Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘▪ Littérature jeunesse’


13 février 2012  par Aurélie Philippe

Délices d’Asie

Quand on pense aux pays asiatiques, la première chose qui nous vient à l’esprit est leurs délicieuses gastronomies. Enfin, c’est la première chose à laquelle moi, je pense ! Mais il faut dire que je suis une insatiable gourmande…

Les écrivains asiates, grâce à une sensibilité et un imaginaire différent, élaborent également de savoureuses recettes. Et comme je suis également très friande de ce genre de plaisirs, je me suis décidée à vous présenter un menu exotique à base d’albums et de romans jeunesse créés avec soin par ces auteurs d’Asie.

LES ENTRÉES

Les recettes à l’encre de chine de Jiang Hong Chen

La légende du cerf-volant, Le démon de la forêt, Lian, Mao et moi, Zhong kui, Le prince tigre, Je ne vais pas pleurer !, Le cheval magique de Han Gan et Petit aigle sont autant de magnifiques albums et d’hommages au pays de l’auteur et illustrateur : la Chine. En effet, la plume et l’imaginaire de Jiang Hong Chen sont fortement inspirés par la culture et l’histoire chinoises.

Prenons par exemple Le cheval magique de Han Gan, l’histoire d’un peintre qui réalise des dessins de chevaux tellement saisissants que l’un d’eux prend vie. Bien sûr, cette histoire est une légende ; mais Han Gan, lui, a véritablement existé au 8e siècle…

Et si Jiang Hong Chen nous fait découvrir une figure de son patrimoine national, il a aussi a réalisé les illustrations de ce livre avec la même technique que celle utilisée à l’époque par Han Gan : en peignant sur soie.

Les douceurs de Komako Sakai

Je ne serai pas très objective pour parler de cette artiste japonaise. La fée des renards, dont elle a été l’illustratrice, a été mon premier coup de cœur d’adulte pour  un album jeunesse. Aujourd’hui, il est malheureusement épuisé, mais, heureusement, l’auteure nous a concocté plein d’autres merveilles… Qu’elle soit seulement illustratrice, comme pour Ne bouge pas!, Dans l’herbe ou encore L’ours et le chat sauvage, ou qu’elle soit auteure et illustratrice, comme pour Un amour de ballon, Écoute-moi ou Jour de neige, on ressent une très belle sensibilité.

Dans Un amour de ballon, où un tout jeune enfant se prend d’affection pour un ballon jaune, on s’étonne de la justesse de Sakai dans la manière avec laquelle elle traite les émotions ressenties par l’enfant, comme si elle en avait gardé l’âme… Et les illustrations tendres sont en juste adéquation avec le texte.

Les en-cas de Kazuo Iwamura

Auteur-illustrateur japonais, Kazuo Iwamura est tout d’abord connu pour les albums de la famille Souris. Dans cette série, l’auteur nous montre une vie simple, près de la nature, où les relations familiales et la transmission du savoir sont importantes. De plus, dans les lieux où cette charmante famille habite, on retrouve toute l’atmosphère de la société japonaise… Mais je ne m’attarderai pas plus longtemps sur cette célèbre famille, ni sur ces bandes dessinées philosophiques tendres où une petite grenouille curieuse se fait beaucoup de réflexions.

Je vais plutôt m’attarder sur La pomme rouge, qui met en scène une petite fille, chose rare pour cet auteur qui nous amuse d’habitude avec ses personnages d’animaux. Ces derniers ne sont pourtant pas loin, puisque la jeune fille va rencontrer un lapin, un écureuil et un ours. Cet album ni incroyable ni sensationnel ressemble davantage à un moment simple mais précieux qui se savoure délicatement. Les dessins tout en nuances de gris sont éclairés par la belle couleur rouge de la pomme et le doux coucher de soleil qui porte en lui l’espoir de voir les graines de ce fruit se métamorphoser un jour en arbre.

LE PLAT DE RÉSISTANCE

Les réjouissances d’Ono Fuyumi

Ono Fuyumi est une auteure japonaise surtout connue pour ses romans Les 12 royaumes, qui ont été adaptés en animé. Cette série comprend douze livres pour huit titres, certains de ces derniers ayant été séparés en deux parties. Les couvertures et les illustrations d’’intérieur sont l’œuvre de la plume délicate d’Akihiro Yamada.

Les 12 royaumes est une série de fantasy extrêmement dépaysante, puisque fortement imprégnée de mythologie et d’atmosphère chinoise. La trame de l’histoire repose sur un monde parallèle séparé en douze royaumes où chaque tête couronnée est choisie par un kirin, animal sacré envoyé par le ciel. La description détaillée du fonctionnement de ce monde, les complots politiques qui l’animent et les nombreux personnages qui y évoluent créent un univers original et dense. La traduction, parfois maladroite dans les premiers volumes, finit par gagner en finesse, à notre plus grand plaisir.

Dans le premier volume (en deux parties), La mer de l’ombre, nous faisons connaissance avec Yoko, qui est le personnage fort de la série sans être la protagoniste principale de tous les romans. Yoko n’est pas de prime abord une héroïne très appréciable : elle est lâche, pleurnicheuse et n’a pas confiance en elle. Néanmoins, cette terne jeune femme va se retrouver projetée dans un monde dont elle ignore les règles. De plus, elle semble être la cible de créatures monstrueuses et ne peut compter que sur elle-même, car les habitants, qui l’accusent d’avoir causé une catastrophe naturelle, lui réservent la peine de mort ! Elle va donc devoir passer par beaucoup d’épreuves et d’états d’esprit différents avant de se trouver ; et si l’imaginaire oriental et la cohérence de l’univers sont des points forts du récit, l’évolution du personnage en est l’intérêt principal.

