Le Délivré

Archive par auteur


10 juillet 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de juin

 

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – PREMIERS LECTEURS

Les Tchouks T.1 : On a fait une cabane!, Kerascoët et Benjamin Richard, 2014, Rue de Sèvres, 32 p., 9782369810506*

Quoi de plus agréable, par une belle journée d’été, que de se construire une cabane dans les arbres. Pour Pitchouk et sa bande, cela deviendra tout un projet, une aventure même, car chacun des petits Tchouks voudra donner son avis. Faut-il la faire grande comme une maison? Tracer un plan d’abord? Et comment faire la salle de bain? Difficile de s’entendre quand on doit décider à plusieurs. Parfois même, il y en a certains qui se mettent en colère. Mais au final, ce sera vraiment, la meilleure cabane du monde! Sortis simultanément avec On a vue la mer, les deux volumes illustrés à l’aquarelle par le duo Kérascoët (c’est tout dire) mettent de l’avant les différents types de personnalité de cette bande d’attachants petits personnages animaliers et explorent, tout en douceur, des thèmes fondateurs du monde de l’enfance, tels que la coopération, la sociabilité et l’imagination. Un régal! (HB)

Robert et les copains, Lucie Deroin, 2014, Bang, coll. « Mamut », 47 p., 9788415051992*

Depuis 2010, Bang Éditions nous charme et nous étonne avec des albums joyeusement déjantés et leur plus récente parution ne déroge pas à la règle. À travers une série de courtes saynètes, nous faisons la connaissance de Robert, un singe sympathique autour duquel gravite une bande d’animaux. Exploitant à merveille les petits travers des personnages, Lucie Deroin nous livre une attachante comédie estivale… et la recette du raflu, cette boisson de trèfles qui en ravit plus d’un. (RSH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

Caterina T.1 : Le Gang des chevelus, Alessandro Tota, 2014, Dargaud, 60 p., 9782205072259*

Caterina est une petite fille qui vit toute seule, se promène pieds nus, et porte une chevelure grande comme elle. On l’apprend très vite, Caterina n’a peur de rien, sauf du coiffeur. Alors dès que le Gang des chevelus vient la provoquer, elle a tôt fait de prendre la place de leur chef. L’aventure commence véritablement lorsqu’un des membres du Gang se fait expédier par delà les nuages après s’être assis, par erreur, sur la chaise anti-casse-pieds. Aussitôt, Caterina et l’ancien chef du Gang courent à la recherche de leur ami. Mais ils devront passer par la Champi-Maison du redouté Homme Qui Pue pour arriver jusqu’au palais de Monsieur Riche… En utilisant le schéma classique de la quête, l’auteur propose un univers riche et joyeusement loufoque, qui ne demande qu’à être exploré. L’histoire est menée au pas de course, dans une bonne humeur irrésistible. C’est la grande force de ce livre, tout indique que l’auteur s’est amusé en nous racontant cette histoire et son plaisir est parfaitement communicatif. (SC)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADOS

Cet été là, Mariko Tamaki et Jillian Tamaki, 2014, Rue des Sèvres, 320 p., 9782369810889*

Comme tous les étés, Rose, une jeune Ontarienne de 13 ans, se rend quelques jours à Awago Beach avec ses parents. Elle y retrouve toujours Windy, 11 ans et demi, sa copine de plage, mais son séjour sera toutefois perturbé par le comportement hostile de sa mère et la présence du commis du dépanneur du coin qui la fascinera de bien des façons… Avec beaucoup de tendresse et de lucidité, les cousines Tamaki abordent l’incertitude d’une jeune fille entre deux âges. (RSH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Un thé pour Yumiko, Fumio Obata, 2014, Gallimard, coll. « Bayou », 155 p., 9782070657704*

Yumiko, jeune graphiste japonaise émigrée à Londres, y dirige sa propre compagnie. À l’annonce du décès de son père, elle rentrera au bercail pour assister aux obsèques et, renouant avec sa famille en ces moments difficiles, se sentira confuse et incapable de réintégrer sa position au sein de cette société si traditionnelle et codifiée. Partagée entre les idées passéistes de son père qui tentait de la maintenir dans un rôle de femme au foyer soumise et les rêves plus ambitieux de sa mère écrivaine féministe, elle devra trouver la paix pour faire les bons choix… De gracieuses aquarelles exécutées au pinceau, à mi-chemin entre un style moderne et classique, à l’image de ce récit qui, transposé au féminin, s’inspire du parcours personnel de l’auteur et se déguste comme un bon thé vert ou encore un Earl Grey, à votre choix. (HB)

La technique du périnée, Florent Ruppert et Jérôme Mulot, 2014, Dupuis, coll. « Aire Libre », 104 p., 9782800160795*

Ruppert et Mulot persistent et signent, cette fois avec une histoire qui se concentre sur les relations sexuelles et amoureuses à l’âge du cybersocial. JH, un artiste et vidéaste, entretient une relation à distance par Skype avec Sarah. Leurs règles sont simples : parler de sexe, et de rien d’autre. Ils ne se connaissent pratiquement que par leur intimité partagée à travers un écran. JH va tenter de pousser la relation plus loin, ce qui va amener les deux complices à se lancer dans un jeu de séduction avec les défis et rapports de force qui en découlent… Une histoire riche en idées originales illustrée tout en finesse par un trait fin dont l’onirisme ne peut que charmer. Avec des scènes de fantasmes particulièrement réussies, La technique du périnée est une lecture légère mais enivrante dont la réflexion demeure pertinente sans se faire moralisatrice. (BN)

Histoire de la Belgique, pour tous : racontée par Cowboy Henk, Herr Seele et Kamagurka, 2014, FRMK, coll. « Amphigouri », 80 p., 9782930204765*

L’Histoire de la Belgique est un drôle d’objet, à la fois manuel historique et livre d’humour déjanté. Il s’agit bel et bien de retracer les événements marquants de la culture Belge (quelquefois peu connue du lectorat québécois) en gags d’une page, toujours sous l’égide de Cowboy Henk, cette mascotte absurde et irrévérencieuse dont le toupet accompagne et déforme les personnages historiques à travers les âges. Œuvre à lire pour tous ceux qui sont curieux d’en apprendre un peu plus sur le monde… à travers le regard débile et hilarant de Herr Seele et Kamagurka. (BN)

Warship Jolly Roger T.1 : Sans retour, Miki Montllo et Sylvain Runberg, 2014, Dargaud, 56 p., 9782505019879*

Sylvain Runberg revient à la SF. Après le succès mérité de sa série Orbital, il nous présente ici Jon Munro, un héros des guerres spatiales qui est devenu un criminel de guerre dans des circonstances troubles. Munro va réussir à s’évader de la prison où il devait finir ses jours, il va s’emparer de l’un des plus puissants vaisseaux de la flotte confédérée et devenir le plus terrible des pirates stellaires. Il n’a maintenant qu’un objectif : faire payer ceux qui l’on fait accuser à tort… Avec un scénario de base hyper classique, mais très bien réalisé, on a ici une BD qui s’assume et nous en met plein la vue. On se doute bien de ce qui va se passer et on n’est pas déçu : ça tire dans tout les coins, les méchants sont sournois et sans pitié, le héros cache une certaine noblesse et une grandeur d’âme. Pas de prise de tête, un vrai plaisir de lecture. (PP)

Ligne de front : T.1 Stonne, Brada et Jean-Pierre Pécau, 2014, Delcourt, coll. « Série B », 63 p., 9782756032320*

Berlin 1936, un groupe d’hommes et de femmes venant d’horizons différents se rencontrent lors des Jeux olympiques et créent des liens entre eux. L’histoire se déplace ensuite pendant l’invasion de la France en 1940, et nous allons découvrir les destins croisés de ces personnages. Ils prennent part aux événements historiques et se retrouvent parfois opposés les uns aux autres… Un bon début pour cette série historique, les événements relatés sont bien documentés et on nous raconte plutôt les facettes méconnues du conflit. L’histoire reste à échelle humaine, on s’attache aux personnages et l’on s’inquiète de leur sort. Une BD à découvrir. (PP)

