiselle Elettra, retrouve son visage sur une vidéo des dernières manifestations d’agriculteurs. Son enquête le mène jusqu’à un abattoir de Mestre où règne la corruption.

L’alphabet du polar, Jean-Bernard Pouy et Marc Villard, 2014, 160 p., 9782362240546*

Vous êtes grand amateur de polar ? Ou à l’inverse, total néophyte ? Alors, ne passez pas à côté de cette Bible. Les deux incontournables du polar français contemporains, Marc Villard et Jean-Bernard Pouy, ont troussé 26 histoires noires – pas de lait, pas de sucre, pour une lecture 100 % plus intense. C’est mieux que Nespresso. Le bel ouvrage vient de sortir,160 pages, une mise en page archi-élégante qui met en valeur les dessins réalisés « on purpose » d’un autre ouvrier au noir, José Correa.

EN FORMAT POCHE

On the Brinks, Sam Millar, 2014, Points, coll. « Policier », 401 p., 9782757848197*

S. Millar raconte, sous forme de roman, son enfance pauvre à Belfast, son emprisonnement pour activisme révolutionnaire avec les Blanket Men, les prisonniers de l’IRA qui refusent de porter l’uniforme pénitentiaire anglais. Il évoque aussi ses activités de délinquant aux États-Unis, qui ont abouti en 1993 au célèbre casse du dépôt de la Brinks à Rochester.

Mémoire morte, Donald Westlake, 2014, Rivages, coll. « Noir », 483 p., 9782743629175*

Acteur en tournée dans une ville de l’Amérique profonde, Paul Edwin Cole commet l’erreur de s’intéresser à une femme mariée. Envoyé à l’hôpital par le mari jaloux, l’acteur souffre de pertes de mémoire et se retrouve sans le sou. Commence alors l’odyssée désespérée d’un homme à la recherche de son passé et dont le présent ne cesse de se dérober. Un roman noir inédit écrit dans les années 1960.

Fantôme, Jo Nesbo, 2014, Folio, coll. « Policier », 600 p., 9782070459018*

Après trois années d’exil volontaire en Asie, Harry revient en Norvège lorsqu’il apprend par sa collègue Beate qu’Oleg, le fils de Rakel, a été arrêté pour le meurtre d’un dealer. Convaincu de l’innocence du jeune homme, Harry décide de mener son enquête. Il découvre alors que la victime officiait pour un mystérieux groupe de trafiquants de drogue dirigé par un individu surnommé Dubaï.

La route de Santa Anna, Serge Brussolo, 2014, De Masque, coll. « Poche », 400 p., 9782702441121*

Markh, cascadeur, est recruté par un trafiquant de drogue pour passer la frontière mexicaine via une rampe de lancement. L’opération, qui s’annonce spectaculaire, doit permettre de faire passer plusieurs millions de dollars du Texas au Mexique. Mais une famille a décidé de braquer le véhicule et le cartel mexicain a des comptes à régler.

L’Appât, José Carlos Somoza, 2014, Actes Sud, coll. « Babel noir », 533 p., 9782330018771*

Un dispositif constitué de profileurs, d’appâts et d’ordinateurs est créé pour traquer l’insaisissable Spectateur qui terrorise Madrid.

SCIENCE-FICTION, FANTASTIQUE & FANTASY


Les groseilles de novembre: Chronique de quelques détraquements dans la contrée des kratts, Andrus Kivirähk, 2014, Tripode, 320 p., 9782370550316*

Le récit évoque la vie quotidienne d’un village, peuplé de créatures étranges et traversé de phénomènes surprenants. Alors que des histoires d’amour se nouent et se dénouent, des serfs trompent leurs seigneurs, des démons commettent des vols, des vaches magiques pâturent sur les rivages, etc.

Wild Cards, George R.R. Martin (dir.), 2014, J’ai lu, 697 p., 9782290061077*

En 1946, un virus extraterrestre a frappé le monde et décimé 90 % de la population. Certains des survivants ont cependant acquis des pouvoirs surnaturels. Le XXe siècle s’en retrouve totalement modifié.

Snowblind, Christopher Golden, 2014, Bragelonne, coll. « Terreur », 360 p., 9782352948018*

Douze ans après la terrible tempête de neige qui frappa la ville de Coventry en faisant de nombreuses victimes, des événements mystérieux se produisent : les disparus de cette nuit maudite réapparaissent alors qu’une nouvelle tempête approche.

Silo T. 3 : Générations, Hugh Howey, 2014, Actes Sud, 417 p., 9782330037505*

Donald a pris la place de Thurman. Juliette, maire du silo 18, s’oppose aux dirigeants et à la logique macabre du silo 1. La poursuite de la vie sur Terre est compromise.

Science-fiction: Les frontières de la modernité, A-F Ruaud, Raphaël Colson, 2014, Mnémos, 398 p., 9782354081744*

Histoire de la science-fiction envisagée d’un point de vue multiculturel, touchant à la fois la littérature, le cinéma, la télévision, la BD, les comics et mangas. La science-fiction est analysée comme fruit de l’époque qui l’a vue naître.

EN FORMAT POCHE

Le dernier loup-garou, Glen Ducan, 2014, Gallimard, 459 p., 9782070459544*

Jacob Marlowe est le dernier lycanthrope de son espèce. Pourchassé par des tueurs, il décide d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera pour lui la dernière. Pourtant, lorsqu’il rencontre Talulla Demetriou dans un aéroport, quelques jours avant sa mise à mort programmée, rien ne se déroule comme prévu.

Maximes et pensées de Tyrion Lannister, George R.R. Martin, 2014, J’ai lu, 156 p., 9782290091302*

Sentences et bons mots du nain Tyrion Lannister, héros de la série Le trône de fer.

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Tous les textes proviennent des éditeurs, sauf lorsqu’il y a mention d’auteur.

Sélection : Benoit Desmarais – litt. étrangère ; Maxime Nadeau – litt. québécoise, poésie et théâtre ; Morgane Marvier – policier ; Caroline Scott – science-fiction.

1 décembre 2014  par nos libraires

Littératures : les parutions d’octobre

Comme chaque mois, notre équipe de libraires passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces nouveaux titres, question d’aiguiser votre appétit livresque…

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

  

Les innocents, Assaf Gavron, 2014, Rivages, 500 p., 9782743628802*

Othniel Assis repère une colline paisible sur les rives du Jourdain et décide de s’y installer en famille. L’administration s’en mêle : ils ne peuvent s’approprier cette terre ; mais nul n’a le droit de les en déloger. Une ferme agricole, puis une communauté plus vaste se déploient, malgré les obstacles. Les Innocents entremêle les vies et destins de plusieurs générations israéliennes. Pionnier imprégné de religion, adolescent qui veut s’amuser sans penser à la guerre, chaque personnage illustre une société aux prises avec ses paradoxes.

Nourri d’influences cosmopolites, d’I. B. Singer à Jonathan Safran Foer, Assaf Gavron offre une vision inédite de son pays et s’impose comme un formidable conteur.

Tristesse de la terre, Eric Vuillard, 2014, Actes Sud, 158 p., 9782330035990*

Alors, le rêve reprend. Des centaines de cavaliers galopent, soulevant des nuages de poussière. On a bien arrosé la piste avec de l’eau, mais on n’y peut rien, le soleil cogne. L’étonnement grandit, les cavaliers sont innombrables, on se demande combien peuvent tenir dans l’arène. C’est qu’elle fait cent mètres de long et cinquante de large ! Les spectateurs applaudissent et hurlent. La foule regarde passer ce simulacre d’un régiment américain, les yeux sortis du crâne. Les enfants poussent pour mieux voir. Le cœur bat. On va enfin connaître la vérité.

Constellation, Adrien Bosc, 2014, Stock, 192 p., 9782234077317*

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend «nécessaire» ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. «Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit.»

La patience du franc-tireur, Arturo Perez-Reverte, 2014, Seuil, 258 p., 9782021186567*

Un éditeur charge Alejandra Varela, spécialiste de l’art urbain, de retrouver Sniper, graffeur célèbre pour son talent exceptionnel et ses actions de rue à la limite de la légalité et de la guérilla. Elle doit lui proposer, en même temps qu’une édition de ses œuvres, une grande rétrospective au MoMA. Mais personne n’a jamais vu le visage de Sniper ni ne sait où il se trouve. De Madrid à Lisbonne, de Vérone à Naples, Alejandra se lance alors sur ses traces et se retrouve prisonnière d’un piège mortel à mesure qu’elle comprend les véritables objectifs des performances stupéfiantes de cet artiste radical. Après Le Peintre de batailles, Arturo Pérez-Reverte revient à l’un de ses thèmes de prédilection en interrogeant, au fil d’une traque haletante et impitoyable dans l’univers du graffiti, la fonction de l’art aujourd’hui, pure beauté ou objet de spéculation, et les nouvelles formes de rébellion dans nos sociétés occidentales mondialisées.

La lumière des étoiles mortes, John Banville, 2014, Robert Laffont, 346 p., 9782221133644*

Qu’est-ce qui sépare la mémoire de l’imagination ? Cette question hante Alex alors qu’il se remémore son premier – peut-être son unique – amour, Mme Gray, la mère de son meilleur ami d’adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, à cinquante ans de distance, se télescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus tôt ?

Un grand Banville, troublant et sensuel, sur la façon dont les jeux du temps malmènent le cœur humain.

EN FORMAT POCHE

L’ombre de l’eunuque, Jaume Cabre, 2014, Actes Sud/Babel, 479 p., 9782330034405*

L’histoire d’une famille, les Gensana, à travers la Catalogne de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Lors d’un dîner dans un restaurant à Feixes, Miquel Gensana, chroniqueur dans un journal, dévoile la chute de la famille dont il est le dernier représentant. Le lecteur est alors transporté dans l’histoire personnelle du narrateur et dans celle plus générale de la Catalogne.

Transatlantic, Colum McCann, 2014, 10/18, 354 p., 9782264062758*
Entre les États-Unis et l’Irlande, deux siècles de liens commencent avec le premier vol transatlantique en 1919. Mêlant histoire et fiction, un roman sur le déracinement, la perte et le dépassement de soi.

Croc Attack,Assaf Gavron, 2014, Rivages, 384 p., , 9782743628895*

Évoquant le conflit israélo-palestinien, cette tragi-comédie raconte à la fois la banalité, l’absurdité de la vie quotidienne et la réalité bizarre et sanglante de la guerre. Alors que Croc, Israélien, se débrouille pour assumer sa réputation de symbole de la résistance, Fahmi, un jeune Palestinien, lutte pour survivre. Prix Courrier international du meilleur livre étranger 2012.

En Mer, Toine Heijmans, 2014, 10/18, 168 p., 9782264060778*
Lassé par son quotidien, Donald prend trois mois de congé pour naviguer sur son voilier en mer du Nord. Lors de sa dernière étape, Maria, sa fille de 7 ans l’accompagne. Une nuit, alors qu’une terrible tempête se soulève, Donald découvre avec horreur que Maria n’est plus sur le bateau… Premier roman.

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, Ben Fountain, 2014, 10/18, 408 p., 9782264062093*

Parce qu’ils sont rescapés d’une embuscade en Irak, les huit miraculés de l’escouade Bravo deviennent du jour au lendemain les enfants chéris de l’Amérique. Accueillis entre les projecteurs et les honneurs de la Maison-Blanche, ils ont même droit à une tournée victorieuse censée se dérouler à Dallas, lors du grand match de football de Thanksgiving. Pourtant, parmi eux, le jeune Billy Lynn ne se sent pas vraiment l’étoffe d’un héros. Difficile de se plier à la frénésie collective quand on est hanté par ce qu’on a laissé à la guerre et qu’on risque de retrouver bientôt…

 

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Bad girl: Classes de littérature, Nancy Huston, 2014, Actes Sud, 144 p., 9782330037185*

Au plus proche de l’autobiographie, Nancy Huston nous livre ici le récit de sa toute première enfance, cette période si étrange où son père va soudain demander à sa jeune femme, pourtant déjà mère de trois enfants, de quitter la maison, de partir. Puisqu’elle ne se décide pas à renoncer à ses études, qu’elle se sépare de ses enfants et ne demande plus jamais à les revoir. Commence alors une tout autre vie pour la petite, une vie heureuse malgré tout, mais cet abandon habitera à jamais son imaginaire. Un texte fondamental dans la trajectoire littéraire de Nancy Huston.

Maddaddam, Margaret Atwood, 2014, Robert Laffont, coll. « Pavillons », 428 p., 9782221141304*

Avec une verve extraordinaire, une imagination et une inventivité d’écriture sans limites, un humour décapant, Margaret Atwood joue de la dystopie pour bâtir un conte d’un genre unique. Mêlant tout à la fois récit d’aventures et histoire d’amour, pamphlet politique et écologique, réflexion sur la science et la religion, la sexualité et le pouvoir, elle nous offre ici une œuvre d’une grande maturité, un  » roman total  » qui conclut magnifiquement le cycle commencé avec Le Dernier Homme et Le Temple du déluge.