LES PETITS DESSERTS

Une recette ancestrale

Pour découvrir la littérature asiatique, quoi de mieux que de dévorer L’épopée du roi singe ? Ce conte chinois datant du 16e siècle constitue la première partie du roman mythologique Le voyage en Occident. L’histoire est tellement célèbre en Chine comme au Japon qu’elle connaît de nombreuses adaptations ; Sangoku, personnage principal du manga Dragonball, est d’ailleurs fortement inspiré du personnage de L’épopée. Dans la première partie de ce classique, on découvre donc le roi singe, né d’un œuf engendré par la frappe de la foudre sur un rocher. D’une puissance surnaturelle et armé d’un bâton magique, il ne tarde pas à déranger la tranquillité de l’administration céleste !

Mon petit plaisir

Xiaoying fait le vœu d’épouser celui qui vengera son père, mort de manière infamante. Hors, celui qui la venge n’est autre qu’un animal féroce : le tigre. Pourtant, la fière Xiaoying tient sa promesse et décide de toujours rester auprès de la bête. Écrit au 18e siècle par Shen Qi feng, ce texte possède un charme intemporel, sublimé aujourd’hui par les magnifiques illustrations de Kawa Agata. Il nous plonge dans une Chine ancienne où le merveilleux est possible, comme dans nos « Il était une fois » occidentaux. Tigre le dévoué est une superbe histoire, d’amour et d’honneur, à savourer.

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres créateurs asiatiques pratiquant ces recettes littéraires piquantes ou douces qui nous paraissent si délicieusement dépaysantes. Mais il me faut maintenant m’arrêter, même si tous ces merveilleux mets sont garantis sans indigestion. Alors maintenant : à table !

* * *

Le cheval magique de Han Gan, Jiang Hong Chen , 2004, École des loisirs, 37p., 9782211071468*
Un amour de ballon, Komako Sakai, 2005, L’école des loisirs, 44 p., 9782211077668*
La pomme rouge, Kazuo Iwamura, 2010, L’école des loisirs, 60 p., 9782211201025*
Les 12 royaumes : La mer de l’ombre, t.1, Ono Fuyumi, ill. d’Akihiro Yamda, 2007, Milan jeunesse, 320 p., 9782745920454*
Les 12 royaumes : La mer de l’ombre, t.2, Ono Fuyumi, ill. d’Akihiro Yamda, 2007, Milan jeunesse, 320 p., 9782745924605*
L’épopée du roi singe, Cheng’en Wu, adapté par Colette Kahn, 2011, Gallimard-Jeunesse, coll. « Folio junior », 119 p., 9782070626373*
Tigre le devoué, Shen Qifeng, ill. d’Agata Kawa, 2009, HongFei cultures, coll. « Caractères chinois », 28 p., 9782355580116*

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8 février 2012  par Le délivré

Nos spécialités : la crème de janvier

Comme à chaque mois, nos équipes de libraires spécialisés en bandes dessinées et en littérature jeunesse passent en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les titres incontournables. Voici un aperçu de ces titres, question d’aiguiser votre appétit livresque…

La crème des bandes dessinées

Reportages, Joe Sacco, 2011, Futuropolis, 196 p., 9782754806695*

Dans cette compilation de reportages effectués pour le compte de différents journaux et magazines (Time Magazine, The New York Times, The Guardian, l’indispensable revue XXI, etc.), Sacco honore une fois de plus son titre de « père de la bande dessinée de reportage » et se permet même un manifeste à la défense de la légitimité de sa pratique, à laquelle d’aucuns reprochent la subjectivité. Et pourtant, qu’il traite du génocide tchétchène, de l’immigration africaine massive à Malte ou de la stigmatisation des hors-caste en Inde, l’intérêt de l’œuvre de Sacco réside justement dans le fait que l’auteur cultive avec soin le souci de rencontrer les différents protagonistes – de quelque côté que ceux-ci soient – des conflits qu’il visite. (EB)

A.D. : La Nouvelle-Orléans après le deluge, Josh Neufeld, 2011, La boîte à bulles, 207 p., 9782849531303*

L’auteur a recueilli les témoignages de sept survivants du passage de l’ouragan Katrina, qui a dévasté la ville de la Nouvelle-Orléans en août 2005. Ce reportage se démarque par l’utilisation audacieuse de la bichromie et un découpage nerveux qui rehausse la tension dramatique d’un scénario s’apparentant au thriller. (RSH)

Quai d’Orsay : Chroniques diplomatiques, t. 2, Christophe Blain et Abel Lanzac, 2011, Dargaud, 100 p., 9782205066791*

Quoique nous essayons de nous en tenir aux strictes nouveautés (1ers tomes et récits complets) au sein de cette chronique, il serait difficile de passer sous silence le travail spectaculaire que mène le surdoué Christophe Blain avec Abel Lanzac, un diplomate écrivant sous pseudonyme. Plongé au cœur d’un Ministère des Affaires étrangères français piloté par Alexandre Taillard de Vorms (un avatar de Dominique de Villepin), le lecteur pénètre dans ce second tome les arcanes de la crise au Lousdem (soit l’Irak), et la manière dont la France est parvenue à s’opposer à la guerre que veulent faire accepter Jeffrey Cole (Colin Powell) et les États-Unis par le Conseil de sécurité de l’ONU. Un docu-fiction audacieux, amusant et diablement intéressant. (EB)

Quoi !, David B., Charles Berbérian, Jean-Louis Capron, Jean-Yves Duhoo, Killoffer, Joann Sfar, Stanislas et Lewis Trondheim, 2011, L’association, 120 p., 9782844144386*

