Le Délivré

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7 mars 2013  par Maxime Nadeau

La Librairie Monet inaugure le tout premier Cabaret des Soirs rouges

Le jeudi 14 mars prochain à 19 h aura lieu à la Librairie Monet le tout premier Cabaret des Soirs Rouges, une nouvelle série de soirées de poésie que nous espérons tenir régulièrement. Pour ce premier cabaret, nous sommes fiers d’accueillir les poètes Éric Bélanger, Jean-Paul Daoust, Roger Des Roches, Fernand Durepos, Geneviève Gravel-Renaud, François Guerrette et Joëlle Hodiesne, qui viendront tour à tour lire de leur poésie. La soirée se déroulera dans une ambiance lounge, et du vin sera servi.

Le nom du cabaret se veut un hommage au recueil Les Soirs rouges de Clément Marchand, poète québécois important qui a célébré, croyez-le ou non ! son centième anniversaire en 2012.

Pour réserver des places, on appelle au 514-337-4083 ou on écrit à evenements@librairiemonet.com.


13 juin 2012  par Maxime Nadeau

Les prix littéraires du printemps

L’été approche à grands pas, et le Délivré compte bien vous suggérer des lectures pour les vacances dans les prochaines semaines. Pour ce faire, nous commençons par un retour sur les prix littéraires remis dernièrement au Québec, question de vous ouvrir l’appétit…

Tout d’abord, un véritable coup de cœur des lecteurs, des libraires et des critiques : Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier. L’automne dernier, l’auteure devenait la première Québécoise à remporter le Prix des cinq continents de la Francophonie, avant de se mériter en 2012 le Prix des collégiens, puis le Prix des lecteurs Radio-Canada le 17 avril dernier… quelques minutes avant sa causerie à la Librairie Monet ! Un moment magique qu’on peut voir sur le site d’airelibre.tv, comme toutes les autres causeries ayant eu lieu à la Librairie Monet. Par le bouche à oreille, les prix et les critiques, Il pleuvait des oiseaux a connu plusieurs vies, et il s’avérerait encore une sélection de choix à glisser dans votre  valise si vous ne l’avez pas encore lu !

À la mi-mai ont aussi été dévoilés les gagnants du Prix des libraires du Québec : Arvida de Samuel Archibald (Le Quartanier) dans la catégorie Roman québécois et Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan (JC Lattès) dans la catégorie Roman hors Québec. Ce dernier a d’ailleurs plu à pas mal de libraires de la Librairie Monet, qui ne cessent de le recommander. Nous verrons d’ici quelques semaines sur Le Délivré si Rien ne s’oppose à la nuit (et son merveilleux titre tiré d’une chanson de Bashung !) fera partie des recommandations des libraires pour l’été, mais nous ne croyons pas que le lecteur fasse fausse route en apportant en vacances un des deux lauréats du Prix des libraires !

Côté poésie, le lundi 11 juin dernier était remis à la Grande Bibliothèque le prestigieux prix Émile-Nelligan, qui récompense chaque année depuis 1979 un recueil de poésie d’un poète de 35 ans ou moins. Cette année, le prix a été remis à Mahigan Lepage pour Relief (Le Noroît), devant deux finalistes de taille, Jean-Philippe Bergeron (Géométrie fantôme, Poètes de brousse) et Marie-Josée Charest (Le reste du monde, Les Herbes Rouges). Le gagnant s’est mérité une bourse de 7500 $, une tournée à l’étranger et une médaille de bronze à l’effigie de Nelligan, alors que les finalistes se voyaient quant à eux remettre une bourse de 500 $. Si le gagnant a l’honneur de faire partie d’une prestigieuse liste de lauréats, une part de l’« aura » du prix réside dans le prix en argent, qui provient de la Fondation Émile-Nelligan. Pour faire court, les bourses proviennent des droits d’auteur d’Émile Nelligan lui-même, une filiation que ne renient sans doute pas les trois poètes !