Chercher Sam, Sophie Bienvenu, 2014, Cheval d’août, 172 p., 9782924491003*

Mathieu vit dans la rue. Il l’a choisi. Ce n’est pas un aventurier, et ça n’a rien à voir avec la liberté. Est-ce qu’il s’autodétruit? Est-ce ainsi qu’il se préserve? Peu importe. Sa chienne Sam est là, qui l’aide à continuer. Mais quand elle disparaît, Mathieu doit mettre fin à son errance. Pour la retrouver, il entreprend un voyage dont les bifurcations le ramènent au secret de son passé.

Chercher Sam s’intéresse aux survivants. Dans une langue cassée et tendre, Bienvenu déboîte puis remonte le délicat assemblage de poupées gigognes qui constituent la mémoire humaine, jusqu’au coeur, et jusqu’à la plus petite raison d’espérer.

La danse des obèses, Patrick Isabelle, 2014, Leméac, 240 p., 9782760933835*

Émile, un écrivain trentenaire, s’est muré en lui-même à la suite d’une déception amoureuse ; devenu cynique, il boit, fume et se transforme jusqu’à devenir obèse. Recruté par un richissime artiste visuel ayant l’habitude d’organiser les fêtes les plus courues en villes – et les plus orgiaques -, il se trouve entraîné dans une spirale où quête d’identité et faible estime de soi produisent un cocktail explosif. La danse des obèses est un roman impudique dans lequel l’appât du gain, le sentiment d’être désiré et l’appel des corps s’entremêlent avec douleur et sensualité.

De Marie de l’Incarnation à Nelly Arcan : se dire, se faire par l’écriture intime, Patricia Smart, 2014, Boréal, 448 p., 9782764623459*

Ce livre trouve son origine dans le désir d’explorer les expériences des femmes qui ont accompagné et rendu possibles les grands moments de l’histoire officielle du Québec, de l’arrivée des Français en Amérique du Nord jusqu’à l’accession à la liberté d’expression individuelle et collective apportée par la Révolution tranquille. Les historiennes féministes ont examiné la situation de ces femmes, mais il est rare que nous entendions la voix des protagonistes elles-mêmes ou que nous ayons accès à leur point de vue, que ce soit sur le monde qui les entoure ou sur leurs aventures intérieures. C’est cette voix que Patricia Smart donne à entendre ici. Tous ces textes parlent d’un moi brimé, inhibé, mais qui se refuse à démissionner. Pour ces femmes, la venue à l’écriture fait partie intégrante de la quête de soi et de la prise de possession du monde. Beaucoup plus que de simples révélateurs de réalités sociales, ces écrits intimes appartiennent à la littérature.

 

EN FORMAT POCHE

Les derniers jours de Smokey Nelson, Catherine Mavrikakis, 2014, Héliotrope, coll. « Série P », 313 p., 9782923975498*

Sydney Blanchard était né sous une bonne étoile. Mais dans sa vie, rien ne s’est vraiment passé. Il n’y a eu que ce séjour en prison pour des meurtres qu’il n’a pas commis. Aujourd’hui à bord d’une belle Lincoln blanche, cette grande gueule irascible décide de rentrer à la Nouvelle-Orléans. Pour renouer avec son destin. Après les meurtres de 1989, Pearl Watanabe s’était juré de ne pas remettre les pieds sur le continent américain. La voici qui passe des vacances près d’Atlanta, chez sa fille. Il faut bien essayer de conjurer le sort. À environ une heure de route de là, Ray Ryan ne peut se consoler de l’assassinat de son enfant. Depuis tout ce temps, la voix autoritaire de Dieu ne l’a pourtant jamais abandonné. L’exécution du meurtrier aura bientôt lieu. Au pénitencier de Charlestown, Smokey Nelson, l’assassin, vit ses derniers jours. Catherine Mavrikakis signe ici un roman polyphonique, multicolore, ample. À l’échelle du contient dont il est l’écho.

La chair décevante, Jovette Bernier, 2014, Fides, coll. « Biblio-Fides », 120 p., 9782762138603*

Sur l’écran, sous les feux de la rampe, la souffrance est divine pour la foule. La même souffrance dans la rue et dans les chambres closes, cela s’appelle du déshonneur. […] Il y a quelque chose de plus fort que le courage, la tendresse, le dévouement, le sacrifice; il y a plus fort que toi, l’Amour, et toi, la Mort ; plus fort que tout, plus fort que vous tous, il y a la Vie.

C’est le cœur qui meurt en dernier, Robert Lalonde, 2014, Boréal, coll. « Boréal compact », 168 p., 9782764623503*

Robert Lalonde évoque de façon bouleversante celle qui fut sa mère, femme piégée par le destin et qui d’outre-tombe continue d’entretenir avec son fils un rapport de tendresse et de bataille.

La vie comme une image, Jocelyne Saucier, 2014, BQ, 96 p., 9782894063507*

La vie comme une image met en scène une famille en apparence parfaite, bonne comme un petit pain d’épice, qui observe scrupuleusement les règles de la bienséance et se raccroche au sentiment rassurant du devoir accompli. Rien, décidément, pour donner matière à un roman… Pourtant, à travers la façade de ce bonheur sans faille s’échappent de persistantes odeurs qui décapent le vernis de la respectabilité et dévoilent le drame de l’insignifiant quotidien.

Le mur mitoyen, Catherine Leroux, 2014, Alto, coll. « Coda », 323 p., 9782896942121*

Entre [les personnages du Mur Mitoyen], Catherine Leroux dessine une cloison fine comme un brin d’impossible qui tantôt sépare, tantôt unit, estompant la frontière entre les secrets, la vérité et l’inouï. Une histoire où l’on frappe trois coups sur un mur pour entendre en retour un mystérieux toc toc toc.

 

POÉSIE

Mes ancêtres reviendront de la guerre, François Guerrette, 2014, Poètes de brousse, 68 p., 9782923338774*

Je ne fais confiance qu’aux animaux
qui ont peur de tuer, de chasser
et d’être chassés.

L’été sans erreur, France Théorêt, 2014, Hexagone, coll. « Écritures », 88 p., 9782896480692*

Ce livre prolonge les voies arpentées par France Théorêt dans Bloody Mary (Typo, 2011). Toujours engagée, elle va plus loin dans sa dénonciation et dans sa réconciliation, d’abord avec elle-même, puis avec les autres. La difficulté de se rencontrer, d’être, de parler en son nom ; être une femme en éclats, dans son propre effacement, trop consciente dans la violence humaine ; se dire comme être humain de genre féminin, finalement être ici et là, à se battre pour vivre ou pour trouver l’apaisement, voilà le propos de la poète.

La nuit, tous les dieux sont noirs, Monique Deland, 2014, Noroît, 128 p., 9782890188976*

Un accident est à l’origine d’une singulière traversée. Une chute du corps, une faille, un bris dans la tête, et l’esprit assiste en direct à l’évasion de la conscience. C’est l’occasion d’une double plongée : une investigation au cœur du cycle occulte des naissances et renaissances, et une exploration critique de ce qui fait de l’esprit un organe pensant fixateur de l’identité.

Comme un papillon avec une aiguille dans le cœur, Nathalie Thibault, 2014, L’Oie de Cravan, 56 p., 9782922399899*

Ce deuxième livre de Natalie Thibault à l’enseigne de L’Oie de Cravan est d’une beauté fragile tout à fait exceptionnelle. La poésie s’y exprime avec une égale justesse dans les collages de l’auteure et dans ses poèmes proprement dits. La simplicité de ceux-ci cache une émotion complexe, une brisure intime qui touche à l’universel. C’est encore et toujours de l’amour maudit qu’il est question ici.

Ciseaux, Roxane Desjardins, 2014, Herbes rouges, 84 p., 9782894194621*

Pour faire un poème, prenez des ciseaux. Découpez le sens en formes vertes. Mettez les morceaux dans un sac que vous agiterez doucement. Décantez : « je ne pars pas à la beauté envisageable je ne vends pas / mon corps algonquin // je n’ai qu’une chaise à la place des reins pour rester debout ».
Si hasard il y a, il semble, dans Ciseaux, avoir atteint sa cible tant ce livre étonne par la singularité de ses images, la patiente décortication des mécanismes de l’attachement à laquelle il s’adonne :
« l’éclipse retrouvée sous les décombres / à la rafale on aurait mis une maison : / vingt-quatre phares pris dans un terrier de neige ».

 

THÉÂTRE

La dramaturgie classique, Jacques Scherer, 2014, Armand Colin, 718 p., 9782200291273*

Analyse formelle du théâtre français du XVIIe siècle, des structures et composants des pièces classiques, de la prise en compte des contraintes matérielles de la représentation lors de leur mise en scène, et des modes d’adaptation à leur public.

Dictionnaire de la performance et du théâtre contemporaine, Patrice Pavis, 2014, Armand Colin, coll. « Dictionnaire », 293 p., 9782200259068*

Près de 200 entrées sur des notions techniques, théoriques et critiques des champs du théâtre et de la performance artistique depuis les années 1990 : activisme, body art, captation, détournement, effet produit, figure, goût, habitus, etc.

Faire l’amour, Anne-Marie Olivier, 2014, Atelier 10, 110 p., 9782924429167*

Le sexe est intrinsèquement lié à la vie – après tout, chaque être humain résulte d’un acte sexuel, désiré ou non. Mais quel est le parcours sexuel de chacun? Pièce de théâtre documentaire basée sur des histoires véridiques, Faire l’amour parle de la force irrépressible du désir, des amours ratées, de la lumière qui jaillit de la rencontre d’âmes sœurs, de vies cristallisées dans la frustration. Un terrain de jeu exceptionnel, pour mourir de rire, se crisper de douleur et faire éclater la poésie.

Un tango en bord de mer, Philippe Besson, 2014, Julliard, 80 p., 9782260022015*

Ils se sont aimés, déchirés puis quittés. Ils se retrouvent par hasard, au beau milieu de la nuit, dans le bar désert d’un grand hôtel en bord de mer.

La déprime, Denis Bouchard, Rémy Girard, Raymond Legault et Julie Vincent, 2014, Michel Brûlé, 208 p., 9782894856642*

Cette pièce, créée en novembre 1981 et qui est rapidement devenue un «classique» aux côtés de Broue et d’autres grands succès, met en scène toute une galerie de personnages aussi loufoques que sympathiques. Depuis le chauffeur d’autobus injustement congédié au jeune homme qui doit se marier par téléphone, en passant par Jojo la vendeuse de lettre d’amour. En tout, une cinquantaine de personnages, tantôt drôles, tantôt émouvants et attachants. La Déprime c’est 24 heures dans un terminus d’autobus à travers une quarantaine de scènes toutes aussi réalistes et absurdes les unes que les autres.

 

LITTÉRATURE POLICIÈRE

0 POL

Une main encombrante, Henning Mankell, 2014, Seuil, Coll. « Policier», 170 p., 9782021140132*

Dans la province suédoise de Scanie, Wallander, jeune retraité, cherche à acheter une maison à la campagne. Un ami lui en présente une, qui lui plaît immédiatement. En parcourant le jardin, il trébuche sur ce qui se révèle être les os d’une main qui émerge du sol. Au lieu d’entamer une autre vie dans cette maison, Wallander commence une nouvelle enquête.

Kobra, Deon Meyer, 2014, Seuil, coll. « Policier », 438 p., 9782021155006*

Paul Anthony Morris, inventeur d’un logiciel permettant de surveiller les transactions financières, a été enlevé au domaine viticole de Fransshoek, et ses trois gardes tués. Au Cap, les agents de sécurité qui tentaient d’appréhender un voleur, Tyrone Kleinbooi, sont abattus par un mystérieux tireur. Un point commun entre ces deux affaires : des douilles à tête de cobra.

Le ver à soie, Robert Galbraith, 2014, Grasset, 576 p., 9782246810667*

Le détective privé Cormoran Strike, assisté de Robin Ellacott, enquête sur la disparition de l’écrivain Owen Quine. Celui-ci venait de terminer un manuscrit critiquant vertement ses connaissances et dont la publication ferait scandale à coup sûr.

Les neuf cercles, R.J. Ellory, 2014, Sonatine éditions, 450 p., 9782355842696*

John Gaines, traumatisé par la guerre du Vietnam, doit faire face aux secrets d’une petite ville du Mississippi dont il est le shérif. Le corps d’une adolescente gardé intact par la boue, est découvert, vingt ans après le crime. L’enquête du shérif pour découvrir le meurtrier de Nancy Denton va l’emmener au cœur de la part la plus sombre de la nature humaine.

