Le Délivré

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21 juillet 2011  par Katia Courteau

Prix jeunesse des libraires du Québec (2)

Le dimanche 18 septembre 2011, les lauréats du Prix jeunesse des libraires du Québec seront dévoilés. Les libraires auront fait leur choix parmi les 18 titres finalistes. Dans un article précédent, je vous ai présenté la sélection finale des titres québécois, mais comme pour le volet adulte, ce prix comporte aussi une catégorie hors Québec. Voici donc les titres étrangers publiés durant la dernière année qui ont séduit les membres du jury par leur grande qualité.

1re catégorie : 0-4 ans

Un premier livre qui nous a tous charmés par son propos et la simplicité de ses illustrations combien efficaces et adorables est Cou-ci Cou-ça de Anne Louchard. Comment les girafes, affublées de ce cou interminable, font-elles pour dormir ? L’album, cartonné avec volets, propose une série d’hypothèses des plus craquantes jusqu’à la finale toute poétique.

Super Beige de Samuel Ribeyron est, quant à lui, irrésistible avec son allure d’anti-héros beige et morne. Ce n’est pourtant pas l’envie de sauver le monde qui lui manque à ce petit bonhomme ! À son grand désarroi, tous ceux à qui il offre son aide semblent satisfaits de leur propre condition. Mais un héros est un héros ! Fabuleux d’originalité !

Dans une approche plus tendre, Sur ma tête, d’Émile Jadoul, nous fait entrer dans l’imaginaire des enfants avec le petit Gaston qui se rend compte qu’un oiseau jaune a élu domicile sur sa tête. Pourtant, il n’y a que lui qui puisse le voir… Un album d’une grande douceur tout en simplicité comme M. Jadoul sait si bien le faire.

2e catégorie : 5-11 ans

Jo Hoestlandt nous a habitués à des textes forts. Le bébé tombé du train ne fait pas exception. Ce court roman illustré (ou album, c’est un objet difficile à identifier) raconte l’histoire d’Anatole, un vieil homme solitaire qui, un jour, trouve un bébé dans son jardin, aux abords du chemin de fer. Il en prendra soin, le nourrira, l’aimera. Mais un jour, au loin, une femme vient vers eux… L’une des histoires les plus touchantes que j’ai pu lire sur le sujet de la déportation juive.

Quel réjouissant album que ce Charles à l’école des dragons ! Impressionnant, d’abord, par ses magnifiques illustrations qui sont soutenues par le très grand format que l’éditeur Seuil jeunesse a bien osé confectionner. Il n’en fallait pas moins pour faire honneur à Charles, jeune dragon, venu au monde avec de trop longues ailes et de trop grosses pattes griffues pour pouvoir voler. À l’école des dragons, Charles préfère donc écrire des poèmes plutôt que de s’élancer dans le ciel. Mais il suffit parfois d’un petit rien du tout pour se surprendre soi-même. Les talents combinés d’Alex Cousseau (texte) et Philippe-Henri Turin (illustrations) en font un album exceptionnel, tant du point de vue visuel que textuel.

Thème touchant que celui du deuil. Arnaud Almeras et Robin l’abordent tout en finesse dans Là où mamie est partie… « Peut-être qu’elle se sent légère comme les cosmonautes ? » se demande son arrière petite-fille. Plusieurs autres questions se succéderont dans sa tête de jeune fille. Mais elle ne trouvera qu’une seule véritable réponse, celle qui compte le plus : jamais, elle n’oubliera sa mamie.

3e catégorie : 12-17 ans

Le roman de Watt Key, Alabama Moon, nous prend au cœur. Moon, dix ans, a toujours vécu avec son père reclus au fin fond de la forêt de l’Alabama. Ce dernier, vétéran du Vietnam, entretient une haine vorace contre le gouvernement et a appris à son fils à ne jamais dépendre des autres. Mais lorsque Moon se retrouve seul, après la mort de son père, il doit faire un choix : suivre les préceptes de celui qui lui a tout appris ou écouter son instinct et aller vers les autres. Un roman captivant, d’une grande profondeur psychologique !