Nous vous suggérons de visiter la page du prix pour lire les clairvoyants commentaires du président du jury de cette année, Benoit Jutras, sur les trois livres en nomination. Trois propositions de lecture fort différentes de jeunes poètes à suivre, comme vous pourrez le constater…

À peine deux semaines plus tôt, le 31 mai dernier, on décernait le tout premier Prix du Festival de la poésie de Montréal, qui succède au Prix des lecteurs du Festival. Le jury a récompensé, parmi la riche présélection de recueils, Vieillir (Les Herbes Rouges) de Louis-Philippe Hébert, un poète au parcours atypique et à la poésie empreinte d’humour. Les trois autres finalistes étaient Alexis Lefrançois (Je vous rejoindrai au terminus vide, La Pleine Lune), Antoine Boisclair (Le Bruissement des possibles, Le Noroît) et Benoit Jutras (Verchiel, Les Herbes rouges). Ces quatre bons recueils, assez accessibles, pourraient être feuilletés à profit par un lecteur désireux de faire de belles découvertes en poésie !

Bientôt, Le Délivré publiera les suggestions des libraires. D’ici là, faites-nous part des vôtres ! Quels livres suggéreriez-vous parmi ceux que vous avez lus récemment ? Quels livres avez-vous hâte de lire en vacances ? Nous attendons vos réponses !

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Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier, 2011, XYZ, 179 p., 9782892616040*
Arvida, Samuel Archibald, 2011, Le Quartanier, 334 p., 9782896980000*
Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, 2011, JC Lattès, 436 p., 9782709635790*
Relief, Mahigan Lepage, 2011, Le Noroît, 9782890187252*
Vieillir, Louis-Philippe Hébert, 2011, Les Herbes Rouges, 135 p., 9782894193211*

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1 mai 2012  par Maxime Nadeau

Que reste-t-il de Nos Amours ?

Irrémédiablement, la mélancolie gagne chaque printemps les amateurs québécois de baseball, orphelins de leurs Expos, « Nos Amours », depuis 2004. Le morne Stade olympique reste vide alors que 30 autres villes nord-américaines s’activent au rythme du baseball majeur depuis la fin du mois de mars. Le vide se fait d’autant plus ressentir que, côté hockey, c’est plutôt tranquille à Montréal, pour dire le moins…

Mais comment peut-on, rétorqueront certains, déplorer l’absence de baseball, le sport le plus ennuyeux qui soit ? Serge Bouchard et le regretté Bernard Arcand ont consacré de fort belles pages au baseball dans Du pâté chinois, du baseball et autres lieux communs, paru en 1995. Ils ont tenté de comprendre l’engouement pour le baseball de leur point de vue d’anthropologues en nous livrant de courtes mais pénétrantes réflexions sur ce sport tout à fait différent des autres sports populaires en Amérique. À la fois collectif et individuel – on joue en équipe, mais chaque joueur frappe à tour de rôle au bâton – le baseball n’a rien du hockey, du football, du soccer et du basketball, avec leurs attaques et leurs défenses, stratégies déployées sur le terrain comme celles de la guerre sur un champ de bataille. Il se démarque comme le plus « humain » des sports : seul le baseball comptabilise systématiquement les erreurs, dont la place est prévue sur la feuille de pointage. Et pas de façon détournée, comme dans « ballon échappé » ou « revirement provoqué ». Non ! « Erreur » ! Dans un même ordre d’idées, le baseball comprend une grande diversité de physiques parmi les joueurs : un bon alignement – nous pourrions nous attarder des articles complets sur l’art de l’alignement des frappeurs au baseball ! – demande une complémentarité des talents, ce qui donne une place à chacun, tant au petit maigre qui vole des buts qu’au grand obèse qui frappe avec puissance, qu’à l’athlétique qui combine plusieurs talents ou qu’au rondouillet qui réussit à mystifier les frappeurs avec sa maîtrise de la balle papillon. Cette caractéristique fait du baseball un sport particulièrement convivial pour les amateurs qui le pratiquent, tant dans une ligue que de façon plus occasionnelle.