La loi des Sames, Lars Pettersson, Gallimard, coll. « Série Noire », 440 p., 9782070142293*

Anna Magnusson, procureure adjointe à Stockholm, issue du peuple Same de la Laponie norvégienne, retourne à Kautokeino après un appel de sa grand-mère. Par solidarité de clan, elle doit aider son cousin, Nils Mattis, accusé du viol de Karen Margrethe. La jeune femme découvre que le jeune homme est coupable et, malgré les menaces, refuse de répondre à la demande de sa famille.

 

EN FORMAT POCHE

L’appel du coucou, Robert Galbraith, 2014, Livre de poche, coll. « Thriller », 714 p., 9782253001713*

Cormoran Strike, ancien soldat blessé en Afghanistan devenu détective privé, enquête sur le suicide d’un mannequin.

Mauvaise étoile, R. J. Ellory, 2014, livre de poche, coll. « Thriller », 591 p., 9782253176077*

Texas, 1960. Earl Sheridan, un psychopathe, prend deux adolescents en otage pour échapper à la condamnation à mort. Ces deux jeunes sont des demi-frères, habitués des maisons de correction depuis l’assassinat de leur mère. Une sanglante et terrible partie se met en place entre ces trois personnages, ce qu’est loin de soupçonner l’inspecteur Cassidy, qui est sur leurs traces.

7 jours, Deon Meyer, 2014, Points, coll. « Policiers », 524 p., 9782757841440*

Un tueur menace de tuer un policier par jour tant que le meurtrier de l’avocate Hanneke Sloet ne sera pas arrêté. La police du Cap, dans l’impasse, confie l’affaire à Benny Griessel. Mais le policier, fragilisé par ses échecs personnels et sa décision d’arrêter l’alcool, doit reprendre l’enquête de zéro.

Les yeux plus grands que le ventre, Jo Soares, 2014, Folio, coll. « policier », 317 p., 9782070456086*

Rio de Janeiro, à la fin des années 1930. Le commissaire Noronha enquête sur les meurtres en série de femmes obèses, assassinées au moyen de gâteaux. Il est secondé par un ancien policier portugais reconverti dans la pâtisserie, Esteves.

Paru en 2013 sous le titre Meurtres et autres sucreries aux éditions Hurtubise.

Plaintes, Ian Rankin, 2014, livre de poche, coll. « Policier », 620 p., 9782253173748*

Malcom Fox fait partie du service des plaintes qui enquête sur d’autres policiers. Il est chargé de surveiller Jamie Breck, un inspecteur soupçonné de pédophilie. Mais cette affaire est plus complexe qu’elle n’y paraît…

 

SCIENCE-FICTION, FANTASY & FANTASTIQUE

Le fleuve des étoiles, Guy Gabriel Kay, 2014, Alire, 672 p., 9782896151165*

En quatre siècles, la Kitai a bien changé, et monter à cheval, manier arc et épée avec brio ne sont plus des preuves de valeur pour ses habitants. D’ailleurs, l’armée kitane, autrefois conquérante, parvient tout juste à conserver le territoire actuel, déjà amputé des quatorze préfectures du nord cédées au nouvel empire Xiaolu. Or, dans cette Douzième Dynastie, fragilisée par les rivalités entre clans et où l’incroyable précision calligraphique de l’Empereur Wenzong importe plus que ses talents militaires, la guerre menace! C’est dans ce climat tendu que Ren Daiyan, né dans une lointaine province du sud-ouest, a décidé très tôt, envers et contre tous, qu’il deviendrait soldat de la garde impériale. Quant à Lin Shan, qui a reçu la meilleure éducation possible même si elle n’est pas un garçon, ses exceptionnels talents artistiques sa poésie n’a d’égale que celle de Lu Chen, le poète exilé – lui offriront son laissez-passer pour la cour de l’Empereur. Même si tout les oppose, Shan et Daiyan n’ont pourtant qu’un seul et même objectif: celui de redonner à la Kitai sa gloire d’antan, de reconquérir les fleuves et les montagnes perdus… et c’est bien malgré eux qu’ils deviendront des légendes pour tous ceux qui s’agitent sous le fleuve des étoiles.

Les derniers jours du paradis, Robert Charles Wilson, 2014, Denoël, 342 p., 9782207116449*

Un soir de fête nationale, Cassie voit un chauffard écraser un homme qui traversait la chaussée. La victime est en fait un des simulacres de l’Hypercolonie, créatures qui avaient assassiné sept ans plus tôt les parents de la jeune femme. Cette dernière, encore traumatisée, tente d’échapper aux simulacres, en guerre contre ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.

La fleur de verre, George R.R. Martin, 2014, ActuSF, coll. « Perles d’épice », 314 p., 9782917689691*

Un mystérieux artefact qui permet de changer de corps… au prix d’un sacrifice terrible. Une étrange auberge où l’on croise de curieux voyageurs… mais où personne n’est ce qu’il prétend être. Des enlèvements inexpliqués… Une ancienne petite amie un peu trop envahissante… Une lutte entre le Bien et le Mal digne des meilleurs pulps des années 1950… Les nouvelles de George R. R. Martin sont autant de redoutables récits à l’écriture implacable, où se côtoient horreur, fantastique et science-fiction. Célèbre grâce à sa série au long cours Le Trône de fer (Game of Thrones), il excelle également dans le format court. Avec La Fleur de verre, cinquième titre de l’auteur aux éditions Actusf, découvrez l’autre facette de ce conteur hors pair. Contient « Le Régime du singe », prix Locus.

High-Opp, Frank Herbert, 2014, Robert Laffont, coll. « Ailleurs et demain », 240 p., 9782221145869*

Après une terrible période de guerre sur terre, un gouvernement mondial bureaucratique entièrement régi par des sondages d’opinion a été constitué. Ceux qui ont la chance d’obtenir des scores élevés, appelés les High-Opps, jouissent de luxueuses demeures, alors que les autres se voient contraints de vivre dans la ville surpeuplée de Warrens, dans des conditions de vie brutales.

La voix de la terre, Bernard Werber, 2014, Albin Michel, 584 p., 9782226259882*

Sept joueurs ont chacun leur vision du futur et tentent d’influencer l’avenir. Mais le huitième joueur, la Terre, n’a pas dit son dernier mot. Dernier volume de la trilogie.

 

FORMAT POCHE

Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour, S.G. Browe, 2014, Gallimard, coll. « Folio SF », 391 p., 9782070455256*

Depuis qu’il est mort dans un accident de voiture, Andy vit en paria. Enfermé dans le cellier familial, il cuve les bouteilles de son père et suit une thérapie collective aux morts-vivants anonymes. Là-bas, il a repéré Rita, une jeune et jolie suicidée. Un jour, un zombie solitaire les initie aux bienfaits de la chair humaine.

Julian, Robert Charles Wilson, 2014, Gallimard, coll. «FolioSF», 738 p., 9782070459285*

Au XXIIe siècle, alors que les ressources naturelles manquent partout dans le monde, Adam raconte les combats politiques et militaires de son ami depuis l’enfance Julian Comstock, dit l’Agnostique ou le Conquérant, neveu du président des États-Unis.

Blade Runner : les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, Philip K. Dick, 2014, J’ai lu, coll. « Science-fiction », 282 p., 9782290094495*

Rick Deckard est le meilleur élément de la brigade spéciale des blade runners, chargée d’exterminer les androïdes qui s’infiltrent sur Terre. Suite à l’arrivée de huit Nexus 6 qui se sont enfuis de Mars après avoir tué leurs geôliers, Deckard est chargé de supprimer ces robots d’apparence humaine.

Hypérion, Dan Simmons, 2014, Pocket, coll. « Science-fiction », 637 p., 9782266252584*

Alors que la planète Hypérion est menacée par les Extros, sept pèlerins sont chargés par la Sainte Eglise d’empêcher la réouverture des Tombeaux du temps gardé par le gritche. Durant leur voyage, chacun raconte son histoire.

Le post-apocalyptique, Marc Attalah, 2014, ActuSF, «les collections de la maison d’ailleurs», 92 p., 9782917689578*

Quatre essais autour de films, bandes dessinées et livres post-apocalyptiques. Ils proposent un nouveau regard sur ces récits fondés sur les zones et la reconstruction de la société par les humains après le cataclysme.

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Tous les textes proviennent des éditeurs, sauf lorsqu’il y a mention d’auteur.

Sélection : Benoit Desmarais – litt. étrangère ; Maxime Nadeau – litt. québécoise, poésie et théâtre ; Morgane Marvier – policier ; Caroline Scott – science-fiction.


20 novembre 2014  par Le Délivré

Les Prix littéraires du Québec

Si la  course aux Prix littéraires est moins effrénée au Québec qu’en France, il n’en demeure pas moins que l’attribution d’un prix accorde aux lauréats une visibilité médiatique qui est bien difficile à obtenir, en temps normal. Ce panorama vous convaincra de la qualité et de la diversité de la création littéraire québécoise.

Prix des libraires du Québec 2014 – Roman québécois

L’orangeraie, Larry Tremblay, 2013, Éditions Alto, 168 p., 9782896941698

Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent. Larry Tremblay frappe encore un grand coup, mais vise cette fois le coeur, laissant au lecteur le soin de départager les âmes pures des fourbes, les fanatiques des héros. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert. Lauréat 2014, Prix littéraire des enseignants; Lauréat 2014, Prix du meilleur roman du Salon du livre du Saguenay; Lauréat 2014, Prix des lecteurs du Salon du livre du Saguenay.

Prix des libraires du Québec 2014 – Roman Hors-Québec

Le quatrième mur, Sorj Chalandon, 2013, Éditions Grasset, 325 p., 9782246808718

1976. Sam rêve de monter Antigone d’Anouilh sur un champ de bataille au Liban. Les personnages représenteraient les peuples et croyances de la région : chrétien, Palestinien, druze, chiite, etc. Il espère une heure de répit que tous acceptent. Mais Sam est à l’agonie et fait alors jurer à son ami Georges de prendre sa suite. Prix Goncourt des lycéens 2013.

Prix du Québec Athanase-David 2014

Jean Royer

Le Prix Athanase-David est un des 14 Prix du Québec remis à des personnalités issues des arts et des sciences pour l’ensemble de leurs réalisations. Le prix Athanase-David est décerné en hommage à la carrière d’un écrivain. Beaucoup parmi les plus illustres l’ont reçu : Félix-Antoine Savard (le premier lauréat, 1968), Gabrielle Roy, Hubert Aquin, Anne Hébert, Gaston Miron, etc.

Cette année, c’est à Jean Royer que l’honneur a été accordée.  Poète, Monsieur Royer est également journaliste littéraire et écrit des récits, ainsi que des ouvrages de référence sur la littérature. Il fonde en 1976 la revue de poésie l’Estuaire, encore bien vivante aujourd’hui. De 1978 à 1991, il dirige les pages culturelles du journal Le Devoir où il donne visibilité et priorité aux auteurs québécois. Dans sa carrière, Jean Royer a mené plus de 200 entrevues d’écrivains, avec entre autres Julio Cortázar, Marguerite Duras, Milan Kundera, Georges Perec et Marie Cardinal. Ces entrevues sont réunies en cinq tomes aux éditions l’Hexagone sous le titre Écrivains contemporains. Il dirige les Éditions l’Hexagone de 1991 à 1998 et préside la Rencontre québécoise internationale des écrivains et l’Académie des lettres du Québec de 1996 à 2005.

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Grand Prix du livre de Montréal

Le feu de mon père, Michael Delisle, 2014, Éditions du Boréal, 128 p., 9782764622940

Quand Michael Delisle était enfant, ses « oncles », c’est-à-dire les amis de son père, ne disaient pas « arme » mais morceau ou de façon plus métonymique, feu. « J’avais mis mon feu dans le coffre à gant. » « Il s’est débarrassé de son feu. » « Oublie pas ton feu. » Dans ce poignant récit, le poète se remémore son père, le bandit devenu chrétien charismatique, l’homme violent qui ne parlait plus que de Jésus, l’homme détesté qu’on ne peut faire autrement qu’aimer, en dépit de tout. La question qui revient éternellement est celle-ci : où va le feu ? Et la question me revient au chevet de mon père. Je passe mon doigt sur son vieux tatouage de marin (une ancre avec les lettres MN pour merchant navy) qui n’est plus qu’une pastille noire et floue. Ces cellules sont aussi les miennes. Je reconnais la parenté organique et l’odeur qui monte de son corps : un parfum de vieux drap gorgé de phéromones. Cet encens sébacé est mon seul lien avec cet homme, le seul que je reconnaisse. Cet animal m’a donné la vie.