Avec Terrienne, Jean-Claude Mourlevat réussit à combler une fois de plus nos attentes. La sœur d’Anne a disparu depuis la célébration de son mariage un an plus tôt. Ensuite, silence radio… Jusqu’au jour où Anne perçoit un son venu d’ailleurs, un appel à l’aide. C’est en traversant le passage vers l’autre monde, là où respirer peut s’avérer dangereux, qu’Anne commence sa quête. Des notes d’étrange merveilleux, d’aventure et de suspense nous tiennent en haleine du début jusqu’à la fin. Les images fortes de symboles nous restent longtemps en tête.

À la fois intrigue policière, roman d’aventures et histoire d’amour, Vango de Timothée de Fombelle est une saga incroyable ! Dès les premières lignes, le rythme est lancé avec une course poursuite dans le Paris de 1934. Vango doit fuire plus d’une menace : d’abord la police qui l’accuse, mais aussi des forces mystérieuses qui ne le lâchent pas. Son aventure l’amènera loin, très loin et pourtant peut-être plus près de lui-même qu’auparavant.

* * *

Maintenant que la production littéraire jeunesse de la dernière année a été découverte, scrutée, savourée, n’imaginez pas que c’est terminé. Les nouveautés ne cessent d’arriver et nous dénichons déjà certains romans, albums et livres pour les tout petits qui feront partie de nos lectures d’exception pour le prochain Prix jeunesse des libraires du Québec. Mais avant, nous avons tous rendez-vous le 18 septembre pour le dévoilement des premiers lauréats.

Cou-ci Cou-ça, Anne Louchard, Minéditions, 14 p.
Super Beige
, Samuel Ribeyron, Le Vangeur masqué, 26 p.
Sur ma tête
, Émile Jadoul, L’École des Loisirs, coll. « Pastel », 36 p.
Le bébé tombé du train
, Jo Hoestlandt, ill. par Andrée Prigent, Oskar, coll. « Trimestre », 47 p.
Charles à l’école des dragons
, Alex Cousseau, ill. par Philippe-Henri Turin, Seuil jeunesse, 40 p.
Là o
ù mamie est partie…, Arnaud Alméras, ill. par Robin, Nouvel Angle, 30 p.
Alabama Moon
, Watt Key, trad. par Maïca Sanconie, Bayard, coll. « Millezime », 453 p.
Terrienne
, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard, 386 p.
Vango
, Timothée de Fombelle, Gallimard, 370 p.


29 juin 2011  par Katia Courteau

Prix jeunesse des libraires du Québec : c’est à ton tour… (1)

2011 sera marquée par la naissance d’un nouveau prix littéraire : le Prix jeunesse des libraires du Québec, qui se veut un hommage aux écrivains et illustrateurs de littérature jeunesse, d’ici et d’ailleurs. Je ne vous cacherai pas que j’espérais ce prix depuis des années déjà ! Pourquoi un nouveau prix jeunesse ? Eh bien, d’abord parce qu’il n’en existe pas tant que ça au Québec et que certains, même importants, disparaissent avec le temps, tel le Prix M. Christie, qui avait fait ses marques il y a quelques années. D’autres, comme les Prix du Gouverneur général (texte et illustration) et le Prix TD, pour ne nommer qu’eux, tiennent toutefois toujours le flambeau.

Quand bien même, assister chaque année à la tenue du Prix des libraires me donnait envie, en tant que libraire jeunesse, de voir le pendant pour les jeunes prendre forme. Car la plus belle action du libraire, c’est de faire découvrir les trésors qu’il croise et déniche. Alors, oui, sont enfin attribués des prix jeunesse par les libraires du Québec. Mais, pour ce faire, mes collègues du comité et moi avons dû revenir sur toute la production littéraire publiée au Québec et hors Québec dans la dernière année : des centaines de livres ! Et, ensuite, faire des choix parmi nos plus belles découvertes. Par moments, il y a eu des évidences ; et parfois, des déchirements, qui, eux, ont cependant provoqué de riches discussions, pour finalement en arriver à cette réjouissante sélection finale.

Voici donc le premier volet de cette sélection : les finalistes québécois. Neuf livres aux couleurs et aux rayonnements différents parmi lesquels les libraires du Québec devront choisir trois lauréats, qui seront dévoilés le 18 septembre prochain lors du Festival international de littérature (FIL).