INTÉGRALES

Accompagnant la sortie au cinéma de l’animé Albator à la fin de 2013 en France, L’intégrale du Capitaine Albator : le pirate de l’espace ( Kana, 9782505061212* ) nous arrive enfin après plusieurs mois de retard, dans un format brique des plus alléchants. Une lecture d’été formidable qui nous permettra de patienter, tout en rêvant à la venue prochaine du film sur notre territoire. (HB)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Sylvain Cabot, Boris Nonveiller, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.
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25 juin 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mai

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – PREMIERS LECTEURS

Passe-passe, Dawid et Delphine Cuveele, 2014, De la Gouttière, 35 p., 9791092111064*

Par un beau matin ensoleillé, un papillon blanc vient se poser sur la tête d’une dame accompagnée de sa petite-fille, déclenchant ainsi une série d’événements qui tissera des liens indéfectibles entre ces deux êtres. Ce magnifique album sans texte aux tonalités automnales aborde le thème de la réincarnation avec un habile jeu sur les couleurs et la transparence. (RSH)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

Le temps des mitaines, Anne Montel et Loïc Clément, 2014, Didier Jeunesse, coll. « BD », 115 p., 9782278075058*

Dans un monde imaginaire, les aventures et mésaventures d’une bande d’amis dotés de super pouvoirs ! Suspense, enquête, premiers émois, rires, … Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable ! (Résumé de l’éditeur)

Thomas et le cimetière des animaux T.1 : Mouchette a disparu, David Libens, 2014, La courte échelle, 128 p., 9782896955824*

Mouchette, le chat de Thomas, a disparu. Le jeune garçon et son entourage se mettent donc à sa recherche. Rappelant à plusieurs égards le très beau Sans Charlot, paru l’an passé chez L’employé du moi, Thomas et le cimetière des animaux partage avec ce livre sa grande sensibilité, sa capacité à entremêler quotidien et imaginaire ainsi que sa douce mélancolie. Avec adresse et délicatesse, David Libens y compose à coup de petits traits et de couleurs vives un univers riche dans lequel s’entrecroisent des personnages attachants, aux angoisses et questionnements d’une étonnante profondeur. Les différents récits se recoupant et s’entrelaçant forment ainsi un ensemble dense qui, pourtant, possède la plus admirable des qualités : une élégante simplicité, aux nuances infinies. (AFR)

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISE – ADULTES

Journal, Julie Delporte, 2014, Agrume, coll. « Littérature graphique », 192 p., 9791090743205*

Chronique à la première personne d’une rupture amoureuse, le superbe Journal de Julie Delporte relève d’une démarche intimiste assumée jusqu’au bout. L’auteure montréalaise n’hésite pas à exposer sa fragilité tout au long du livre, cherchant par le moyen de la création à composer avec sa dépression. Étayant ses doutes et ses angoisses sur un ton proche de la confidence, Delporte développe avec le lecteur un lien de confiance particulièrement fort, l’invitant à se reconnaître dans cette écriture pourtant si personnelle. Ce n’est pas un hasard si son livre s’ouvre sur cette citation d’Annie Ernaux : « Je me demande si je n’écris pas pour savoir si les autres n’ont pas fait ou ressenti des choses identiques, sinon, pour qu’ils trouvent normal de les ressentir. Même, qu’ils les vivent à leur tour en oubliant qu’ils les ont lues quelque part un jour. » Réflexion émouvante sur la mémoire et les souvenirs qui forgent notre identité, Journal s’avère une lecture tranquillement bouleversante et particulièrement marquante. (AFR)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

The end of the fucking world, Charles Forsman, 2013, L’employé du mois, 168 p., 9782930360591*

James est un ados bizarre qui ne sent pas grand chose. Fuir l’ambiance malsaine de sa famille avec Alyssa pour trouver un endroit plus respirable — bien que cela ira de mal en pis et provoquera leur perte — lui permettra pourtant, pour une ultime fois, d’éprouver un attachement réel et de ressentir enfin ce qu’est l’amour… Portrait sombre et violent du milieu défavorisé américain, cette course-poursuite d’une rare intensité et sans aucun temps mort révèle un jeune auteur d’une grande sensibilité qui maîtrise parfaitement la psychologie de ses personnages en cavale. Un road trip au potentiel de bd culte. (HB)

Lose, Michael DeForge, 2014, Atrabile, 152 p., 9782889230198*

Recueil dérangeant et cauchemardesque des meilleures pages tirées des cinq numéros du fanzine Lose de ce jeune prodige canadien déjà gagnant des prix Ignatz Awards dans trois catégories: Outstanding Artist, Outstanding Serie pour Lose, et Outstanding Collection pour Very Casual (autre recueil à paraître en octobre 2014, toujours chez Atrabile). (HB)

Les vieux fourneaux T.1: Ceux qui restent, Paul Cauuet et Lupano, 2014, Dargaud, 56 p., 9782505019930*

Attention, chef d’œuvre ! C’est l’histoire de trois amis qui se retrouvent pour l’enterrement de la femme de l’un d’entre eux. Le souvenir des bons moments partagés remplis nos héros de nostalgie, mais un événement va chambouler tout ça et transformer l’histoire en un road trip vers l’Italie pour empêcher un meurtre. Au fil de l’histoire, les personnages se révèlent, et on ne peut faire autrement que de s’attacher à eux. Nos héros, malgré leurs âges avancés, aspirent encore au bonheur, et « l’aventure » qu’ils vont vivre est touchante et pleine d’humanité. La force des personnages et la richesse du scénario rempli de rebondissements et de bon mots entraine le lecteur dans une histoire savoureuse. Faites-vous plaisir et découvrez « ceux qui restent ». (PP)

La Nueve: Les républicains espagnols qui ont libéré Paris, Paco Roca, 2014, Delcourt, coll. « Mirages », 313 p., 9782756050256*

Un récit biographique mettant en scène la vie d’un combattant républicain dans la guerre civile espagnol puis dans la Deuxième Guerre mondiale. Le livre nous raconte son passage dans les camps de travail d’Afrique du nord, sa fuite dans le désert et son engagement dans l’armée française jusqu’à la libération de Paris. Ce parcourt inusité nous dévoile une facette méconnue de l’histoire et nous révèle le rôle de ces exilés espagnols qui n’ont jamais cessé de lutter contre le fascisme. Un album très intéressant et bien réalisé avec son alternance de scènes contemporaines et de scènes historiques. À découvrir. (PP)

Gotham Central, Ed Brubaker, Greg Rucka et Michael Lark, 2014, Urban, 256 p., 9782365775212*

Avec Gotham Central, les scénaristes Ed Brubaker et Greg Rucka proposent une variante inédite sur le comic de super-héros classique. La série s’intéresse au quotidien de policiers ordinaires qui doivent composer avec la présence d’un justicier masqué et d’une poignée de super-vilains dans leur ville. Solide et méthodique, l’écriture met l’accent sur les conséquences « réalistes », généralement passée sous silence, d’une prémisse devenue extrêmement familière avec le temps. Relégué au second plan, le personnage de Batman est par le fait même présenté sous un jour nouveau, faisant l’objet d’un discours critique étonnamment nuancé. Déjouant habilement les conventions, Gotham Central compte sans contredit parmi les séries les plus intéressantes publiées par DC au cours des quinze dernières années. (AFR)

RÉÉDITIONS ET BEAUX LIVRES

Originalement publié dans Le Gorille a bonne mine en 1959, entièrement re-colorisée selon les planches originales de Franquin et commentée par les spécialistes José-Louis Bocquet et Serge Honorez, cette magnifique édition de Vacances sans histoires ( Dupuis, 9782800161624* ) captivera les amateurs de beaux bolides et de conduite nerveuse. Spirou et Fantasio, en vacances dans le sud de la France, se feront anéantir leur fameux modèle Turbotraction par le plus mauvais conducteur du monde, le cheik daltonien Ibn-Mah-Zoud. On connaissait le bonheur qu’avait Franquin à dessiner des automobiles, on découvrira également ici son plaisir à les détruire dans de spectaculaires accidents. (HB)

La grande guerre : Le premier jour de la bataille de la Somme ( Futuropolis, 9782754810296* ). La bataille de la Somme opposa les armées britannique et française aux forces Allemandes Elle fut l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale. Le 1er juillet 1916 détient le triste record de la journée la plus meurtrière pour les Anglais, avec 58 000 victimes, dont près de 20 000 morts. Elle prit fin le 18 novembre et comptabilisa 1 060 000 victimes. Joe Sacco raconte cette journée en une fresque muette de près de 7 mètres de long, qui est présentée en un livre accordéon. Un livret l’accompagne avec les commentaires de l’auteur, qui explique heure par heure le déroulement de ce jour tragiquement historique. (Résumé de l’éditeur)

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Sélection et rédaction d’Hélène Brosseau, Alexandre Fontaine Rousseau, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

* Commandez ces titres sur monet.leslibraires.ca en suivant les hyperliens des ISBN.