Grand Prix Québécor du Festival International de la Poésie 2014

Sans toi, je n’aurais jamais regardé si haut, Denise Desautels,  2013, Éditions du Noroît, 88 p., 9782890188402

« Lettre à mon fils aurait pu être un autre sous-titre. Le parc Lafontaine, en un seul mot comme autrefois. C’est ce que j’avais spontanément répondu à Paul, ami poète et éditeur, qui m’invitait – il y a déjà dix ans – à participer à la collection « Lieu dit » qu’il venait de créer aux Éditions du Noroît. Pourquoi ? Parce que j’y ai passé presque toute ma vie, de la petite enfance à aujourd’hui, et qu’il occupe depuis près de 40 ans beaucoup de place et de pages dans mon travail de création – qu’il est donc déjà lié à l’acte d’écrire. En fait, il se retrouve, conjugué à plusieurs temps – époques et saisons diverses – dans plusieurs de mes livres, et tout particulièrement dans La promeneuse et l’oiseau (1980), Tombeau de Lou (2000), Pendant la mort (2002) et La marathonienne (2004). Comme lieu de refuge ou de liberté, de plaisir ou d’effroi, de promenade ou d’enlisement, de réflexion ou de fuite. Mais surtout – surtout – parce que tout récemment j’ai pris conscience qu’il était beaucoup plus qu’un lieu à côté duquel j’avais vécu. Qu’il était en fait ma maison, la maison d’enfance ou de famille que je n’ai jamais eue. S’y empilent – comme dans un grenier ou une cave – des tas de souvenirs, des plus intimes aux plus historiques. C’est dans ce coeur francophone de Montréal, en pleine « grande noirceur », entre le monument à L.-H. La Fontaine, les ours noirs de l’ancien zoo et la statue à Dollard, que j’ai entendu pour la première fois le mot « orpheline » ; là que, depuis, la mort n’a jamais cessé de rôder ; là pourtant que l’art et les livres existent. Or, c’est parce que la mort y a été très présente – comme dans mes livres -, et que mon fils m’en a fait un jour la remarque, que j’ai eu envie de m’adresser à lui dans ce texte, sorte d’autofiction qui comporte deux parties : une première d’une trentaine de fragments disons… archéologiques où s’entremêlent le privé et le collectif, et une seconde où, après Joe Brainard, Georges Perec et quelques autres, je reprends la forme des Je me souviens. » D.D.

Prix littéraires du Gouverneur général du Canada 2014

Romans et nouvelles

Bondrée, Andrée A. Michaud, 2014, Éditions Québec Amérique, 304 p., 9782764425053

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canuck dont le lointain souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Zaza Mulligan et Sissy Morgan dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure dans l’odeur des barbecues. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

Poésie

Anarchie de la lumière, José Acquelin, 2014, Éditions du passage, 74 p., 9782922892970

Avec Anarchie de la lumière, José Acquelin signe une suite en prose poétique, qui succède à sa trilogie Critique de l’horizon pur. Concepteur et animateur de nombreuses soirées mêlant poésie et musique, il a pour conviction centrale que tout vrai poème est simultanément le premier et le dernier, un testament et une déclaration de naissance.

Théâtre

Small talk, Carole Fréchette, 2014, Éditions Leméac/Actes Sud, 96 p., 9782760912700

Justine a du mal à communiquer avec ses contemporains. Entre sa mère aphasique, son père retiré dans un silence méditatif, son frère animateur de télé et sa belle-soeur explosive, elle décide de se prendre en main, à coups de conseils glanés sur Internet et d’ateliers divers. Traversant la pièce, un jeune homme blessé dont le destin croisera le sien… De rencontres ardues en discussions improbables, Justine observe les humains un peu comme elle se penche sur son microscope, notant, envieuse, leurs tentatives d’entrer en contact et de « parler petit ». Qu’est-ce qui émane de soi, qu’est-ce qui mène à l’autre dans une conversation ? et qu’est-ce qui se construit ?

Prix Jean-Éthier-Blais 2014 de la Fondation Lionel-Groulx

Évangéline : contes d’Amérique, Joseph Yvon Thériault, 2013, Éditions Québec-Amérique, 400 p., 9782764421352

Qui est Évangéline ? L’héroïne d’un poème de Henry Wadsworth Longfellow, imaginée pour incarner les idéaux d’une Amérique en train de se définir ? Une référence identitaire, muse de la renaissance acadienne ? Un symbole rassembleur des racines des Cadiens de la Louisiane ? La réponse, constate le sociologue Joseph Yvon Thériault, n’a cessé d’évoluer et se trouve aujourd’hui quelque part entre poésie et histoire. Avec Évangéline : Contes d’Amérique, l’auteur explore la naissance et le déploiement de ces trois récits de société, ainsi que le rôle qu’y a joué Évangéline sous ses différentes incarnations. Au ?fil des différentes parties du livre, le lecteur est ainsi amené à rencontrer « Évangéline l’Américaine», « Évangéline l’Acadienne », « Évangéline la Cadienne », héroïnes de trois récits tirant leur source du même conte, Evangeline a Tale of Acadie, relu et réinterprété, voire renié, au gré des traductions et des adaptations successives.Une quatrième partie, « Évangéline postmoderne », s’intéresse à l’avenir d’Évangéline : ces trois contes seraient-ils en voie de se fusionner ? Les identités distinctes survivront-elles à la mondialisation ? C’est à une histoire de l’Amérique du Nord, à travers la voix et le regard d’Évangéline, que ce livre vous convie. Une histoire qui débute à l’aube du XVII????e siècle, sur les côtes de l’Atlantique Nord, avec l’arrivée des premiers colons européens en Acadie française et en Nouvelle-Angleterre, et qui se poursuit jusqu’à la célébration contemporaine de l’Amérique plurielle.

Prix Jovette-Bernier- Ville de Rimouski 2014

Fruits, Carl Leblanc, 2013, Éditions XYZ, 160 p., 9782892617696

« C’est le plus grand des romanciers », disait Balzac. Le hasard est aussi un auteur fécond. Voici quelquesuns de ses fruits : un ami qui resurgit de nulle part à point nommé, un livre qui bouleverse un voyage, un navire improbable, une tache récurrente, des yeux noirs qui nous hantent, Freud qui s’invite… Certaines des coïncidences racontées ici auraient, bien sûr, été retranchées d’un scénario de fiction ; le producteur les aurait jugées trop peu plausibles. Mais voilà, il s’agit d’histoires vraies. Qui donc a le pouvoir de disqualifier le réel ? De rejeter ses pépites ? Pourquoi ne pas s’amuser ? Les fruits du hasard ne demandent qu’à être cueillis. Pas besoin d’être mystique pour y goûter ; ces coïncidences surviennent, voilà tout.

Prix du Québec Georges-Émile-Lapalme 2014

Denis Vaugeois

Monsieur Vaugeois s’est vu octroyer le prix Georges-Émile-Lapalme pour la promotion de la langue française. Monsieur Vaugeois fonde en 1988 les éditions du Septentrion dont la vocation première était et est encore de publier des documents historiques. Plus de 700 ouvrages sont aujourd’hui au catalogue. Denis Vaugeois est lui-même l’auteur de plusieurs livres d’histoire, dont America, Champlain. La naissance de l’Amérique française, Les premiers Juifs d’Amérique et Vivre la Conquête.

Pour découvrir les oeuvres de Denis Vaugeois, veuillez cliquer ici.

Prix de l’Assemblée nationale du Québec 2014

Les Wendats du Québec : territoire, économie et identité, 1650-1930, Alain Beaulieu, Stéphanie Béreau et Jean Tanguay, 2013, Éditions GID, 340 p., 9782922668186

L’établissement à Québec en 1650 marque un tournant dans l’histoire des Wendats. Implantés au coeur de la colonie française, ils en subissent rapidement les influences, se convertissant à la religion catholique et adoptant plusieurs éléments de la culture de leurs voisins canadiens. Malgré ces rapprochements, ils « n’en restent pas moins distincts, par leurs habitudes et leur caractère », déjouant les prédictions de ceux qui, au xixe siècle, prévoyaient leur disparition prochaine par amalgame avec la population coloniale. Comme le montre cet ouvrage, les activités de subsistance des Wendats restent inscrites au coeur de leur identité spécifique. Cela est manifeste dans le cas de la chasse, mais aussi des autres activités, comme l’agriculture et l’artisanat, par lesquelles les Wendats assurent non seulement leur survie, mais aussi leur prospérité après le choc de la destruction de la Huronie. S’ils ont une connotation identitaire certaine, les changements qui ponctuent la vie économique des Wendats sont aussi largement influencés par les bouleversements qui touchent le territoire, la manière de se l’approprier, de l’occuper ou de l’utiliser.

Prix littéraires du Gouverneur général du Canada 2014

Essais

Tenir tête, Gabriel Nadeau-Dubois, 2013, Lux Éditeur, 224 p., 9782895961758

Dans ce livre, écrit avec le style qu’on lui connaît, on suit pas à pas Gabriel Nadeau-Dubois au fil des luttes, des rencontres décisives, des assemblées générales, des confrontations avec journalistes, ministres, juges et policiers, mais aussi dans son analyse de la grève de 2012. Chemin faisant, le lecteur prendra acte, non sans stupéfaction, de la misère morale et intellectuelle d’une certaine élite québécoise. Il renouera surtout avec la formidable vigueur des étudiants qui se sont opposés au mercantilisme de cette élite. Tenir tête doit être lu par ceux qui ont partagé la colère des étudiants, mais aussi par les autres, qui se surprendront peut-être à admettre que la cause des étudiants est également la leur.

Traductions

Daniel Poliquin, pour la traduction de :

L’Indien malcommode : un portrait inattendu des Autochtones d’Amérique du Nord, Thomas King, 2014, Éditions du Boréal, 320 p., 9782764622599

L’Indien malcommode est à la fois un ouvrage d’histoire et une subversion de l’histoire officielle. En somme, c’est le résultat de la réflexion personnelle et critique que Thomas King a menée depuis un demi-siècle sur ce que cela signifie d’être Indien aujourd’hui en Amérique du Nord.

Prix Lionel-Groulx 2014 de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

Archéologie de l’Amérique coloniale française, Marcel Moussette et Gregory A. Waselkov, 2014, Lévesque éditeur, 464 p., 9782924186381

Un ouvrage de référence incontournable. La première synthèse de la recherche archéologique sur l’Amérique coloniale française. Marcel Moussette et Gregory A. Waselkov proposent une synthèse de la recherche archéologique accomplie sur le vaste territoire de l’Amérique coloniale française. Leur intention est d’en arriver à une meilleure compréhension et explication du fonctionnement ainsi que du développement des colonies françaises d’Amérique à partir des traces et vestiges matériels laissés par les colons. Les auteurs offrent une vision renouvelée d’un domaine riche de promesses.

Prix Michel-Brunet 2014 de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

Hydro-Québec et l’État québécois, 1944-2005, Stéphane Savard, 2013, Éditions du Septentrion, 452 p., 9782894487563

Quels ont été les débats, dans le cercle des responsables politiques et administratifs, concernant Hydro-Québec, les territoires qu’elle gère, les techniques qu’elle utilise et l’impact de ses activités sur la vie et l’identité des Québécois et des Autochtones? Stéphane Savard présente, de façon exhaustive et perspicace, le rôle prédominant de la société publique dans la construction nationale, ainsi que son instrumentalisation politique à des fins étatiques ou partisanes. Stéphane Savard est professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre régulier du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Il se spécialise en histoire politique du Québec et du Canada au XXe siècle. Ses plus récents travaux portent sur les différentes manifestations de la culture politique québécoise, plus particulièrement celles entourant les luttes politiques et prises de parole citoyenne à l’égard des enjeux énergétiques.

Prix Alain-Grandbois 2014 de l’Académie des lettres du Québec

Noeud coulant, Michaël Trahan, 2013, Éditions Le Quartanier, 200 p., 9782896980758

Un mur, le pied d’un mur, l’angle formé par le sol et ce mur, un angle presque droit, une allumette et le noir, le bruit que fait l’allumette en craquant, un puits, le fond d’un puits, une corde, sa lumière noire, une toute petite corde, un monde à usage unique, la peur, la peur dans le corps, la peur en nuage autour de soi et de l’allumette, la pluie qui tombe, un ongle gratte la paroi, un chien pisse, minuit sonne, le sol manque sous les pieds, la honte, le cœur qui bat, la corde de plus en plus usée, un corbeau, une porte, le ciel quand même, la lune, les morts sont de plus en plus morts, c’est noir, le nœud coule, une allumette craque et le mur s’éloigne à mesure que j’approche.