Ce livre composé de courts récits autobiographiques tente une mise en lumière des événements qui causèrent en 2011 le triste départ de Jean-Christophe Menu de L’association et le retour des ex-associés à la barre de cette mythique maison d’édition. Ce collectif, qui devait à l’origine paraître dans « Shampoing », la collection de Lewis Trondheim chez Delcourt, devient, en toute logique, le premier livre publié dans la toute nouvelle incarnation de l’hydre. Drôle, cynique et parfois émouvant, ce bilan post-mortem prouve encore une fois que ce collectif d’auteurs sait toujours se réinventer et faire les choses différemment. (HB)

L’étoffe des légendes, Raicht, Smith et Wilson, Soleil, 128 p., 9782302019164*

À Brooklyn, en 1944, un enfant est emmené par le croquemitaine dans le royaume de l’Obscur. Horrifiés, les jouets du jeune garçon, ainsi que son chien, volent à son secours. Dans l’Obscur, les jouets changent d’apparence : l’ours en peluche devient féroce, le soldat de plomb, un chef militaire, etc. Maintenant armés pour le combat, ils se lancent à l’assaut des subalternes enchantés du croquemitaine. L’étoffe des Légendes, premier tome d’une série américaine, est un très joli livre au format carré. L’histoire offre un mélange de quête fantastique, de contes et de jeux d’enfants. Le dessin stylisé à l’effet crayonné et la colorisation limitée où le marron domine aident à créer une monde unique, dangereux et onirique. Définitivement, une série à suivre. (IM)

Peace Maker, t.1, Ryuji Minagawa, 2011, Glénat, coll. « Seinen », 216 p., 9782723480406*

Située dans un monde parallèle s’apparentant au début du 20e siècle, cette série nous entraîne sur les traces d’Hope Emerson, un as de la gâchette qui tente de retrouver son frère afin de lui remettre le « Peace Maker », un pistolet ayant appartenu à leur défunt paternel. Comme dans tout bon western qui se respecte, la piste sera semée d’embûches et autant les alliés que les ennemis se bousculeront au portillon… Quand le manga dit bonjour au western, on peut s’atteler pour une chevauchée trépidante ! Et c’est effectivement le cas dans ce divertissement pur et simple. (RSH)

Aurore, Enrique Fernandez, Soleil, 56 p., 9782302018723*

Dans un pays froid et rocailleux, une tribu subit une disette. Alors que plusieurs de ses membres perdent espoir en leurs dieux, un petit ruisseau doré traverse le village, émerveillant ses habitants. En touchant l’eau magique, la petite Aurore se retrouve coincée entre le monde des humains et celui des esprits, en compagnie de l’un d’eux, nommé Vokko. Inspiré par d’anciennes légendes celtiques et amérindiennes, l’auteur signe un conte étrange, dans lequel Aurore doit composer une chanson pour sauver les siens. Pour trouver les paroles de celle-ci, elle s’interroge constamment sur l’essence même de la nature humaine. Visuellement, le dessin est parfait ; le scénario l’est un peu moins. La quête d’Aurore, insuffisamment aboutie, aurait mérité un second tome. Toutefois, les amateurs de contes ne manqueront pas d’être séduits. (IM)

Royal Aubrac, t. 1, Nicolas Sure et Christophe Bec, 2011, Vents d’Ouest, 56 p., 9782749306155*

Christophe Bec nous dévoile un autre pan de ses talents de scénariste avec ce récit intimiste où nous suivons le quotidien de patients atteints de tuberculose dans un centre hospitalier, au début du 20e siècle. Autour de François, un jeune artiste tuberculeux, Bec déploie une kyrielle d’hommes et de femmes combattant la maladie. Le récit est rythmé par de longs dialogues et par une narration en voix hors-champ, omniprésente. Loin d’être dérangeante, cette surabondance de texte renforce le sentiment d’identification aux personnages, qui meublent le temps en attendant une rémission… ou la mort. (RSH)

Ô dingos, ô châteaux !, Jacques Tardi d’après Jean-Patrick Manchette, 2011, Futuropolis, 96 p., 9782754806961*

Décidément, et c’est peu de le dire, Tardi vieillit comme un excellent vin ; à 66 ans, loin de ces auteurs qui radotent et s’avachissent en prenant de l’âge, le grand dessinateur valençois conserve encore toute sa rigueur narrative, de la puissance de son trait à l’efficacité de son découpage. Dans cette adaptation d’un des premiers romans de Manchette, qui avait provoqué toute une commotion en remportant le Grand prix de littérature policière de 1973 en dépit de sa violence, Tardi fascine comme il tient en haleine, grâce à un rythme mené tambour battant jusqu’à la toute fin. Ô néophytes, ô amateurs éclairés, gâtez-vous ! (EB)

Signalons également bon nombre d’éditions intégrales : celle, très attendue, de L’ascension du Haut-Mal de David B. (L’association, 9782844144362*), marquante autobiographie au cœur de l’épilepsie, de l’histoire et de l’imaginaire ; celle de La quête de l’oiseau du temps de Régis Loisel et Serge Le Tendre (Dargaud, 9782205066968*) série fondatrice du genre fantasy en bande dessinée, souvent imitée, jamais égalée ; celle en noir et blanc des deux premiers tomes de Wollodrin, pour les mordus du dessin spectaculaire de Jérôme Lereculey (Delcourt, 9782756028354*) ; celle du drame de guerre choral Quintett d’un Frank Giroux assisté de cinq dessinateurs réalistes de talent (Dupuis, 9782800152646*) ; et enfin, celle de cette délicieuse uchronie qu’est Le pont dans la vase du trop rare Hubert Chevillard et de Sylvain Chomet (Glénat, 9782723485814*), le réalisateur des Triplettes de Belleville et de L’illusionniste. (EB)

