Le Délivré

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22 septembre 2010  par May Sansregret

Entre bulles de savon et boules de coton : les livres de bain et de tissu

Le 16 juin dernier, je publiais sur le blog Mission : constituer la bibliothèque de bébé ! Suite à cet article, un commentaire d’une lectrice m’a titillé tout l’été. Pauline se plaignait (et avec raison) du manque de qualité de la production des livres en tissu : « Pourquoi les livres pour les tout-petits (livres-doudous, mous) sont-ils tous aussi gnangnan? Ro-roses pour les fi-filles, bleu-bleus pour les ga-garçons? Personne ne fait des livres en tissu un peu plus funky pour les mini-pitchouns? » Ma réponse arrive tardivement, mais j’ai pris le temps d’y réfléchir. Les livres en tissu, tout comme les livres de bain, ne font pas partie de mes incontournables. Mon choix se porte toujours sur un « vrai livre » plutôt que sur un « livre-jouet ». Avec ce type de livre, j’ai toujours l’impression que le côté « jouet » laisse rarement de place au côté « livre ». De plus, leur prix est souvent faramineux et la qualité de l’impression des plus douteuses. Néanmoins, le livre en tissu ou de bain présente quelques avantages, dont la facilité d’entretien et de manipulation. Mais comme mon leitmotiv en librairie est « Il est nécessaire de présenter une variété d’œuvres aux enfants pour stimuler leur curiosité et leur sens critique », j’ai décidé d’explorer la production des livres de bain et de tissu. Quelques belles découvertes m’attendaient… Je vous les partage avec l’aide de bébé Raoul :

Les livres en tissu

À son réveil, bébé Raoul aperçoit une forme dans un coin de sa couchette. Il l’attrape d’une  main et se blottit contre elle. Oh ! comme c’est doux ! Oh ! comme c’est mou ! Tout à coup, bébé veut en savoir plus. Il ouvre cette chose ronde et duveteuse sur laquelle est inscrit Qui veut jouer avec moi ? Son intérêt est vite capté par les queues d’animaux qui sortent littéralement des pages : celle du cochon est toute frisottée, alors que celle de la vache émet un tintement pareil à celui d’un hochet. Les queues d’animaux permettent à bébé Raoul de tourner facilement les pages. Une fois à la fin du livre, il referme son poing sur la boule de laine à l’extrémité de la queue du mouton. C’est elle sa préférée !

Peu de temps après, maman laisse bambin au salon en compagnie d’un duo de livres énigmatiques. Si bébé les touche, un son bizarre chatouille ses oreilles. Qu’à cela ne tienne, le vif Raoul s’empare du plus petit des deux, explore les ailes qui craquent et se plient. Bébé tient entre ses mains une coquette coccinelle qui cache une histoire sous son ventre. Ce livre appartient à la collection « Les mini craquants », soit quatre livres d’éveil qui prennent la forme de petites bêtes et d’insectes[1]. Chacun d’eux raconte une histoire tout en offrant des bruits de froissement et des textures amusantes pour les petits doigts.

Après que la coccinelle eût réalisé son premier vol plané, Raoul est attiré par le petit carré de tissu qui l’attend patiemment depuis quelques minutes. C’est Noir, blanc et rouge, un livre qui, comme ceux de la collection précédente, propose des pages qui font « cric-et-crac » et donne à voir des petites bêtes. Bébé Raoul s’attarde longuement sur l’image de la coccinelle. Il reconnaît la bestiole, celle qui dort maintenant à quelques pas de lui. Les images en noir, blanc et rouge fascinent longtemps petit Raoul, tout comme les vignettes de tissu qui sortent des pages.

Voilà qu’au milieu de la matinée, bébé Raoul est impatient. Maman le convie alors pour une promenade dans le parc. En catimini, un compagnon aux grandes oreilles se joint à eux, c’est Lapin qui désire aussi prendre un peu d’air frais. Assise sur un banc, maman présente la peluche mollassonne à petit Raoul bien installé dans sa poussette. Celui-ci la porte à sa bouche. Youpi ! Un nouvel ami qui goûte bon ! Puis, maman promène la peluche à travers les pages de son livre, intitulé Où te caches-tu, lapin ? Au fil des doubles pages, Lapin vaque à ses activités : il mange de la laitue et une carotte que l’on détache de la page ; il se cache derrière un buisson ; et finalement, il se blottit dans son terrier. Comme sa peluche, Raoul s’endort tout en douceur…

Les livres de bain

En soirée, c’est l’heure du bain pour bébé Raoul. Flotte autour de lui un vaste choix de livres en plastique souple. Quand maman prend Petit escargot et chante la comptine, il s’empare de l’escargot gonflé qui accompagne le livre. Au rythme de la mélodie, il plonge la tête de la bête dans l’eau. En chantant, maman lui montre les images du livre. Elles agrémentent joliment les paroles de la comptine :

Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Aussitôt qu’il pleut,
Il est tout heureux
Il sort sa tête !

