Le Délivré

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22 septembre 2010  par May Sansregret

Entre bulles de savon et boules de coton : les livres de bain et de tissu

Le 16 juin dernier, je publiais sur le blog Mission : constituer la bibliothèque de bébé ! Suite à cet article, un commentaire d’une lectrice m’a titillé tout l’été. Pauline se plaignait (et avec raison) du manque de qualité de la production des livres en tissu : « Pourquoi les livres pour les tout-petits (livres-doudous, mous) sont-ils tous aussi gnangnan? Ro-roses pour les fi-filles, bleu-bleus pour les ga-garçons? Personne ne fait des livres en tissu un peu plus funky pour les mini-pitchouns? » Ma réponse arrive tardivement, mais j’ai pris le temps d’y réfléchir. Les livres en tissu, tout comme les livres de bain, ne font pas partie de mes incontournables. Mon choix se porte toujours sur un « vrai livre » plutôt que sur un « livre-jouet ». Avec ce type de livre, j’ai toujours l’impression que le côté « jouet » laisse rarement de place au côté « livre ». De plus, leur prix est souvent faramineux et la qualité de l’impression des plus douteuses. Néanmoins, le livre en tissu ou de bain présente quelques avantages, dont la facilité d’entretien et de manipulation. Mais comme mon leitmotiv en librairie est « Il est nécessaire de présenter une variété d’œuvres aux enfants pour stimuler leur curiosité et leur sens critique », j’ai décidé d’explorer la production des livres de bain et de tissu. Quelques belles découvertes m’attendaient… Je vous les partage avec l’aide de bébé Raoul :

Les livres en tissu

À son réveil, bébé Raoul aperçoit une forme dans un coin de sa couchette. Il l’attrape d’une  main et se blottit contre elle. Oh ! comme c’est doux ! Oh ! comme c’est mou ! Tout à coup, bébé veut en savoir plus. Il ouvre cette chose ronde et duveteuse sur laquelle est inscrit Qui veut jouer avec moi ? Son intérêt est vite capté par les queues d’animaux qui sortent littéralement des pages : celle du cochon est toute frisottée, alors que celle de la vache émet un tintement pareil à celui d’un hochet. Les queues d’animaux permettent à bébé Raoul de tourner facilement les pages. Une fois à la fin du livre, il referme son poing sur la boule de laine à l’extrémité de la queue du mouton. C’est elle sa préférée !

Peu de temps après, maman laisse bambin au salon en compagnie d’un duo de livres énigmatiques. Si bébé les touche, un son bizarre chatouille ses oreilles. Qu’à cela ne tienne, le vif Raoul s’empare du plus petit des deux, explore les ailes qui craquent et se plient. Bébé tient entre ses mains une coquette coccinelle qui cache une histoire sous son ventre. Ce livre appartient à la collection « Les mini craquants », soit quatre livres d’éveil qui prennent la forme de petites bêtes et d’insectes[1]. Chacun d’eux raconte une histoire tout en offrant des bruits de froissement et des textures amusantes pour les petits doigts.

Après que la coccinelle eût réalisé son premier vol plané, Raoul est attiré par le petit carré de tissu qui l’attend patiemment depuis quelques minutes. C’est Noir, blanc et rouge, un livre qui, comme ceux de la collection précédente, propose des pages qui font « cric-et-crac » et donne à voir des petites bêtes. Bébé Raoul s’attarde longuement sur l’image de la coccinelle. Il reconnaît la bestiole, celle qui dort maintenant à quelques pas de lui. Les images en noir, blanc et rouge fascinent longtemps petit Raoul, tout comme les vignettes de tissu qui sortent des pages.

