Le Délivré

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26 juin 2009  par Véronique Bergeron

Une histoire de catalogues

Je l’avoue, l’album est mon type de livre préféré. À chaque fois que j’en tiens un dans mes mains, je suis excitée à l’idée de savoir quelles merveilles je vais découvrir à l’intérieur. Le mélange des superbes illustrations et des textes puissants me donnent le frisson à chaque lecture!



De plus en plus, j’en découvre certains dont la structure rappelle celle d’un catalogue. Nous n’avons qu’à penser à l’excellent Graines de cabanes, de Philippe Lechermeier, qui nous fait découvrir toutes sortes d’habitations auxquelles Éric Puybaret donne vie avec ses illustrations toujours aussi magnifiques. Du même auteur, il y a aussi le livre des Princesses oubliées ou inconnues, illustré par Rébecca Dautremer, qui nous transporte dans les quotidiens de princesses parfois un peu singulières… Il ne faudrait pas oublier son petit dernier, Fil de fée, construit sur le même principe et illustré cette fois par Aurélia Fronty. Dans un autre registre, il existe L’alphabet des monstres, de Jean-François Dumont, qui se veut une espèce d’encyclopédie recensant les monstres qui hantent les chambres d’enfants une fois les lumières fermées, ainsi que Généalogie d’une sorcière, de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez, un coffret qui comprend à la fois un album et un grimoire de sorcières. Je vais terminer ma liste (qui n’est pas exhaustive par rapport à la production, croyez-moi) en citant un de mes coups de cœur de cette année, soit le Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer, de Claude Ponti.

J’entends souvent des commentaires au sujet de ces albums, à savoir que ce ne sont pas des histoires en tant que telles, donc qu’on ne peut les lire à un enfant à l’heure du coucher, par exemple. Je dois dire que je ne suis pas d’accord avec cette affirmation! Oui, j’admets que ce type d’album n’est pas classique, en ce sens que, souvent, l’histoire ne dure qu’une page. Mais quel mal y a t-il à cela, si l’histoire contenue dans ces quelques lignes de texte est fabuleuse et fait rêver l’enfant, les parents, les libraires… tout le monde, finalement? Par exemple, dans Tiroirs secrets, chaque double page est un chef d’œuvre en soi. Les textes poétiques, en parfaite harmonie avec les excellentes photographies d’Olivier Thiébaut, nous transportent dans les recoins les plus secrets de l’âme des quinze personnages hétéroclites exposés. Avec cet album, pas besoin de longs textes pour raconter une histoire, l’auteur le fait en quelques lignes aussi captivantes que bien des livres que j’aie déjà lus.

C’est qu’il y a bien des manières de raconter une histoire! Pourquoi un album catalogue ne pourrait pas en raconter une à sa façon ? Prenons par exemple L’alphabet des monstres, dans lequel l’auteur réussit à construire une histoire au fil des pages : alors que les illustrations racontent la nuit mouvementée du petit garçon qui voit sa chambre toujours un peu plus envahie par des monstres farfelus, le texte donne quant à lui la description du monstre qui vient de se joindre à la fête! Une belle histoire à raconter… Mentionnons également le coffret Généalogie d’une sorcière, qui est assez particulier puisqu’il comprend un récit qui vient supporter un grimoire retraçant dans le temps l’histoire des sorcières de la famille de l’héroïne.

Une autre chose intéressante au sujet de ces albums est le fait que l’on peut les feuilleter sans aucune obligation de le faire dans un ordre préétabli. Le lecteur a toute liberté de lire ce qui lui plaît, quand bon lui semble. Par exemple, Tiroirs secrets présente des personnages différents à chaque page, et le lecteur peut choisir celui qui lui ressemble le plus ou celui qu’il aimerait bien rencontrer… Et que dire du Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer de Claude Ponti? Ce bijou se lit comme on déguste du bon chocolat! Les enfants sont enchantés de voir tous ces parents potentiels, et les plus grands y reconnaîtront un peu des leurs à chaque page.

Les albums catalogue sont un fabuleux tremplin pour l’imaginaire. Dans Tiroirs secrets, les auteurs laissent la dernière page de l’album vide pour donner la chance au lecteur de la remplir lui-même. Que ce soit en imaginant leur cabane, en inventant des monstres ou encore en remplissant un formulaire pour changer de parents, les enfants auront des heures de plaisir à ainsi laisser libre cours à leur imagination débordante!

Des albums comme ceux-là, qui sont un formidable exercice de création, j’en prendrais à la tonne! Car ils nous font voyager dans notre imaginaire et nous laissent ensuite nous y amuser. Pour moi, en tout cas, ça fonctionne! Je rêve de cabanes, de princesses et de tiroirs secrets, et je retrouve la magie qui berçait mon enfance…

* * *

Graines de cabanes, de Philippe Lechermeier, ill. par Éric Puybaret, Gautier-Languereau, coll. «Petits bonheurs», 88 pages.

Princesses oubliées ou inconnues, de Philippe Lechermeier, ill. par Rébecca Dautremer, Gautier-Languereau, coll. «Petits bonheurs», 109 pages.

Fil de fée, de Philippe Lechermeier, ill. par Aurélia Fronty, Gautier-Languereau, 96 pages.

L’alphabet des monstres, de Jean-François Dumont, Kaléidoscope, 58 pages.

Généalogie d’une sorcière (coffret 2 vol.), de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez, Seuil jeunesse, 38 et 75 pages.

Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer, de Claude Ponti, École des loisirs, 45 pages.

Tiroirs secrets, de Xabi M. et Olivier Thiébaut, Sarbacane, 40 pages.

* Sur le sujet, je vous invite aussi à consulter cet article de Claude André.



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