La maman de Raoul est heureuse de son choix, car elle a hésité longtemps entre Petit escargot et d’autres titres de la collection « Bulles et cie ». Ils ont tous un petit quelque chose de particulier, en plus d’être accompagnés d’une silhouette à gonfler. Il y a Au bain, petit croco! ; Séraphin, le petit dauphin ; et Baba, la baleine.

Bébé Raoul veut maintenant s’amuser en compagnie de Binou. Avec Ça flotte, Binou ?, il apprend que même une crotte peut flotter ! Avec À l’eau, Binou !, il comprend qu’on peut se baigner ailleurs que dans une baignoire. Chose certaine, avec Binou, on rit à tout coup !

Près de Raoul flotte maintenant Fais comme moi !, le livre de bain du personnage de Pénélope. Sa maman lui a déjà raconté cette histoire. Pénélope y invite les tout-petits à se laver et à se frotter afin d’être tout propre. Surtout, il ne faut pas oublier les pieds ! Raoul adore Pénélope ; il la connait grâce aux livres de la collection « Les bêtises Pénélope » que lui lit son papa. Mais attention, ces derniers, tout en papier, ne vont pas dans le bain !

Avant de sortir de la baignoire, la maman de Raoul lui raconte Les bains de la collection « Les Toumouillés », un livre où les mamans donnent le bain à leurs bébés animaux. Chaque animal y prend un bain différent : un bain gelé pour l’ourson polaire, un bain douche pour l’éléphanteau et un bain rugueux pour le petit tigre. Et le bain de bébé Raoul ? Et bien, l’eau commence à refroidir. Il est temps de sortir ! Demain, maman lui racontera Les câlins

Livres en tissu
Qui veut jouer avec moi ?, ill. de Marion Billet, Tourbillon.
Noir blanc rouge, Tourbillon.
La coccinelle, coll. « Les mini craquants », Piccolia.
Où te caches-tu, Lapin ?, Iris de Moüy, Tourbillon.

Livres de bain
Petit escargot, Bridget Strevens-Marzo, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Au bain, petit croco!, Sylvain Diez, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Séraphin, le petit dauphin, Xavier Deneux, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Baba la baleine, Judith Drews, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Ça flotte, Binou ?, Dominique Jolin, Dominique et compagnie.
À l’eau, Binou !, Dominique Jolin, Dominique et compagnie.
Fais comme moi ! Le livre de bain de Pénélope, Anne Gutman et Georg Hallensleben, Hachette.


[1] En plus de la collection « Les mini craquants », il y a « Les animaux craquants ». Ces derniers sont tout  aussi intéressants, mais en plus grand format.

[2] Vous trouverez facilement l’air de la comptine Petit escargot sur Internet.


2 août 2010  par May Sansregret

Ceux qu’on pensait ne jamais aimer

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Les contes traditionnels fourmillent d’êtres détestables et tyranniques qui sèment nombre d’embûches sur la route du héros ou de l’héroïne. Tel est le rôle généralement attribué aux belles-mères, celles qui, on s’en souvient, ont rendu si pénible la vie de Cendrillon et de Blanche-Neige. Heureusement, cet héritage n’a pas empêché la littérature romanesque pour la jeunesse de délaisser ce stéréotype pour réactualiser complètement le personnage.

