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Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘◦ Rencontres’


21 novembre 2011  par Morgane Marvier

Merci, David Vann !

Je ne suis pas une lectrice-fan ; l’auteur est bien sûr important, mais, pour moi, c’est le texte qui prime. Vous me verrez rarement, même en ces temps de salon du livre, faire la file pendant des heures pour une signature. Mais bon, quand la personne en question ressemble à l’Américain David Vann, je peux quand même glisser légèrement vers l’attitude « groupie ». L’auteur de Sukkwan Island et de Désolations nous a fait l’honneur d’être à la Librairie Monet le mardi 1er novembre, alors qu’il passait quelques jours au Québec. On m’a proposé d’animer la soirée, et j’ai très bêtement accepté sans penser à la tonne de stress que cela allait engendrer. Car très vite ont jailli les interrogations : Comment est-ce qu’on parle à quelqu’un qui a eu le Médicis ? Qu’est-ce que qu’on lui demande ? Et si mes questions lui paraissent stupides ? Et s’il répond en trente secondes et me laisse dans un silence infini et très gênant ? Cela a donné des heures d’insomnie (peut-être pas tant que ça, mais un peu quand même) à gamberger sur cette entrevue.

J’aurais mieux fait de passer ces heures-là à dormir du sommeil du juste, car recevoir David Vann, c’est comme accueillir un vieil ami de la famille.

Sympathique, généreux, bavard, drôle : les adjectifs positifs ne manquent pas pour le décrire. La salle n’était pas très pleine (pas assez à mon goût), mais ceux qui étaient venus s’intéressaient à l’auteur et avaient lu ses romans. Il a su très vite mettre tout le monde à l’aise, y compris moi, ce qui n’était pas gagné !

Il nous a parlé de son apprentissage de l’écriture (même s’il a toujours écrit), qui s’est fait petit à petit, de dix-neuf à vingt-neuf ans, avec un recueil de nouvelles dans lequel on retrouve Sukkwan Island. Il a travaillé sur ces textes parce qu’il éprouvait le besoin de s’exprimer sur le suicide de son père, qui a eu lieu quand Vann  n’avait que treize ans. Une manière de dédramatiser la chose, peut-être… En même temps, pour lui, la fiction n’est pas seulement un exutoire ou un message ; Vann a aussi une très forte volonté esthétique. À l’image de Gary, son personnage, il s’intéresse aux langues anciennes, au latin et au vieil anglais. Ses phrases très travaillées reprennent des rythmes poétiques aux sonorités qui se répondent.

Professeur en création littéraire, il explique à ses étudiants que les règles qu’il a lui-même apprises ne lui ont servi à rien – par exemple, l’idée que la correction est importante ; dans son cas, il n’y en a presque pas, le texte publié est souvent à peu de choses près celui qu’il a écrit initialement. Son but est de faire d’eux des lecteurs avant tout ; le reste suivra de lui-même. Lorsque je le questionne sur ses auteurs favoris, il cite Annie Proulx, Cormac McCarthy, Elizabeth Bishop, Gabriel Garcia Marquez.

Alors que ses livres sont empreints de noirceur et de gravité, l’homme est plein d’humour et a provoqué des rires dans la salle à plusieurs reprises. Il arrive même à faire sourire sur des sujets plus que sérieux, comme les nombreuses morts violentes dans sa famille (cinq suicides et un meurtre). Comment, demande-t-il, pourrait-il écrire des comédies avec un tel bagage ? Mais au récit de sa vie, on comprend mieux ses textes et sa profonde connaissance de l’âme humaine.

Il y a le rapport à la nature aussi, primordial dans ses deux livres. Contrairement aux romantiques et à l’idéologie américaine que l’homme est grandi par sa rencontre des  grands espaces, pour lui, la nature ne sauve pas l’homme ni ne fait ressortir ce qu’il a de meilleur en lui. Au contraire, plus son personnage est troublé, plus il aura un lien conflictuel avec cet environnement hostile qui l’entoure et qui n’est au fond qu’un miroir grossissant. Il n’est pas donné à tout le monde de vivre en Alaska, et, après avoir écouté David Vann en parler, on se dit qu’un séjour là-bas n’est peut-être pas indispensable ! Pourtant, lui-même admet sa dualité : il écrit sur la difficulté des contrées sauvages et il passe une partie de sa vie à se confronter à ces éléments, que ce soit dans des randonnées ou sur son voilier (il a déjà fait naufrage avec un bateau qu’il avait lui-même construit !) Il a d’ailleurs choisi de vivre en Nouvelle-Zélande, justement pour sa nature et le fait qu’il y avait peu d’habitants.