1re catégorie : 0-4 ans

On a craqué pour Le roi de la patate de Rogé : un chien-saucisse un peu philosophe et rempli d’imagination qui combat l’ennui à sa façon… Jusqu’ au jour où il rencontre Charlotte, la reine du blé d’inde… On retrouve le même humour façon Rogé tant dans les illustrations que dans le texte bien pensé.

Dans Roselyne Rutabaga remue ciel et terre!, Marie-Louise Gay nous transporte une fois de plus dans un univers coquin et câlin. Roselyne Rutabaga est une petite lapine qui a beaucoup de détermination. Ce matin, elle s’est levée avec une seule envie : creuser le plus grand trou de la terre. Elle y fera de drôles de découvertes et réalisera que c’est bien loin, le bout de la terre… Mais finalement, quoi de plus plaisant que de pique-niquer avec grand-papa dans une petite crevasse ?

Dans Sans toi ! de Geneviève Côté, Petit cochon et Petit lapin se disputent, comme il arrive à tous bons amis, mais découvrent ensuite que le jeu, c’est bien mieux à deux… Un album d’une grande tendresse sur la réconciliation et l’amitié.

2e catégorie : 5-11 ans

Avec Ma petite amie, Alain M. Bergeron nous fait le bonheur de mettre en scène, une fois de plus, le petit Dominic. Cette fois-ci, l’attachant garçon découvre les premiers élans amoureux. Maladresses et questionnements seront au rendez-vous. Est-ce que la belle Pascale-Amélie voudra bien devenir sa petite amie ?

C’est l’originalité, l’humour et l’excellent travail d’illustration dans Mémère et ses cinq monstres, écrit par Christiane Duchesne et illustré par François Thisdale, qui nous a charmé. À l’occasion de ses cinquante ans, Mémère offre un voyage autour du monde à ses cinq monstres. Mais en retour, ils devront tout lui raconter par correspondance. Et on verra que les vagabondages de longue durée transforment inévitablement le voyageur, même le plus détestable monstre… Un livre teinté d’une belle folie !

Mesures de guerre d’André Marois nous plonge au cœur de la Crise d’octobre. Gabriel aime jouer à la guerre et s’inventer des sénarios, mais, cette fois-ci, son imagination devra faire face à la réalité lorsqu’il découvrira une femme séquestrée dans une chambre. Une intrigue bien menée, qui dépeint l’ambiance et les faits historiques de ce moment marquant de notre histoire.

3e catégorie : 12-17 ans

La période sombre d’octobre 1970 est une fois de plus au cœur de l’histoire avec 21 jours en octobre. Gaétan, un garçon de seize ans seulement qui vient d’un milieu ouvrier, commence à travailler à l’usine. Sa découverte de la vie sera teintée par les évènements tragiques de la Crise. Débutant comme un suspense, le roman historique de Magali Favre campe très bien les particularités de l’époque, et s’avère très captivant.

Élaine se rend à tous les jours au chevet de sa meilleure amie captive d’un coma. Elle lui confie tout de ses jalousies, ses colères, ses pensées qu’elle gardait au fond d’elle-même et n’avait pas la force d’avouer. Un monologue-témoignage qui la fera grandir. Dans La fille d’en face, Linda Amyot nous offre une écriture à la fois intense et très sensible.

Une bougie à la main de Gisèle Desroches nous fait découvrir Christina, quinze ans, qui vit au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Un jour, à son plus grand soulagement, sa grand-mère paternelle accepte de la prendre sous son aile. Mais combien de temps Christina pourra-t-elle y  rester ? Ce récit d’apprentissage d’une grande force tranquille est porté par des personnages auxquels on s’attache tout de suite. L’auteure a aussi imaginé une drôle de petite bête qu’il n’est pas bien vu d’avoir chez soi : le zouf. Un autre personnage des plus craquants, qui trouve bien sa place dans le récit.

* * *

Surveillez bientôt ma présentation des finalistes du volet hors Québec. Vous pouvez aussi, en attendant,  vous rendre sur le site officiel du Prix

Le roi de la patate, Rogé, Dominique et compagnie.
Roselyne Rutabaga remue ciel et terre !, Marie-Louise Gay, Dominique et compagnie.
Sans toi !, Geneviève Côté, Scholastic.
Ma petite amie, Alain M. Bergeron, ill. de Sampar, Soulières.
Mémère et ses cinq monstres, Christiane Duchesne, ill. de François Thisdale, Hurtubise.
Mesures de guerre, André Marois, Boréal.
21 jours en octobre, Magali Favre, Boréal.
La fille d’en face, Linda Amyot, Leméac.
Une bougie à la main, Gisèle Desroches, Boréal.