Voilà qu’au milieu de la matinée, bébé Raoul est impatient. Maman le convie alors pour une promenade dans le parc. En catimini, un compagnon aux grandes oreilles se joint à eux, c’est Lapin qui désire aussi prendre un peu d’air frais. Assise sur un banc, maman présente la peluche mollassonne à petit Raoul bien installé dans sa poussette. Celui-ci la porte à sa bouche. Youpi ! Un nouvel ami qui goûte bon ! Puis, maman promène la peluche à travers les pages de son livre, intitulé Où te caches-tu, lapin ? Au fil des doubles pages, Lapin vaque à ses activités : il mange de la laitue et une carotte que l’on détache de la page ; il se cache derrière un buisson ; et finalement, il se blottit dans son terrier. Comme sa peluche, Raoul s’endort tout en douceur…

Les livres de bain

En soirée, c’est l’heure du bain pour bébé Raoul. Flotte autour de lui un vaste choix de livres en plastique souple. Quand maman prend Petit escargot et chante la comptine, il s’empare de l’escargot gonflé qui accompagne le livre. Au rythme de la mélodie, il plonge la tête de la bête dans l’eau. En chantant, maman lui montre les images du livre. Elles agrémentent joliment les paroles de la comptine :

Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Aussitôt qu’il pleut,
Il est tout heureux
Il sort sa tête !

La maman de Raoul est heureuse de son choix, car elle a hésité longtemps entre Petit escargot et d’autres titres de la collection « Bulles et cie ». Ils ont tous un petit quelque chose de particulier, en plus d’être accompagnés d’une silhouette à gonfler. Il y a Au bain, petit croco! ; Séraphin, le petit dauphin ; et Baba, la baleine.

Bébé Raoul veut maintenant s’amuser en compagnie de Binou. Avec Ça flotte, Binou ?, il apprend que même une crotte peut flotter ! Avec À l’eau, Binou !, il comprend qu’on peut se baigner ailleurs que dans une baignoire. Chose certaine, avec Binou, on rit à tout coup !

Près de Raoul flotte maintenant Fais comme moi !, le livre de bain du personnage de Pénélope. Sa maman lui a déjà raconté cette histoire. Pénélope y invite les tout-petits à se laver et à se frotter afin d’être tout propre. Surtout, il ne faut pas oublier les pieds ! Raoul adore Pénélope ; il la connait grâce aux livres de la collection « Les bêtises Pénélope » que lui lit son papa. Mais attention, ces derniers, tout en papier, ne vont pas dans le bain !

Avant de sortir de la baignoire, la maman de Raoul lui raconte Les bains de la collection « Les Toumouillés », un livre où les mamans donnent le bain à leurs bébés animaux. Chaque animal y prend un bain différent : un bain gelé pour l’ourson polaire, un bain douche pour l’éléphanteau et un bain rugueux pour le petit tigre. Et le bain de bébé Raoul ? Et bien, l’eau commence à refroidir. Il est temps de sortir ! Demain, maman lui racontera Les câlins

Livres en tissu
Qui veut jouer avec moi ?, ill. de Marion Billet, Tourbillon.
Noir blanc rouge, Tourbillon.
La coccinelle, coll. « Les mini craquants », Piccolia.
Où te caches-tu, Lapin ?, Iris de Moüy, Tourbillon.

Livres de bain
Petit escargot, Bridget Strevens-Marzo, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Au bain, petit croco!, Sylvain Diez, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Séraphin, le petit dauphin, Xavier Deneux, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Baba la baleine, Judith Drews, coll. « Bulles et cie », Tourbillon.
Ça flotte, Binou ?, Dominique Jolin, Dominique et compagnie.
À l’eau, Binou !, Dominique Jolin, Dominique et compagnie.
Fais comme moi ! Le livre de bain de Pénélope, Anne Gutman et Georg Hallensleben, Hachette.


[1] En plus de la collection « Les mini craquants », il y a « Les animaux craquants ». Ces derniers sont tout  aussi intéressants, mais en plus grand format.

[2] Vous trouverez facilement l’air de la comptine Petit escargot sur Internet.


2 août 2010  par May Sansregret

Ceux qu’on pensait ne jamais aimer

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Les contes traditionnels fourmillent d’êtres détestables et tyranniques qui sèment nombre d’embûches sur la route du héros ou de l’héroïne. Tel est le rôle généralement attribué aux belles-mères, celles qui, on s’en souvient, ont rendu si pénible la vie de Cendrillon et de Blanche-Neige. Heureusement, cet héritage n’a pas empêché la littérature romanesque pour la jeunesse de délaisser ce stéréotype pour réactualiser complètement le personnage.