Prix Ringuet 2014 de l’Académie des lettres du Québec

Le voyage d’Ulysse, Yvon Paré, 2013, Éditions XYZ, 450 P., 9782892615890

Ulysse a quitté le Bout du Monde, son village natal, pour un long voyage. Devant lui s’étend le Grand Lac sans fin ni commencement, car Yvon Paré a situé sa version moderne de L’Odyssée dans le paysage grandiose du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Accompagné d’un renard et d’un tamia, Ulysse croise des personnages empruntés tout autant à L’Odyssée qu’à la réalité et aux légendes québécoises et amérindiennes. Et il s’ennuie de Manouane, la belle et ensorcelante Innue. Pourra-t-elle l’attendre comme Pénélope, tricotant un monde à l’endroit, un monde à l’envers ? Le Bout du Monde est peut-être l’île d’Ithaque, car, c’est connu, nous répétons les mêmes histoires, peu importe le temps et les époques…
Prix Victor-Barbeau 2014 de l’Académie des lettres du Québec

Le naufragé du vaisseau d’or : les vies secrètes de Louis Dantin, Yvette Francoli, 2013, Éditions Del Busso, 454 p., 9782923792361

La littérature québécoise a un secret – bien et mal gardé à la fois – qui se cache depuis plus de cent ans sous le nom d’Émile Nelligan. L’une des oeuvres poétiques les plus accomplies et les plus novatrices a été attribuée à un adolescent inculte, sans expérience, et atteint d’une maladie qui affectait à ce point ses facultés qu’il dut vivre interné de l’âge de dix-huit ans jusqu’à sa mort. On a voulu croire que Louis Dantin, préfacier du livre Nelligan et son oeuvre, n’était qu’un simple compilateur qui aurait opéré un tri arbitraire dans de mystérieux cahiers jamais retrouvés, et aurait même dénaturé les textes par des corrections intempestives. Ce livre est pourtant à l’évidence l’ouvre d’un grand mystificateur qui, sous le masque d’un autre, s’amuse à faire sa propre apologie et à créer une énigme faite pour confondre les historiens. Dans une démonstration magistrale qui mettra fin aux spéculations, Yvette Francoli dévoile enfin la vie fascinante de l’un des personnages les plus intrigants de l’histoire littéraire québécoise, celui en qui ses confrères voyaient « une âme d’artiste, une intelligence lumineuse, un esprit d’élite ».

Prix Saint-Pacôme du roman policier 2014

Bondrée, Andrée A. Michaud, 2014, Éditions Québec Amérique, 304 p., 9782764425053

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canuck dont le lointain souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Zaza Mulligan et Sissy Morgan dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure dans l’odeur des barbecues. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

Prix Tenebris 2014 – Meilleur roman, littérature policière de langue française, distribué au Québec 

Sous la surface: on a tous quelque chose à cacher, Martin Michaud, 2013, Éditions Goélette, 384 p.,9782896906000

À Lowel, au Massachussetts, Leah vit avec son mari Patrick, candidat à l’investiture du parti démocrate. À la veille du Super Tuesday, Leah est replongée dans un drame survenu durant sa jeunesse. Vingt-cinq ans plutôt, Chase son grand amour est mort en essayant de sauver une jeune fille de la noyade. Mais elle apprend aujourd’hui que son mari aurait peut-être été impliqué dans cet événement tragique…

Prix Tenebris 2014 – Meilleur vendeur, littérature policière québécoise de langue française 

Saccages, Chrystine Brouillet, 2013, Éditions de la Courte échelle, 320 p., 9782896952892

Dans une rue paisible de Québec, un homme est retrouvé mort, poignardé. Tout le voisinage est sous le choc. Pourquoi ce comptable, si tranquille en apparence, a-t-il été tué ? La détective Maud Graham sent que ce meurtre cache un lourd secret. Ailleurs dans la ville, une jeune femme est bouleversée par la mort de cet homme qui réveille en elle de douloureux souvenirs. Mais autour d’elle, le danger rôde…

Prix littéraires du Gouverneur général du Canada 2014

Littérature jeunesse – Texte

Le jardin d’Amsterdam, Linda Amyot, 2013, Éditions Leméac, 88 p., 9782760942165

Il existe des endroits où la vérité se dévoile plus facilement qu’ailleurs. Le jardin d’Amsterdam est manifestement un de ces lieux propices aux confidences, un jardin où les révélations s’égrènent au rythme d’une tendre amitié. Amyot entrecroise le récit d’Adèle, une vieille femme hantée par un amour d’enfance, et celui de la jeune Élaine, la même héroïne que dans La fille d’en face. Transporté de l’époque de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd’hui, de l’Europe à l’Amérique, d’une génération qui s’éteint tranquillement à une autre qui s’engage vers le monde des adultes, le lecteur se trouve confronté à l’écho de son premier amour. Également lauréate du Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2014

Littérature jeunesse – illustrations

Le lion et l’oiseau, Texte et illustrations de Marianne Dubuc, 2013, Éditions de la Pastèque, 60 p., 9782923841458

Un jour d’automne, un lion trouve un oiseau blessé de son jardin. Alors que le reste des oiseaux continuent leur route sans lui, le lion décide de prendre soin de l’oiseau. Pourtant, un jour, l’oiseau devra poursuivre sa route…

Prix Cécile-Gagnon de l’Association des écrivaines et des écrivains québécois pour la jeunesse (AEQJ)

Les tranches de vie de Félix Volume 1: Un automne de blé entier, Annie Dubreuil, 2014, Éditions Vents d’Ouest, 176 p., 9782895373483

Grand amateur de biscuits Whippet, Félix mord à pleines dents dans la vie. Sous ses airs de gamin, il dissimule un être surprenant qui ne craint jamais les ennuis, les cicatrices ou le ridicule. Toujours prêt à aider un ami en difficulté ou pour se sortir lui-même d?une impasse, il devient en quelque sorte l?antihéros des temps modernes. Sous forme de chroniques, c?est avec beaucoup d?humour et d?imagination que le jeune garçon nous raconte des tranches de sa vie. Puisque son quotidien n?est pas toujours un feu roulant d?événements rocambolesques, il nous présente son top trois de l?automne. Entre un combat redoutable pour remporter le concours du Roi de l?été, un virage dramatique sur l?autoroute de la saine alimentation et un séjour précoce en classe neige, Félix ressort toujours de ses aventures avec un minimum de dignité et un maximum de plaisir. Telle une poussière de titan, rien ne peut l?arrêter !

Prix TD de littérature pour l’enfance et la jeunesse 2014

La plus grosse poutine du monde, Andrée Poulin, 2013, Bayard Canada Livres, 160 p., 9782895795674

Thomas a peu de souvenirs de sa mère. Il se rappelle seulement que pour ses cinq ans, elle lui a fait la meilleure poutine au monde. Le lendemain, elle n’était plus là. Elle n’est jamais revenue. Pour souligner ses quatorze ans, Thomas décide de soumettre une idée aux livre Guinness des records. Aidé de son meilleur ami Samuel et de son équipe de soccer, il va cuisiner la plus grosse poutine au monde. Si son record fait le tour de la planète, sa mère le saura et elle reviendra. Il se met alors en quête de commanditaires. La fromagère accepte de l’aider, à condition qu’il prenne sa fille Élie à bord du projet. Il tente ensuite de convaincre la mairesse que l’aréna est l’endroit idéal pour préparer les 600 kilos de poutine et servir les consommateurs. Mme Tartatcheff n’est pas enchantée à l’idée d’y faire entrer de la malbouffe. Thomas et ses amis échafaudent les plans les plus fous pour surmonter ces obstacles, mais des révélations viennent remettre en question le projet « Prodigieuse Poutine ».

Prix Bédélys Québec 2014

L’Amérique ou le Disparu, Réal Godbout, 2013, Éditions de La Pastèque, 182 p., 9782923841359

Dans cette adaptation, l’auteur a cherché à rester aussi fidèle que possible au roman, en respectant généralement le récit, les personnages et l’esprit de l’auteur. Il ne s’agit pas d’une oeuvre sombre et sinistre, mais d’un récit vivant et imagé, avec une touche d’humour absurde. Réal Godbout a mis plus de sept ans de travail pour parvenir à adapter«son» Kafka.

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18 novembre 2014  par Le Délivré

Les Prix littéraires de France et du monde francophone

C’est une tradition: chaque automne, un nombre incalculable de jurys se réunissent en France et au Québec pour décider quels romans, recueils de poésie ou essais méritent votre attention. Leurs critères de sélection diffèrent, bien sûr, mais chacun de ces prix littéraires espère miser sur le bon « poulain », qui confirmera son discernemet et son prestique… Les guerres entre les éditeurs sont parfois  impitoyables. Les forces obscures dévoilent leurs pouvoirs économiques ou médiatiques afin d’influencer les membres des jurys, à coup de repas gastronomiques et d’avaloirs convaincants, allons-nous même jusqu’à chuchoter. Voici donc les résultats des courses. C’est maintenant à vous de juger la valeurs de ces oeuvres.

Grand prix Jean-Giono 2014

Les tribulations du dernier Sijilmassi, Fouad Laroui, 2014, Éditions Julliard, 330 p., 9782260021414

Alors que A. Sijilmassi survole la mer d’Andaman, il se pose des questions sur le sens de sa vie d’ingénieur. Il est convaincu que cette vie n’est pas celle qui lui correspond et décide de revenir aux sources, dans son pays d’origine. Arrivé à l’aéroport de Casablanca, il entreprend de rejoindre la ville à pied, ce qui lui vaut de rentrer chez lui encadré par deux gendarmes

Grand prix du Roman de l’Académie française 2014

Constellation, Adrien Bosc, 2014, Éditions Stock, 192 p., 9782234077317

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend «nécessaire» ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. «Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit.»

Grand prix RTL-Lire 2014

Réparer les vivants, Maylis de Kerangal, 2014, Éditions verticales, 280 p., 9782070144136

Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Prix des cinq continents de la francophonie 2014

Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud, 2014, Éditions Actes Sud, 152 p., 9782330033729

Il est le frère de « l’Arabe » tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée. Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin… Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.

Prix Décembre 2014

Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, Élisabeth Roudinesco, 2014, Éditions du Seuil, 577 p., 9782021183795

Après des décennies de commentaires apologétiques et de dénonciations violentes, nous avons bien du mal aujourd’hui à savoir qui était vraiment Sigmund Freud. Or, depuis la publication des dernières synthèses de référence, de nouvelles archives ont été ouvertes aux chercheurs, et l’essentiel de la correspondance est désormais accessible. L’occasion était d’autant plus belle d’y revenir qu’il restait beaucoup à dire sur l’homme et son oeuvre. Le fondateur de la psychanalyse est d’abord un Viennois de la Belle Époque, sujet de l’empire austro-hongrois, héritier des Lumières allemandes et juives. Quant à la psychanalyse elle-même, elle est le fruit d’une entreprise collective, d’un cénacle romantique au sein duquel Freud aura donné libre cours à sa fascination pour l’irrationnel, les sciences occultes, transformant volontiers ses amis en ennemis, à la fois Faust et Mephisto. Penseur de la modernité mais conservateur en politique, il n’aura cessé d’agir en contradiction avec son oeuvre, toujours au nom de la raison et des Lumières. Le voici en son temps, dans sa famille, entouré de ses collections, de ses femmes, de ses enfants, de ses chiens, le voici enfin en proie au pessimisme face à la montée des extrêmes, pris d’hésitations à l’heure de l’exil à Londres, où il finira sa vie. Le voici dans notre temps aussi, nourrissant nos interrogations de ses propres doutes, de ses échecs, de ses passions.

Prix Femina – Roman français 2014

Bain de lune, Yanick Lahens, 2014, Sabine Wespieser éditeur, 273 p., 9782848051178

Bain de lune. Après trois jours de tempête, un pêcheur découvre, échouée sur la grève, une jeune fille qui semble avoir réchappé à une grande violence. La voix de la naufragée s’élève, qui en appelle à tous les dieux du vaudou et à ses ancêtres, pour tenter de comprendre comment et pourquoi elle s’est retrouvée là. Cette voix expirante viendra scander l’ample roman familial que déploie Yanick Lahens, convoquant les trois générations qui ont précédé la jeune femme afin d’élucider le double mystère de son agression et de son identité. Les Lafleur ont toujours vécu à Anse Bleue, un village d’Haïti où la terre et les eaux se confondent. Entre eux et les Mésidor, devenus les seigneurs des lieux, les liens sont anciens, et le ressentiment aussi. Il date du temps où les Mésidor ont fait main basse sur toutes les bonnes terres de la région. Quand, au marché, Tertulien Mésidor s’arrête comme foudroyé devant l’étal d’Olmène (une Lafleur), l’attirance est réciproque. L’histoire de ces deux-là va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs. Mais, dans cette île également balayée par les ouragans politiques, des rumeurs de terreur et de mort ne tardent pas à s’élever. Un voile sombre s’abat pour longtemps sur Anse Bleue. Pour dire le monde nouveau, celui des fratries déchirées, des déprédations, de l’opportunisme politique, Yanick Lahens s’en remet au choeur immémorial des paysans : eux ne sont pas dupes, qui se fient aux seules puissances souterraines. Leurs mots puissants, magiques, donnent à ce roman magistral une violente beauté.

