
Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invitée littérature jeunesse pour mai : Marion Arbona.
Comment êtes-vous devenu lectrice ?
En regardant les images !
Mes parents sont de grands lecteurs, ils m’ont toujours acheté des livres, raconté des histoires (surtout de sorcières, mes préférées). Même si j’ai eu ma période de refus de la lecture, j’y suis revenue peu à peu parce que je baignais dedans.
Enfant, que lisiez-vous ?
Je me souviens avoir eu une grosse période roman policier : Agatha Christie, les Arsène Lupin, les Sherlock Holmes. J’ai aussi adoré Roald Dahl, Tomi Ungerer.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
J’ai fini il y a peu le dernier Fred Vargas, et là je suis en train de lire Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer. Malheureusement, je travaille beaucoup en ce moment alors je ne peux pas lire autant que je l’aimerais !
Comment êtes-vous devenu illustratrice ?
Par pur hasard. J’ai étudié en cinéma d’animation et je suis venue au Québec dans l’idée de travailler pour l’ONF. Je voulais absolument travailler dans une équipe, j’étais persuadée que jamais je ne pourrais assumer, seule, des projets dans mon coin. Et puis comme je ne savais pas trop quoi faire pour travailler à l’ONF, j’ai envoyé des portfolios à des maisons d’édition, comme ça, au cas où. Une d’entre elles m’a répondu (Dominique et Cie), puis j’ai fait un livre, puis deux, et maintenant j’adore ça être seule dans mon coin, je ne me vois plus vraiment faire autre chose.

Pourquoi êtes-vous illustratrice ?
Je ne sais pas faire grand chose d’autre, je crois. Et je dois avouer que dessiner m’apaise beaucoup. Je suis d’un naturel angoissé, et souvent je pense trop… Or, quand je dessine, je suis concentrée, je me raconte des histoires avec les personnages que je dessine, et donc pendant ce temps, je suis bien, j’ai la tête vide, c’est ce qu’il me faut !!
Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas illustratrice ?
Je crois que je somatiserais pas mal, donc je m’exprimerais en maladies. Souvent je me dis que si un jour je n’étais plus capable dessiner, je serais complètement folle et hirsute, errant dans les rues en chemise de nuit !
Quels objets, livres ou pièces musicales vous accompagnent en période de création ?
J’aime beaucoup écouter la radio. J’aime entendre parler : la voix me tient compagnie. Je n’écoute pas vraiment, mais le son m’aide à la concentration et, mine de rien, j’apprends beaucoup de choses malgré moi.

Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?
Je dessine dans mon atelier, mais, les idées, je les ai dans mon lit ! C’est souvent juste avant de m’endormir que je les trouve et je m’endors euphorique parce que je pense avoir eu des idées du tonnerre. Souvent, le lendemain matin, je ne les trouve plus terribles.
Comment choisissez-vous votre style d’illustration ?
J’aime beaucoup changer de technique. Je ne pense pas encore avoir trouvé « mon style », alors j’essaie, je teste. Mais c’est le texte que je dois illustrer qui me guide. Parfois l’histoire induit une atmosphère, une ambiance et donc la technique s’impose d’elle même. Je ne dessinerai pas de la même manière un conte de fée classique, un livre drôle et un livre traitant de la guerre.

Quelles sont vos principales influences ?
C’est dur de définir exactement ce qui m’influence. Nous sommes tellement bombardés d’images ! Mais, par contre, je peux vous dire les peintres et illustrateurs que j’adore : Bosch, Bruegel, Goya, Rébecca Dautremer, Turkowski, Sempé, Dave McKean, Edward Gorey… J’aime beaucoup l’art contemporain aussi… J’aime regarder les gens dans le métro et dire des bêtises avec des amis, pas mal d’idées en émergent souvent.
Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?
Quand on m’en sort un, j’ai envie de crier au secours !! Il y a seulement quatre ans que je fais de l’illustration, alors je manque de recul. Dans quelques années, j’imagine que j’aurai de la tendresse pour eux ; pour l’instant, ils calent plutôt les meubles chez moi.
Y a-t-il un de vos livres que vous recommenceriez ? Pourquoi ?

Je crois que j’ai envie de recommencer tous ceux qui ont plus de six mois. Je suis toujours un peu déçue de mes livres, je me dis que c’est le prochain qui sera réussi, que ce sera enfin lui mon chef-d’œuvre. Et puis finalement, non.
Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?
Le quotidien… Je crois que je vous ai déjà dit que j’étais angoissée, non ?
Que rêviez-vous de faire, enfant ?
Je voulais être « fabriqueuse » de gadgets. Surtout des gadgets en pâte à modeler.
Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?
« Être dans le vent est une ambition de feuille morte. » C’est d’Oscar Wilde.
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Bibliographie sélective
Abécédaire des monstres, texte de Maude Bonenfant, 2012, Les heures bleues, 64 p., 9782922265859*Arachnéa, texte de Rhéa Dufresne, 2012, L’Isatis, coll. « Argo », 24 p., 9782923234809*
La petite fille et les loups, texte de Gilles Tibo, 2011, Dominique et compagnie, 32 p., 9782896860098*
La petite fille à la jambe de bois, texte d’Hélène Castelle, 2010, Les 400 coups, 32 p., 9782895404828*
Alex et Mauve : La tortue, texte de Célyne Fortin, 2010, Les heures bleues, 48 p., 9782922265712*
Pied-de-Puce, texte de Sylvie Nicolas, 2009, Trampoline, coll. « Trouvailles », 32 p., 9782923521046*
Le site de l’illustratrice



















