Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…
BANDE DESSINÉE ÉTRANGÈRE JEUNESSE

Sans Charlot, David Libens, 2013, L’Employé du Moi, coll. « Vingt-quatre », 24 p., 9782930360560*
Jeremy, qui s’apprête à déménager, doit bientôt partir; mais son chat Charlot n’est toujours pas rentré à la maison. Il a beau l’appeler à maintes et maintes reprises, l’animal refuse obstinément de revenir. En désespoir de cause, le jeune garçon demande à son voisin Henri de l’avertir dès qu’il le retrouve. Dans l’avion qui le mène jusqu’à son nouveau chez soi, Jeremy rêve qu’il survole son ancienne maison à la recherche de Charlot… Cette courte histoire de David Libens, réalisée en octobre 2012 dans le cadre des 24h de grandpapier.org, aborde de manière sobre et sensible les questions du deuil et du départ. La simplicité de la narration ainsi que la délicatesse du trait s’unissent ici au service d’un récit initiatique émouvant, à la tragédie finement estompée, qui pose un regard particulièrement juste sur le monde de l’enfance. (AFR)
BANDE DESSINÉE ÉTRANGÈRE ADOLESCENTS
Drame, Raina Telgemeier, 2013, Scholastic, 233 p., 9781443125222*
Callie adore le théâtre. Elle rêve de créer des décors comparables à ceux de Broadway et fait partie de l’équipe de scène de son école. Callie adore aussi Grégory. Mais ça, c’est beaucoup plus compliqué comme passion. Malgré tous les drames qui se profilent sur scène et dans l’assistance cette année, Callie est déterminée à faire de cette pièce la performance la plus marquante de l’histoire de la polyvalente. Heureusement, ses deux nouveaux amis, les jumeaux Justin et Julien, sont là pour l’épauler. Raina Telgemeier, l’auteure de Souris !, nous plonge habilement dans le monde des adolescents. Elle dépeint avec brio une frise mignonne et rafraîchissante qui aborde avec justesse les thèmes de l’amour, de l’identité, des rêves et de l’homosexualité. Pourquoi jouer la comédie lorsqu’on n’est pas sur scène ? Telle est la question. (IM)
BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES
Fétiche, Noémie Marsily, 2013, Les Requins Marteaux, 144 p., 9782849611371*
Ce charmant petit recueil de contes cruels, à l’humour noir joyeusement sordide, suit les pérégrinations imprévisibles et absurdes d’une tête de chevreuil, empaillée par un jeune garçon, qui tombera tour à tour entre les mains d’un prêtre ( dont la foi sera subséquemment mise à rude épreuve par l’attirance qu’il éprouve pour celle-ci ), d’un homme à tête amovible prêt à tout pour plaire à sa femme et d’une innocente fillette. Éveillant chez ceux qui croisent son chemin des désirs insoupçonnés, l’objet provoque systématiquement des situations insolites qui s’enchaînent selon une logique de cause à effet savoureusement saugrenue. Le dessin faussement naïf, réalisé à l’aide de bons vieux crayons à colorier, exacerbe l’atmosphère insidieusement délétère de cet ensemble agréablement pervers. (AFR)

L’heure du loup, Rachel Deville, 2013, L’Apocalypse, 240 p., 9782367310121*
À l’instar des Complots nocturnes de David B, L’heure du loup se veut un carnet de notes oniriques, une autobiographie par le biais des rêves. L’exercice, qui aurait pu s’avérer hermétique, se révèle dans le cas présent particulièrement concluant, Rachel Deville arrivant à insuffler une réelle structure narrative aux errances de son subconscient sans pour autant les dénaturer ou en trahir l’ambiance particulière. Cet espèce de flottement incertain caractérisant le monde insaisissable des rêves est ici restitué avec brio – tant par l’écriture, qui cherche à ordonner la pensée sans la démystifier, que par ce dessin, précis mais diffus, qui trouve un équilibre précaire à la lisière des ténèbres et de la lumière. (AFR)