Toutefois, là où se démarque le plus le baseball, c’est dans son rapport au temps : le baseball se joue sans chronomètre ! Véritable porte sur l’infini, un match de baseball dure… le temps qu’il dure, c’est-à-dire neuf manches, et autant de manches supplémentaires qu’il le faut pour qu’il y ait un gagnant, en cas d’égalité. Paradoxe tout à fait fascinant, on peut considérer un match de baseball comme fort long ou incroyablement court : un match de baseball dure généralement environ trois heures, et davantage en séries éliminatoires, mais, sur cette période de temps, la balle ne serait en jeu… que six ou sept minutes ! Alors que peuvent trouver les amateurs à ce sport ennuyant au possible ? Les stratégies, les décisions, les statistiques, bien sûr, mais aussi ce flottement, cette absence de pression qui laisse le temps au temps, qui permet de savourer chaque instant. On discute avec un ami assis à ses côtés, on regarde passer un lancer, on commente, on cesse de parler, et on regarde encore. Le baseball est l’apprentissage du silence : quand le garder, quand le briser. Les amateurs vous diront d’ailleurs qu’il n’y a rien de mieux qu’une partie de baseball à la radio : on y décrit la partie, puis, pour occuper le reste du temps, le descripteur et l’analyste partagent statistiques, analyses, stratégies, anecdotes et souvenirs, le tout entrecoupé de pauses qui laissent l’auditeur à l’atmosphère du stade, à son propre silence et à ses réflexions. Le baseball est donc lieu de l’imaginaire où se construisent sans arrêt des récits faits de statistiques, de prévisions, de souvenirs, de records et de vies de joueurs. En ce sens, par le foisonnement des récits qu’il engendre et par sa « lenteur », le baseball apparaît comme le plus littéraire des sports.

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Pour que le baseball soit intéressant à regarder à la télévision ou à écouter à la radio, il doit pouvoir disposer de bons conteurs, et les amateurs de baseball ont été choyés à ce titre à Montréal : Jacques Doucet a décrit plus de 5 000 parties de baseball à la radio, inventant littéralement des termes de baseball encore inexistants en français et comblant des millions d’auditeurs par l’acuité de ses descriptions, sa profonde connaissance du baseball et sa maîtrise du français. Heureusement pour les nostalgiques des Expos, Jacques Doucet s’est allié les services du scénariste Marc Robitaille pour écrire l’histoire des Expos en deux tomes de 600 pages chacun, rien de moins ! À défaut d’avoir du baseball des ligues majeures à se mettre sous la dent, les amateurs de baseball pourront replonger dans l’histoire de « Nos Amours » et revivre les grands souvenirs de cette formidable aventure.

Dans le premier tome de Il était une fois les Expos, Doucet et Robitaille couvrent les années 1969 à 1984, celles des débuts et d’un premier âge d’or, où les Expos supplantaient même les Canadiens en popularité. On commence au parc Jarry et on y suit la controversée construction du Stade olympique, en revivant l’effervescence des débuts, le passage du Grand Orange, Rusty Staub, l’arrivée d’un Québécois dans l’organisation, Claude Raymond, et la première grande époque des Expos, avec Gary Carter, Andre Dawson, Tim Raines et consorts. On revit aussi le douloureux match du Blue Monday, en 1981, où un circuit de Rick Monday allait éliminer les Expos des séries, de même que le 4 000e coup sûr en carrière de Pete Rose. Beaucoup l’avaient oublié, mais Rose a accompli l’exploit dans l’uniforme des Expos ! Le deuxième tome couvre quant à lui l’histoire des Expos de 1985 à leur départ pour Washington, en 2004. On a, entre autres, droit aux belles années de Dennis Martinez et à son match parfait – sur les 21 matchs parfaits de l’histoire du baseball majeur, Doucet en a décrit 2 ! –, à la fabuleuse saison de 1994 (Larry Walker, Moises Alou, Marquis Grissom…), à la vente de feu qui l’a suivie, à la déception des partisans, aux bons moments de Henry « O’ Henry » Rodriguez, aux débuts fracassants de Pedro Martinez et de Vladimir Guerrero, et finalement au déménagement des Expos.