 


22 mai 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème d’avril

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – ADULTES

J’aime les filles, Obom, L’Oie de Cravan, 2014, 92 p., 9782922399882*

Comme Dutronc, Obom aime les filles. Comptant plusieurs amies qui partagent sa passion, elle a eu la jolie idée de documenter leurs témoignages sur leurs premiers émois amoureux, leurs premiers baisers et relations sexuelles et la découverte de leur homosexualité, tendrement, avec beaucoup de pudeur et cette touche d’humour qui la caractérise si bien. Sous le couvert de l’anonymat et représentées sous l’aspect de différents animaux, ces neufs femmes de différents âges se livrent à travers ces autobiographies qui exultent toutes de la beauté et la richesse de ces premières expériences amoureuses et constituent un document précieux à mettre entre les mains de toutes celles qui croiraient encore qu’elles sont seules au monde dans cette réalité. (HB)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – PREMIERS LECTEURS

Trik trak, Stepan Lomp, 2014, Bang Éditions, coll. « Mamut », 40 p., 9788494069574*

Trik trak est un sympathique petit tracteur et il veut aller sur le chantier pour travailler avec les grands. Le camion-contremaître le surveille pour qu’il respecte bien les consignes de sécurité et ne dérange pas la bonne marche des travaux. Notre petit héros devra affronter ses peurs pour aider les ouvriers à se sortir du pétrin suite à un éboulement… Une BD sans texte pour les tout-petits vraiment charmante. Trik trak est un petit personnage attachant, il est fonceur et veut aider les autres. À partir de 3 ans. (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Histoire d’un couple, Yeon-sik Hong, 2014, Ego Comme X, 570 p., 9782910946937*

Rassemblez, dans une seule et unique bande dessinée autobiographique, des réflexions hautement émouvantes sur le développement précipité de la Corée du Sud, la cohabitation, le retour à la terre et le métier d’illustrateur. Ajoutez ensuite quantité d’observations franchement touchantes sur les variétés de pousses, les poêles à charbon, les chats, les chiens, la liberté, les grillades, la réussite, la baignade, la dépression, l’élevage des poules, l’engagement, la solitude, la cuisine, l’argent, la beauté de la nature, les voitures et l’art, et vous obtiendrez un livre excellent au titre bien peu révélateur considérant son contenu. Histoire d’un couple, c’est bien plus que la simple histoire d’un couple: c’est le tissage compliqué des milliers de petites choses qui forment le quotidien, la multitude des micro-événements qui viennent se poser sur le balancier du malheur et du bonheur. Et loin de tomber dans de pénibles clichés bohèmes (la vie à la campagne et le métier d’illustrateur ne se résumant manifestement pas à attendre au coin du feu que les légumes poussent tous seuls et que les contrats se réalisent d’eux-mêmes), le bonheur dépeint dans Histoire d’un couple est plutôt rendu possible par la patience, une bonne dose de travail acharné, le soutien d’un complice et de généreuses portions de nouilles au piment. (CLD)

Le chevalier D’Éon T.1 : Lia, Agnès Maupré, 2014, Ankama, 96 p., 9782359104288*

L’ambiguïté comme atours: le Chevalier-espion le plus énigmatique de l’Histoire de France.
Esprit fin, fine lame, le chevalier d’Éon est une icône de l’ambiguïté sexuelle et l’un des grands mystères de notre histoire. Les polémiques sur son sexe sont l’un des plus croustillants potins du XVIIIe siècle. Mais son histoire n’a de glamour que le commencement. Il a bien été l’espion androgyne aussi à l’aise en jupe qu’en uniforme de capitaine des Dragons, sillonnant la Russie et l’Angleterre pour le compte de Louis XV, mais son dévouement pour ce roi capricieux et peu sûr de lui lui vaudra plus d’ennuis que de bonnes fortunes et le costume féminin sera pour lui une prison imposée par son roi qu’il devra porter de ses cinquante ans jusqu’à sa mort… Et tout cela n’est que résumé du destin fait de mystères et d’intrigues. – L’éditeur

Fran, Jim Woodring, 2014, L’Association, coll. « Ciboulette », 104 p., 9782844145062*

Comme tous les livres de Jim Woodring, Fran est à la fois formidablement simple et infiniment complexe. L’un mène en quelque sorte à l’autre, chez lui, car la remarquable clarté avec laquelle les actions sont représentées met en évidence la nature fondamentalement élusive de ses récits surréalistes. Woodring construit ses cartoons psychédéliques en prenant bien soin de laisser au lecteur le soin de les déchiffrer. Mais, toujours, il fait preuve d’une logique admirable dans la construction de son univers. À la fois suite et prélude au Congrès des bêtes de 2011, Fran renouvelle par cette structure en boucle notre lecture de l’opus précédent, l’ouvrant à des interprétations inédites desquelles découle au bout du compte une compréhension inattendue du présent ouvrage. Au-delà de l’invention formelle, c’est pourtant l’émotion la plus pure qui prime dans l’œuvre brillante de cet auteur américain à découvrir (et à redécouvrir) perpétuellement. (AFR)

Une affaire de caractères, François Ayroles, 2014, Delcourt, 71 p., 9782756041377*

Une histoire de meurtre en série dans un village d’écrivain, cela peut sembler banal mais l’auteur va en fait nous entraîner dans une enquête littéraire spectaculaire. Les personnages présentent tous des contraintes d’écriture et leurs caractères sont imbriqués dans l’histoire avec une virtuosité hors du commun. Les références cachées sont légion, tant dans l’écriture que dans le dessin, et le plaisir de lecture s’en retrouve décuplé. Voilà un exercice de style littéraire en bande dessinée de très haut niveau. La richesse du texte et son inventivité sans pareil font de cette BD un ouvrage à ne pas manquer. Un album superbe, déroutant, innovateur, un véritable chef-d’œuvre. Ne vous en privez pas! (PP)

Maggy Garrisson T.1 : Fais un sourire, Maggy, Stéphane Oiry et Lewis Trondheim, 2014, Dupuis, 46 p., 9782800160788*

Maggy viens de se trouver un emploi comme secrétaire dans le bureau d’un détective privé. Son patron se fait tabasser pour des raisons mystérieuses et il se retrouve à l’hôpital. Laissée à elle-même, Maggy décide de mener l’enquête pour savoir le fin mot de cette histoire. Elle ne se doute pas dans quelles embrouilles elle va se mettre les pieds… Trondheim nous surprend ici avec un genre, le polar, qu’il a rarement visité. On retrouve toutefois sa maîtrise de l’écriture et son originalité dans le scénario. Maggy est débrouillarde et fonceuse et on sent qu’elle a un avenir prometteur. La suite au plus vite s’il vous plaît, monsieur Trondheim. (PP)

Paci T.1 : Bacalan, Vincent Perriot et Isabelle Merlet, 2014, Dargaud, 80 p., 9782205071979*

Pacifique Shimé, alias Paci, est un ex-livreur de drogues fraîchement sorti de prison qui tente de réintégrer la société en travaillant sur un chantier de construction. Il réalisera toutefois assez vite qu’il est difficile de passer inaperçu le jour où une importante cargaison de came arrive à Bordeaux. Après l’étonnant Belleville story, Vincent Perriot renoue avec le polar de brillante façon. Avec une économie de moyens, il parvient à tisser une intrigue touffue et parsemée de nombreux personnages secondaires, le tout rythmé par un trait fluide et un découpage nerveux. (RSH)

Wet moon T.1, Atsushi Kaneko, 2014, Casterman, coll. « Sakka », 256 p., 9782203081482*