Quelques rééditions méritent également d’être mentionnées : la deuxième, encore bonifiée, de Les aventures d’Hergé, jolie biographie réalisée par Stanislas, José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental (Dargaud, 9782205069273*) ; celle de La langouste ne passera pas de Tito Topin et du grand Jean Yanne (Casterman, 9782203045729*), qui nagent en plein psychédélisme avec cette comédie de science-fiction (le tout est précédé d’un dossier relatant les péripéties de ce projet inachevé) ; celle, cartonnée, de l’enthousiasmant Bookhunter de Jason Shiga (Cambourakis, 9782916589800*) ; celle de D’Artagnan : Journal d’un cadet, où Nicolas Juncker réinvestit avec beaucoup de talent l’univers du célèbre personnage (Treize étrange, 9782723484718*) ; et enfin, du tout simplement brillant Tokyo est mon jardin de Frédéric Boilet et Benoît Peeters (Ego comme x, 9782910946814*), pur chef-d’œuvre d’immersion culturelle, de maîtrise scénaristique et de sensualité graphique. (EB)

* * *

Sélection et rédaction de Réjean St-Hilaire, Isabelle Melançon, Hélène Brosseau et Eric Bouchard.

La crème de la littérature jeunesse

ALBUMS

Les 3 mousquetaires, Frédéric Maupomé, ill. de Fabrice Turrier, 2011, Le vengeur masqué, 28 p., 9782360280117*

Adapter une œuvre classique pour en faire un album jeunesse est un exercice périlleux où beaucoup y ont laissé des plumes. Mais pour cet ouvrage, le défi est relevé avec brio et panache. Quoi de plus normal pour des mousquetaires !  L’album relate l’épisode des « Ferrets de la reine » avec la saveur particulière du roman : celle d’un humour bravache. De plus, comme il ne s’agit ici que d’une partie du livre, les futurs lecteurs de Dumas pourront apprécier pleinement le texte original sans en connaître à l’avance la fin. (AP)

Bada boum !, Déborah Underwood, ill. de Renata Liwska, 2011, Albin Michel, 32 p., 9782226220240*

Il y a les « slurp », les « bloup », les « oh » et les « ah »… Tant de bruits qui accompagnent une journée ! De la sonnerie du réveil au « concert des grillons », cet album illustre avec tendresse et gaîté les scènes quotidiennes et donne un écho joyeux aux gestes de tous les jours. Une très belle aventure à travers le bruit, remarquablement mise en images par Renata Liwska. (KC)

Les boutiques d’Angélique, Alice Melvin, 2011, Albin Michel, 28 p., 9782226220356*

Angélique doit aller faire des courses sur la rue principale. Sur sa liste, plusieurs objets singuliers se disputent son attention : une rose jaune, un tuyau d’arrosage, une grappe de raisins, des patins à roulettes, un cacatoès, un mirliton siffleur, un tapis d’Orient, un pichet rayé, une tartelette aux cerises et une sucette en forme de cœur. Réussira-t-elle à trouver son bonheur ? À travers cette joyeuse balade à structure répétitive, Alice Melvin fait découvrir au lecteur les différents commerces sis sur la rue ainsi que ceux qui y travaillent. Son univers visuel envoûtant, aux mille et un détails, ravira l’œil des petits curieux, des rabats se dépliant à chaque nouvelle boutique afin d’en laisser voir l’intérieur. C’est un album à déguster avec vos tout-petits, et qui fascinera à coup sûr !   (MSCC)

Le câlin volé, Nick Bland, 2012, ill. de Freya BlackWood, Scholastic, 32 p., 9781443113700*

Lucie demande à sa maman de lui donner un câlin. Or, la mère de Lucie n’en a plus qu’un en réserve. Lucie lui propose donc de le lui emprunter et de le lui remettre lorsqu’elle n’en aura plus besoin. Le câlin est donné, tout doux et agréable. Et voilà Lucie qui part en « mission câlin » dans la maison, donnant puis récupérant sa précieuse marque d’affection. Mais Annie, sa chienne, ne veut pas lui redonner son câlin. Que faire ? Et que dira Lucie à sa maman si elle ne peut lui rendre son câlin ? Nick Bland signe ici une histoire tendre et candide, qui s’épanouit délicieusement à travers l’univers visuel ébouriffé de Freya BlackWood. L’illustratrice fait en effet naître sous nos yeux une famille totalement attachante, évoluant dans une maison joyeusement bordélique, comme l’est celle de toute bonne famille nombreuse. Un bijou d’album qui ne peut que devenir un classique ! (MSCC)

Visite au zoo, Francesco Pittau et Bernadette Gervais, 2011, Gallimard Jeunesse,  12 p. dépl., 9782070639120*

Bienvenue dans ce zoo de tous les possibles ! La brillante équipe composée de Pittau et Gervais nous offre une visite dans le monde animal hors du commun. En ouvrant ce livre, quatre chemins vous sont proposés : le vert, pour suivre les silhouettes; le rouge, pour découvrir les cris des animaux; le jaune, qui nous guide sur un abécédaire; et le bleu, sur lequel nous trouverons le double de chaque animal présenté. Un documentaire pour les plus petits très original et ludique à souhait ! (KC)

ROMANS, ETC.