L’écriture haletante de Il était une fois les Expos rend la lecture des deux tomes tout à fait passionnante. Le long cours des saisons y est bien raconté, avec les bonnes et mauvaises séquences de l’équipe et de certains joueurs, un arrêt sur des matchs importants, et juste assez de statistiques et d’anecdotes. On a l’impression d’entendre la voix de Jacques Doucet tant l’écriture rend bien ses récits et fait revivre avec force les bons (et mauvais !) souvenirs, au point de souvent réussir à émouvoir le lecteur. Pour tout amateur des Expos, il s’agit de deux livres absolument incontournables. À lire, à lire, à lire !

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Michel Nareau, professeur de littérature au Collège militaire royal du Canada, vient de tout juste de publier au Quartanier Double jeu, un essai sur le baseball dans la littérature américaine, au sens continental du terme. Nous proposons d’y revenir à la fin du mois de mai, avec quelques suggestions de romans de baseball à lire cet été.

Vous-mêmes, avez-vous des suggestions de livres de baseball ? Faites-nous en part, et nous y reviendrons à la fin du mois !

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Du pâté chinois, du baseball et autres lieux communs, Bernard Arcand et Serge Bouchard, 1995, Boréal, coll. « Papiers collés », 210 p., 9782890527133*
Double jeu, Michel Nareau, 2012, Le Quartanier, coll. « Erres Essais », 397 p., 9782923400914*
Il était une fois les Expos Tome 1 : Les années 1969-1984, Jacques Doucet et Marc Robitaille, 2009, Hurtubise, 600 p., 9782896470921*
Il était une fois les Expos Tomes 2 : Les années 1985-2004, Jacques Doucet et Marc Robitaille, 2011, Hurtubise, 600 p., 9782896475179*

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16 avril 2012  par Maxime Nadeau

La littérature japonaise et le Titanic à l’honneur !

Deux tristes événements importants de l’histoire mondiale sont commémorés en cette année 2012 : le 11 mars dernier marquait le premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, alors que le naufrage du Titanic date d’un siècle depuis le 14 avril. Pour souligner ces commémorations, nos libraires ont travaillé à des présentations pour mettre en valeur la littérature japonaise et les livres portant sur le Titanic.

En mars dernier, le Salon du livre de Paris a fait du Japon son « invité d’honneur », question de mettre de l’avant la littérature japonaise de même que les nombreux débats suscités par la catastrophe de Fukushima. Dans la foulée, pas moins de trois revues littéraires françaises disponibles à la librairie ont consacré un dossier complet à la littérature japonaise : Le Magazine Littéraire, Lire et Books. Parmi les parutions récentes, soulignons trois titres : le troisième et dernier volume de 1Q84 de Haruki Murakami ; Les lectures des otages de Yoko Ogawa; et Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de Kenzaburô Ôé, prix Nobel de littérature de 1994. Ces titres, et plusieurs autres, sont situés sur la table de présentation dédiée à la littérature japonaise montée par notre collègue Benoit. De belles suggestions de lecture, tant pour les adeptes d’auteurs japonais que pour les lecteurs avides de découvertes.

Le naufrage du Titanic a eu lieu il y a maintenant 100 ans, le 14 avril 1912. Pour plusieurs historiens et philosophes, l’événement marque la première désillusion d’envergure qui allait mettre à mal le concept de progrès, désillusion qu’allait accentuer peu après la Première Guerre mondiale. Mais la fabuleuse aventure du Titanic, l’insubmersible paquebot qui a fini par couler, continue de fasciner. Notre vitrine, signée Joëlle et Caroline, présente des livres qui traitent du Titanic, que ce soit de son histoire, du bateau lui-même, de témoignages de survivants du naufrage ou même des recettes servies dans ses restaurants. Notons aussi deux livres contenant un modèle réduit du bateau, Titanic : le Titanic à monter soi-même et Titanic : White Star Line : le livre et sa superbe maquette à construire. De tout pour tous les lecteurs (et bricoleurs !) intéressés par le Titanic, jeunes et moins jeunes !