Ce qui marque aussi, au-delà de ses connaissances littéraires et de son humour, c’est sa grande humilité. David Vann sait la chance qu’il a eue de voir ses titres publiés. Il parle avec beaucoup de reconnaissance de ses différents éditeurs, et en particulier son éditeur français, Oliver Gallmeister, qui, neuf mois avant tous les autres éditeurs étrangers, a compris qu’il avait un excellent livre entre les mains, l’a fait traduire et l’a défendu auprès des médias. Il remercie aussi les libraires d’avoir conseillé ses romans à leurs clients, de leur « donner une vie ».

Son discours se fait plus politique lorsqu’il en vient aux Américains et à leur conviction profonde qu’ils font le bien dans le monde, ce qui est selon lui un mensonge éhonté dont ils se sont persuadés. L’homme a des valeurs et il les défend. D’ailleurs, son dernier livre en anglais est le récit d’une fusillade qui a réellement eu lieu dans une école aux États-Unis ; cela lui permet de parler de l’amour irraisonné pour les armes de ses compatriotes.

À la fin de la rencontre, le public avait des questions et il y a répondu de façon complète, comme pendant l’entrevue.

En tant que lectrice, mais aussi dans le rôle de l’animatrice, il s’agit d’une expérience que je ne suis pas prête d’oublier ; David Vann vous donne à chaque instant l’impression que ce n’est pas lui qui vous fait une faveur en répondant aux questions, mais vous qui êtes trop aimable de les lui poser.

Comme première entrevue, je ne pouvais difficilement rêver mieux. Merci, David Vann, pour votre générosité. Et j’attends avec impatience la sortie de Dirt, votre prochain roman, en 2012 en anglais et en 2013 en français, toujours chez Gallmeister, bien sûr.

* * *

Pour ceux qui voudraient un compte-rendu plus complet, il y en a un très bon sur Polar, noir et blanc. Autrement, l’auteure de Sous un pissenlit, elle aussi présente lors de la rencontre, en a extrait l’essence, la phrase qui l’a le plus marquée. Enfin, si vous avez envie d’entendre l’auteur lui-même, et moi pour les questions, vous pouvez, sur Airelibre.tv, visionner quelques minutes de l’entrevue ou l’écouter dans son intégralité en format audio.

Pour commander Sukkwan Island (éd. poche), Gallmeister, coll. « Totem », 199 p., 9782351785126.
Pour commander Sukkwan Island, Gallmeister, coll. « Nature writing », 191 p., 9782351780305.
Pour commander Désolations, Gallmeister, coll. « Nature writing », 296 p., 9782351785126.


14 novembre 2011  par Sébastien Veilleux

Le roman québécois au cinéma (2 de 2)

Pour le deuxième volet de notre article sur les adaptations cinématographiques, nous allons aborder les genres. Patrick Sénécal, chef de file du roman d’épouvante au Québec et dont plusieurs œuvres ont été adaptés au cinéma, a accepté de répondre à nos questions.

Les genres n’ont jamais été très exploités au Québec, ni en littérature ni au cinéma. Pourtant, dès 1947, une série de fascicules (pulp fiction) relatant les aventures de l’agent secret IXE-13 font fureur partout dans la province, et cela jusqu’en 1966. Pierre Saurel, l’auteur, publiera d’ailleurs d’autres séries policières à succès, mais l’émergence du roman traditionnel mettra fin à ce type de publications. Jacques Godbout rendra d’ailleurs hommage au personnage créé par Pierre Saurel. Son film IXE-13, sorti en 1971, ne passera toutefois pas à l’histoire…

En 1987, l’auteure Chrystine Brouillet s’attaque sérieusement au genre policier. Elle obtiendra d’ailleurs un beau succès avec les enquêtes de son inspectrice Maud Graham. En 2002, Jean Beaudin réalise Le collectionneur, avec Maude Guérin dans le rôle de l’inspectrice. Néanmoins, l’exercice demeure timide au Québec, tant en littérature qu’au cinéma.