Prix Femina – Roman étranger 2014

Ce qui reste de nos vies, Zeruya Shalev, 2014, Éditions du Gallimard, 415 p., 9782070136988

Hemda Horowitch vit sans doute ses derniers jours, mais l’image de ce lac, près du kibboutz où elle est née, s’impose encore avec force à sa conscience. Les souvenirs plus douloureux de sa longue vie se glissent eux aussi dans sa mémoire, sans qu’elle puisse s’en libérer : son père trop exigeant, un mariage sans amour, puis cette difficulté à aimer équitablement ses deux enfants, Avner et Dina.Ces deux derniers lui rendent visite à l’hôpital de Jérusalem Avner, le fils adoré, y rencontre une femme venue accompagner son amant mourant et entame une étrange relation avec elle. Quant à Dina, la fille mal aimée, elle ne sait comment réagir face à l’éloignement de sa propre fille pour qui elle a sacrifié sa carrière. Débordée par le besoin de donner cet amour à quelqu’un, elle se met en tête d’adopter, envers et contre tous. Son désir de renforcer son foyer pour y accueillir un autre enfant risque bien de faire éclater sa famille…Zeruya Shalev sait parler comme personne des relations mystérieuses qui se tissent entre parents et enfants. Dans une langue puissante, elle évoque la colère, le ressentiment la frustration et la peur qui construisent les familles autant que l’amour et le bonheur d’être ensemble. Ce qui reste de nos vies est certainement son roman le plus envoûtant.

Prix Femina – Essai 2014

Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas : souvenirs, Paul Veyne, 2014, Éditions Albin Michel, 259 p., 9782226256881

Le spécialiste de l’Antiquité romaine raconte son enfance dans la petite bourgeoisie provençale, puis son entrée au Collège de France, ses amitiés de jeunesse qui lui font rencontrer les plus grands intellectuels du XXe siècle (M. Foucault, R. Aron, R. Char), sa retraite de villageois solitaire, son goût pour la poésie, son scepticisme radical ou ses drames personnels.

Prix de Flore 2014

L’aménagement du territoire, Aurélien Bellanger, 2014, Éditions Gallimard, 477 p., 9782070146079

La France est devenue un paysage lointain. Dans un village oublié par l’histoire, un château se délabre au bord d’une rivière. Les travaux d’une ligne à grande vitesse vont pourtant réveiller quelque chose qui sommeillait ici depuis la nuit des temps. Une machination secrète que chacun va chercher à faire jouer en sa faveur. Le village devient alors le théâtre d’une lutte acharnée entre les opposants au projet et ses promoteurs. D’autres  entrevoient, derrière le passage du train, des enjeux plus complexes. Un capitaine d’industrie croit discerner les frontières de son futur empire. Un préfet retraité est admis dans une société secrète. Un activiste solitaire rêve d’un événement qui relancerait l’histoire. Un vieil aristocrate défend d’étranges théories. Un archéologue est confronté à la plus grande découverte de sa carrière. Les intérêts, les complots, les temps s’entremêlent et menacent de se neutraliser. Tout peut encore advenir. Bientôt, le TGV viendra sceller l’énigme.

Prix du roman FNAC 2014

Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood, 2014, Éditions Zulma, 499 p., 9782843047077

Oscar est un jeune homme qui a préféré se couper de l’emprise de sa famille. Un jour, il se trouve subjugué par des chants provenant d’une chapelle du campus. Il y rencontre Iris et son frère Eden, le joueur d’orgue. Bientôt il comprend que quelque chose se trame et demande de l’aide à Herbert Crest, spécialiste des troubles de la personnalité.

Prix Goncourt – Roman 2014

Pas pleurer, Lydie Salvayre, 2014, Éditions du Seuil, 278 p., 9782021116199

Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l’Église contre «les mauvais pauvres». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et «mauvaise pauvre», qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée. Lydie Salvayre a obtenu le prix Hermès du Premier roman pour La Déclaration, le prix Novembre (aujourd’hui Prix Décembre) pour La Compagnie des Spectres et le prix François Billetdoux pour BW. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. Certains ont fait l’objet d’adaptations théâtrales.

Prix Goncourt du premier roman 2014

Arden, Frédéric Verger, 2014, Éditions Gallimard, 477 p., 9782070139736

1940, Alexandre de Rocoule, ami avec le tailleur juif Salomon Lengyel, dirige le luxueux hôtel d’Arden. Ils ont le même amour de l’opérette et écrivent depuis 1917 des textes inachevés du fait d’un désaccord sur la scène finale. Quand la menace nazie approche, ils vont composer une dernière oeuvre. Également Prix Thyde Monnier 2013 (SGDL) et Prix mémoire Albert-Cohen 2014,

Prix Goncourt de la biographie 2014

Notre Chanel, Jean Lebrun, 2014, Éditions Bleu autour, 276 p., 9782358480581

« Dis, ce livre, tu l’écriras ? » Des années plus tard, Jean Lebrun l’a écrit pour son compagnon Bernard Costa, disparu en 1990. Ce fou de couture, qui savait ses jours comptés, l’avait entraîné à travers la France dans une enquête sur Chanel. En historien et en conteur, Jean Lebrun déroule leur road movie, de l’abbaye d’Aubazine au champ de course de Pau, de la boutique de Biarritz à l’usine de Maretz, d’un château l’autre : Corbère, Le Mesnil-Guillaume… Jusqu’à ce que la mort de Bernard interrompe leur enquête, qui s’arrête avant la résurrection de Chanel, en 1954. Entre la Belle Époque et la Libération, ce récit conduit vers des lieux moins attendus que la rue Cambon ou le Ritz, croise des personnages qu’on ne croyait pas si proches de Mademoiselle, tel Robert Bresson qu’elle couva et inspira. Il fait revivre à la fois l’insaisissable Chanel, et un anonyme de trente-cinq ans qui l’avait choisie pour fée. Ce qu’elle était aussi.

Prix Goncourt des lycéens 2014

Charlotte, David Foenkinos, 2014, Éditions Gallimard, 220 p., 9782070145683

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une oeuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : « C’est toute ma vie. » Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Prix Interallié

Karpathia, Mathias Menegoz, 2014, Éditions POL, 696 p., 9782818020760

1833. Alexander Korvanyi, capitaine de l’armée hongroise, épouse une jeune Autrichienne et part vivre avec elle en Transylvanie, sur le domaine de ses ancêtres. Ils sont confrontés à une mosaïque complexe et tendue de peuples, de langues, de religions, de juridictions, terreau d’un contexte de crises qui va révéler leurs ambitions et leur caractère, à la frontière de la puissance et du crime.

Prix littéraire Le Monde

Le royaume, Emmanuel Carrère, 2014, Éditions POL, 630 p., 9782818021187

Les débuts de la chrétienté ou comment, à la fin du Ier siècle, Paul et Luc transformèrent une petite secte juive en une religion qui allait conquérir le monde. Cette fresque historique fait revivre le monde méditerranéen d’alors, ses personnages, ses soubresauts religieux et politiques, et propose une réflexion sur le christianisme et ses valeurs.

 

 

Prix des Libraires de France 2014

Kinderzimmer, Valentine Goby, 2013, Éditions Actes Sud, 221 p., 9782330022600

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plusieurs dizaines de milliers de détenues. Mila a vingt-deux ans quand elle arrive à l’entrée du camp. Autour d’elle, quatre cents visages apeurés. Dans les baraquements, chacune de ces femmes va devoir trouver l’énergie de survivre, au très profond d’elle-même, puiser chaque jour la force d’imaginer demain. Et Mila est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, ni de quelle façon.

Prix littéraire France-Québec 2014

Le mur mitoyen, Catherine Leroux, 2013, Éditions Alto, 323 p., 9782896942121

Madeleine parle toute seule, même quand elle a de la compagnie. Lorsque son fils revient avec une demande qui bouleverse sa vie, elle comprend à qui elle s’adresse quand elle ne parle à personne. En se serrant la main pour la première fois, Ariel et Marie s’évanouissent. Des années plus tard, ils sont mariés, Ariel est à la tête d’un pays en déroute et ils sont sur le point de défaillir de nouveau. Entre deux tremblements de terre, Simon et Carmen tentent de poser à leur mère la question la plus ancienne de leur existence. La réponse qu’elle leur livre malgré elle crée entre eux une fracture digne de la faille de San Andreas. Et quelque part dans le sud des États-Unis, deux petites filles déposent un sou sur le rail d’une voie ferrée. Entre ces personnages, Catherine Leroux dessine une cloison fine comme un brin d’impossible qui tantôt sépare, tantôt unit, estompant la frontière entre les secrets, la vérité et l’inouï. Une histoire où l’on frappe trois coups sur un mur pour entendre en retour un mystérieux toc toc toc.

Prix du Livre Inter 2014

Faillir être flingué, Céline Minard, 2013, Éditions Rivages, 336 p., 9782743625832

Eau-qui-court-sur-la-plaine est une jeune Indienne qui propose ses dons de guérisseuse aux Blancs et aux Indiens. Les personnages qu’elle rencontre dressent une fresque sauvage de l’Ouest américain et de ses mythes.

Prix Médicis – Roman français 2014

Terminus radieux, Antoine Volodine, 2014, Éditions du Seuil, coll. Fiction et Cie, 616 p., 9782021139044

Des années après l’irradiation complète de la Sibérie et l’écroulement de la Deuxième Union soviétique, la région est inhabitable. Des soldats fantômes et autres morts-vivants poursuivent obstinément le rêve soviétique. Le centre du monde se nomme désormais Terminus radieux et Solovieï, chef du village, met ses pouvoirs surnaturels au service de son rêve de toute-puissance.

Prix Médicis – Roman étranger 2014

Lola Bensky, Lily Brett, 2014, Editions de la Grande ourse, 270 p., 9791091416061

Londres 1967 : Lola Bensky, jeune journaliste pour le magazine australien Rock-Out, n’a que 19 ans quand elle se retrouve au coeur de la scène musicale la plus excitante du moment ! Sans diplôme, mais douée, trop grosse et toujours au régime, trop sage pour les sixties, quelles questions cette drôle de fille qui ne connaît rien au rock, n’a jamais étudié le journalisme et dont le seul bagage – et pas des moindres – est d’être l’enfant de deux survivants d’Auschwitz, va-t-elle bien pouvoir poser à ces rock stars en devenir ? Armée de son magnétophone et tartinée de fond de teint, Lola observe, écoute, écrit. À Londres, elle parle bigoudis avec Jimi Hendrix et sexe avec Mick Jagger. À Monterey, elle échange avec Mama Cass sur leurs régimes respectifs et aborde l’amour entre filles, la drogue et l’alcool avec Janis Joplin. Un jour, elle prête même ses faux-cils à Cher… Subtiles, drôles, personnelles, les questions s’enchaînent, dévoilant des portraits inattendus de ces dieux du rock, mais révélant surtout la quête identitaire que Lola mène inconsciemment. Épouse, mère, auteure reconnue, Lola Bensky continue à s’interroger sur ce qui fait la force d’un être humain.

Prix Médicis – Essai 2014

Manifeste incertain Volume 3: La mort de Walter Benjamin, Frédéric Pajak, 2014, Editions Noir sur Blanc, 221 p., 9782882503534

Paris, 1939. Comme tous les ressortissants allemands, W. Benjamin, qui a été interné dans un camp de travailleurs à Nevers puis libéré, s’enfuit de Paris à l’arrivée des troupes de la Wehrmacht. Commence alors une errance dans le Midi puis les Pyrénées. Son destin et celui de Ezra Pound dans l’Italie fasciste s’entrecroisent, formant un tableau de cette époque troublée.

Prix Nobel de littérature 2014

Patrick Modiano*

Patrick Modiano, né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt, est un écrivain français, auteur d’une trentaine de romans primés par de nombreux prix prestigieux parmi lesquels le Grand prix du roman de l’Académie française et le prix Goncourt. Axée sur l’intériorité, la répétition et la nuance, son œuvre romanesque se rapproche d’une forme d’autofiction par sa quête de la jeunesse perdue. Elle se centre essentiellement sur le Paris de l’Occupation et s’attache à dépeindre la vie d’individus ordinaires confrontés au tragique de l’histoire et agissant de manière aléatoire ou opaque. Le 9 octobre 2014, son œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature pour « l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation », comme l’expliquent l’Académie suédoise et son secrétaire perpétuel Peter Englund, qualifiant l’auteur de « Marcel Proust de notre temps » . Six ans après J. M. G. Le Clézio, il devient le 15e homme de lettres français à recevoir cette récompense. Son œuvre est traduite en 36 langues.

Son plus récent roman:

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, 2014, Éditions Gallimard, 145 p., 9782070146932

Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d’adresses de l’écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous. Il se retrouve alors embarqué malgré lui dans l’enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel.

Pour découvrir son oeuvre:

Romans, Patrick Modiano, 2013, Éditions gallimard, coll. Quarto, 1088 p., 9782070139569

Un recueil de dix romans publiés entre 1975 et 2010. Ces textes réunis forment une autobiographie imaginaire de P. Modiano, un lien avec son enfance, les personnages qui ont marqué sa vie, l’Occupation puis les années d’après-guerre, etc. Ils sont précédés d’un cahier iconographique en noir et blanc.