L’autre vitrine de la Librairie Monet, œuvre de notre collègue Joëlle, présente des livres sur le thème du sommeil, haut-lieu de l’imaginaire qui inspire tant de beaux livres pour les enfants. Elle contient surtout des livres jeunesse, mais aussi quelques ouvrages pour adultes destinés à vaincre les troubles du sommeil. De l’histoire d’un petit garçon qui compte les moutons aux conseils de médecins pour combattre l’insomnie, toutes les solutions sont bonnes pour réapprivoiser la nuit et bien dormir !

À la recherche d’idées de lecture ? Ces présentations, et bien d’autres, vous attendent à la Librairie Monet pour vous inspirer !

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1Q84 : Livre 1, Haruki Murakami, 2011, Belfond, 533 p., 9782714447074*
1Q84 : Livre 2, Haruki Murakami, 2011, Belfond, 529 p., 9782714449849*
1Q84 : Livre 3, Haruki Murakami, 2012, Belfond, 529 p., 9782714449856*
Les lectures des otages, Yôko Ogawa, 2012, Actes Sud, 189 p., 9782330005238*
Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, Kenzaburô Ôe, 2012, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 233 p., 9782070136902*
Titanic : le Titanic à monter soi-même, 2012, Taschen, 76 p., 9783836530828*
Titanic : White Star Line : le livre et sa superbe maquette à construire, coll., 2012, Larousse, 18 p., 9782035862037*
La table du Titanic : 40 recettes avant l’iceberg, Xavier Manente, 2012, Alma Éditeur, 201 p., 9782362790157*

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5 mars 2012  par Maxime Nadeau

Denise Boucher, encore et toujours voyelle !

Décidément, la voyelle (voyou, au féminin !) n’a pas encore dit son dernier mot. À 76 ans, la poète, dramaturge, parolière et journaliste Denise Boucher porte désormais aussi le chapeau de « jeune » romancière, elle qui a publié l’automne dernier son premier roman, Au beau milieu, la fin. On y suit le personnage d’Adèle dans les lettres qu’elle envoie à une amie et où il est question de la vieillesse vécue quotidiennement, tant par elle que par son entourage. Sujet dont on traite assez peu, quand on y pense bien… Et pas question d’adopter un ton misérabiliste, bien au contraire : Denise Boucher arrive à nous convaincre que la vieillesse, malgré ses inconvénients, peut être une formidable aventure, car « le cœur et le cerveau sont des organes qui se conservent mieux que les os ». Dans les bonheurs, misères et révoltes d’une Adèle attachante et pleine d’esprit filtre un désir de dignité et de respect, et une indignation face à l’infantilisation des personnes âgées, le tout dans un livre qui se laisse lire d’un trait ! En complément de lecture, je vous propose d’écouter l’entrevue que Boucher a donnée à l’émission de radio La librairie francophone du 25 février dernier, où elle se pose des questions fort pertinentes, notamment sur la lutte au droit à l’euthanasie et ce qu’elle couvrirait selon elle, soit le tabou de la vieillesse et la peur de la souffrance.