8 avril 2011  par Katia Courteau

Lire aux bébés : une façon d’aimer

Dans son ouvrage Les livres, c’est bon pour les bébés, qui fait maintenant office de référence sur le sujet, Marie Bonnafé fait l’éloge et la démonstration du plaisir que les tout-petits éprouvent grâce aux livres. Les bébés sont des lecteurs ; d’un autre genre, peut-être, mais des lecteurs à part entière. Comme l’explique l’auteure : « Donner à voir et à entendre un récit à un enfant est une expérience qui lui procure autant de joie et d’excitation affective et intellectuelle que la découverte de son image dans le miroir. » (p. 78)

Oui, les bébés aussi aiment les livres. Qu’ils les mâchouillent, les mordent, les goûtent, les balancent au-dessus d’eux, qu’ils les observent fixement ou les parcourent à l’envers, ils les aiment à leur façon et c’est parfait ainsi. Mais il ne s’agit là que de leur rapport à l’objet ; la lecture détient sur eux un pouvoir beaucoup plus vaste que ça. Lorsque qu’un parent fait la lecture à son enfant, le livre devient « créateur » de moments affectifs et de proximité. Papa attrape le livre tout-carton qui attire depuis quelques minutes le regard de bébé. Bien collés tous les deux, papa ouvre la première page et s’exclame devant l’image. Débute alors un moment tendre, un partage.

Beaucoup de livres pour les bébés sont publiés chaque année. Parmi ce vaste choix, je vous présente ceux vers lesquels je reviens sans cesse : mes dix livres fétiches pour les tout-petits.

Mes animaux de Xavier Deneux aux éditions Tourbillon est l’un des premiers livres que j’offre et que je propose pour les plus petits. Illustré en noir et blanc avec de petites touches de rouge ici et là, ce genre de livre, bien que dispensé de couleurs, subjugue les bébés par ses contrastes intenses. En plus des images d’animaux qui attrapent instantanément leur regard, les trouées dans les pages invitent l’enfant lecteur à explorer le livre avec ses doigts.

Dans la même veine, mais cette fois-ci en livre-tissu, Noir, blanc, rouge, chez le même éditeur, se présente avec des languettes de ruban qui donneront envie aux bébés de les attraper, développant ainsi leur motricité fine. Mais ce n’est pas qu’à ce niveau que ce livre-tissu suscite l’éveil, tandis que les sons des pages qui bruissent sous le froissement égaieront aussi bébé. Un autre incontournable des livres en noir et blanc est celui de Tana Hoban, Blanc sur noir. D’une présentation plus simple, où l’on ne retrouve que des images d’objets en noir et blanc, il est parfait comme premier livre pour les petits.

Il y a aussi les livres à ritournelles ! Quoi de plus amusant et rassurant pour un enfant qu’une petite comptine qu’on répète ? Le bébé reconnait les sons et s’en amuse. J’aime particulièrement les livres de Jeanne Ashbé, LA grande dame de la littérature pour la petite enfance. Dans sa série Cachatrou, une formulette se répète à chacune des pages : « Touchatou, cachatrou / par-dessus, par-dessous / mets ton doigt dans le p’tit trou ». On lève le rabat et on découvre une petite ouverture à explorer du bout des doigts !

Certaines comptines nous ont marqués et sont un réel plaisir à réentendre. Vous retrouverez dans la collection « À la queue leu leu » de Casterman un grand nombre d’adaptations joliment illustrées de comptines et autres chansonnettes, où la mélodie et le rythme captivent et amusent les petits. Mon préféré d’entre tous est Pirouette, cacahouète d’Isabelle Carrier.