Villa triste ; Livret de famille ; Rue des boutiques obscures ; Remise de peine ; Chien de printemps ; Dora Bruder ; Accident nocturne ; Un pedigree ; Dans le café de la jeunesse perdue ; L’horizon.

Prix Renaudot 2014

Charlotte, David Foenkinos, 2014, Éditions Gallimard, 220 p., 9782070145683

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une oeuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : « C’est toute ma vie. » Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Prix Renaudot Essai 2014

De chez nous, Christian Authier, 2014, Éditions Stock, 170 p., 9782234077331

Une promenade intime et universelle dans laquelle l’auteur aborde des sujets aussi divers que les premiers résistants, la guerre d’Algérie, le vin, la langue française, le football, la Terre et le ciel, etc. «Les frontières de notre pays sont mouvantes. Elles viennent du passé et ne cessent de se renouveler en guettant l’horizon, elles n’épousent pas une identité nationale réduite à des papiers officiels, une feuille d’impôts ou une carte d’électeur. Pour les dessiner et peindre les visages qui en composent le coeur battant, nous aurons recours à l’Histoire, à la littérature, aux poètes, aux amis, aux vivants et aux morts, à des sentiments ordinaires et rares, à des souvenirs et à des espérances. Nous emprunterons des chemins buissonniers et d’autres plus balisés, des raccourcis et des digressions, des rangentes et des lignes droites. Bienvenue chez nous.»

Prix Renaudot des lycéens 2014

L’amour et les forêts, Éric Reinhardt, 2014, Éditions Gallimard, 9782070143979

Le narrateur, écrivain, décide, contre ses habitudes, de rencontrer une de ses lectrices. Il fait la connaissance de Bénédicte Ombredanne, une femme de 35 ans visiblement blessée par l’existence. Elle lui raconte les tourments de sa vie conjugale et le harcèlement que lui fait subir son mari, un pervers narcissique, qui l’a amenée à développer un cancer.

Tous ces livres sont disponibles en format papier ou numérique via notre site monet.leslibraires.ca en cliquant sur les titres sélectionnés.


27 octobre 2014  par nos libraires

Littératures : les parutions de septembre

Comme chaque mois, notre équipe de libraires passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces nouveaux titres, question d’aiguiser votre appétit livresque…

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Hérétiques, Leonardo Padura, 2014, Métailié, 620 p., 9782864249610* (+)

En 1939, un bateau transportant 900 Juifs jette l’ancre à La Havane en attendant l’autorisation de débarquer ses passagers. Daniel Kaminsky et son oncle attendent sur le quai l’arrivée de leur famille et du trésor qu’ils transportent pour payer les contrôleurs : une toile de Rembrandt. Mais le bateau repart vers l’Allemagne. Des années plus tard, le tableau est mis en vente à Londres.

Enon, Paul Harding, 2014, Le Cherche Midi, coll. Lot 49, 286 p., 9782749120805* (+)

« La plupart des hommes de ma famille font de leurs épouses des veuves, et de leurs enfants des orphelins. Je suis l’exception. Ma fille unique, Kate, est morte renversée par une voiture alors qu’elle rentrait de la plage à bicyclette, un après-midi de septembre, il y a un an. Elle avait treize ans. Ma femme Susan et moi nous sommes séparés peu de temps après. »

Ainsi commence Enon, du nom de la bourgade de Nouvelle-Angleterre où Charlie Crosby, détruit par cette tragédie, va entamer une longue descente aux enfers qui le mènera aux confins de la folie. Dans un paysage de fin du monde, Charlie se débat avec les démons de la drogue et le peuple des fantômes qui ne cessent de l’assaillir : celui de sa fille, dont l’existence trop brève se reconstitue à travers le prisme de ses souvenirs chaotiques, mais aussi celui des autres morts d’Enon, endormis sous la terre du petit cimetière paroissial que hante Charlie, errant nuit et jour à la recherche de la délivrance.

Petits oiseaux, Yoko Ogawa, 2014, Actes Sud/Leméac, 268 p., 9782330034382*

Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n’emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains. Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. Parfois, les deux frères décident de « partir en voyage ». Valises en main, ils font halte devant la volière. Ravis de palabrer avec les moineaux de Java, les bengalis ou les canaris citron, ils oublient dans l’instant tout projet de départ. Un jour pourtant le calme du quartier semble en danger, une enfant de l’école disparaît.

La peau de l’ours, Joy Sorman, 2014, Gallimard, 156 p., 9782070146437*

Le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l’apparence d’une bête, il est vendu à un montreur d’ours puis à un organisateur de combats d’animaux, traverse l’océan pour intégrer la ménagerie d’un cirque où il se lie avec d’autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d’un zoo. Ce roman en forme de conte, qui explore l’inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau et la tête d’un ours.

Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante, Mohsin Amid, 2014, Grasset, 252 p., 9782246807827*

Le héros de cette édifiante et rocambolesque épopée, né dans la plus insigne pauvreté, au cœur de la campagne d’un pays anonyme du continent indien, va monter à la ville, parfaire son éducation, rencontrer l’amour, flirter avec la tentation politique, puis faire fortune par le plus inattendu des moyens. Ce sont, en une poignée de pages, quatre-vingts années d’une vie d’homme, « un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » à l’heure de la mondialisation galopante.

EN FORMAT POCHE

Rue des voleurs, Mathias Enard, 2014, Actes Sud/Babel, 345 p., 9782330028619*

À l’heure du Printemps arabe et des révoltes indignées, la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l’énergie du jeune Tangérois pour s’aventurer sur le champ de bataille. Parcours d’un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d’improbables apaisements, dans un avenir d’avance confisqué, qu’éclairent pourtant la compagnie des livres, l’amour de l’écrit et l’affirmation d’un humanisme arabe.

Le livre de Jonas, Dan Chaon, 2014, Points, 471 p., 9782757836842*

Jonas est un être manquant. Le genre qui garde des cicatrices. Celles qui se voient et celles qui se taisent. La vie lui a volé son frère aîné, Troy, abandonné à la naissance. Et si partir à sa recherche donnait un sens à son existence et guérissait ses blessures ? Au fin fond du Nebraska, Jonas retrouve celui qu’il n’a jamais connu. Réussira-t-il à lui dire la vérité ? Leur bonheur en dépend…

L’homme des hautes solitudes, James Salter, 2014, Points, 249 p., 9782757845561*

Las d’un travail abrutissant sous un soleil de plomb, Rand quitte les plaines californiennes pour Chamonix. C’est le début d’une vie de bohème, rythmée par la pratique de l’escalade, sa passion. Il se lie à Jack, grimpeur qui cherche comme lui à défier les sommets alpins. Au gré d’ascensions de plus en plus ardues, les deux amis n’aspirent qu’à une chose : conquérir enfin la paix des hautes solitudes.

L’invention de nos vies, Karine Tuil, 2014, Livre de Poche, 494 p., 9782253179450*

Sam Tahar, brillant avocat au barreau de New York, semble tout avoir : la célébrité, la fortune, un beau mariage… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son ami de jeunesse Samuel, écrivain raté qui s’enlise dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la belle Nina était restée – par pitié – au côté du plus faible. À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… L’histoire d’un triangle amoureux qui percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Révolutions, Nicolas Dickner et Dominique Forter, 2014, Alto, 432 p., 9782896941957* (+)

Les révolutionnaires français ne se contentèrent pas de guillotiner le roi, de prendre la Bastille et de raccourcir bonne quantité d’aristocrates : ils renversèrent aussi le calendrier, créant douze nouveaux mois dont les noms étaient censés évoquer les divers moments de l’année : vendémiaire, pluviôse, germinal. Deux siècles plus tard, une paire de citoyens curieux, Dominique Fortier et Nicolas Dickner, ont chargé un certain Reginald Jeeves, ingénieux majordome informatique, de leur envoyer quotidiennement le mot du jour qu’ils revisiteraient jusqu’à combler les 366 cases du calendrier. Truffé de petites et de grandes révélations, Révolutions est une entreprise littéraire sans précédant qui décapite joyeusement les idées reçues.

Rien que la vie, Alice Munro, 2014, Boréal, 320 p., 9782764623275* (+)

« Son recueil le plus personnel et le plus autobiographique. […] Avec Rien que la vie, Alice Munro nous emporte avec ses personnages jusqu’aux moments charnières de leurs existences, là où tout peut basculer… » — ICI Radio-Canada

Numéro six, Hervé Bouchard, 2014, Le Quartanier, coll. « Série QR », 176 p., 9782896981793* (+)

C’est l’histoire d’un personnage portant le numéro six dans le hockey mineur. L’histoire très simple de son apprentissage, alors qu’il évolue dans les catégories atome, moustique, pee-wee, bantam, midget, de six à seize ans à peu près. Je connais très bien cette histoire. Tout le monde connaît très bien cette histoire. C’est là que l’écriture commence : dans le rendre étranger des choses familières. On pourrait penser qu’il s’agit d’un récit de formation. Oui. Mais il s’agit surtout d’un récit de déformation. Sur le mode comique, le numéro six fait l’apprentissage de la vie; au bout, il en ressort défait. Telle est la leçon du numéro six.

Une enfance mal fermée, Jean-François Beauchemin, 2014, Leméac, 184 p., 9782760933873*

Il y a dans ces pages un fin saisissement du réel, appréhendé à travers de brefs récits et des escales de réflexion qui ouvrent les portes d’un ermitage salutaire. L’écriture de Jean-François Beauchemin, leste et attentive, filtre à travers les interstices de cette vieille baraque de l’univers d’où nous sortons et où nous finirons tous.

Azami, Aki Shimazaki, 2014, Leméac/Actes Sud, 136 p., 9782330038199* (+)

Mitsuo Kawano, jeune trentenaire, est étonné quand il croise par hasard Gorô Kida, un ancien camarade de classe devenu le président d’une importante compagnie. Il est encore plus surpris lorsque celui-ci l’invite dans un club très sélect où travaille une autre ancienne amie d’école, la belle et mystérieuse Mitsuko, devenue entraîneuse. Mitsuko mène une carrière de rédacteur pour une publication culturelle en attendant de fonder sa propre revue d’histoire. En dépit d’un certain détachement sexuel, il s’entend bien avec Atsuko, la mère de ses deux enfants. Il se contente de fréquenter les salons érotiques pour combler ses besoins. Mais ces retrouvailles fortuites ravivent en lui les rêves et les désirs de jeunesse. Avec sa prose intimiste et précise, Aki Shimazaki explore cette fois ce que l’on devine derrière la paroi trop lisse des apparences.

EN FORMAT POCHE

 Tonbo: Au cœur du Yamato, Aki Shimazaki, Leméac/Actes Sud, coll. « Babel », 120 p., 9782330038175* (+)

« Un court roman tellement simple et limpide qu’on ne doute pas un seul instant que Shimazaki y a travaillé très longuement et consciencieusement afin de poser les mots comme elle pose son regard depuis tant d’années sur ce Japon secret et ouvert aux plus grandes surprises. » — Le blogue La littérature japonaise

Béatrice et Virgile, Yann Martel, 2014, BQ, 216 p., 9782894063552* (+)

« Il y a des images fortes. Et un désir sincère d’approcher autrement une des pires tragédies de l’humanité. […] L’écrivain de 47 ans a réussi, sans l’ombre d’un doute, ceci : écrire un roman sur la difficulté de représenter, par la fiction, l’Holocauste. » — Danielle Laurin, Le Devoir

Des cailloux blancs pour les forêts obscures, Jovette Marchessault, 2014, BQ, 192 p., 9782894063569* (+)

Ce livre raconte un moment dans la vie de Jeanne – depuis sa retraite des Appalaches, au sein d’une petite communauté d’esprits nouveaux –, alors que se meurt sa compagne, Noria. Aviatrice, cette dernière sauve des laboratoires les bêtes torturées à des fins de recherches expérimentales. Sur le seuil de sa vie revient son père avec qui elle s’était réconciliée. Ce médecin lève enfin pour Jeanne l’écrivaine les derniers voiles sur la vie de Noria : sa naissance, son enfance au sein du Ku Kluk Klan, ce fils qu’elle a perdu, et cet amour infini qu’il lui porte.

POÉSIE

Outrenuit, Benoit Jutras, 2014, Herbes Rouges, 130 p., 9782894194591*

Il y a une autre nuit derrière la nuit. Où ma mémoire est faite d’étoiles tombées et mon corps d’apparitions. Où mon visage et ma voix sont des histoires aveugles. Cette nuit ne ressemble à rien. Sa pureté est terrible, son amour est lapidaire. Elle est mon unique prière, mon renversement.

À la croisée des silences, Chloé Sainte-Marie, musique d’Yves Desrosiers et Sylvie Paquette, 2014, Films Gilles Carle, 128 p. (contient deux disques audio totalisant 57 pistes, d’une durée totale de 1:29:43), 622406497026.