C’est ainsi qu’Anne Vantal nous présente, dans Chère Théo, une belle-mère grecque aussi exotique que fascinante, dotée d’une magnifique authenticité. L’attachement qui naît entre elle et l’héroïne est extrêmement fort et demeure au premier plan du roman. Rapidement, la jeune fille souffre d’un sentiment de culpabilité face à sa mère, mais l’auteur en profite pour livrer au lecteur un savoureux entretien où la mère explique pourquoi elle ne se sent en rien menacée. Malgré tout, un véritable drame survient plus tardivement dans le récit lorsque le de la jeune fille et Théo se quittent. Cette femme, qui fut si longtemps dans sa vie, disparaît tout à coup : « L’arrivée de Théo avait été un cadeau des dieux. Son départ, un coup du diable. » En fait, Chère Théo constitue un véritable hommage aux individus qui croisent notre vie et qui, heureusement, y laissent une parcelle d’eux-mêmes.

Dans la même lignée, mais pour les plus jeunes lecteurs, Nancy Montour nous offre Le Cœur au vent, un roman illustré avec chaleur et poésie par Geneviève Côté. Cette fois-ci, le récit relate le temps d’apprivoisement entre l’héroïne et son beau-père. Ce dernier, à l’image de l’ancre tatouée sur son bras, prétend être un port d’attache pour cette famille meurtrie. Au fil du récit, il parvient à se hisser dans le cœur de la petite. C’est avec philosophie et admiration qu’elle l’accueille volontiers dans sa vie : « (…) Vincent, lui, a choisi de veiller sur moi parce que mon papa n’est plus là. »

Dans Tu parles Charles, le héros de Vincent Cuvellier trouve aussi du réconfort, mais pas là où il s’y attendait. Ses parents, autrefois séparés, sont à nouveau ensemble, mais il semble qu’ils n’en aient plus pour bien longtemps. Les chicanes se poursuivent et le héros sent l’inévitable approcher. De plus, il doit chaque jour apporter les devoirs à un garçon de sa classe, Charles, qui est alité à la suite à un accident. Il le fait à contrecœur, car il le considère comme un « type pas comme les autres » qui a « une tête de vieux, des habits de vieux » et même que « quand il n’est pas là, on ne le remarque même pas ». Pourtant, il se sent mieux aux côtés de Charles. Peu à peu, il découvre son humour, ses intérêts et sa véritable personnalité. Étrangement, cette nouvelle amitié saura alléger les souffrances qui le submergent.

Ainsi, bien que ces trois textes traitent d’un sujet très précis, idéal pour susciter des discussions, ils offrent surtout un magnifique moment de lecture empreint d’émotion et de sensibilité. Il est même surprenant de voir de quelle façon ils nous démontrent que, parfois, ceux que l’on croyait nos ennemis viennent tout doucement, à la manière d’une fée marraine, améliorer notre existence.

* * *

Chère Théo, Anne Vantal, ill. de Marc Boutavant, Actes Sud Junior, coll. «Les premiers romans», 70 p.
Le Cœur au vent, Nancy Montour, Dominique et compagnie, coll. «Roman rouge», 43 p.
Tu parles, Charles !, Vincent Cuvellier, Éditions du Rouergue, coll. «ZigZag», 87 p.


Autres titres sur le thème du divorce :

Le Dé-mariage, Babette Cole, Seuil jeunesse, 40 p.
Ma maman ours est partie, René Gouichoux, ill. de Olivier Tallec, Père castor/Flammarion, 30 p.
Un chien dans un jeu de quilles, Carole Tremblay, ill. de Dominique Jolin, Soulières, coll. «Chat de gouttière», 167 p.


* Date originale de publication : 19 septembre 2004


26 juillet 2010  par May Sansregret

Le livre mis en scène !

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Quel ravissement de voir que la production estivale nous offre une quantité remarquable d’albums jeunesse où l’objet livre se trouve mis en scène de manière tout à fait surprenante ! Voilà une belle occasion de faire découvrir aux jeunes lecteurs à quel point cet objet est unique et fascinant ! De plus, cela permet à l’enfant qui ne lit pas habituellement de s’approprier le livre, d’en observer toutes les facettes et, finalement, de le démystifier.