1966. Pendant que l’URSS et les États-Unis sont en pleine course à l’exploration lunaire, les policiers de la station balnéaire japonaise de Tatsumi enquêtent sur le meurtre d’un ingénieur lié à un mystérieux programme spatial. L’inspecteur Sata, jeune étoile montante, se lance à la poursuite de la présumée coupable, mais on le retrouve inconscient et victime d’un projectile qui lui laisse un éclat de métal au cerveau. Avec ce premier tome d’une trilogie qui s’annonce hallucinante, Atsushi Kaneko entremêle réalisme et hallucinations pour illustrer la déliquescence morale tentant de pervertir la probité de son héros. (RSH)

PARA-BD ET CATALOGUE

Avec ce premier tome de son BDQ : Histoire de la bande dessinée au Québec T.1 : des origines à 1979 ( Mém9ire, 9782981415226** ), Michel Viau propose un recensement exhaustif des publications du genre sous la forme d’un ambitieux survol chronologique. Débutant en 1759, avec les caricatures du marquis George Townshend, le livre couvre la période méconnue qui s’étend jusqu’à la parution du premier numéro de la revue Croc en 1979, couvrant au passage le fameux « Printemps de la Bande Dessinée Québécoise » ainsi que les multiples démêlés du neuvième art avec la censure. Au final, cet ouvrage de référence essentiel comble un manque jusqu’alors flagrant, en plus de confirmer le sérieux et la pertinence du jeune projet éditorial Mém9ire. (AFR)

Les mondes de Gotlib ( Dargaud, 9782205073393* ). Ce catalogue de l’exposition présentée au Musée d’art et d’histoire du judaïsme de Paris jusqu’au 27 juillet est un pur objet de bonheur. Chacune des thématiques abordées (jeunesse, musique, humour, cinéma…) est accompagnée d’un court essai critique et rehaussée de planches qui nous font réaliser que l’oeuvre de Gotlib n’a pas pris une ride. (RSH)

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Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Alexandre Fontaine Rousseau, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

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** Ce titre est disponible seulement en librairie.


29 avril 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mars

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – ADULTES

Chroniques du Centre-sud, Richard Suicide et William Parano, 2014, Pow Pow, 112 p., 9782924049143*

« Installé depuis une vingtaine d’années dans le mythique Centre-Sud de Montréal, Richard Suicide signe enfin la toute première étude anthropologique sérieuse – sous forme de bande dessinée – sur la faune (houblonnée) et la flore (gastrique) du vénérable quartier. Fiches pratiques et graphiques explicatifs à l’appui, l’auteur livre entre deux brosses un portrait touchant de ces éclopés qui se sont enfargés dans la rue Sherbrooke pour ensuite débouler la côte jusqu’à Ontario. Ses semblables, ses frères. » – L’éditeur.

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – JEUNESSE

Le chevalier double, Modrimane d’après Théophile Gautier, 2014, La Boîte à bulles, coll. « La malle aux images », 64 p., 9782849531808*

« Qui rend donc la blonde Edwige si triste ? Que fait-elle à l’écart, le menton dans sa main et le coude au genou, plus morne que le désespoir, plus pâle que la statue d’albâtre qui pleure sur un tombeau ? Du coin de sa paupière une grosse larme roule sur le duvet de sa joue, une seule, mais qui ne tarit jamais; comme cette goutte d’eau qui suinte des voûtes du rocher et qui à la longue use le granit, cette seule larme, en tombant sans relâche de ses yeux sur son cœur, l’a percé et traversé à jour… Une adaptation tout à la fois très personnelle et fort respectueuse du texte initial. » – L’éditeur

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

La planète impossible, Joseph Callioni, 2014, Atrabile, 112 p., 9782889230150*

« La Terre a disparu ! C’est la triste vision dont est témoin Cosmo depuis le satellite où il est posté. Pourtant, peu après, la Terre semble avoir réapparu. Faux espoir : c’est autre chose qui a fait son apparition, et les instruments de mesure sont aussi formels que les résultats incohérents. La planète qui est désormais là, à la place de la Terre, est à la fois ronde et plate, solide et gazeuse… Précédé d’une mystérieuse cosmonaute, et en compagnie de Céphalée, ordinateur humanoïde, Cosmo va se poser sur cette énigmatique planète, pour s’embarquer dans une odyssée absurde, à la rencontre de créatures improbables dans des situations pleines de non-sens, tout ça sur une planète tout bonnement impossible. Dans un univers où irrationnel et incohérence font lois, où une action donnée ne provoque jamais la réaction escomptée, où la folie semble perpétuellement mener le bal, on devine aisément que Cosmo et ses acolytes de fortune n’auront pas la tâche facile, puisqu’il s’agit, tout de même, de sauver la Terre. L’humour de Joseph Callioni est aussi ravageur que son trait est fin, et de franches idioties en purs moments de folie, il lui faudra l’agilité d’un acrobate surdoué pour que tout ça, comme par magie, retombe sur ses pattes. » – L’éditeur

Le muret, Pierre Bailly et Céline Fraipont, 2014, Casterman, coll. « Écritures », 189 p., 9782203081468*

« À treize ans, Rosie vit une situation peu commune : ses deux parents durablement éloignés à l’étranger et ne s’occupant d’elle qu’épisodiquement, elle doit se débrouiller au quotidien presque entièrement seule. Son seul point d’ancrage est son amie d’enfance Nath, avec qui elle entretient une relation presque fusionnelle. Mais les amitiés sont aléatoires et fluctuantes à cet âge. Progressivement mise à distance par Nath, Rosie, de plus en plus isolée, se réfugie dans l’alcool et l’absentéisme scolaire. C’est dans ces circonstances, à la dérive, que l’adolescente fait la connaissance de Jo, un garçon à peine plus âgé qu’elle, qui comme elle habite seul, vivant d’expédients et de petits trafics. Jo, sensible à son côté rebelle, initie Rosie à la musique, à la débrouille et à l’esprit d’indépendance. Éclopés d’une existence qui commence à peine, les deux jeunes gens vont peu à peu laisser s’épanouir l’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Une belle histoire d’amour qui se terminera sous une pluie glaciale et bouleversante… À coup de presque riens, de petites touches impressionnistes tirées du quotidien en apparence le plus ordinaire, Fraipont et Bailly brossent un très touchant portrait d’adolescente. Le portrait d’une solitude aussi, pleine d’hésitations, de fêlures et d’incertitudes, qui résonnera comme une musique familière et mélancolique pour bien des lecteurs d’aujourd’hui. » – L’éditeur

Moderne Olympia, Catherine Meurisse, 2014, Futuropolis, 72 p., 9782754809764*

À l’invitation du Musée d’Orsay, Catherine Meurisse s’est inspirée de différentes œuvres de sa collection pour composer ce récit à la fois drôle et cultivé dans lequel une jeune actrice tente de percer sur les plateaux de tournage où Cabanel et Monet réalisent leurs plus grandes toiles. Moderne Olympia se démarque par sa manière de décomposer et de décloisonner l’histoire de l’art. L’anachronisme et le métissage, ici, servent à mettre en évidence les cycles qui traversent cette histoire et se répètent. Sous l’effet de la plume enjouée de Catherine Meurisse, la peinture et le cinéma effectuent ainsi un rapprochement, jusqu’à ne faire plus qu’un dans ce croisement ludique et érudit entre l’Olympia de Manet et le West Side Story de Robert Wise. (AFR)

Punk rock et mobile homes, Derf Backderf, 2014, Çà et Là, 154 p., 9782916207957*

Otto Pizcok, aussi connu sous le nom de « Baron », est un adolescent ordinaire habitant une banlieue ordinaire de l’Ohio. Sa vie, elle aussi, s’avère des plus ordinaires jusqu’à ce qu’il assiste à un concert de Klaus Nomi dans une petite salle de concert qui deviendra mythique : The Bank, véritable épicentre de la scène punk du Midwest américain jusqu’à sa fermeture en 1983. À partir de cette soirée fatidique, la vie du Baron prendra une tout autre tournure. Il mangera des burgers avec Joey Ramone, dégonflera les pneus de l’autobus de tournée de Journey en compagnie de Joe Strummer et Lester Bangs, formera son propre groupe… et vomira sur l’un des gérants de la légendaire étiquette Stiff Records. Avec Punk rock & mobile homes, l’auteur de Mon ami Dahmer signe une chronique drôle et déjantée qui capte parfaitement l’essence de l’aliénation adolescente tout en célébrant de manière carrément jouissive la capacité de la musique à transcender ce mal-être existentiel. (AFR)