Les heures de verre, Alice Lorenzi, 2013, La Cinquième Couche, 58 p., 9782930356884*
Avant la parution des Heures de Verre, en 2005, l’auteure belge Alice Lorenzi s’était déjà fait connaître en autopubliant In de Vleestuin, petit ouvrage photocopié qui, déjà, ne manquait pas de faire valoir la singularité de sa voix et de son approche graphique. Ce qui séduit en premier, lorsqu’on ouvre Les heures de verre, c’est la facture unique du dessin, à la fois minutieux et très libre, semblable à la gravure. Lorenzi construit avec finesse de poétiques microcosmes aux allures surréalistes, empreints de douceur mais également d’une certaine violence, à la limite entre le rêve et le cauchemar. Et lorsqu’on se laisse transporter au cœur de ces petits mondes indépendants, on finit par croire être réellement tombé au beau milieu d’une scène mythologique, d’un tableau de la Renaissance dans lequel Vénus serait assise au café, jouant aux cartes et fumant des cigarettes avec un rat géant. (CLD)
Le jeune fantôme, Robert Hunter, 2013, Nobrow, 26 p., 9781907704550*
Comment naissent les étoiles ? À quoi servent véritablement les fantômes ? C’est à ces jolies questions que répond Robert F. Hunter, tout en rendant hommage à ses parents, dans ce poétique et élégant petit album publié chez le très design éditeur londonien Nobrow. Rencontre extraordinaire entre un astronome et un fantôme; cette histoire ravissante, magnifiquement illustrée, déborde de trouvailles graphiques. Le brillant travail sur les transparences et la douceur de la palette de couleurs audacieuses baignent le tout d’une ambiance posée-bleutée qui réjouira les amateurs d’observation des phénomènes célestes. (HB)
Loin des yeux…, Luke Pearson, 2013, Nobrow, 36 p., 9781907704598*
Luke Pearson, que nous adorons déjà pour sa série Hilda, nous offre ici un poème surréaliste racontant la fin d’une relation amoureuse. L’histoire se concentre sur les absences et les non-dits qui s’accumulent discrètement, menant inexorablement les amoureux vers la fin de leur relation. La séparation est ponctuée par d’étranges apparitions. Dans le riche bestiaire imaginaire de l’auteur, certaines créatures sont des incarnations de sentiments humains. D’autres sont des spectateurs difformes avides de drame. Sensible, nostalgique et magnifiquement illustré, Loin des yeux… est une œuvre unique. (IM)

Master Keaton T.1, Naoki Urasawa, 2013, Kana, coll. « Big Kana », 318 p., 9782505017646*
Naoki Urasawa, maître incontestable du manga policier, signe de nouveau une œuvre captivante qui semble être un mélange d’Indiana Jones et de MacGyver. Le professeur Keaton est un enseignant universitaire ainsi qu’un enquêteur d’assurance. Grâce à sa ténacité, à ses connaissances désarmantes en histoire et à ses tics de collectionneur compulsif, il déjoue plusieurs complots et s’assure que l’argent dû, dont il est le porteur, est toujours remis à une personne dans le besoin. C’est avec plaisir que l’on suit cet académicien aventureux d’un pays à l’autre. (IM)
Les Voleurs de Carthage, Appollo et Tanquerelle, 2013, Dargaud, 56 p., 9782205070149*
Alors que les légions romaines assiègent depuis trois ans Carthage, un groupe d’aventuriers hétéroclites décident de s’emparer du trésor sacré du temple de Tanit sous les ordres de Tara, fausse vestale envoyée par la famille d’Utique ( une espèce de mafia antique ). Évidemment, rien ne va se passer comme prévu, puisque les Romains lancent une attaque le soir du larcin. Premier tome d’une histoire en deux volets, cette minisérie recrée de façon crédible l’ambiance de ce royaume antique sur le déclin malgré le fait que nous avons aujourd’hui peu d’informations au sujet de Carthage à cette époque. Le dessin, aux couleurs éclatantes et chaudes, se marie merveilleusement bien avec l’histoire. Un délice pour les fans de complots et d’œuvres historiques. (IM)