Commençons l’aventure avec Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, ouvrage au titre provocateur qui permet au lecteur de braver d’emblée – avec un bonheur certain! – une interdiction. Mais attention. Dès la première page, un porcelet plutôt grognon nous accueille avec aplomb : «Non mais, pour qui tu te prends ? Depuis quand on ouvre un livre quand il est clairement marqué sur la couverture SURTOUT, N’OUVREZ PAS CE LIVRE !?» Cette adresse au lecteur persiste tout au long de la lecture; tourner chacune des pages nous est défendu. C’est que le curieux auteur n’a pas terminé l’écriture de son livre. En fait, on s’aperçoit rapidement que notre action de lecteur agit directement sur l’histoire. Pour freiner notre course, l’étrange personnage va même jusqu’à mettre un mot extrêmement lourd – ROC – sur la page afin que nous soyons incapables de la tourner. Quelle idée ! Après avoir joué avec les mots de dizaines de façons, ce livre propose un dénouement savoureux, puisque le lecteur a aidé l’auteur à la queue en tire-bouchon à surmonter le syndrome de la page blanche pour créer une histoire rocambolesque à souhait.

Poursuivons notre itinéraire avec Le Livre de Charlie, un second album qui propose une initiation à l’art du récit. Le récit s’ouvre avec un petit garçon prénommé Charlie, qui ouvre son livre préféré. À la page suivante, la magie s’opère, le lecteur pénètre dans le livre lu par l’enfant : Contre vents et marées. Récit d’un vieux loup de mer. Nous y découvrons un capitaine qui ouvre un coffre contenant un livre. Vous l’aurez deviné : en tournant la page, nous plongeons dans le récit de ce nouveau livre et ainsi de suite jusqu’à la fin. Le lecteur aura donc l’opportunité de lire, entre autres, un conte traditionnel, une encyclopédie et même un magazine ! La finale est savoureuse, puisque le livre lu par le dernier personnage raconte l’histoire d’un petit garçon nommé Charlie ! Cet ouvrage fort bien construit propose également un jeu d’observation dans les illustrations. Dans la pièce où lit Charlie, des détails du décor représentent les personnages que nous découvrirons au fil de la lecture. Par ailleurs, dans la dernière illustration, en apparence semblable à la première, ils sont remplacés par les personnages réels. Portez également une attention particulière aux pages de garde, qui montrent une tablette remplie de livres, soit tous les livres présentés dans l’album.

Pour clore le voyage en beauté, les éditions Rue du monde ont publié deux titres dans la collection «L’atelier de l’imagination» qui permettent au lecteur de créer mille et un récits. Avec La Petite Bibliothèque imaginaire, nous découvrons une vingtaine de couvertures de livres, chacune accompagnée par un résumé et de courtes critiques. Tous ces éléments nous permettent d’imaginer l’histoire que nous désirons car, rappelons-le, aucun de ces livres n’existe réellement ! Il était une fois… Il était une fin propose quant à lui des images qui aident le lecteur à créer ses propres récits. Avec la page de gauche («Il était une fois…»), nous démarrons l’histoire, tandis qu’avec celle de droite («Il était une fin»), nous pouvons la terminer.

Voici des livres qui montreront aux jeunes lecteurs que la lecture appartient avant tout au domaine du ludique, tout en mettant l’accent sur le fait qu’un livre peut revêtir de multiples formes. Bref, du traditionnel à l’exceptionnel !

* * *

Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, Michaela Muntean, ill. de Pascal Lemaître, Milan Jeunesse, 36 p.
Le Livre de Charlie, Julia Donaldson, ill. de Axel Scheffler, Autrement Jeunesse, 28 p.
La Petite Bibliothèque imaginaire, Alain Serres et vingt illustrateurs, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 46 p.
Il était une fois… Il était une fin, Alain Serres, ill. de Daniel Maja, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 40 p.


* Date originale de publication : 28 août 2006


28 juin 2010  par May Sansregret

Du livre au musée, du musée au livre

Le musée est un lieu de mystères et de découvertes. Les œuvres qu’il renferme stimulent l’imagination des petits et des grands, ouvrent leur horizon et font naître chez eux mille et une questions, tout en apportant quelques réponses, bien sûr.  Aussi, les visites au musée devraient-elle se mériter une place de choix dans l’horaire des vacances familiales. Elles sont idéales lors des jours de pluie ou par grandes chaleurs, bref tout au long de l’été.