Gabriel et Gabriel, Pauline Alphen, 2011, Le livre de poche jeunesse, 121 p., 9782013230018*

Gabriel, onze ans, de père français et de mère brésilienne, va passer ses vacances au Brésil. Il y rencontre Gabriel le Brésilien, un jeune de garçon de son âge. Des liens d’amitié se tissent malgré les différences de couleur, d’opinion et de niveau de vie, mais aussi grâce à elles. Ces vacances resteront gravées à jamais dans la vie des deux garçons. (SD)

Sublutetia, t.1 : La Révolte de Hutan, Éric Senabre, 2011, Didier Jeunesse, 281 p.,  9782278059232*

Nathan et Keren s’attendaient à une sortie scolaire banale. Or, séparés du reste de leur classe, ils sont forcés d’emprunter une rame de métro qui les entraîne bien loin de la surface, dans le ventre de Paris. Sous terre, ils découvrent une société bien particulière, au fonctionnement quelque peu déroutant, qui est menacée d’extinction après des années d’une existence sereine. Qu’adviendra-t-il de cette ville singulière ? Nathan et Keren parviendront-ils à retrouver les leurs à la surface ? Habile mélange d’aventure et de roman d’anticipation, ce périple sous-terrain est tout à fait fascinant, plongeant le lecteur dans un monde qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jules Verne. Comme premier tome de la série « Sublutetia », Éric Senabre ne pouvait faire plus enlevant ! C’est un opus qui se dévore tout cru, et qui remet en question, à sa manière, la pertinence de l’organisation sociale occidentale. (MSCC)

Les mains dans la gravelle, Simon Boulerice, 2012, La Bagnole, coll. « Gazoline », 93 p., 9782923342870*

Fred Gravel est un artiste, et il s’apprête à nous présenter son exposition, qui parle de son enfance. Tout au long de la pièce, l’auteur va et vient entre Fred Gravel l’artiste et Fred-la-terreur, celui qu’il était à dix ans. L’auteur nous catapulte dans l’univers de ce garçon, où les roches deviennent des pierres précieuses, même les pierres au rein de sa mère ! Cette pièce de théâtre possède une poésie particulière qui rend l’histoire de Fred (la-terreur) aussi vivifiante pour les adultes que pour les enfants. (JH)

DOCUMENTAIRES

La grande aventure des animaux, Henning Wiesner, ill. de Günter Mattei , 2011, Petite plume de carotte, 139 p., 9782361540234*

Dans ce documentaire d’une qualité exceptionnelle, l’auteur, vétérinaire et directeur de zoo, est un consultant pour des organisations de protection des animaux. Les illustrations plutôt scientifiques rejoignent les plus curieux. En sept chapitres, vous ferez le tour de la vie animale : de la protection des animaux et de la nature à leur comportement, leur survie et leurs exploits. (SD)

Quand tes grands-parents étaient enfants, Marie Houblon, photos de Magnum photos, 2011, Tourbillon, coll. « Les photos des petits », 125 p., 9782848016740*

Ce livre nous invite à faire un voyage dans le temps. Grâce à de superbes photographies, l’auteur nous montre comment vivaient nos aïeux. On peut voir une soirée dansante, un jeune couple déambulant sur le chemin puis le marché. S’ensuit une série de photographies mises en parallèle : sur la page de gauche, une scène se déroulant aujourd’hui ; sur celle de droite, la même à l’époque des grands-parents du jeune lecteur. Certaines portent à réfléchir… Par exemple, quand on voit sur une page deux enfants jouant chacun de leur côté à des jeux sur console et ordinateur, et sur l’autre, deux autres jouer ensemble. Voilà un ouvrage qui suscitera de nombreuses discussions ! (JH)

Dans le mystère des animaux sauvages : Abécédaire en linogravure, Sébastien G.. Orsini, 2011, Actes sud junior, 58 p., 9782330001605*

Abécédaire, album jeunesse et travail d’artiste, cet ouvrage est tout cela à la fois. Les illustrations sont réalisées à la linogravure, technique de gravure sur linoléum. L’ambiance, le cadrage, les couleurs ainsi que la part d’obscurité de ces illustrations confèrent une présence incroyable aux animaux représentés. Les bêtes sauvages se trouvant dans ces pages sont magnifiques, mystérieuses et envoûtantes ; on se perd dans leurs regards intenses… (AP)

Fabuleuses histoires de graines, Lionel Hignard, 2011, Belin, coll. « Les savoirs juniors », 45 p., 9782701154657*

Anecdotes, usages insoupçonnés, apparences étranges ou magnifiques, records, utilisations bénéfiques ou maléfiques… Finalement, il y a bien des choses incroyables à apprendre sur ces graines ! Par exemple : savez-vous que la plus grosse graine peut atteindre le joli poids de 20 kilos ? La collection documentaire de Belin, nous confirme qu’il n’y a pas de sujet ennuyeux. On peut s’extasier et apprendre sur tout ! (AP)

Je cherche un livre pour un enfant : Le guide des livres pour les 8-16 ans, Tony Di Mascio, 2011, Gallimard Jeunesse, 144 p., 9782070643509*

Au mois d’août 2011, publiant le Guide des livres pour enfants de la naissance à 7 ans, Sophie Van der Linden séduisait son public. Il en sera de même avec ce nouveau volet couvrant les livres pour les enfants de 8 à 16 ans. Tony Di Mascio, bibliothécaire et intervenant engagé du milieu du livre, nous propose une riche sélection de romans, tous genres confondus. (KC)

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Sélection et rédaction d’Aurélie Philippe, Katia Courteau, Marie Soleil Cool-Cotte, Susane Duchesne et Joëlle Hodiesne.

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6 février 2012  par Sonia Simard

Marie-Aude Murail, la magicienne

Née au Havre (France) en 1954 d’un père poète et d’une mère journaliste, Marie-Aude Murail était tout destinée à une carrière littéraire. Elle partage d’ailleurs ce métier avec son frère Lorris et sa sœur Elvire, alias Moka. Plutôt révolutionnaire, elle a soutenu, à la prestigieuse Sorbonne, une thèse sur la littérature jeunesse. Son œuvre compte aujourd’hui plus de soixante-dix titres, dont plusieurs ont été primés. Mentionnons aussi qu’elle reçut, en 2004, le prix de Chevalier de la Légion d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, consacrée à la littérature jeunesse.