Lastman T.1, Bastien Vivès, Yves Balak et Michaël Sanlaville, 2013, KSTR, 204 p., 9782203047730*
Comme chaque année, le prestigieux tournoi de la coupe des rois réunit les plus valeureux combattants du royaume. Le jeune Adrian Velba, enfin qualifié pour y participer, se dénichera in extremis comme coéquipier, Richard Aldana, cet étranger balèze avec qui il formera le plus désassorti des duos… Cette série au rythme fou de vingt pages par semaine, dessinées à quatre mains sur tablette-écran, est produite en atelier dans la plus pure tradition du shonen. Déjà une douzaine d’albums sont prévus. Encore une fois, Vivès surprend et innove en nous offrant un projet bien de sa génération : un manga à la française. (HB)
Les cerisiers fleurissent malgré tout, Keiko Ichiguchi, 2013, Kana, 122 p., 9782505019206*
Le onze mars 2011, un séisme de magnitude 9,0 suivi d’un gigantesque tsunami dévasta le nord-est du Japon. Itsuko Sonoda, japonaise d’origine habitant l’Italie avec son conjoint, voudra à tout prix retourner au Japon et honorer la promesse qu’elle avait faite à son ancienne institutrice – la seule qui avait cru en elle à l’époque, d’aller voir la rituelle floraison annuelle des cerisiers au printemps, et ce malgré les risques d’épidémies et de radiations… Une ode à la vie, au courage et à la détermination qui peut habiter l’humain au moment de surmonter l’impossible. (HB)
ESSAIS, INTÉGRALES ET RÉÉDITIONS

Saluons l’initiative des éditions Ego Comme X qui publient Mélody ( 9782910946883* ) de Sylvie Rancourt : parue en 1985, cette autobiographie décrit le quotidien d’une danseuse nue à Montréal. Cité dans le Larousse de la BD en 1998 et remarqué par Chris Ware, il était grand temps que cet ouvrage autopublié à l’époque soit enfin disponible en version intégrale. (RSH)
Jean-Marie Apostolidès propose une réflexion personnelle et somme toute originale sur Hergé ainsi que la plus célèbre de ses créations, Tintin, dans cet essai très articulé qui cherche à définir ce pourquoi le personnage a fasciné de si nombreuses générations de lecteurs, explorant au passage les notions du mythe et de son renouvellement. Lettre à Hergé ( Les Impressions Nouvelles, 9782874491627* ) cet énième essai sur le sujet arrive ainsi, à notre grande surprise et pour notre plus grand plaisir, à se démarquer du lot. (AFR)
Koma : l’intégrale en couleurs ( Humanoïdes Associés, 9782731653724* ), chef-d’œuvre onirique de Wazem et Peeters, est édité une fois de plus en intégrale. Contrairement à l’édition intégrale précédente, celle-ci est en couleurs. Cette réédition offre aux lecteurs l’occasion idéale de découvrir ( ou redécouvrir ) le monde de la petite ramoneuse Adiddas, parsemé de cheminées interminables et de dédales souterrains regorgeant d’étranges créatures. (IM)
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Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Isabelle Melançon, Alexandre Fontaine Rousseau et Réjean St-Hilaire.
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Dans un monde uchronique totalitaire, la petite Florence est sans-abri. Comme plusieurs enfants, elle ne sait pas où elle va dormir ou ce qu’elle va manger demain, mais elle est forte. Beaucoup plus forte que son malheureux compagnon d’infortune, Auguste. Emportée par la musique de Boris Vian, qu’elle découvre par hasard chez un antiquaire, puis par la vague d’une révolution, Florence se bat et se venge, pour tous les Boris Vian du monde. Boum, jeune auteure québécoise, illustre merveilleusement bien cette histoire tragique à la saveur de Victor Hugo grâce à des traits fins et des tons de gris discrets. Un petit livre marquant à ne pas manquer. (IM)