Une œuvre conséquente

Avec les Fées ont soif, Denise Boucher réclamait le droit des femmes à la jouissance. La jouissance de pouvoir être dans toute leur plénitude, avec leur corps, leurs désirs et leurs idées, affranchies des contraintes et des stéréotypes (la mère, la sainte, la putain) qu’on leur imposait alors plus qu’aujourd’hui. J’aurais pu écrire liberté plutôt que jouissance, mais cela m’aurait semblé occulter le côté festif et souvent humoristique du féminisme dont se réclame Denise Boucher, cette même auteure qui a nommé son premier recueil de poésie Cyprine, et qui se dit elle-même « féministe phallophile, radicale au boutte » (dans la préface de En beau fusil de Francine Déry). Dans Les fées ont soif, on sent la jubilation de l’affranchissement par la prise de parole, une parole décomplexée qui nomme, attaque et réclame, mais qui rit, aime et s’amuse. Un peu dans cette lignée, Au beau milieu, la fin s’attaque à un tabou, la vieillesse, et poursuit une œuvre qui aura toujours porté un certain militantisme dans une révolte festive, voire hédoniste. Et Denise Boucher ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : dans son autobiographie publiée en 2007, Une voyelle, elle annonce que la prochaine révolution sera celle des vieux. « S’il le fallait, nous, nous trouverions bien les moyens de nous défendre et je me referais mégère avec beaucoup d’imagination. » Qu’on se le tienne pour dit !

Une femme parmi d’autres

Avec la Journée internationale des Femmes qui aura lieu ce jeudi, 8 mars, c’est l’occasion rêvée de, justement ! lire l’autobiographie de Denise Boucher. Ce qui frappe dans Une voyelle, c’est de constater à quel point les acquis des femmes dans leur quête d’égalité sont récents, donc fragiles. Les plus jeunes y apprendront notamment qu’une dixième année d’enseignement public n’a été accordée aux filles qu’en 1950, et que l’accès à la pilule anticonceptionnelle ne date que de 1960. Boucher revient aussi sur le procès que lui ont intenté des intégristes catholiques pour bannir Les fées ont soif à la fin des années 70, pourtant plusieurs années après ce qu’on a appelé la « libération de la femme ». À travers la vie de Boucher, une femme qui a vécu somme toute assez librement, quitte à défoncer quelques portes, le lecteur suit l’évolution de la condition des femmes de toute sa génération, mais aussi les destins croisés de personnages ayant marqué le Québec : Gaston Miron, Germaine Guèvremont, Gérald Godin, Pauline Julien, Alfred DesRochers, Gerry Boulet, Patrick Straram, Jean-Louis Roux, etc. Il y est même question de parties de ping-pong avec un certain… Henry Miller ! Accordons-le à Madame Boucher : ce n’est pas un jeune qui pourrait se vanter de pareil exploit !

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Au beau milieu, la fin, Denise Boucher, 2011, Leméac, 157 p., 9782760933378*
Une voyelle, Denise Boucher, 2007, Leméac, 313 p., 9782760951396*
Les fées ont soif, Denise Boucher, 2008, Typo, 108 p., 9782892952346*

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30 janvier 2012  par Maxime Nadeau

La littérature et Twitter

Depuis quelques mois, on nous parle régulièrement de twittérature, c’est-à-dire de la littérature produite et diffusée sur Twitter, ce site de microblogage où les usagers ne s’expriment qu’en gazouillis, des messages de 140 caractères et moins. Il existe même un Institut de Twittérature Comparée (ITC), dont le site affiche fièrement les  lettres patentes (!) de l’organisme. Les « défenseurs » de la twittérature – car nombreux sont ses détracteurs – voient en Twitter une contrainte stimulante pour la création : la limitation des caractères rappelle les formes fixes de poésie comme le haïku ou le sonnet. On pense aussi à l’OuLiPo, ce fameux groupe d’écrivains (Perec, Calvino, Queneau, etc.) ayant expérimenté la contrainte dans la création littéraire. Les twittérateurs se donnent donc comme défi de produire de la littérature de qualité sur Twitter tout en gardant un certain esprit ludique, ce qui ne signifie pas que toute twittérature soit humoristique pour autant.