Pour créer un véritable événement autour de cette activité, je vous propose dans cet article quelques livres qui éveilleront chez vous et vos enfants l’intérêt pour les lieux d’exposition et leurs œuvres d’art. Il ne sera pas question d’ouvrages documentaires (même si nombre d’entre eux sont magnifiques!), mais bien de fictions, tant sous forme d’album que de roman. Grâce à ces récits, les portes de musées fabuleux s’ouvriront à vous…

Une visite au musée avec Geisert et Browne

Avec Le Musée des mystères, Arthur Geisert donne à voir un musée aux nombreuses galeries où se côtoient tableaux, sculptures et animaux empaillés. L’œil fasciné du lecteur se promène sur la page s’arrêtant à tout moment sur un détail de l’illustration. L’histoire est celle d’une sympathique porcelette qui, comme tous les dimanches, se rend au musée avec son grand-père pour peindre et dessiner. Or, quelque chose d’étrange s’est produit…  La jeune narratrice se rend compte que certaines parties des tableaux ont été retirées et remplacées par des copies. Grâce à sa perspicacité, elle mène l’enquête et dévoile au grand jour les responsables du méfait. Au musée, il faut ouvrir l’œil!

L’album Le jeu des formes d’Anthony Browne met en scène une famille qui va au musée. Seulement, aucun membre de la famille ne s’emballe pour cette sortie, sauf la mère, l’initiatrice du projet. Au fil de la visite, ils apprendront néanmoins à poser un regard différent sur les œuvres. Ces dernières prennent littéralement vie et font vivre à la famille une pléthore de péripéties. L’intérêt croisant des personnages pour les œuvres d’art se voit dans l’illustration lorsque le beige de leurs vêtements se laisse progressivement gagner par la couleur. Cette histoire de famille et de musée vous fournira clés et idées pour aborder les œuvres de manière ludique lors de votre visite au musée.

Une œuvre, un musée, une histoire

Pour la suite, voici trois romans dont le récit prend forme à partir d’une œuvre d’art existante. L’exercice réalisé par les auteurs de ces histoires pourra vous servir d’inspiration… Lancez un défi à votre famille : « Faisons comme Anique Poitras! Choisissons une œuvre lors de notre visite au musée et créons une histoire à partir de celle-ci! » Cette activité prolongera l’effervescence de votre expédition muséale, mais créera surtout un lien entre un lieu, une œuvre et votre famille!

Anique Poitras s’inspire de La dame à la licorne, une série de six tapisseries datant de la fin du XVe siècle, pour concocter l’aventure de la frétillante petite Anique intitulée La dame et la licorne. Dans ce récit, les policiers arrêtent une dame sans papier d’identité au bord du fossé des quenouilles. Cette dernière affirme avoir perdu sa licorne. Devant l’incrédulité des adultes, Anique retrousse ses manches et promet à la dame de retrouver sa compagne à corne. Une fois l’animal retrouvé, Anique voyage au XVe siècle suite à l’invitation de la dame à la licorne. Puis, en visite au musée national du Moyen Âge à Paris, Anique et ses parents découvriront une septième tapisserie à la série La dame à la licorne où apparait… la petite Anique! Et vous, dans quelle toile aimeriez-vous voyager?

De son côté, le roman d’Yvon Brochu, intitulé Le fantôme du bateau atelier, a pour point de départ la toile Le Bateau atelier de Claude Monet. Cette histoire relate une rencontre extraordinaire entre une jeune fille, Émilie Legendre, et le fantôme de Claude Monet. Le peintre fera découvrir à sa jeune amie le paradis des couleurs. Le début et la fin du roman se déroule dans un musée, celui qui expose la toile Le bateau atelier, où Émilie, devenue peintre, tente avec émotions de converser à nouveau avec le peintre français.

En voici un court extrait pour vous donner un aperçu du ton du récit:

- Et vous, monsieur Monet, vous êtes aussi… un ange?

Le vieil homme éclate de rire à son tour:

- Qu’en penses-tu, toi?

Je réfléchis un instant avant de répondre:

- Moi, je crois que vous êtes le bon dieu de la couleur!

- C’est le plus beau compliment que j’ai reçu, me dit monsieur Monet d’une voix émue, les yeux tout brillants. Dis Émilie, tu veux bien peindre avec moi?

Et vous, avec quel artiste voudriez-vous discuter?

L’infante de Vélasquez de Marie Brantôme raconte pour sa part une histoire époustouflante de substitution. En visite au Louvre, Alice et Inès contemple la toile Les Ménines de Vélasquez. Lorsque Inès formule le souhait de prendre la place d’une jeune fille sur la toile, la voilà qui disparait. À sa place se tient la douce Dona Maria qui ne parle que l’espagnol… Suite à cette lecture, demandez-vous quel personnage figurant sur une œuvre d’art votre famille aimerait-elle héberger?