Pour ma part, c’est la lecture de Oh Boy !, au début des années 2000, qui marqua ma rencontre avec elle. Cette auteure très prolifique avait alors déjà publié plusieurs titres destinés à la jeunesse et ce, principalement aux éditions Bayard et à l’École des Loisirs. Parmi ceux-ci, on doit noter la série des Emilien, dont le premier tome est Au bonheur des larmes, et celle de Nil Hazard. Traduit en une quinzaine de langues, récompensé autant en France qu’un peu partout en Europe, Oh Boy ! a récemment fait l’objet d’un téléfilm et d’une pièce de théâtre.

La force de ce roman est de traiter de deuil, de maladie et d’homosexualité avec tant de justesse et d’humour que le lecteur passe facilement du rire aux larmes. Ceci sera aussi vrai pour plusieurs autres de ses romans dont Simple, Maité Coiffure et La fille du Docteur Baudoin, pour ne nommer que ceux-ci. Chaque fois, elle arrive comme par magie à faire ressortir la beauté de la grisaille du quotidien. Comme quoi toutes les situations, aussi dramatiques qu’elles soient, trouvent toujours, dans ses textes, une solution, une sorte de happy end qui nous réjouit. À ce sujet, elle considère elle-même qu’« une œuvre pour la jeunesse n’a aucune raison de se terminer mal ».

Hormis ses romans à caractère réaliste et bien ancrés dans le présent, elle a aussi publié quelques romans fantastiques dont Amour, vampire et loup-garou et la série Golem, qui nous plonge cette fois dans l’univers virtuel des jeux vidéo.

Elle est aussi l’auteure d’un certain nombre d’ouvrages à caractère historique, dont le merveilleux Miss Charity, où elle nous raconte de manière romancée la vie de la célèbre illustratrice et auteure jeunesse Béatrix Potter, créatrice de Pierre lapin.

Ceci n’est qu’un bref survol d’une œuvre magnifique que je vous invite à découvrir.

Bonne lecture !

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Oh, boy !, Marie-Aude Murail, 2000, L’école des loisirs, coll. « Médium », 207 p., 9782211056427
Au bonheur des larmes, Marie-Aude Murail, 2006, L’école des loisirs, coll. « Neuf », 117 p., 9782211082693
Nils Hazard, chasseur d’énigmes, t.1 : Dinky rouge sang, Marie-Aude Murail, 2011, L’école des loisirs, coll. « Médium », 192 p., 9782211201803
Simple, Marie-Aude Murail, 2004, L’école des loisirs, coll. « Médium », 9782211074698
Maïté Coiffure, Marie-Aude Murail, 2004, L’école des loisirs, coll. « Médium », 177 p., 9782211071796
La fille du docteur Baudoin, Marie-Aude Murail, 2006, L’école des loisirs, coll. « Médium », 260 p., 9782211084314
Amour, vampire et loup-garou, Marie-Aude Murail, 1998, L’école des loisirs, coll. « Médium », 182 p., 9782211048385
Golem, Elvire, Lorris & Marie-Aude Murail, 2010, Pocket Jeunesse, 612 p., 9782266200493
Miss Charity, Marie-Aude Murail, ill. de Philippe Dumas, 2009, L’école des loisirs, 562 p., 9782211089258

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1 février 2012  par Le délivré

Questionnaire d’auteur : Jacques Pasquet

Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invité littérature jeunesse pour février : Jacques Pasquet.

Comment êtes-vous devenu lecteur ?

Parce qu’un jour, un de mes professeurs nous a fait partager de façon vraie et personnelle, loin de toute visée didactique, sa passion pour Albert Camus en nous lisant L’étranger. C’est en l’écoutant lire et nous faire part de ses réactions et émotions que j’ai découvert la richesse de ce que pouvait être la lecture.

Enfant, que lisiez-vous ?

Je lisais peu. Et lorsque je lisais, c’était des bandes dessinées de type comics. Des histoires de cow-boys et d’indiens, les aventures de Buck Danny ou de Michel Vaillant et, surtout, celles des Pieds Nickelés, peut-être parce qu’ils n’étaient pas les personnages les plus sages que l’on puisse imaginer. J’aimais aussi lire régulièrement mes revues Spirou et Mickey.

Quel genre de lecteur êtes-vous ?

Cyclique, curieux. J’aime pratiquer la lecture buissonnière et butiner hors de mes habitudes de lecture pour y faire des découvertes.

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

Rassurante

Comment êtes-vous devenu auteur ?

Rien ne me destinait à écrire et à publier. Je n’ai jamais rêvé, enfant et même adulte, de devenir écrivain. Disons que c’est le hasard d’une part et, probablement, le fait d’avoir côtoyé les auteurs jeunesse pendant plusieurs années en tant qu’animateur faisant découvrir et connaître leurs œuvres aux jeunes Québécois.

Pourquoi êtes-vous devenu auteur ?

La réception de mes deux premiers albums a été un encouragement à poursuivre. J’y ai ensuite pris un plaisir évident. En écrivant, j’ai découvert une partie de moi-même que j’ignorais.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Un moyen de pouvoir exprimer ce que je perçois du monde dans lequel je vis, de donner une couleur particulière à ma pensée. C’est, pour moi, une raison d’être qui me réconforte et me stimule.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

À l’origine, non. Mais, ces dernières années, j’ai réalisé que ce qui traversait mes textes était souvent une façon de présenter aux enfants certaines réalités du monde dans lequel ils grandissent et dont ils seront un jour des citoyens. Mais ce qui demeure fondamental dans cette démarche, c’est de ne jamais m’éloigner de l’enfance, et c’est là que le pouvoir de l’imaginaire prend toute sa place dans mon travail.

Quelles sont vos principales influences ?

Roald Dahl, Gianni Rodari, Erich Kästner et Jacques Prévert

Quel écrivain appréciez-vous pour sa démarche créatrice ?

Le Clézio

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Affectueux, ému et bienveillant.