Certains tenants de la twittérature misent déjà sur celle-ci à des fins pédagogiques au secondaire. Puisque les élèves clavardent et écrivent déjà sur des sites de microblogage comme Twitter et Facebook, aussi bien les joindre là où ils sont déjà et stimuler leur création par un médium qu’ils maîtrisent souvent davantage que leurs professeurs. Les opposants à ces méthodes d’enseignement y voient plutôt une forme de nivellement vers le bas : s’éduquer n’est pas que plaisir et exige de l’effort. Fabien Deglise, du Devoir, s’inquiétait d’ailleurs, dans sa chronique du 3 décembre dernier, d’un étiolement du vocabulaire que provoquerait l’usage de Twitter. Selon lui, limite de 140 caractères oblige, on aurait tendance à utiliser davantage de mots courts et génériques plutôt que des mots plus longs et plus précis. Pour reprendre un exemple de Deglise, exprimer, formuler, murmurer, dévoiler et affirmer écoperait au détriment de dire. Qu’importe, les twittérateurs ont leur lobbyiste et comptent bien obtenir du financement pour un projet-pilote visant à développer l’enseignement de la twittérature.

Mais en librairie, la twittérature est-elle présente ? Pour l’instant, presque pas. Peu nombreux, les livres s’affichant comme de la twittérature font sourciller, car les textes laissent malheureusement un peu à désirer, du moins jusqu’à maintenant. Force est de constater que les éditeurs n’ont toujours pas succombé et que les lecteurs connaissent encore peu le phénomène. Les twittérateurs forment pour l’instant une communauté assez restreinte, mais rien ne dit qu’elle ne comptera pas de nouveaux adeptes. Il suffirait que leur enthousiasme séduise quelques auteurs connus et qu’un succès en librairie accroisse leur visibilité pour que le nouveau genre prenne son envol. Après tout, la twittérature n’en est qu’à ses premiers balbutiements : on attribue la paternité du mouvement au Japonais Keitai Shosetsu, premier auteur à avoir écrit un roman entièrement sur un cellulaire, en 2006 ou 2007. Pour l’anecdote, on parlait alors de celluroman et de cellu-lit. Un genre que ne devrait pas trop priser la gent féminine !

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Twitter et les médias sociaux créeront peut-être une autre littérature, mais on peut d’ores et déjà croire que celle-ci influence et influencera la littérature « traditionnelle ». Je pense ici au plus récent recueil de Yolande Villemaire, Micropoésie. On savait l’auteure de La vie en prose polyglotte et grande voyageuse, mais on ne connaissait pas la branchée, grande utilisatrice des réseaux sociaux. On y apprend entre autres que les iPod, YouTube et autres Twitter n’ont aucun secret pour Villemaire, qui semble les utiliser quotidiennement, et avec enthousiasme. Une « abolition de l’espace » frappe dans ce recueil : l’auteure se trouve partout à la fois par l’utilisation des médias sociaux, vivant notamment le Printemps arabe en direct. Twitter et consorts auront encore fait reculer la contrainte de l’espace en permettant à des individus de partout dans le monde de se parler en direct. Un usager de ces technologies peut « vivre le monde » et peut-être développer une véritable « conscience universelle » par ces « stimuli technologiques » nous faisant ressentir  en tout temps les moindres parties de ce « corps mondial ».

Le recueil de Villemaire fait bien ressentir cette simultanéité des soubresauts du monde dans le quotidien, et en ce sens annonce possiblement des changements à venir dans la littérature. Si les nouvelles technologies influencent le quotidien d’un pourcentage grandissant de la population, celles-ci finiront tôt ou tard par se répercuter davantage dans la littérature. Les possibilités de mutations du récit sont multiples : un narrateur se nourrissant des médias sociaux, la communication des personnages via les nouveaux médias prenant plus d’importance, de nouvelles façons d’imaginer le futur dans la science-fiction, etc. Bref, que la twittérature fasse long feu ou pas, les médias sociaux s’inscrivent déjà dans la littérature et continueront de l’influencer à mesure que leur importance dans nos vie croîtra. Peut-être en avez-vous des exemples ? Ou peut-être lisez-vous de la twittérature ? Avez-vous des twittérateurs à recommander ? Le Délivré veut vous lire !

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Micropoésie, Yolande Villemaire, 2011, Écrits des Forges, 78 p., 9782896451869.

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