C’est ainsi qu’Anne Vantal nous présente, dans Chère Théo, une belle-mère grecque aussi exotique que fascinante, dotée d’une magnifique authenticité. L’attachement qui naît entre elle et l’héroïne est extrêmement fort et demeure au premier plan du roman. Rapidement, la jeune fille souffre d’un sentiment de culpabilité face à sa mère, mais l’auteur en profite pour livrer au lecteur un savoureux entretien où la mère explique pourquoi elle ne se sent en rien menacée. Malgré tout, un véritable drame survient plus tardivement dans le récit lorsque le de la jeune fille et Théo se quittent. Cette femme, qui fut si longtemps dans sa vie, disparaît tout à coup : « L’arrivée de Théo avait été un cadeau des dieux. Son départ, un coup du diable. » En fait, Chère Théo constitue un véritable hommage aux individus qui croisent notre vie et qui, heureusement, y laissent une parcelle d’eux-mêmes.

Dans la même lignée, mais pour les plus jeunes lecteurs, Nancy Montour nous offre Le Cœur au vent, un roman illustré avec chaleur et poésie par Geneviève Côté. Cette fois-ci, le récit relate le temps d’apprivoisement entre l’héroïne et son beau-père. Ce dernier, à l’image de l’ancre tatouée sur son bras, prétend être un port d’attache pour cette famille meurtrie. Au fil du récit, il parvient à se hisser dans le cœur de la petite. C’est avec philosophie et admiration qu’elle l’accueille volontiers dans sa vie : « (…) Vincent, lui, a choisi de veiller sur moi parce que mon papa n’est plus là. »

Dans Tu parles Charles, le héros de Vincent Cuvellier trouve aussi du réconfort, mais pas là où il s’y attendait. Ses parents, autrefois séparés, sont à nouveau ensemble, mais il semble qu’ils n’en aient plus pour bien longtemps. Les chicanes se poursuivent et le héros sent l’inévitable approcher. De plus, il doit chaque jour apporter les devoirs à un garçon de sa classe, Charles, qui est alité à la suite à un accident. Il le fait à contrecœur, car il le considère comme un « type pas comme les autres » qui a « une tête de vieux, des habits de vieux » et même que « quand il n’est pas là, on ne le remarque même pas ». Pourtant, il se sent mieux aux côtés de Charles. Peu à peu, il découvre son humour, ses intérêts et sa véritable personnalité. Étrangement, cette nouvelle amitié saura alléger les souffrances qui le submergent.

Ainsi, bien que ces trois textes traitent d’un sujet très précis, idéal pour susciter des discussions, ils offrent surtout un magnifique moment de lecture empreint d’émotion et de sensibilité. Il est même surprenant de voir de quelle façon ils nous démontrent que, parfois, ceux que l’on croyait nos ennemis viennent tout doucement, à la manière d’une fée marraine, améliorer notre existence.

* * *

Chère Théo, Anne Vantal, ill. de Marc Boutavant, Actes Sud Junior, coll. «Les premiers romans», 70 p.
Le Cœur au vent, Nancy Montour, Dominique et compagnie, coll. «Roman rouge», 43 p.
Tu parles, Charles !, Vincent Cuvellier, Éditions du Rouergue, coll. «ZigZag», 87 p.


Autres titres sur le thème du divorce :

Le Dé-mariage, Babette Cole, Seuil jeunesse, 40 p.
Ma maman ours est partie, René Gouichoux, ill. de Olivier Tallec, Père castor/Flammarion, 30 p.
Un chien dans un jeu de quilles, Carole Tremblay, ill. de Dominique Jolin, Soulières, coll. «Chat de gouttière», 167 p.


* Date originale de publication : 19 septembre 2004


26 juillet 2010  par May Sansregret

Le livre mis en scène !

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Quel ravissement de voir que la production estivale nous offre une quantité remarquable d’albums jeunesse où l’objet livre se trouve mis en scène de manière tout à fait surprenante ! Voilà une belle occasion de faire découvrir aux jeunes lecteurs à quel point cet objet est unique et fascinant ! De plus, cela permet à l’enfant qui ne lit pas habituellement de s’approprier le livre, d’en observer toutes les facettes et, finalement, de le démystifier.