Il faudra attendre 1996 pour qu’une maison d’édition se spécialise dans la littérature de genre destinée aux adultes. En effet, les éditions Alire demeurent, encore à ce jour, la plus grande pépinière d’auteurs de romans policiers, de fantasy, de science-fiction et d’épouvante au Québec. Des auteurs comme Jean-Jacques Pelletier, Jacques Coté et bien sûr Patrick Sénécal publient régulièrement pour cette maison d’édition basée dans la région de Québec.

D’autres éditeurs ont emboîté le pas et l’on peut voir, depuis quelques années, un certain développement de la littérature de genre au Québec. Le même phénomène se produit au cinéma, entre autres grâce aux adaptations cinématographiques des romans de Patrick Sénécal.

En plus d’écrire des romans, Patrick Sénécal est aussi scénariste. Il a lui-même adapté ses romans pour le cinéma. Voyons ce qu’il avait à dire sur le sujet.

* * *

Quelle est la plus grande difficulté lorsqu’on transpose l’épouvante du roman à l’écran ?

L’horreur, lorsqu’elle est transposée graphiquement, peut facilement sombrer dans le grotesque. Il faut donc doser. Ce qui était terrifiant dans un livre peut devenir ridicule à l’image si cela est mal contrôlé. Il faut donc parfois changer, trouver une image aussi forte que les mots du livre, même si le contenu est différent. Une tête coupée dans un livre peut devenir risible au cinéma.

Vos romans me semblent plus ambigus, plus tordus, que leur adaptations cinématographiques. Est-ce un choix personnel ou une exigence liée au cinéma ?

Je pense que c’est une impression et non pas une réalité. C’est la force de l’imaginaire du lecteur qui créée cette impression. Quand on lit un livre, on peut imaginer la scène aussi horrible que notre imagination le permet. Quand on regarde un film, on est soumis à une image qui existe déjà, il y a moins de place pour l’imagination du spectateur. Mes livres sont aussi tordus que l’imagination du lecteur :-) D’ailleurs, ceux qui n’ont pas lu mes romans trouvent les films drôlement tordus. Le problème quand on regarde un film adapté d’un livre, c’est qu’on veut retrouver les mêmes impressions qu’on a eues à la lecture. C’est impossible. Il faut prendre le film tel qu’il est, sans penser au livre. Mais ça, c’est plus facile à dire qu’à faire.

L’écriture de scénarios modifie-t-elle votre imaginaire d’écrivain ?

Je ne sais pas. Inconsciemment, peut-être. J’avais déjà un imaginaire très cinématographique avant d’écrire des scénarii, c’est peut-être pour cette raison qu’on a adapté mes romans. Peut-être que l’écriture du scénario me rend moins bavard dans mes romans. Je dis bien : peut-être. En tout cas, quand j’écris un roman, je ne pense jamais qu’il pourrait devenir un film, sinon je me mettrais des barrières. On est tellement plus libre quand on écrit un roman qu’un film…

En tant que scénariste, avez-vous recours à l’autocensure lorsque vous adaptez vos romans ?

Non, pas vraiment. S’il y a censure, elle ne viendra pas de moi :-) Franchement, on n’a pas eu ce genre de problème pour les trois films. C’est vrai que la sexualité de Michelle, dans 5150, rue des Ormes, est très explicite dans le roman et inexistante dans le film. Mais ce n’était pas pour des raisons de censure. C’est juste que ça venait alourdir le film et on a préféré ne pas la mettre. Mais quand j’écris un scénario, je ne me suis jamais dit encore : « Ah ! On est au cinéma, je ne peux pas mettre ça… »

Le cinéma de genre peine à prendre son envol au Québec ; pourquoi, selon vous ?

Pour deux raisons, selon moi : écrire une bonne histoire de genre, c’est difficile, alors qu’en écrire une mauvaise, c’est si facile. C’est donc normal qu’il y ait plus de mauvais films de genre que de bons, et pas juste au Québec. Ensuite, au Québec, nous sommes encore frileux avec ce genre d’histoires, en tout cas les institutions le sont. On veut encore trop faire du cinéma rassembleur et consensuel, et dans le cinéma de genre, le consensus, ça ne se peut pas. Mais je crois que ça va changer tranquillement. Je crois que Les sept jours du talion a créé une sorte de précédent. Les institutions ne voulaient pas financer ce film et l’ont fait quand même. Et ainsi, on leur a montré qu’on pouvait faire du cinéma très violent, très noir, et le faire intelligemment, avec un regard d’auteur. Donc, on a ouvert une nouvelle porte.