Quelle importance donnez-vous à l’aspect matériel de vos livres ?

Une grande importance, particulièrement dans le cas des albums. Je suis un amoureux de l’illustration. Mais au-delà de cet intérêt personnel pour l’image, il y a chez moi la passion des beaux livres. Un album doit être le fruit d’un travail collectif dans lequel le texte, l’illustration, le graphisme et la mise en page doivent se combiner et s’harmoniser pour offrir au lecteur un bel objet à voir, à lire et à garder.

Quel livre pour la jeunesse offririez-vous à un adulte ?

Difficile à dire. Il y a tant de superbes livres. Mais si j’avais à le faire, j’essaierai d’abord de cerner ce que cet adulte pense de la littérature de jeunesse et je lui offrirai alors le livre qui pourrait le plus le déstabiliser par rapport à sa perception. Pourquoi ? Pour aller plus loin.

Qu’est-ce qui vous anime dans le fait d’écrire pour le jeune public ?

Le sentiment que je fais peut-être œuvre utile de ma vie.

Selon vous, pourquoi avons-nous besoin des livres pour enfants ?

Pour cultiver le rêve et enraciner l’imaginaire comme l’un des petits bonheurs de l’existence, quel que soit notre âge.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?

Le Lapin d’Alice au pays des merveilles. « Arrête de courir comme ça, tu vas finir par te rendre malade ! »

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

Moi-même, bien souvent.

Outre la littérature jeunesse, quelle forme d’expression vous intéresse ?

La parole conteuse

Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?

« Si ce que tu as à dire n’est pas aussi beau que le silence, alors tais-toi.  » Hélas, je n’y arrive jamais !

* * *

Bibliographie sélective

L’étoile de Sarajevo, Jacques Pasquet, 2008, Dominique et compagnie, 36 p., 9782895125723.*
Mots doux pour endormir la nuit, Jacques Pasquet, 2011, Planète rebelle, 33 p., 9782923735252.*
Mon île blessée, Jacques Pasquet, 2009, de l’Isatis, 36 p., 9782923234540.*
Contes absurdes pour délier la langue, Jacques Pasquet, 2009, Planète rebelle, 42 p., 9782922528923.*
Coucou bébé, Jacques Pasquet, 2011, de l’Isatis, 24 p.,  9782923234786.*

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25 janvier 2012  par Joëlle Hodiesne

Les petits cuistots

Avec les grands froids, il est bien normal d’être un peu plus casanier. Les enfants ne font pas exception, même si l’hiver est synonyme de patinage, batailles de balles de neige, ou de forts dignes de La guerre des tuques. Pourquoi ne pas profiter de ces journées pour allumer le fourneau et initier nos enfants au plaisir de cuisiner ? De nombreux livres, spécialement conçus pour les jeunes, nous offrent l’occasion de passer un bon moment à mesurer, touiller, et bien sûr goûter de fabuleuses recettes !

C’est moi qui l’ai fait !

À ces âges magiques où le quotidien est une mine de découvertes et d’apprentissages, cuisiner tient à la fois du bricolage et de l’exploration. Qu’il s’agisse de textures, d’odeurs, de goûts, les enfants entrent directement en contact avec les aliments, fascinés par la transformation opérée par les manipulations culinaires. Comment ces trucs gluants que sont les œufs, l’huile visqueuse, la farine poudreuse et le chocolat deviennent-ils un succulent gâteau ? En plus de participer fièrement au repas (attendez-vous à un « c’est moi qui l’ai fait ! » retentissant), vous implanterez les premières bases d’une future autonomie.

Avec La cuisine des héros, vous avez droit à un deux pour un. D’abord une courte histoire mettant en vedette un personnage de conte, dont le scénario est le prétexte pour présenter un dessert ou une collation. Puis, la recette, facile à réaliser. Les pages plastifiées, à l’épreuve des doigts pleins de pâte à biscuits, résisteront à bien des après-midi dans la cuisine ! Essayez la pomme de Guillaume Tell : c’est fabuleux ! Surtout si vous changez la cassonade pour du sucre d’érable !

Je cuisine avec Romi offre quant à lui un bel éventail de recettes simples, de l’entrée au dessert. Au début de l’ouvrage, vous avez quelques conseils pour rendre ce moment des plus plaisants. Par exemple, leur premier conseil, bon autant pour les enfants que les adultes, est de ne pas chercher la perfection. Pour plusieurs recettes, des variantes sont proposées, de mêmes que des petits trucs culinaires.

Annabel Karmel nous présente 10 aliments de base dans son livre Cuisinons ensemble !. Ainsi, les enfants se familiarisent avec les tomates, le maïs, les pommes de terre, le riz, les bananes, les fraises, les pommes, le miel, le chocolat et le yogourt, sans compter la petite présentation d’herbes et d’épices en début d’ouvrage. L’auteure nous fait une présentation de chaque aliment, expliquant son origine, de quelle façon il est cultivé, préparé, depuis quand il est ancré dans nos habitudes alimentaires, etc. On nous propose ensuite deux recettes où ledit ingrédient est à l’honneur.

De l’apprenti-cuistot à chef cuisinier

Le temps file, et déjà votre enfant entre dans l’adolescence. Il ne reste que bien peu de temps avant qu’il ne vole de ses propres ailes ! L’une des façons de bien le préparer au grand saut dans la vie adulte est de lui inculquer une autonomie culinaire. Plus tard, lorsqu’il emménagera dans son tout premier appartement, il ne pourra qu’être heureux d’être à même de se cuisiner de bons petits plats ! Évitons-lui les plats congelés et le Kraft Dinner : manger est un si grand plaisir !