Chloé Sainte-Marie repousse les limites de la notion d’album, en présentant À la croisée des silences, une immersion vers la poésie, à travers le parcours d’un livre accessible à tous par sa sensibilité. Sur cet album Chloé Sainte-Marie s’est entourée d’une vingtaine de poètes québécois, dont les mots ont été mis en musique par Yves Desrosiers et Sylvie Paquette, tous les arrangements sont signés Réjean Bouchard. Un album chargé en émotion, qui pointe vers le sacré de la vie, ce qui s’y partage et ce qui s’y perd, mais aussi ce qui s’y crée et ce qui s’y espère.

Le poème est une maison de long séjour, Normand de Bellefeuille, 2014, Noroît, 154 p., 9782890188938* (+)

le poème n’est pas une rue à sens
unique
ni un chien du voisinage
mais plutôt
piano cadencé
et voix querelleuse
le poème est une maison
de long séjour
où l’on fait de mauvais rêves

30 ans de poésie québécoise, Gaston Bellemare (dir.), 2014, de la Grenouillère, coll. « Grandeur de la poésie », 136 p., 9782923949635*

Il y a dans cette anthologie quelque chose de vivant à l’image même de la poésie québécoise. En publiant ces 30 ans de poésie québécoise, nous avons voulu que ce recueil soit un hommage rendu du fond du cœur aux poètes. Nous allions créer une «archive vivante» des lauréats et lauréates d’un des prix les plus prestigieux en poésie.

De l’air, Pierre Ouellet, œuvres de David Moore, 2014, Noroît, coll. « Chemins de traverse », 186 p., 9782890188877*

Il n’y a pas de porte d’entrée à un livre. Tous les livres sont des sorties. Celui-ci s’appelle De l’air : il aurait pu s’appeler Exit, Issue de secours, sortie d’urgence. Pas d’introduction au Grand Dehors, pas de conclusion à l’Air. Il faut simplement leur laisser le passage… et s’engouffrer derrière, aspirés par les puissants courants qui nous emportent ailleurs, loin de nos petites Histoires, de notre pauvre Monde, dans des espaces et des temps qui ne comptent pas, qu’on ne mesure pas, parce qu’ils sont ceux du souffle innombrable, inchiffrable et incommensurable que la langue du poème emprunte à ce que les physiciens appellent brise sidérale, tempête solaire, vent cosmique et les théologiens neume, pneuma, paraclet, première et dernière respiration en quoi les corps naissent et renaîtront par l’ouverture du grand diaphragme que l’exercice de la Parole pratique dans le mur de l’Être pour qu’apparaisse enfin ce qui n’est pas. Cet air, ce rien. Que j’entends de loin… dans les rimes et les rythmes où toute langue prend sa source.

THÉÂTRE

Un regard qui te fracasse: Propos sur le théâtre et la mise en scène, Brigitte Haentjens, 2014, Boréal, coll. « Essais et documents », 224 p., 9782764623541* (+)

Brigitte Haentjens est une des figures majeures du théâtre contemporain. Elle a gagné un fidèle auditoire grâce à son audace dans la programmation et à l’exigence qui marque chacune des productions portant sa signature. Elle propose ici un livre hors norme qui nous montre une artiste en plein processus de création. Elle retrace son parcours depuis l’école de théâtre en France. Elle évoque son passage en Ontario francophone, où sa carrière de metteur en scène a éclos, et son installation au Québec. Surtout, elle parle au présent du travail accompli avec la compagnie qu’elle a fondée, Sibyllines.

Monsieur Toussaint, Édouard Glissant, 2014, Mémoire d’encrier, 300 p., 9782897122430* (+)

Toussaint Louverture, le Spartacus noir, héros de la révolution populaire haïtienne, représente un modèle pour l’humanité. Cet ancien esclave chemine, entre paradoxes et clairvoyances, à travers les chemins sinueux de la liberté. Monsieur Toussaint, c’est l’Histoire, la tragédie dans sa part de lumière, de puissance d’errance. Édouard Glissant revisite Toussaint, évoquant la légende mais surtout ce qu’il appelle « La vision prophétique du passé ».

Pour réussir un poulet, Fabien Cloutier, 2014, L’instant même/Dramaturges éditeurs, 80 p., 9782895023579* (+)

On retrouve dans Pour réussir un poulet les personnages qui jalonnent l’univers de Fabien Cloutier. Des êtres dépassés qui, en tentant d’améliorer leur sort, ne peuvent faire autrement que de glisser dans le vortex de la déchéance. Si Fabien Cloutier réussit à nous faire rire, c’est pour mieux nous rappeler que les choses vont mal. De plus en plus mal.

Peroxyde, Simon Boulerice, 2014, Leméac, coll. « Théâtre Leméac », 96 p., 9782760904415* (+)

Une femme dans la cinquantaine, mariée à un culturiste amateur qui ne la regarde plus, cherche à ensoleiller son existence en se faisant teindre les cheveux en couleurs toujours plus ahurissantes. Son coloriste, entre-temps, devient l’amant d’un homme marié qui fait du culturisme… La narratrice de cette double trame, une patineuse artistique au sourire fendu par la lame d’un partenaire, devient elle-même personnage de ce chassé-croisé où virevoltent des êtres atypiques en quête d’autonomie, de rêve, d’humanité.

Le jeu des positions: Discours du théâtre québécois, Louis Patrick Leroux et Hervé Guay (dir.), 2014, Nota Bene, coll. « Séminaires », 407 p., 9782895184928* (+)

Dans un contexte d’émergence de pratiques individuelles reposant sur la singularité artistique, que dit le théâtre québécois actuel ? De quoi cause-t-il s’il n’est plus forcément lié à une cause ? Quel est le nouveau discours de ses artisans ? Notre collectif entend préciser quelles sphères du privé et du public les discours du théâtre québécois contemporain s’approprient, tout en tentant de comprendre l’évolution de ses discours à une époque où les arts de la scène oscillent entre « écritures du plateau » et retour en force de l’auteur dramatique au-devant de la scène.

LITTÉRATURE POLICIÈRE

Meurtres à Westmount, David Montrose, 2014, Hurtubise, 264 p., 9782897234607*

Montréal, fin des années 1940. Russell Teed est enquêteur privé à l’emploi de compagnies, habituellement pour tirer au clair des affaires de fraude. Une vieille connaissance de son Westmount natal lui confie une enquête qui le change de son ordinaire : Martha Scaley veut connaître le véritable état matrimonial de son gendre, John Sark. Une lettre anonyme lui fait soupçonner qu’il était déjà marié avant de convoler en justes noces avec sa fille Inez. Et chez les Scaley, on est riche et respectable, et on ne fait pas dans la bigamie. Arpentez le Montréal bouillonnant de l’après-guerre au côté de Russell Teed, dans une savoureuse traduction de Sophie Cardinal-Corriveau. Si vous avez aimé Chandler, Chase ou Jim Thompson, Meurtre à Westmount vous comblera.

Le détroit du Loup¸ Olivier Truc, 2014, Métailié, coll. « Noir », 409 p., 9782864249634*

Hammerfest est une petite ville de l’extrême nord de la Laponie, habitée par des éleveurs de rennes. Au détour du détroit du Loup, les morts se succèdent, laissant aux compagnies pétrolières tout pouvoir sur la ville. Klemet et Nina enquêtent pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Deep Winter, Samuel W. Gailey, 2014, Gallmeister, coll. «Noire », 314 p., 9782351780787*

Danny, colosse orphelin et simple d’esprit depuis une tragédie advenue dans son enfance, retrouve le corps de Mindy, sa seule amie à Wyalusing en Pennsylvanie le soir de son quarantième anniversaire. Accusé de ce meurtre, toute la ville finit par le croire coupable. Une chasse à l’homme est alors lancée par le shérif, son adjoint et ses renforts.

EN FORMAT POCHE

Écorchée, Donato Carrisi, 2014, Livre de poche, coll. « Thriller », 519 p., 9782253179122*

Quand des personnes disparues depuis longtemps réapparaissent pour tuer, Mila Vasquez tente d’échafauder une hypothèse rationnelle pour expliquer ces faits.

SCIENCE-FICTION

Malphas T.4: Grande Liquidation, Patrick Senécal, 2014, Alire, 587 p., 9782896151103*

Parole de Sarkozy, je m’étais juré de ne pas remettre les pieds à Saint-Trailouin. Après tout, la vie de mon fils en dépendait, et c’est pour être près de lui que j’ai ouvert il y a quelques mois une boutique de livres d’occasion à Drummondville. Or, quand Émile m’a annoncé qu’il partait pour la France avec mon ex, j’ai un peu pété les plombs… avant de réaliser que je pourrais peut-être tirer avantage de cette situation. Me voilà donc de retour à Malphas. Avec l’aide de Simon Gracq – ça n’a pas été simple de le convaincre de me faire à nouveau confiance –, je compte enfin mener à terme mon enquête sur ce qui se passe dans la cave du cégep. Et régler une fois pour toutes mon différend avec les Archlax père et fils. Et découvrir la véritable identité de Rachel Red et les motivations secrètes qui l’animent… et rêvons un peu, l’animer à mon tour. Hélas, malgré le subterfuge qui me permettait d’évoluer en sécurité à Malphas, je dois admettre que le plan que j’avais imaginé pour arriver à mes fins a rapidement foiré. Et me voilà de nouveau dans le « gros trouble ». Mais cette fois, je ne suis pas le seul dans le pétrin, car la grève étudiante est imminente à Malphas. Et un raz-de-marée de carrés rouges à Saint-Trailouin, ça risque d’être plus intense qu’ailleurs…

The expanse T.1: L’éveil du Léviathan, James S.A.Corey, 2014, Actes Sud, 624 p., 9782330033118*

L’humanité a colonisé le système solaire. Jim Holden est second sur un transport de glace qui effectue la navette entre les anneaux de Saturne et les stations installées dans la Ceinture d’Astéroïdes. Quand il croise la route du Scopuli, un appareil à l’abandon, il se retrouve en possession d’un secret bien encombrant. Un secret pour lequel certains sont prêts à tuer. De son côté, l’inspecteur Miller recherche une jeune femme. Quand l’enquête le mène au Scopuli et à Holden, Miller comprend que cette jeune femme est peut-être la réponse à tout. S’il ne découvre pas rapidement qui a abandonné ce vaisseau, et pourquoi, le conflit latent entre le gouvernement de la Terre et les Rebelles risque de se réveiller. Avec ce premier volume de la série  Expanse, James S. A. Corey signe « un space opera à tomber à la renverse » (George R. R. Martin).

Après la chute, Nancy Kress, 2014, ActuSF, 260 p., 9782917689684*

L’Apocalypse a eu lieu. Ils ne sont plus qu’une poignée et leur survie ne tient qu’à une machine. Remontant dans le temps, avant la Chute, ils volent nourriture, vêtements… enfants. Mais ces kidnappings ne passent pas inaperçus. Le FBI est sur les dents. Au même moment, une mutation bactérienne affole les scientifiques. Le compte à rebours a commencé. Entre thriller écologique et drame postapocalyptique, Après la chute, couronné par les prix Locus et Nebula, est un vibrant appel à la préservation de la planète. Par l’auteur de L’une rêve, l’autre pas (Grand Prix de l’Imaginaire).

EN FORMAT POCHE

L’armée des morts: Une anthologie zombie, collectif, 2014, Panini, coll. « Eclipse », 515 p., 9782809441345*

Les morts se relèvent et errent dans les rues en traquant les derniers survivants. Christopher Golden, auteur américain à succès, rassemble dans ce recueil 19 nouvelles de zombies par les plus grands auteurs d’aujourd’hui : Joe Hill, Max Brooks, Kelley Armstrong, Tad Williams, John Connolly et bien d’autres…

Fugues, Lewis Shiner, 2014, Gallimard, coll. « Folio SF », 488 p., 9782070455737*

Ray Shackleford, réparateur de matériel hi-fi, se noie dans l’alcool et la musique pour tenter d’oublier une vie de couple chaotique et les brimades de son père. À la mort de ce dernier, sa vie bascule. Il se découvre un don singulier : il a le pouvoir de se projeter dans l’univers de ses groupes de rock favoris, d’enregistrer des versions inédites de leurs chansons. Poussé par Graham Hudson de Carnival Records, il accepte d’enregistrer l’album mythique et inédit des Doors : Celebration of the Lizard. Mais ces fugues vers le passé sont-elles sans conséquence ? Roman initiatique, réflexion sur le deuil, Fugues est aussi un magnifique hommage au rock des années 1960-1970 où l’on croise, entre autres, Jim Morrison, Brian Wilson, Jimi Hendrix ou les Beatles. Il a reçu le World Fantasy Award en 1994.

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Tous les textes proviennent des éditeurs, sauf lorsqu’il y a mention d’auteur.

Sélection : Benoit Desmarais – litt. étrangère ; Maxime Nadeau – litt. québécoise, poésie et théâtre ; Morgane Marvier – policier ; Caroline Scott – science-fiction.

 



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