Merci, Patrick Sénécal !

* * *

Pour commander Le collectionneur, Chrystine Brouillet, La courte échelle, 204 p., 9782890218543.
Pour commander 5150, rue des Ormes, Patrick Sénécal, Alire, 374 p., 9782896150441.
Pour commander Les sept jours du talion, Patrick Sénécal, Alire, 333 p., 9782896150472.


7 novembre 2011  par Le délivré

Questionnaire d’auteur : Charlotte Gingras

Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invitée littérature jeunesse pour novembre : Charlotte Gingras.

Comment êtes-vous devenu lectrice ?

En ce temps-là, il n’y avait pas de télé, pas de jeux vidéo, juste la radio et beaucoup de temps vide. C’est dans ce temps vide qu’est apparue la lecture et sa magie.

Enfant, que lisiez-vous ?

La Comtesse de Ségur, bien sûr ! J’ai reçu à Noël Les petites filles modèles, Le général Dourakine…  J’ai relu ces histoires des dizaines de fois, il y avait si peu de livres pour les enfants ! Plus tard, au début de l’adolescence, j’ai découvert les aventures de Bob Morane et surtout celles de cette chère Sylvie, hôtesse de l’air, et de son bel amoureux le pilote Philippe Gambier. Presque en même temps, j’ai trouvé dans la bibliothèque familiale Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy. Je l’ai dévoré. J’ai encore mon exemplaire.

Ophélie a reçu le Prix Alvine-Bélisle et le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal en 2009

Quel genre de lectrice êtes-vous ?

Erratique. Boulimique. Paresseuse. Infidèle. Des romans, des romans, des romans. Je bouquine, je choisis parfois au hasard, je ne finis pas tous les livres, et quand je découvre un auteur qui m’allume, j’essaie de lire toute son œuvre. Ensuite je l’oublie et passe à quelqu’un d’autre. Sauf…

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

bigarrée

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

J’achève le dernier roman de Jacques Poulin, L’homme de la Saskatchewan. Ses livres ne contiennent pas beaucoup de pages et si on ne fait pas attention, on les traverse trop rapidement. Alors, au lit, avant de dormir, je ne lis qu’un chapitre en mangeant trois Petit Lu. Ça fait des miettes sur les draps. Des fois, je lis deux chapitres.

Comment vous exprimeriez-vous si vous n’étiez pas auteur ?

Au bord du grand fleuve, je ferais des installations éphémères avec des pierres, du bois de marée, des algues, des coquillages ou des objets trouvés. Je les laisserais partir avec la marée. Juste avant, je ferais une photographie que je garderais précieusement.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Une aventure dont je ne connais pas la destination. Prête pas prête, j’y vais.

Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?

Quand j’écrivais Guerres, mon dernier roman, le silence m’accompagnait. Sur ma table de travail, j’avais, comme toujours, un crayon-feutre noir indélébile, à pointe très fine. J’avais aussi, à ma gauche, l’album Chien Bleu, écrit et illustré par Nadja.

Avez-vous un lieu privilégié pour écrire ?

Ma cabane sur le bord du fleuve.

De quelle manière jouez-vous avec la langue à travers votre écriture ?

Je cherche la petite musique des mots. Des fois, elle est au rendez-vous. Parfois non. J’attends.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

Quelques thèmes m’habitent. La fragile construction de l’identité, la quête de l’autre, la solitude…

Quelle serait la première phrase d’un roman à écrire ?

Je marche.

Quelle serait la dernière phrase d’un roman à écrire ?

Je marche toujours.

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Un regard de tendresse.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

J’aime tous mes enfants.

Quelle importance donnez-vous à l’aspect matériel de vos livres ?

Lorsque je reçois la boîte de carton contenant mes exemplaires d’auteur, je prends le livre du dessus dans mes mains. Je le flatte. Je respire son parfum d’encre. Je suis étonnée et ravie d’y voir mon nom. Je le lis d’une couverture à l’autre en me demandant : « J’ai écrit ça ? Moi ? C’est bien moi ? »

Avez-vous un votre projet d’écriture en cours ?

J’attends la petite musique. Elle tarde à venir. Si par hasard vous la croisez, dites-lui qu’elle me manque… Mais, pour dire la vérité, je ne suis pas prête et j’hésite à sauter dans le vide.