Commençons l’aventure avec Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, ouvrage au titre provocateur qui permet au lecteur de braver d’emblée – avec un bonheur certain! – une interdiction. Mais attention. Dès la première page, un porcelet plutôt grognon nous accueille avec aplomb : «Non mais, pour qui tu te prends ? Depuis quand on ouvre un livre quand il est clairement marqué sur la couverture SURTOUT, N’OUVREZ PAS CE LIVRE !?» Cette adresse au lecteur persiste tout au long de la lecture; tourner chacune des pages nous est défendu. C’est que le curieux auteur n’a pas terminé l’écriture de son livre. En fait, on s’aperçoit rapidement que notre action de lecteur agit directement sur l’histoire. Pour freiner notre course, l’étrange personnage va même jusqu’à mettre un mot extrêmement lourd – ROC – sur la page afin que nous soyons incapables de la tourner. Quelle idée ! Après avoir joué avec les mots de dizaines de façons, ce livre propose un dénouement savoureux, puisque le lecteur a aidé l’auteur à la queue en tire-bouchon à surmonter le syndrome de la page blanche pour créer une histoire rocambolesque à souhait.

Poursuivons notre itinéraire avec Le Livre de Charlie, un second album qui propose une initiation à l’art du récit. Le récit s’ouvre avec un petit garçon prénommé Charlie, qui ouvre son livre préféré. À la page suivante, la magie s’opère, le lecteur pénètre dans le livre lu par l’enfant : Contre vents et marées. Récit d’un vieux loup de mer. Nous y découvrons un capitaine qui ouvre un coffre contenant un livre. Vous l’aurez deviné : en tournant la page, nous plongeons dans le récit de ce nouveau livre et ainsi de suite jusqu’à la fin. Le lecteur aura donc l’opportunité de lire, entre autres, un conte traditionnel, une encyclopédie et même un magazine ! La finale est savoureuse, puisque le livre lu par le dernier personnage raconte l’histoire d’un petit garçon nommé Charlie ! Cet ouvrage fort bien construit propose également un jeu d’observation dans les illustrations. Dans la pièce où lit Charlie, des détails du décor représentent les personnages que nous découvrirons au fil de la lecture. Par ailleurs, dans la dernière illustration, en apparence semblable à la première, ils sont remplacés par les personnages réels. Portez également une attention particulière aux pages de garde, qui montrent une tablette remplie de livres, soit tous les livres présentés dans l’album.

Pour clore le voyage en beauté, les éditions Rue du monde ont publié deux titres dans la collection «L’atelier de l’imagination» qui permettent au lecteur de créer mille et un récits. Avec La Petite Bibliothèque imaginaire, nous découvrons une vingtaine de couvertures de livres, chacune accompagnée par un résumé et de courtes critiques. Tous ces éléments nous permettent d’imaginer l’histoire que nous désirons car, rappelons-le, aucun de ces livres n’existe réellement ! Il était une fois… Il était une fin propose quant à lui des images qui aident le lecteur à créer ses propres récits. Avec la page de gauche («Il était une fois…»), nous démarrons l’histoire, tandis qu’avec celle de droite («Il était une fin»), nous pouvons la terminer.

Voici des livres qui montreront aux jeunes lecteurs que la lecture appartient avant tout au domaine du ludique, tout en mettant l’accent sur le fait qu’un livre peut revêtir de multiples formes. Bref, du traditionnel à l’exceptionnel !

* * *

Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, Michaela Muntean, ill. de Pascal Lemaître, Milan Jeunesse, 36 p.
Le Livre de Charlie, Julia Donaldson, ill. de Axel Scheffler, Autrement Jeunesse, 28 p.
La Petite Bibliothèque imaginaire, Alain Serres et vingt illustrateurs, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 46 p.
Il était une fois… Il était une fin, Alain Serres, ill. de Daniel Maja, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 40 p.


* Date originale de publication : 28 août 2006



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