Bonne lecture… de livres ou de tableaux!

***

Le Musée des mystères, Arthur Geisert, Autrement, 2005,  32 p.
Le jeu des formes, Anthony Browne, Kaléidoscope, 2003, 25 p.
La Dame et la licorne, Anique Poitras, ill. Céline Malépart, série Anique, coll. « Roman rouge », Dominique et cie, 2004, 45 p.  
Le fantôme du bateau atelier, Yvon Brochu, ill. Steve Adams, coll. « Roman vert », Dominique et cie, 2003, 74 p,
L’infante de Vélasquez, Marie Brantôme, Seuil, 2003, 124 p.

16 juin 2010  par May Sansregret

Mission : constituer la bibliothèque de bébé !

Des bébés parsèment votre entourage ou vous avez une pléthore d’amies aux bedaines rebondies ? Eh bien, investissez-vous d’une mission, celle d’offrir aux poupons les premiers livres de leur bibliothèque. Lors des fêtes données en l’honneur d’une naissance prochaine, j’offre un panier surmonté d’une grosse boucle, bien garni de livres en tous genres, parmi lesquels bébé pourra faire ses premiers pas de lecteur. C’est un cadeau original, fort apprécié et, en général, assez inusité. J’aime mettre du temps à construire mon panier-cadeau en fonction de la personnalité des parents ou de la famille du petit à naître.

D’abord, je mets dans mon petit panier : trois incontournables

Pour les premiers mois de bébé, je choisis Blanc sur noir de Tana Hoban. Ce livre, constitué de formes blanches sur un fond noir, donne à voir une panoplie d’objets, comme un biberon, des boutons ou un oiseau. Le contraste créé par les jeux du noir et du blanc est ce qui rend ce livre parfaitement adapté à la vision des poupons. Voir un bébé observer ces images est, disons, impressionnant. L’intérêt du petit Elliot a vite été capté par ce livre. En l’ouvrant devant lui, nous avons vu son regard se fixer, ses yeux s’agrandir subitement, puis ses mains et ses pieds s’activer sans relâche !

Pour le plaisir des yeux et des oreilles, j’ajoute Le livre des bruits, de Soledad Bravi, qui amuse les petits autant que les grands. Chaque double page présente une image et l’onomatopée qui lui est associée. Par exemple, «Le rhume il fait atchoum», «La voiture fait vrouuum», «Le biberon fait hmmmm». Avez-vous remarqué ? D’une onomatopée à l’autre, on reprend une syllabe ou une lettre à la sonorité semblable pour créer un rythme de lecture des plus dynamiques et endiablés. Et ce jeu se poursuit sur plus d’une centaine de pages ! Imaginez, ce livre a été le doudou de Petit Victor. Celui-ci l’amenait partout. Et lors de ses un an, le livre ayant eu une vie bien remplie, il n’en restait plus que la moitié…

Tous les petits de Jeanne Ashbé, l’auteure pour bébé par excellence, est celui qui complète mon trio d’incontournables. C’est un livre-paravent que l’on peut installer au sol autour de bébé ou dans la couchette autour du matelas. D’un côté, on retrouve des portraits d’enfants aux expressions variées, chacun associé à une couleur : «Petit tout rouge, que personne ne bouge !» pour la petite en colère. De l’autre, c’est plutôt une ribambelle d’objets agrémentée de comptines rieuses et adorables, toujours associés à une couleur : «Jaune poussin… encore un câlin.»

Aussi, je mets dans mon petit panier : des livres québécois

Je choisis toujours un ou deux titres parmi les Toupie et Binou, une collection à l’humour aussi chaleureuse que désopilante. Mentionnons que cette dernière est à l’origine du dessin animé éponyme. J’aime particulièrement Binou en couleurs, qui, avec une économie de mots surprenante, raconte une histoire qui engendre maints éclats rires. Puis, Toupie raconte une histoire, qui met en scène la joie incommensurable que l’on ressent lorsqu’on se fait raconter une histoire.

Dans la production québécoise, le classique des tout-petits est sans conteste le personnage de Caillou. Si je glisse un Caillou dans mon panier, je choisis l’original, celui créé par Hélène Desputeaux. Il est douillet et potelé. Bref, il a une âme, au contraire de celui de Cinar, complètement dénaturé… J’ai un faible pour Caillou, c’est moi !, qui traite des origines, soit de la vie dans le ventre de maman.