Avec Un bisou pour… de Malika Doray, dont les albums me réjouissent à chaque fois, le livre devient élément déclencheur d’intégration du parent-lecteur. En effet, après que ce dernier ait lu le passage suivant : « Un bisou pour la panthère / et une bise pour l’ours polaire / Une bise au léopard / et une bise pour le renard », une question est posée : « Et pour toi qu’est-ce qu’il y a ? »

On tourne la page et la réponse explose : « Des bisous, des bisous, des bisous, des bisous [...] », jusque dans le cou de l’enfant ! Imaginez le plaisir de l’enfant qui sent arriver, à chaque relecture, ce moment intense des bisous qui éclatent.

Des livres pour les bébés un peu plus grands… (à partir de 18 mois environ)

Les livres tout-carton sont rarement publiés au Québec, mais une perle a vu le jour à La courte échelle : Devant ma maison de Marianne Dubuc. Cette forme poétique de l’imagier présente une suite d’objets associés les uns aux autres, dévoilant l’univers familier des enfants par de belles illustrations tout en douceur.

Cou-ci Cou-ça d’Anne Louchard est un livre adorable ! La page couverture, qui montre seulement le cou d’une girafe, pose comme question : « Comment les girafes font-elles ? » En dépliant le large volet vers le haut, sa mignonne bouille apparait, les yeux fermés, et la suite de la question est dévoilée : « …pour dormir avec ce cou interminable planté sur leurs épaules ? » Ensuite, pour répondre à cette question, chaque double-page pose une hypothèse rigolote… Et la fin nous fait craquer ! Vous n’avez pas une idée ?

Dans la collection « Caché trouvé » de Milan, Koji Ishikawa s’amuse à poser des devinettes aux petits à travers questions, indices visuels et découpes… C’est brillant, joli et amusant ! Et la réponse est donnée une fois la page tournée. Mon chouchou : Où sont les animaux ?

Ces mêmes éditions Milan viennent de nous donner Poussez pas, de la talentueuse Martine Perrin. Ce livre permet aux enfants d’explorer leur propre imaginaire par le travail qu’ils doivent accomplir pour compléter les images tronquées d’animaux à la course. L’histoire débute dès la page couverture, où on ne voit que la partie arrière d’une autruche. Puis, en première page, le devant du même animal est présenté avec la patte en action ! « L’autruche court derrière… » : là, se repose la devinette, car une fois de plus, on ne voit que la partie arrière du prochain animal, et ainsi de suite… Jusqu’au moment où : « STOP ! », la lumière est rouge à l’intersection ! Ce qui provoque une énorme bousculade, juste avant que les animaux reprennent leur course folle… une fois la lumière verte, évidemment !

Il y a un choix infini de livres pour les tout-petits. Ces quelques suggestions sauront peut-être vous éclairer, mais, surtout, retenez ceci : il n’est jamais trop tôt pour faire la lecture à un enfant.

* * *

Les livres, c’est bon pour les bébés, Marie Bonnafé, Hachette littératures, coll. « Pluriel », rééd. 2003, 202 p.
Mes animaux, Marie-Odile Fordacq et Franck Girard, ill. de Xavier Deneux, Tourbillon, coll. « Blanc noir », 2007, 19 p.
Noir, blanc, rouge, collectif, Tourbillon, 2009, 10 p.
Blanc sur noir, Tana Hoban, Kaléidoscope, 1993, 12 p.
Cachatrou : C’est mon oreille, Jeanne Ashbé, L’école des loisirs, 1996, 18 p.
Pirouette, cacahouète, Isabelle Carrier, coll. « À la queue leu leu », Casterman, 2004, 24 p.
Un bisou pour…, Malika Doray, L’école des loisirs, Coll. « Loulou et compagnie », 2008, 26 P.
Devant ma maison…, Marianne Dubuc, La courte échelle, 2010, 120 p.
Cou-ci Cou-ça, Anne Louchard, Minedition, coll. « Un livre à volets Minedition »2010, 20 p. dépl.
Où sont les animaux ?, Koji Ishikawa, Milan jeunesse, coll. « Caché trouvé », 2008, 34 p.
Poussez pas, Martine Perrin, Milan jeunesse, coll. « Albums Milan premier âge », 2010, 38 p.