Quel livre offririez-vous à un enfant ?

Ça dépend de l’enfant. Alors, pour ne pas me tromper, je lui offrirais la Grande Bibliothèque.

Quel livre pour la jeunesse offririez-vous à un adulte ?

Un livre qui dit : « Je suis là pour te protéger »

Qu’est-ce qui vous anime dans le fait d’écrire pour le jeune public ?

J’aime écrire des romans d’apprentissage, des romans qui parlent de quête de soi, ou qui reposent des questions non résolues.

Que dites-vous à un enfant qui désire être écrivain ?

Travaille fort. Apprends la grammaire, même si cela t’ennuie. Lis beaucoup, beaucoup, Voyage, écoute les histoires des autres. Sois fier de ta langue.

Selon vous, pourquoi avons-nous besoin des livres pour enfants ?

Parce que les enfants sont souvent seuls. Le livre est un ami. Et parfois un guide.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?

Tous les héros de mes romans, je les serrerais contre mon cœur et je leur dirais combien je suis fière d’eux. Combien je les trouve courageux.

Si vous étiez un personnage du conte Le petit chaperon rouge, seriez-vous la fillette, la grand-mère, le loup ou le chasseur ?

Le chasseur. Pour sauver l’enfant.

Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

Les chats, les chiens, les tout-petits.

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

Faire le ménage.

Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?

Comment boucler mes fins de mois.

Outre la littérature, quelle forme d’expression vous intéresse ?

La photographie.

Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?

Une philosophe, Hannah Arendt, a dit, en parlant des jeunes : « Si nous ne leur transmettons pas le monde, ils le détruiront. »

* * *

Bibliographie sélective

Pour commander Ophélie, Charlotte Gingras, ill. de Daniel Sylvestre, 264 p., 9782890219571.
Pour commander Guerres, Charlotte Gingras, La courte échelle, 160 p., 9782896518142.
Pour commander La boîte à bonheur, Charlotte Gingras, ill. de Stéphane Jorisch, La courte échelle, coll. « Mon roman – Intimiste », 62 p., 9782890216686.
Pour commander La disparition, Charlotte Gingras, La courte échelle, coll. « Ado+ », 159 p., 9782890218536.
Pour commander La fille de la forêt, Charlotte Gingras, La courte échelle, coll. « Ado », 9782890218246.
Pour commander Entre chien et loup, Charlotte Gingras, photogr. de Robert Desrosiers, La courte échelle, 32 p., 9782890217430.


3 octobre 2011  par Le délivré

Questionnaire d’auteur : Louis Rémillard

Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invité bande dessinée pour octobre : Louis Rémillard.

Enfant, que lisiez-vous ?

Des bandes dessinées, bien sûr ! Les classiques européens : Tintin, Astérix, Les Schtroumpfs, etc. Les super héros américains également. Plus tard, j’ai dérivé vers la bd underground.

Comment êtes-vous devenu auteur ?

C’est en feuilletant une bande dessinée, dans la salle d’attente d’un dentiste, que la révélation m’est apparue. Je me suis dit que si on publiait des trucs aussi médiocres, je pouvais sûrement faire mieux. Depuis, c’est ce que j’essaie de faire.

Extrait de Voyage en zone d'exploitation

Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas auteur ?

Par l’image, c’est mon créneau de prédilection.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

L’art d’être vivant.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

Partout. Ma base opérationnelle est chez moi dans l’espace consacré au travail où se combine la table à dessin et le matériel informatique. Mais j’ai l’habitude de trimbaler mon carnet à dessin presque partout où je vais. Je profite de la caractéristique matérielle minimale que requiert ce médium pour dessiner n’importe où, n’importe quand.

Extrait de Down on the Petawawa

Quelle est l’importance de la documentation dans vos images ?

Essentielle. C’est plus facile de rendre l’illusion du réel par le dessin quand on connaît visuellement ce qu’on veut illustrer. Par la suite, on peut interpréter au gré de sa fantaisie.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

J’ai fait beaucoup de bd inspirée de personnages réels aux particularités qui dépassent bien souvent la fiction. Par cette thématique, j’illustre nos petits travers avec un regard ironique sur la condition humaine. Plus récemment, le road story est le genre de récit que je privilégie.

Quelles sont vos principales influences ?

La vie.

Dessin d'expédition de l'auteur.