Lune l’envers, Blutch, 2014, Dargaud, 55 p., 9782205069983*

L’écriture de Blutch contourne habilement les conventions de la narration pour se placer sous le signe de l’expression pure. L’inventivité avec laquelle il exploite le langage séquentiel graphique et l’intelligence avec laquelle il s’en approprie les codes pour faire de l’enchaînement des cases une myriade de petits poèmes visuels sidèrent, chaque nouveau livre confirmant son incomparable virtuosité. Avec ce court récit d’une complexité ahurissante, l’auteur renoue avec toutes les obsessions récurrentes de son œuvre – proposant en même temps qu’une critique acerbe du milieu littéraire une réflexion troublante sur le passage du temps. Dans Lune l’envers, la mort, le désir et l’inspiration s’entremêlent, le trait fulgurant de Blutch cherchant dans le chaos né de leur collision la matière première de sa propre exaltation. (AFR)

FF T.1 : Adieu et bienvenue !, Mike Allred, Joe Quinones et Matt Fraction, 2014, Panini comics, coll. « 100 % Marvel », 176 p., 9782809436242*

Lorsque les Fantastic Four décident de prendre des vacances dans l’espace, Reed Richards demande à Ant-Man, She-Hulk, Ms. Thing et Medusa d’assurer la permanence durant les quatre minutes que doit durer sur Terre leur voyage d’un an. Mais les choses ne se déroulent évidemment pas comme prévu et, les quatre fantastiques n’étant toujours pas revenus après cinq minutes, nos « fantastic faux » devront affronter une litanie d’ennemis tout en s’occupant tant bien que mal de la ménagerie d’enfants intergalactiques placée sous leur garde. Affichant un style résolument décalé qui rappelle à certains égards son remarquable travail sur la série Hawkeye, le scénariste Matt Fraction entretient tout au long de FF un parfait équilibre entre péripéties super-héroïques et cabotinage irrévérencieux, livrant au final une série intelligente qui ne se prend pourtant jamais trop au sérieux – et à laquelle le dynamique dessin de Mike Allred confère un indéniable surplus de charme. (AFR)

Pax Romana T.1, Jonathan Hickman, 2014, Urban comics, coll. « Urban indies », 128 p., 9782365773720*

Un nouvel empereur vient d’accéder au trône de l’Empire galactique et son conseiller, le pape, doit lui inculquer des notions de l’histoire secrète de l’humanité. Le jeune empereur apprend ainsi que l’Église catholique et l’Empire romain doivent leur domination à l’utilisation d’une technologie permettant le voyage dans le temps. Une brigade de soldats formée au XXIe siècle a donc été expédiée en l’an 300 pour aider l’empereur romain Constantin à asseoir son pouvoir et lui donner une supériorité écrasante face à l’émergence d’autres civilisations. C’est cette histoire alternative qui nous est racontée. Le récit est très bien monté et bien documenté, l’auteur écrit une fiction, mais si on accepte la prémisse du voyage dans le temps, l’histoire est crédible. La facture graphique étonnante et originale sert bien l’histoire. Jonathan Hickman, une étoile montante du « comics » américain, est à surveiller pour l’originalité et la qualité de ses œuvres. (PP)

Siberia 56 T.1 : La 13e Mission, Alexis Sentenac et Christophe Bec, 2014, Glénat, coll. « Graphica », 48 p., 9782723490511*

Un petit groupe d’astronautes s’écrase sur la planète Sibéria, un monde de glace hostile peuplé de prédateurs tous plus dangereux les uns que les autres. Ils devront parcourir 250 kilomètres dans cet enfer blanc pour rejoindre leur base, la route sera difficile et cette 13e mission va causer la mort de plusieurs membres d’équipage… Un nouveau scénario de Bec où, fidèle à ses habitudes, des humains sont placés dans une situation extrême et sans aucune alternative. On se laisse quand même prendre au jeu par la beauté des déserts de glace, les créatures inquiétantes et la volonté de survivre des protagonistes. La tension entre les survivants est palpable et l’environnement n’est peut-être pas le plus grand défi à surmonter. Un bon Bec. (PP)

Rosko T.1 : Per Svenson doit mourir aujourd’hui, Alexei Kispredilov et Zidrou, 2014, Delcourt, coll. « Machination », 95 p., 9782756040288*

Dans un futur proche, les services de police (et à peu près tous les services publics) ont été privatisés et de grands consortiums se partagent toutes les facettes du système judiciaire. On s’apprête à exécuter Per Svenson, un dangereux tueur en série, et la population attend fébrilement la retransmission de sa mise à mort, « en direct et en exclusivité sur Pimento TV ». Rosko, l’agent qui a arrêté Svenson il y a 6 ans, est rappelé au service lorsque le condamné s’évade de façon spectaculaire…Un regard cynique sur les médias et les dérives de la société de l’information, une critique de la convergence et de la concentration des pouvoirs, une BD qui frappe fort. (PP)

Rock & Stone T.1, Yann Valeani et Nicolas Jean, 2014, Delcourt, coll. « Néopolis », 47 p., 9782756027142*

La colonisation de la planète Caldoria fut un échec retentissant. IAVHÉ, l’intelligence artificielle responsable de la colonie, a pris le contrôle des machines et a décidé d’exterminer les humains. Un an plus tard, les robots ont presque éliminé tous les colons et les rares humains survivants se cachent. Stan, un jeune garçon habitant seul dans une maison autosuffisante isolée en banlieue, fait la rencontre d’un robot qui ne cherche pas à le tuer. Les deux compagnons improbables vont partir ensemble vers le nord du continent pour détruire IAVHÉ et sauver la colonie… Une bonne histoire, classique mais bien travaillée. La relation entre les deux personnages principaux se développe de façon originale et un secret étonnant va relancer l’intrigue à la fin et nous laissé dans l’expectative du prochain tome. (PP)

CLASSIQUES ET PATRIMOINES – ADULTES

Un an après la mort de Fred, les éditions Dargaud nous proposent cette très belle version en couleur d’un classique méconnu de l’auteur : son adaptation, initialement publiée en 1988, du Journal de Jules Renard9782205067309 ). Utilisant ingénieusement le découpage pour souligner le double sens des mots, Fred déploie ici le plein potentiel littéraire du neuvième art – prouvant par le fait même que l’adaptation en bande dessinée peut dépasser la simple mise en image des grands classiques, pour peu qu’elle soit réalisée de manière consciencieuse. (AFR)

Le jeune et distingué éditeur strasbourgeois 2024, poursuit sa publication des œuvres bédéesques de Gustave Doré. Quatrième et dernière bande dessinée conçue par le maître alors qu’il n’avait que 24 ans, Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la sainte Russie, ( 9782919242184* ) compte plus de 500 dessins gravés sur bois. Ce chef d’œuvre méconnu, dont la précédente édition remontait à 1854, démontre encore une fois le génie de ce précurseur, qui expérimenta avec ce médium avant même son invention officielle. (HB)

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Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Alexandre Fontaine Rousseau, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

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29 mars 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de février

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES ADULTES

Le bestiaire des fruits, Zviane, 2014, La Pastèque, coll. « Pomélo », 124 p., 9782923841540*

« La meilleure chose qui soit arrivée à Zviane, sur le plan gustatif, aura été de vivre à ville St-Laurent en 2001. Dans le supermarché où elle faisait son épicerie, elle est tombée sur des fruits… obscurs. Au péril de sa vie, elle a concocté ce savant traité qui vous fera tout connaître des fruits exotiques. D’abord publiées sur internet et sous la forme d’un fanzine, ses planches se retrouvent dorénavant dans notre nouvelle collection Pomélo. Partiellement redessiné, avec des histoires inédites, c’est le guide le plus loufoque sur le ramboutan, le mangoustan ou le kaki jamais publié. » – L’éditeur

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES PREMIERS LECTEURS

Au pays des lignes, Victor Hussenot, 2014, La joie de lire, coll. « Somnambule », 40 p., 9782889081998*