Un autre livre que j’adore arrive tout juste de chez La courte échelle, et il a été présenté dans La crème de mai : Devant ma maison… Ce petit album peut s’adresser à des plus vieux, mais en l’offrant à bébé, on lui permet de grandir avec cet imagier hors du commun qui présente, à l’intérieur d’une trame narrative, des images et des mots provenant du monde réel ou imaginaire.

Dans mon petit panier, il y a la collection «Tête de lard»

La collection «Tête de lard» de Thierry Magnier présente un équilibre parfait entre art et audace. Pour stimuler la curiosité et le sens esthétique des petits, il importe de leur présenter une variété de styles et de médiums. Avec cette collection, dont les pages se soulèvent comme par magie pour garder l’intérêt des petits, c’est chose faite ! Chaque livre est tout simplement unique. En voici quatre, parmi lesquels le choix peut être très difficile… Etmoietmoi ? d’Olivier Besson présente des illustrations réalisées selon la technique de gravure sur bois. L’histoire est celle d’un chien qui, après avoir vu différentes paires d’animaux, se demande «Et moi ?», jusqu’à ce qu’il trouve son compagnon, un petit garçon. Avec Dodo d’Antonin Louchard et Katy Couprie, le bébé-lecteur suit un chat lors de ses déambulations nocturnes. Le même duo de créateurs nous offre également Ceci est un livre, qui s’amuse à partir de la formule de «Ceci n’est pas une pipe» de Renée Magritte. Puis, on joue à compter avec Des milliards d’étoiles !

Allez hop ! Un Ponti dans mon petit panier

Pour ajouter une touche de folle imagination, tout panier qui se respecte cache en son sein un livre de Claude Ponti. Celui qui m’arrache à chaque fois un sourire est Derrière la poussette, où un bébé se demande qui pousse sa poussette. Est-ce une fée, un monstre déguisé en sorcière ou un n’importe quoi ? Bonne question !

Lequel de ces trois livres ira dans mon petit panier ?

Pour compléter mon panier, j’hésite longtemps entre trois bouquins qui stimulent bébé chacun à leur manière. Le bébé : images en comptines de Pierre Coran propose de petites poésies à lire à bébé pour lui faire découvrir la musique des mots. Voici la comptine-poésie «Une tétine» :

« Sans son biberon / La tétine a l’air / D’un lampadaire, / D’un champignon. / Bébé la suce, / La suce, la suce, / Ou la repousse pour sucer son pouce. »

L’autre livre vient tout juste d’arriver en librairie, c’est Tout autour de moi de Clotilde Perrin. Le principe de ce grand album consiste à l’ouvrir à plat devant bébé qui pourra tournicoter autour du livre, car les détails de l’illustration vont dans tous les sens. Chaque double page aborde un thème (la nature, l’heure du repas, la ville) et se voit gratifiée d’une jolie phrase qui donne au lecteur un objet à trouver : «J’ai plein d’habits autour de moi et un chapeau beaucoup trop grand…» Et bien sûr, parce que ce livre est une véritable fenêtre ouverte sur le monde, les poupons grandiront avec lui…

Chansons douces, chansons tendres a tout pour séduire les nouveaux parents et leur progéniture. Ce recueil de berceuses recueillies par Henriette Major est agrémenté d’un disque et présente les illustrations de six créateurs québécois. Les berceuses proviennent d’époques et de cultures différentes. Un petit bijou pour apaiser bébé, mais aussi les parents par la même occasion !

Plein de livres fantastiques pour les bébés n’ont pas été présentés dans cet article. Et, bien sûr, le panier-cadeau proposé ici fait fi d’un budget à respecter. Mais qu’importe, car l’idée est de vous donner l’envie d’offrir des livres, peu importe l’âge des enfants. Rappeler-vous, il n’est jamais trop tôt pour devenir lecteur ! Imaginez comme c’est bon pour le bébé de se coller contre maman et papa pour regarder des pages toutes colorées et entendre la voix de ces dernier prononcer de doux sons mélodieux. Et comme c’est amusant pour lui de tourner le livre dans tous les sens, de feuilleter ses pages ou de le lancer un peu plus loin pour ensuite aller le rechercher !