Comment est né votre premier livre ?

Par l’intérêt d’un éditeur à le publier. Cet album est une compilation des aventures de Rock et Rolland, scénarisé par mon cousin Denis Rémillard. Ces épisodes avaient étés prépubliés dans le défunt fanzine Bambou.

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Critique et amusé.

Extrait de Patates Tremblay.

Avez-vous des projets en cours ?

Une fiction historique intitulé Le retour de l’Iroquois. Ce récit sera un roman graphique basé sur des faits historiques qui se sont déroulés au Québec et dans l’état de New York à l’époque de la Nouvelle France. Une approche nouvelle dans ma démarche artistique, mais en continuité avec mes deux précédents ouvrages : un road story dans lequel le voyage compte plus que la destination. Ce projet relate le voyage d’un Iroquois prisonnier des Français et libéré par ceux-ci afin de proposer une paix avec son peuple. Ce parcours fera vivre au lecteur le quotidien du personnage, mais aussi ses pensées et souvenirs qu’il ne manquera pas d’avoir tout au long de son périple solitaire au sein de l’Amérique du nord du XVIIe siècle.

D’autres projets embryonnaires gravitent dans ma cervelle, mais sans trop de conséquences concrètes pour le moment. Je priorise l’Iroquois, dans lequel il me reste énormément de travail à faire et qui n’avance pas assez vite à mon goût.

Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

La beauté humaine.

Qu’est-ce qui vous contrarie ?

La bêtise humaine.

 

* * *

Bibliographie sélective

Down on the Petawawa, Premières lignes, coll. « Carte blanche », 69 p. 9782923326269
Voyage en zone d’exploitation, Les 400 coups, coll. « Zone convective », 53 p., 9782922103311
Patates Tremblay, L’aleph, 32 p.  9782980441059

Le blogue de l’auteur


21 septembre 2011  par Élise Tanguay

De littérature et d’air pur !

Dimanche dernier, les Prix jeunesse des libraires du Québec ont été remis lors d’une cérémonie ensoleillée animée par la porte-parole, Catherine Trudeau. La célébration se déroulait au Piano nobile de la Place des Arts et était précédée d’un spectacle pour toute la famille, Le Fiestango, présenté en collaboration avec PdA Junior. Parents et enfants étaient ensuite invités à assister à la présentation des gagnants dans une ambiance de fête. Cette première édition du Prix jeunesse des libraires du Québec s’inscrivait dans le cadre du 17e Festival international de la littérature. Je vous présentai donc, la liste des lauréats de cet événement qui s’est déroulé dans la bonne humeur derrière les grandes baies vitrées du foyer de la salle Wilfrid-Pelletier!

Pour en apprendre davantage sur les dessous du prix et sur la cérémonie, je me aussi suis entretenue avec une libraire membre du jury, en l’occurrence ma collègue Katia Courteau. Katia a vécu l’expérience de très près et m’a livré ses impressions et ses coups de cœur.

Lauréats 2011 – Québec

L’expérience du Prix jeunesse des libraires du Québec

Pour Katia, le meilleur moment de l’aventure du Prix des libraires s’est avéré être la cérémonie de la remise des prix. Elle m’explique qu’il s’agit là d’un aboutissement, qu’on y voit le fruit d’un travail de longue haleine devenir bien mûr. Cette démonstration a particulièrement touché ma collègue, qui s’exclame : « Tout ça, c’était pour ça ! » Dans le cadre d’une fête où parents, enfants et passionnés du livre se rencontrent, on a célébré la littérature jeunesse. Cette vitrine s’avère un lieu privilégié pour parler du livre jeunesse, pour promouvoir la littérature pour enfants et adolescents, pour faire connaitre les perles rares d’ici et d’ailleurs. « C’est pour ça qu’on a travaillé si fort pendant des mois, me dit-elle, pour offrir à ces auteurs et illustrateurs qui se dédient à la jeunesse une occasion de se rapprocher de leur public par le biais de leurs livres originaux et uniques. »

De son expérience au sein du jury, Katia retient surtout les échanges riches et les rapports privilégiés avec ses collègues passionnés comme elle de littérature jeunesse. La libraire a également apprécié le fait de devoir lire et analyser un grand nombre d’œuvres de la production. Ces deux aspects combinés ont fait de sa participation aux délibérations une expérience très stimulante et motivante.