Dans une contrée aux territoires vastes et déserts, un garçon solitaire fait la rencontre d’une fillette égarée. Il lui propose de l’aider en la raccompagnant chez elle. Le voyage sera long et parsemé d’embûches; la route se transformant bientôt en un parcours complexe et labyrinthique, tandis qu’une cruelle et bien étrange créature croisera leur chemin… Troisième ouvrage de ce jeune auteur adepte d’expérimentation graphique dont la contrainte était, cette fois-ci, de ne dessiner que des lignes courbes ou droites et de n’utiliser que trois couleurs primaires pour ce faire, soit: le bleu, le rouge ainsi qu’un soupçon de jaune. Il en résulte un amusant récit et un excellent exercice visant à développer l’imagination des petits et leur sens de l’observation. Ce dernier sera mis à l’épreuve devant cet itinéraire évoluant à un rythme rapide et ces paysages aux formes tant organiques que géométriques. Sans texte, à partir de 6 ans. (HB)

Les aventures fantastiques et extraordinaires de Princesse Animal, Pranas T. Naujokaitis, 2014, Didier Jeunesse, coll. « Ballon Toons », 32 p., 9782278075034*

Une jeune princesse qui refuse de se plier aux règles habituelles et qui n’hésite pas à partir à l’aventure pour lutter contre les méchants, c’est bien la Princesse Animal! Une héroïne dynamique qui revêt des pyjamas magiques pour accomplir ses missions. Elle utilise, par exemple, un pyjama-singe pour escalader un mur, un pyjama-tortue pour franchir une rivière, un pyjama-araignée pour faire peur aux méchants, ainsi elle peut tout faire. Le roi et la reine aimeraient bien que leur fille soit une petite princesse modèle mais elle ne rêve que de partir à l’aventure, lutter contre les injustices et protéger les plus faibles. Bref,  elle veut être une super héroïne. Un album rigolo et charmant à découvrir au plus tôt! (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADOS

Kräkaendraggon, Mathieu Sapin et Lewis Trondheim, 2014, Gallimard, 47 p., 9782070657605*

La crise économique frappant tous les secteurs d’activités, sauf les jeux vidéo, le gouvernement français décide de réorganiser le système d’éducation avec un seul objectif : former des joueurs. Au nouveau programme : Cours de langues elfiques ou Klingon, travaux pratiques sur jeux informatiques en ligne, « paintball » comme activité physique, tout y passe. Les élèves sont au nirvana et les professeurs un peu ( beaucoup ) dépassés. C’est dans cet univers délirant que nous suivons l’histoire de Tom, un ado plutôt banal, avec ses angoisses et ses questionnements. Un album génial par deux maîtres de la BD en grande forme. À lire absolument! (PP)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

Station 16, Hermann et Yves H., 2014, Le Lombard, coll. « Signé », 58 p., 9782803634361*

L’action de cet album se déroule en Nouvelle-Zemble, un archipel situé au nord de la Russie, dans l’océan Arctique, où la majorité des essais nucléaires de l’ancienne URSS furent effectués. Cet endroit sinistre, entouré de mystère, est l’endroit parfait pour un thriller fantastique. Une patrouille est envoyée à la station 16, une station météo abandonnée depuis des années, pour répondre à un appel d’urgence étrange. Une fois sur les lieux, les soldats trouvent la station déserte, mais rapidement, des phénomènes étranges se produisent et ils découvrent que la trame du temps a été bouleversée par les trop nombreux essais nucléaires. Ils auront fort à faire pour survivre et retrouver notre époque… Une nouvelle BD très réussie par le duo père-fils. Le style graphique unique d’Hermann est à son meilleur et l’histoire concoctée par Yves H. est efficace. Le dossier historique, inséré à la fin de l’ouvrage, est un « petit plus » fort pratique pour découvrir la Nouvelle-Zemble. (PP)

Éloi, Younn Locard et Florent Grouazel, 2013, Actes Sud – L’An 2, 222 p., 9782330024499*

« 1842. Une frégate française revient de Nouvelle-Calédonie. À son bord, le naturaliste Pierre Delaunay, et un jeune pêcheur kanak prénommé Éloi, son sujet d’étude. L’album conte l’histoire de ce jeune homme dans l’univers clos de la frégate, échantillon concentré et exacerbé de l’Europe du XIXe siècle. » – L’éditeur

Goodbye Bukowski, Flavio Montelli, 2014, Casterman, coll. « Écritures », 155 p., 9782203070783*

« Charles Bukowski, poète et écrivain américain, à la fois adulé et contesté par la critique, est usé par la vie, l’alcool, les errances sans fin. Son unique réconfort lui vient de sa fille, Marina, puis de Linda, la femme qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie. Par le récit des rencontres avec les femmes qui ont croisé son existence, ses voyages à travers l’Amérique, ses années de souffrance et ses divers petits boulots, Flavio Montelli imagine avec affection le bilan d’un homme affaibli mais apaisé sur sa vie, une façon de (re)découvrir l’auteur des Contes de la folie ordinaire ou des Souvenirs d’un pas grand-chose. » - L’éditeur.

Docteur Radar : Tueur de savants, Frédéric Bézian et Noël Simsolo, 2014, Glénat, 64 p., 9782723490788*

C’est dans un Paris sombre et ombragé des années 20 que Ferdinand Straub, gentleman détective, tentera de démasquer le mystérieux Docteur Radar, présumé responsable des meurtres de scientifiques passionnés par la conquête de l’espace. Aidé par son ami le peintre Pascin, Straub mènera son enquête en parallèle à celle, piétinante, de la police française et luttera contre le mal à sa façon… Avec son dessin explosif – qu’on croirait appliqué à coups de scalpel, ses couleurs magistralement contrastantes qui envoûtent l’œil et l’éblouissent à chacune des pages et les gestes nerveux et théâtraux de ses personnages, Bézian, qui sait se réinventer à chacun de ses albums, crée encore l’événement avec ce feuilleton atmosphérique rappelant amicalement un Les sept boules de cristal expressionniste et cocaïné. (HB)

Vois comme ton ombre s’allonge, Gipi, 2014, Futuropolis, 124 p., 9782754810319*

Obsédé par les lettres qu’envoyait son grand-père à sa femme durant la Première Guerre mondiale, un écrivain en panne d’inspiration est interné dans un hôpital psychiatrique où il s’égare progressivement dans ses souvenirs et ses hallucinations. Tant au niveau visuel que sur le plan du scénario, le nouvel album de Gipi s’avère indéniablement le plus ambitieux qu’il a réalisé à ce jour. Sautant de l’esquisse en noir et blanc à l’aquarelle avec la même aisance qu’il glisse d’une époque à l’autre, l’auteur italien construit son récit à la manière d’un labyrinthe. Basculant au gré d’articulations virtuoses entre les différentes temporalités qui se confondent dans l’esprit de son protagoniste, Vois comme ton ombre s’allonge est une sombre fresque qui prend racine dans le subconscient pour s’élancer vers l’infini. (AFR)

Pompéi, Frank Santoro, 2014, Ça et là, 138 p., 9782916207940*

La fatalité qui plane sur Pompéi confère une dimension résolument tragique au quotidien qui y est dépeint. Toutes les compositions évoquent cette menace sourde qui est au cœur du livre, les points de fuite renvoyant à la présence de ce volcan qui, inévitablement, coupera court aux récits ordinaires qui prennent forme au fil des pages. En fait, au-delà d’un quelconque événement historique, c’est la fragilité de la vie elle-même qu’arrive à mettre en scène l’auteur américain Frank Santoro – dont le dessin, réduisant le réel à l’essentiel, rappelle sans pour autant l’imiter, l’esthétique des fresques romaines de l’époque. Pompéi transcende, par sa très grande cohérence, son apparente simplicité et se révèle, au final, une œuvre extrêmement émouvante. (AFR)

Billy the Kid, Willem, 2014, L’Apocalypse, 84 p., 9782367310206*

La belliqueuse armée américaine tente d’envahir la Chine, dans ce tout premier livre du lauréat du Grand prix de la ville d’Angoulême de 2013 Willem, publié en néerlandais en 1968 mais resté à ce jour inédit en français. Humour grinçant et critique sociale impitoyable font bon ménage dans ces planches aux compositions audacieuses où la vulgarité répond à la violence et où la méchanceté s’avère la seule réplique adéquate à la cruauté du monde. Impitoyable, l’auteur multiplie les cibles et mitraille dans toutes les directions, faisant mouche à tous coups. L’impérialisme, le racisme, la religion, le sexisme et le capitalisme passent, parfois tous en même temps, à la moulinette d’un dessin qui charcute furieusement tout ce qui l’enrage. Pour notre plus grand malheur, Billy the Kid demeure pertinent près de cinquante ans après sa sortie. (AFR)