* * *

Blanc sur noir, Tana Hoban, Kaléidoscope, 10 p.
Le livre des bruits, coll. «Loulou et cie», École des loisirs, 112 p.
Tous les petits, Jeanne Ashbé, Pastel, n.p.
Binou en couleurs, Dominique Jolin, Dominique et cie, 12 p.
Toupie raconte une histoire, Dominique Jolin, Dominique et cie, 14 p.
Caillou, c’est moi !, Hélène Desputeaux, Desputeaux + Aubin, 10 p.
Devant ma maison…, Marianne Dubuc, La courte échelle, 120 p.
Etmoietmoi ?, Olivier Besson, coll. «Tête de lard», n° 31, Thierry Magnier, 22 p.
Dodo, Antonin Louchard et Katy Couprie, coll. «Tête de lard», n° 23, Thierry Magnier, 22 p.
Ceci est un livre, Antonin Louchard et Martin Jarrie, coll. «Tête de lard», n° 29, Thierry Magnier, 22 p.
Des milliards d’étoiles, Antonin Louchard et Katy Couprie, coll. «Tête de lard», n° 6, Thierry Magnier, 22 p.
Derrière la poussette, Claude Ponti, L’école des loisirs, 8 p.
Le bébé, Pierre Coran, ill. de Guillaume Reynard, coll. «Images en comptines», Père Castor/Flammarion, 58 p.
Tout autour de moi, Claude Perrin, Rue du monde, 28 p.
Chansons douces, chansons tendres, Henriette Major, Fides, 125 p.

Pour en savoir plus :

Les livres, c’est bons pour les bébés, Marie Bonnafé, Hachette, coll. «Pluriel», 202 p.
Tout-petits déjà lecteurs, Colette Barbé-Julien, coll. « La littérature jeunesse, pour qui, pour quoi? », Sorbier, 156 p.


14 mai 2010  par May Sansregret

Un signe de mai ?

Coïncidence ou signe supplémentaire que le joli mois de mai bat son plein ? Ces derniers temps, nous avons reçu une volée de nouveaux titres les mettant en scène, tandis qu’ils sont toute une sarabande à gazouiller dans ma cour… Les voilà de retour pour égayer nos éveils matinaux et manger nos semis : ce sont… les oiseaux !

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Les oiseaux sont très cordiaux. Mais leur besoin de tous se saluer peut rapidement devenir une étourdissante «cocophonie» !

Salut !, Perrine Dorin, Le Rouergue, 2008, 30 p.

Il n’empêche que leur chant est l’une des plus belles musiques à écouter…

L’étrange projet de monsieur G., Gustavo Roldán, Sarbacane, 2010, n.p.

Même sous les latitudes boréales, où ceux-ci bercent les aurores…

Ô corbeau, Marcus Malte, ill. de Rémi Saillard, Syros jeunesse, coll. «Albums», 2010, 40 p.

N’est-ce pas que si nous possédions leurs ailes, nous bouclerions sans doute nos valises ?

Les migrants, Mariana Chiesa Mateos, coll. «Les ethniques», Le Sorbier, 2010, n.p.

N’est-ce pas qu’il se dégage d’eux un irrésistible vent de liberté ?

Mes petites fesses, Jacques Godbout, ill. de Pierre Pratt, Les 400 coups, coll. «Grimace», 2002, 32 p.

Été, hiver, printemps ; tandis que certains sont fidèles au poste, d’autres résistent tant bien que mal aux caprices du temps, et nous reviennent parfois… curieusement remplumés !

Pas si bête, Philippe Béha, Hurtubise HMH, 2005, 88 p.

Ainsi, de leurs plumages bariolés, ils nous attirent et nous confondent ; sans doute est-ce contagieux, hein Monsieur Hulot ?

Le Jacquot de Monsieur Hulot, David Merveille d’après Jacques Tati, Le Rouergue, 2005, 32 p. dépliantes.

Il faut dire qu’avec eux nous ne sommes jamais au bout de nos surprises ; qui sait ce qui peut sortir d’un œuf ?!

Drôle d’œuf, Emily Gravett, Kaléidoscope, 2008, 26 p.

Ou qui sait même se qui se cache réellement sous cette tête ? Qu’en dites-vous ?

Canard ! Lapin !, Amy Krouse Rosenthal, ill. de Tom Lichtenheld, Kaléiodoscope, 2009, 36 p.



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