Lauréats 2011 – Hors Québec

Ma collègue ressort tout de même de cette aventure en faisant un constat sur la production littéraire jeunesse du Québec. On aurait aimé lire davantage de romans pour adolescents qui sortent des conventions, qui dénoncent ou qui approfondissent des sujets durs, bref des romans qui grincent… Les romans comme La fille d’en face, abordant des thèmes difficiles, se font plutôt rares chez nous et pourtant… ceux qui ont osé l’ont fait avec brio. Cependant, pour les romans dans la catégorie 5-11 ans, le choix n’a pas manqué : les auteurs québécois se montrent très productifs et tout aussi talentueux. L’humour est à l’honneur et les livres font rire pour vrai (ce qui, malgré les apparences, n’est pas une mince affaire). Quant aux romans pour ados plus audacieux, les œuvres sont plus rares ; peut-être les éditeurs sont-ils un peu trop prudents ? Malgré tout, chaque année apporte son lot de romans québécois plus marginaux, et c’est aussi pour souligner le travail de ces auteurs et éditeurs qui se mouillent que le Prix jeunesse des libraires du Québec prend tout son sens.

Un livre à ajouter ?

Si la libraire avait pu ajouter un titre à la sélection de livres finalistes, elle aurait sans doute pensé à la fiction d’anticipation Black-out, publiée chez Naïve. Ce roman mettant en scène une dystopie traite de liberté du livre, de censure, d’interdits. Le roman était à un cheveu de faire partie des finalistes, mais, comme m’explique ma collègue, il a fallu faire des choix, aussi déchirants soient-ils !

La cérémonie

Pendant la cérémonie, de jeunes lecteurs ont lu et mis en scène des extraits des albums et des romans gagnants. Les deux moments qui ont particulièrement marqué ma collègue Katia ont été la lecture d’extraits de l’album Le roi de la patate et du roman La fille d’en face. Elle me raconte que pour le premier, un silence respectueux s’est installé dans la salle, alors que tout le monde s’approchait pour prêter une oreille attentive. Pour le second, c’est davantage la mise en scène simple mais efficace qui fut touchante. Plusieurs adolescents se sont succédé pour lire des petits morceaux de texte. Chacun leur tour et à leur façon, ils devenaient la narratrice, peut-être pour évoquer que cette adolescente étaient un peu présente en chacun d’eux.

Une mention spéciale ?

À propos de cette mention, je n’ai pas trouvé de meilleure façon de paraphraser Katia qu’en utilisant les mots de son discours lors de la cérémonie. Voici donc, un extrait tiré du site Internet du Prix jeunesse des libraires du Québec.

« S’étant donné pour mission de récompenser principalement, dans la catégorie 0-4 ans, les histoires de tous les jours et les contes, il est parfois difficile de faire entrer certains livres dans une catégorie. Quelques œuvres y résistent plus que d’autres, surtout lorsqu’elles sont d’une grande richesse. C’est le cas du livre Devant ma maison de Marianne Dubuc, publié aux éditions La courte échelle. Plus qu’un imagier par sa grande poésie et la qualité de ses illustrations, ce livre fait voyager les tout-petits, glissant d’une image à l’autre. L’ingéniosité de l’œuvre réside aussi dans la finale, petite boucle rassurante qui fait le lien entre le début et la fin.»

Pour davantage de détails sur la cérémonie et sur le prix en soi, vous pouvez consulter les actualités du site internet du Prix jeunesse des libraires du Québec à l’adresse suivante :
http://www.prixdeslibraires.qc.ca/_actualites/article/35

* * *

Black-out, Naïve, coll. « Naiveland », Sam Mills, 320 p. 9782350212258
Le roi de la patate, Rogé, Dominique et compagnie, 32 p. 9782895129073
Ma petite amie, Alain M. Bergeron et Sampar, Soulières, 56 p. 9782896071173
La fille d’en face, Linda Amyot, Leméac, 80 p. 9782760942127
Devant ma maison, Marianne Dubuc, La courte échelle, 120 p. 9782896512751
Super Beige, Samuel Ribeyron, Le vengeur masqué, 26 p. 9782360280049
Charles à l’école des dragons, Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, Seuil jeunesse, 40 p. 9782021005608
Vango : entre ciel et terre, Timothée de Fombelle, Gallimard jeunesse, 370 p. 9782070631247


5 septembre 2011  par Le délivré

Questionnaire d’auteur : François Barcelo

Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invité littérature pour septembre : François Barcelo.