Pour les débutants, Amuse-toi en cuisinant est un excellent point de départ. Commençant par quelques notions nutritionnelles, cet ouvrage se divise ensuite en cinq parties : déjeuners, repas légers, repas principaux, desserts, et finalement cuisine au four. Au début de chacun de ces chapitres, quelques basiques nous sont présentés. Les recettes sont clairement expliquées, les étapes étant accompagnées de photos, afin de rendre la chose plus limpide. Quelques encadrés nutritionnels sont insérés tout au long du livre, apportant un petit plus intéressant pour l’éducation alimentaire.

Ici, on s’adresse aux aspirants chefs, bien que les recettes soient faciles à réaliser. Sam Stern, adolescent britannique ayant pour modèle Jamie Oliver, propose aux jeunes des plats savoureux, parfois recherchés, mais toujours à la portée des ados. Dans Vite prêt trop bon, il offre aux ados un éventail de recettes rapides, classifiées par durée de réalisation, soit cinq, dix, quinze, vingt, et trente minutes. S’adressant tout de même à ceux qui savent déjà faire cuire des pâtes, il s’adresse à son lectorat de façon conviviale. Peut-être votre ado vous surprendra-t-il avec un magret de canard, qui sait ?

* * *

Pour terminer, je ne pouvais pas faire cet article sans parler de Chocolat, qui fait saliver les amoureux du cacao. Chaque recette est accompagnée d’une photo donnant l’eau à la bouche.  Les explications sont claires, faciles à suivre. Et si vous avez plus d’un enfant, attendez-vous à ce qu’ils se chamaillent pour savoir qui aura droit de « nettoyer » bols et ustensiles !

Finalement, je ne peux que vous souhaiter bien du plaisir, et bon appétit !

 

La cuisine des héros, Lenia Major, ill. d’Amandine Wanert, Mic-Mac, 2011, 46 p., 9782362211461,
Cuisinons ensemble, Annabel Karmel, 2009,  Erpi, 48 p., 9782761331180.
Je cuisine avec Romi, Romi Caron, 2008,  Enfants Québec, 50 p., 9782923347684.
Amuse-toi en cuisinant!, Nicolas Graimes, ill. d’Howard Shooter, 2008, Erpi, 128 p., 9782761326025.
Vite prêt, trop bon, Sam Stern, ill. de Lorne Campbell, 2007, Gallimard, 128 p., 9782070614561.
Chocolat, Rosamée d’Andlau, ill de Marc Schwartz et Catherine Meurisse, 2007, Bayard, 56p., 9782747021036.

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18 janvier 2012  par Anne-Pascale Lizotte

Il était une fois Soulières éditeur

Robert Soulières vit entouré de livres dans une jolie maison qui a tout d’un petit musée. Il nous a ouvert les portes de sa demeure par une belle matinée d’automne. Nous avons eu droit à une visite guidée des lieux, qui accueillent aussi les bureaux de l’éditeur. Que d’émerveillement nous attendait ! Chaque pas devenait découverte, initiant une émotion à peine contenue devant tant de trouvailles ! Nous pénétrions dans une véritable caverne d’Ali Baba ! Les murs étaient tapissés d’œuvres originales d’illustrateurs qui ont un jour ou l’autre uni leur talent à celui d’un auteur publié chez Soulières éditeur. Peintures, esquisses, dessins, bibelots, sculptures se côtoyaient joyeusement dans un festival de couleurs, de styles et de matériaux de tout acabit. C’est toute l’histoire de Soulières éditeur qui se déployaient devant nous. Une riche histoire de complicité et de rencontre entre auteurs et illustrateurs.

Dans le petit monde de l’édition au Québec, peu de noms évoquent autant l’univers de la littérature jeunesse que celui de Robert Soulières. L’aventure ce cette maison, nous dit-on, débuta un certain 16 août 1996, vers 10h38 du matin. (Pour ceux qui connaissent un peu le personnage, vous ne serez pas surpris de retrouver dans cette date de naissance tout l’humour de l’homme !) Il ne s’agissait pas des premiers pas de monsieur Soulières dans l’édition. En effet, avant de fonder sa propre maison d’édition, Soulières fut directeur des éditions, puis vice-président des éditions Pierre Tisseyre, autre nom qui a marqué le monde du livre au Québec.

Dès sa création, Soulières éditeur se donne une ligne éditoriale claire : publier des œuvres de fiction qui donneront le goût de la lecture aux jeunes, pour le reste de leur vie. Pari tenu, alors que la maison souffle ses 15 bougies .

Robert Soulières est un amoureux de la langue, des mots, des calembours et autres jeux de langage. L’éditeur ne cesse de nous surprendre, de nous faire sourire avec des campagnes de promotion particulièrement inventives et originales. Un atout certain dans le succès de cette maison d’édition, qui a choisi de publier des textes de fiction dans trois collections : « Ma petite vache a mal aux pattes » pour les premiers lecteurs, « Chat de gouttière », qui s’adresse aux jeunes de 9 ans et plus, et « Graffiti », qui se destine aux lecteurs de 11 ans et plus. Acteur majeur de l’édition jeunesse au Québec, Robert Soulières est également écrivain. Ses ouvrages pour la jeunesse ont d’ailleurs été maintes fois récompensés.

Afin de souligner le 15e anniversaire de Soulières éditeur, nous vous présentons une partie de la collection d’œuvres de l’éditeur. Du 19 janvier au 5 février 2012, vous pourrez admirer une quarantaine d’œuvres de grands noms de l’illustration, une manière originale de plonger dans l’univers de cet éditeur passionné ! Nous vous invitons aussi au vernissage, qui aura lieu le 19 janvier à 18 h à l’aire libre.

Bonne exposition !

Illustrations de Geneviève Côté (tirée de La chambre vide, de Gilles Tibo) et de Carl Pelletier (« Lire, j’aime chat ! »)



© 2007 Librairie Monet