Lâcher prise, Miriam Katin, 2014, Futuropolis, 151 p., 9782754809757*

Sept ans après la parution du très remarqué et fort troublant Seules contre tous ( 9782754810326*, réédité chez Futuropolis ) où elle racontait sa fuite de Hongrie sous la terreur nazie, Miriam Katin est de nouveau confrontée aux traumatismes de son passé lorsque son fils lui demande de l’aider à obtenir la citoyenneté hongroise afin de pouvoir vivre à Berlin avec sa conjointe. Tiraillée entre ses convictions et le bien-être de son fils, elle entreprendra ( avec une mauvaise foi très assumée ) une réflexion sur la notion de pardon. Avec ce deuxième opus teinté d’humour noir, la septuagénaire ne cesse d’étonner grâce à une mise en page décloisonnée et un crayonné nerveux et énergique. (RSH)

The Black Beetle T.1 : Sans issue, Francesco Francavilla, Urban Comics, Coll. « Urban Indies », 160 p., 9782365773706*

Colt City, 1941. La guerre fait rage en Europe, mais l’attention des habitants de cette métropole américaine est polarisée par une explosion qui a décimé tous les membres des clans mafieux locaux. Le Black Beetle, un justicier masqué témoin de la déflagration, tente de trouver le coupable. Il devra toutefois se dépêtrer des écueils semés sur sa route par le sombre Labyrinto… Urban comics ravira les amateurs francophones de « pulps » et de cinéma de genre avec cette série réalisée par Francesco Francavilla qui, chose rare dans la bande dessinée américaine, fait office de scénariste, dessinateur, encreur et coloriste. D’origine italienne, il nous livre ici un hommage aux feuilletons américains répondant aux poncifs du genre, avec ses ruelles sombres et ses boîtes de jazz enfumées, théâtres de péripéties trépidantes rythmées par un découpage et des couleurs dignes des films de Mario Bava. (RSH)

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Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Alexandre Fontaine Rousseau, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

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18 février 2014  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de janvier

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDES DESSINÉES QUÉBÉCOISES – ADULTES

La collectionneuse, Pascal Girard, 2014, La Pastèque, 112 p., 9782923841519*

Passé maître dans l’art d’orchestrer de brillantes comédies de situation tablant sur le malaise dégénérescent pour générer de l’humour, Pascal Girard nous livre ici la suite logique de l’excellent Conventum paru chez Delcourt en 2010. S’improvisant ici enquêteur amateur, l’auteur se lance sur la piste d’une séduisante jeune voleuse de livres ayant, comble du hasard heureux, subtilisé l’un des siens. Trouvant toujours le moyen de se mettre les pieds dans de nouveaux plats, Girard affine une fois de plus son sens impeccable du timing, télégraphiant habilement les catastrophes à venir afin de rendre l’appréhension insoutenable, avant d’asséner des gags qui font systématiquement mouche. (AFR)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – PREMIERS LECTEURS

Pan’Pan Panda : Une vie en douceur T.1, Sato Horokura, 2013, Nobi Nobi, 110 p., 9782918857358*

Adorable suite de récits courts mettant en scène un sympathique panda et sa meilleure amie, une jeune fille du nom de Praline, Pan’Pan Panda : Une vie en douceur nous fait découvrir un univers d’une infinie tendresse, tout à l’image de ce titre qui révèle d’emblée le ton de l’ensemble. Relevant tranquillement les petits défis que place sur leur chemin un bien calme quotidien, ces personnages résolument attachants sauront charmer les jeunes lecteurs grâce à leurs aventures on ne peut plus mignonnes. (AFR)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES – ADULTES

Planplan Culcul, Anouk Ricard, 2013, Les Requins Marteaux, coll. « BD Cul », 125 p., 9782849611487*

Anouk Ricard, qui nous a déjà donné bon nombre de savoureux ouvrages pour petits et grands tels que Coucous Bouzon, Faits divers et la série Anna et Froga, fait cette fois-ci surtout plaisir aux grands avec Planplan Culcul, huitième merveille de l’excellente collection BD-Cul des Requins Marteaux. Planplan Culcul, ce n’est pas seulement une auteure qui s’adapte à la contrainte du livre érotique. C’est surtout un excellent album, dans lequel on retrouve tout ce qu’on souhaite retrouver dans un bon Anouk Ricard, reine incontestable de l’enquête policière bidon. Sauf qu’ici ses personnages sont prisonniers d’un film XXX au scénario plus que douteux mélangeant orgies entre collègues et créatures extra-terrestres aux organes génitaux non conventionnels. (CLD)

Gekiga Fanatics, Masahiko Matsumoto, 2013, Le Lézard Noir, 328 p., 9782353480494*

À la fin des années soixante, trois jeunes auteurs, prêts à tout sacrifier pour leur art, rêvent de révolutionner le manga en créant un nouveau genre : le gekiga. Fatigués par le ton héroïque des diverses publications qui, avec leurs sempiternels récits d’humour et de fiction, voulaient redorer l’estime de soi de la génération d’après-guerre, Masahiko Matsumoto, Yoshihiro Tatsumi et Takao Saito imagineront des histoires plus réalistes et dramatiques qui leur sembleront mieux coller à la réalité du jeune lectorat de leur époque. Ainsi, ils travailleront d’arrache-pied et quitteront même Osaka pour s’installer ensemble à Tokyo, là où tout leur semblait possible… Étrange impression de déjà vu en parcourant les pages de cette autobiographie de Mastumoto. Et pour cause, il y raconte la même histoire dont traitait son confrère Tatsumi dans Une vie dans les marges. Il est intéressant de pouvoir comparer leur style et d’avoir un autre point de vue, plus caricatural et humoristique de ces mêmes événements, de cette période charnière de leur vie et de leur carrière. Un must pour comprendre l’évolution du manga et constater que, grâce à la contribution du gekiga – manga d’auteur et pour adultes, le médium aura ainsi acquis sa pleine maturité. (HB)

Baby Boom, Yuichi Yokoyama, 2013, Matière, coll. « Imagème », 183 p., 9782916383422*

Brillant créateur de formes, passé maître dans l’art de repousser les possibilités expressives de la bande dessinée, Yuichi Yokoyama se surpasse une fois de plus avec le superbe Baby Boom. Tout, dans le travail de l’auteur japonais, contribue à créer un rythme de lecture enlevant : la précise décomposition du mouvement, le dynamisme des cadrages et des perspectives, l’intégration d’onomatopées qui viennent littéralement battre la mesure et ajoutent une dimension « sonore » à l’expérience… Les planches de Yokoyama, d’une énergie fulgurante, refusent l’inertie. Elles défilent à toute allure comme de petits films d’animation – l’utilisation parfaitement hiérarchisée de couleurs foudroyantes contribuant à créer une œuvre absolument unique, qui nous force à revoir notre conception du neuvième art. (AFR)

Des-agréments d’un voyage d’agrément, Gustave Doré, 2013, 2024, 24 p., 9782919242146*

Monsieur César Plumet, nouvellement retraité et se cherchant une occupation, ordonnera à son épouse Vespasie de faire rapidement leurs bagages : c’est l’heure du départ en expédition pour les Alpes Suisse. Opulent, peureux et doté d’une trop grande imagination, il escaladera divers pics et dévalera également quelques pentes laissant, pendant ce temps, son chien et madame tous deux terrifiés à l’hôtel. De retour à Paris, il n’aura de cesse d’embêter ses proches par le récit de ses exploits… Bien connu pour ses géniales gravures illustrant La Bible ou La Divine Comédie, Gustave Doré, doté d’un don précoce pour le dessin et influencé par le travail de son contemporain Rodolphe Töpffer, créera cette première bande dessinée alors qu’il n’avait que 15 ans. Satire humoristique dénonçant la bourgeoisie, à l’image de tout ce qui ce faisait à cette époque, mais avec une invention graphique incomparable, une narration assez moderne, un fin travail sur la mise en abyme et, surtout, un humour qui a su traverser le temps, la publication de cette splendeur picturale et de ce classique du genre de 1851 demeure tout à fait pertinente. (HB)