Quel genre de lecteur êtes-vous ?

Impatient. Si les dix ou vingt premières pages ne m’accrochent pas, je passe au suivant. L’auteur n’a aucun moyen de le savoir.

Enfant, que lisiez-vous ?

Mes auteurs préférés changeaient toutes les années. Je me souviens, entre autres, des Docteur Dolittle (Hugh Lofting) et des Biggles (Capitaine Johns), dont je fus friand à des époques différentes.

Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?

J’en ai acheté deux en même temps, à neuf ans, au mini-salon du livre du collège de L’Assomption : le premier Lucky Luke et un livre de dessins d’Alfred Pellan. Je crois que chacun coûtait cinquante cents.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Tonbo, d’Aki Shimazaki. Ni adoré ni détesté.

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?

En diminution constante, au fil des séparations, des déménagements et des logements de plus en plus petits.

Avez-vous une méthode de classement ?

La hauteur du livre est le seul critère du choix du rayon où il atterrira.

Comment êtes-vous devenu auteur ?

En écrivant. De seize à dix-huit ans, j’ai remporté trois fois des prix au regretté Concours des jeunes auteurs, de Radio-Canada. À dix-neuf et vingt ans, j’ai écrit deux romans, tous deux finalistes au Prix du cercle du livre de France, mais jamais publiés. À trente-cinq ans, je m’y suis remis et quatre ans plus tard paraissait enfin mon premier livre. Ce fut un des plus beaux jours de ma vie.

Pourquoi êtes-vous auteur ?

Parce qu’écrire est justement un des deux plus grands plaisirs de la vie.

Comment vous exprimeriez-vous si vous n’étiez pas auteur ?

Je serais peintre, peut-être.

Pour vous, qu’est-ce que la création ?

Prendre les mêmes vingt-six lettres que Proust ou Céline et en faire quelque chose de complètement différent.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?

J’aime bien être devant une table, à l’ombre, au bord de la mer, avec le vent qui souffle. Mais j’arrive aussi à écrire dans les salles d’attente d’aéroport.

Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ?

Avec le Web, c’est presque trop facile. C’est pourquoi je continue d’éviter les sujets qui en exigent beaucoup.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?

La mort, depuis toujours. Le vieillissement, plus récemment.

Comment est né votre premier livre ?

Agénor, Agénor, Agénor et Agénor est né de la lecture d’un livre sur les mathématiques expliquant que le hasard fait que les gens n’arrivent pas tous au même endroit en même temps. J’ai imaginé que le hasard se déréglait un jour.

Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?

Je les aime bien, mais je n’aurais plus l’énergie de les écrire.

Laquelle de vos œuvres affectionnez-vous particulièrement ?

Je crois que je voterais pour Moi, les parapluies (Libre expression et Série noire).

Avez-vous des projets en cours ?

Tout plein. Après J’haïs le hockey, je viens de terminer J’haïs les bébés. Je commence J’haïs les vieux. Après ? Peut-être J’haïs les chiens.

Pourquoi avoir choisi le polar ?

Je n’ai jamais choisi d’écrire du polar ou du roman noir. J’écris une histoire et ensuite je compte les morts. S’il y en a beaucoup, ça va aller dans une collection noire. S’il y en a un ou deux, une collection littéraire. Pas du tout : un livre jeunesse.

Y’a-t-il un livre que vous auriez voulu avoir écrit ?

J’aimerais être l’auteur de Kaputt. Mais je n’aurais pas envie d’avoir été témoin de ce qu’il a dû voir pour l’écrire.

Ce qui vous fait sourire ?

La bêtise. Surtout la mienne.

Ce qui vous contrarie ?

La bêtise. Surtout celle des autres.

Que rêviez-vous de faire, enfant ?

Je rêvais de devenir géographe. Je suis devenu voyageur.

Outre la littérature, quelle forme d’expression vous intéresse ?

Les rêves érotiques.

Quel est d’après vous l’avenir de la langue française au Québec ?

Elle s’améliore. Elle ne disparaîtra que si nous disparaissons.

Quel est d’après vous l’avenir du livre et de l’imprimé ?

Le livre a déjà pris plusieurs formes et je ne m’en plains pas, parce que je ne suis pas libraire. Mais la multiplicité des formes est essentielle à la multiplicité des lecteurs.



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