Sept milliards de chasseurs-cueilleurs, Thomas Gosselin, 2013, Atrabile, coll. « Ichor », 72 p., 9782889230143*

Authentique labyrinthe narratif, Sept milliards de chasseurs-cueilleurs trouve le moyen de réinventer complètement son récit avec chaque nouvelle page tout en respectant par un miracle qui dépasse l’entendement sa propre logique interne tortueuse. À partir d’un scénario virtuose s’emboîtant et se déboîtant, se dédoublant et se redoublant à l’infini, Thomas Gosselin construit un complexe réseau de fausses pistes et de sentiers sinueux au sein duquel le lecteur cherche constamment ses repères. Loin d’être rébarbative, cette structure formidablement alambiquée se révèle au contraire fascinante – la verve débridée de l’auteur s’avérant toujours aussi ludique que poétique. (AFR)

Le livre de Léviathan, Peter Blegvad, 2013, Apocalypse, 160 p., 9782367310183*

Paru sous forme de strip dans l’hebdomadaire The Independent de Londres entre 1992 et 1999 et compilé ensuite en livre en 2001, il aura fallu attendre toutes ces années pour qu’un éditeur de langue française tente enfin le pari quasi impossible de traduire les aventures surréalistes de Lévi, ce bébé sans visage, et de son chat. Poétique, référentiel, pataphysique, autant de qualificatifs qui montrent bien la difficulté de rendre dans une autre langue les qualités intrinsèques d’une œuvre qui s’exprime en grande partie dans les jeux entre les mots et les images sans en briser la magie. Malgré quelques pertes mineures de sens, l’éditeur L’Apocalypse aura réussi ce défi et remportera aussitôt le prix Révélation au Festival d’Angoulême 2014. Tout tombe sous le sens quand on sait que le Léviathan est souvent identifié à la Bête de l’Apocalypse. (HB)

Orlando, Delphine Panique, 2013, Misma, 220 p., 9782916254326*

Inspiré du roman homonyme de Virginia Woolf relatant la vie tourmentée d’un jeune courtisan androgyne qui, du jour au lendemain, se transforme en femme, Orlando oscille au fil des saynètes entre le rire et la mélancolie. Rappelant le minimalisme de José Parrondo ou la finesse de John Porcellino, le trait délicat de Delphine Panique confère un charme presque enfantin à une histoire qui, néanmoins, s’assombrit au fur et à mesure qu’elle progresse – gagnant en profondeur sans pour autant perdre dans le processus sa légèreté réjouissante. Épopée étrange et au final étrangement émouvante, Orlando cache bien sa complexité sous ses allures de conte insouciant. (AFR)

Joker, Lee Bermejo et Brian Azzarello, 2013, Urban comics, coll. « DC Deluxe », 144 p., 9782365773270*

Le Joker est relâché de l’asile d’Arkham et il a bien l’intention de reprendre ses affaires là où il les avait laissées. Le problème, c’est que pendant son internement, ses amis se sont partagé son territoire et il doit repartir à zéro. Jonny Frost, un jeune voyou de petite envergure, mais avec de grandes ambitions, décide de lui prêter main-forte, et c’est à travers son regard que l’histoire se déroule. Son jeune acolyte assistera à un tourbillon de violence et de chaos pur, le Joker ne désirant qu’une chose, soit reprendre le contrôle sur sa ville et personne ne se dressera devant lui…Véritable coup de poing, cette BD au graphisme époustouflant nous entraîne dans les bas fonds de l’âme humaine. La folie du Joker ne laissera personne indemne. Une BD sans pitié. À lire absolument. (PP)

Charly 9, Richard Guérineau d’après Jean Teulé, 2013, Delcourt, coll. « Mirages », 127 p., 9782756033525*

« Un mort ? Deux ? Six ? Dix morts ? Cent ? Mille ? Dix mille ? Vingt mille morts ? D’accord, tuez-les, mais tuez-les tous pour qu’aucun ne puisse venir me le reprocher plus tard! » Voilà, le massacre de la St-Barthélémy est lancé et le jeune roi Charles IX en sera marqué pour le restant de ses jours. C’est ainsi que débute cette excellente BD historique qui s’intéresse au sort du roi qui, sous la pression de sa mère et des nobles catholiques, ordonna un des massacres les plus terribles de l’Histoire de France. Cette très bonne adaptation du roman de Jean Teulé, Charly 9, nous entraîne dans la spirale de la folie et de la déchéance d’un roi qui ne voulait pas l’être. Trop jeune et inexpérimenté pour faire face à la crise religieuse et politique qui sévit sous son règne, Charles IX veut fuir. Il s’évadera dans la démence. (PP)

La propriété, Rutu Modan, 2013, Actes Sud, coll. « BD », 232 p., 9782330022334*

Mica, une jeune israélienne dont le père vient de mourir, accompagne sa grand-mère à Varsovie afin de récupérer une propriété ayant été spoliée par les nazis, il y une soixantaine d’années. Ce « voyage d’affaires », somme toute banal, se métamorphosera rapidement en chassé-croisé sentimental, mettant ainsi la table à une chronique de mœurs irrésistible. Avec cet album, couronné du prix spécial du jury au dernier Festival d’Angoulême, Rutu Modan explore les méandres obscurs de la mémoire juive en évitant les écueils du mélodrame grâce à des revirements de situation fréquents et l’utilisation de la ligne claire. (RSH)

La voie ferrée au-dessus des nuages, Li Kunwu, 2013, Kana, coll. « Made in », 208 p., 9782505019633*

Lors d’un voyage dans une grande ville du sud du Yunnan, Li Kunwu se retrouve dans un parc qui s’avère être un cimetière abandonné contenant les dépouilles d’ouvriers étrangers. Sa curiosité de journaliste et sa passion de l’histoire aidant, il mettra la main sur un livre écrit en 1910 par un ingénieur français décrivant l’érection difficile du chemin de fer du Yunnan. Après deux ouvrages plus intimes ( Une vie chinoise; Les Pieds bandés ), Li Kunwu se met toutefois encore en scène dans cette enquête qui l’amènera à s’interroger sur les notions de patrimoine et de patriotisme. Cette dualité sera également présente tout au long de l’album par l’utilisation de teintes de gris, quand il s’agit de reproductions de photographies. (RSH)

RÉÉDITIONS, ANTHOLOGIES ET INTÉGRALES

Avis à tous les amoureux de L’Ours Barnabé, Philippe et Jean-Luc Coudray nous révèlent, avec Les manchots sont de sacrés pingouins ( La boîte à bulles, coll. « La malle aux images », 9782849531815* ) toute, mais vraiment toute la vérité sur ces sympathiques oiseaux marins. Bien évidemment, quand il s’agit des jumeaux Coudray, ces grands spécialistes de logique et d’humour, on doit s’attendre à ce que cette dite vérité prenne des teintes plutôt absurdes, poétiques et amusantes. Avec sa réédition augmentée à 96 pages, ce gracieux documentaire animalier de gags en deux images, répondra assurément aux questions des petits et des grands, curieux de tout savoir sur ces dévouées créatures de l’Antarctique. En prime : un dessin en relief. (HB)

Les éditions Delcourt nous comblent avec Vampire ( 9782756050423* ), l’édition définitive ( remplie d’extras hallucinants ) des pérégrinations sentimentales de Fernand le vampire parues précédemment sous les titres Grand vampire ou Le Bestiaire amoureux. Qui dit vampire dit chauve-souris, et qui dit chauve-souris dit Batman. Les éditions Urban continuent leur défrichage d’archives avec Batman anthologie ( 9782365772730* ), une sélection des meilleurs récits du chevalier noir de 1939 à 2013. La parution du Décalogue Intégrale ( Glénat, 9782723497817* ) nous amène à constater qu’après plus d’une décennie, la série culte de Frank Giroud, secondé par une dizaine de dessinateurs, est toujours d’actualité dans son traitement des valeurs morales et de la dérive des extrémismes. (RSH)

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Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Alexandre Fontaine Rousseau, Patrick Pilote et Réjean St-Hilaire.

 

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