21 mars 2011  par Katia Courteau

Des Grandes Personnes au service de la jeunesse

Il y a moins d’un an, j’assistais avec enthousiasme à la présentation des nouveautés de la rentrée chez Gallimard. La salle était comble, comme à l’habitude, et la scène remplie de livres inconnus. J’espérais un nouveau Émile Jadoul, un Kitty Crowther, un Ponti ou peut-être un roman de Jean-Claude Mourlevat. Mais là-bas, au centre de la scène, des albums, plus grands que les autres, attirent mon regard. Oxiseau et Axinamu trônent devant nous et en imposent. Je suis intriguée. Aussi, un livre traverse la scène, de cour à jardin, déplié en éventail. Qu’est-ce donc que ces livres de formes inhabituelles ? Bientôt, une réponse est donnée : les éditions des Grandes Personnes viennent de voir le jour. Une nouvelle maison créée par Florence Barrau et Brigitte Morel, deux éditrices de grand talent ayant travaillé précédemment aux éditions du Seuil et chez Panama.

Pourquoi communiquer cette annonce à la journée Gallimard ? Parce qu’il arrive que certaines grandes maisons d’édition agissent comme diffuseurs et, sur ce coup, Gallimard ne s’est pas trompé. Les éditions des Grandes Personnes réussissent dans tous les domaines de la littérature jeunesse qu’ils touchent : tout-carton, livres d’activités, albums documentaires, pop-ups, livres d’artistes, romans ; autant d’ouvrages réjouissants.

Qu’en est-il d’Oxiseau et d’Axinamu ?

Vous l’aurez deviné : l’un porte sur les oiseaux et l’autre sur les animaux. Ces très beaux imagiers captent notre regard par leurs dimensions, mais aussi par la simplicité de la mise en page sur fond blanc, qui augmente l’impact de l’image. Voilà des livres de très grands formats pour les petits, qui s’amuseront à soulever les volets pour découvrir ce qui se cache derrière ces dessins en forme de plumes, de becs, d’œufs ou de traces de pas… De magnifiques devinettes pour les enfants !

Et ce livre-éventail de plus de 10 mètres de long ?

Il s’agissait de Couleurs du jour de Kveta Pacovska, une grande artiste tchèque qui a publié plusieurs livres pour les enfants, des petits chefs-d’œuvre qui sont à chaque fois une explosion de couleurs et de formes abstraites. Dans Couleurs du jour, ici, un hibou ferme les yeux ; là, une maison-crayon laisse apparaître la grenouille à sa fenêtre… On éprouve un plaisir fou à découvrir chacune de ces illustrations, de ces formes découpées ou de ces spirales à tirer. Pacovska arrive de main de maître à allier l’abstrait à la poésie.

Des romans… Entre autres : Jenna Fox, pour toujours

J’en sors à peine et je suis sous le choc de l’écriture de Mary E. Pearson.

Jenna, 17 ans, vient d’ouvrir les yeux après un très long coma suite à un accident. Elle ne se souvient de rien. Les visages de ses parents lui sont inconnus. Avait-elle des amis ? Peu à peu, des images reviennent et elle se reconstruit. Mais des questions surgissent aussi : pourquoi sa grand-mère n’a plus la même attitude envers elle ? Car les vidéos souvenirs sont là pour le prouver : quelque chose a changé entre elle et les siens. Et cette porte fermée à clef, que cache-t-elle ? Jenna Fox, pour toujours est un roman d’anticipation où la construction de l’identité, la question du libre-arbitre et le prix des avancées technologiques sont abordés avec finesse. Sur fond de suspense, cette histoire d’une grande richesse psychologique nous happe et nous tient jusqu’à la dernière ligne.

Mais ce roman n’est pas le seul à avoir été remarqué par les critiques : on n’a qu’à penser à Mademoiselle Scaramouche de Jean-Michel Payet, Un jour de Morris Gleitzman, Le baume du dragon de Silvana Gandolfi (Prix Tam-Tam roman 2007 et Prix des Incorruptibles 2009), ainsi que La Messagère de l’au-delà de Mary Hooper. Tous à découvrir !

Chez les Grandes Personnes, on trouve de l’audace, du flair, de la qualité littéraire et picturale. Je félicite cet éditeur qui a confiance en la capacité et le désir des enfants et des adolescents à aborder des œuvres différentes, singulières et de haut niveau. Et ces jeunes, justement, leur rendent bien. Du moins, c’est ce que je peux en juger quand je vois un petit bonhomme de quatre ans qui s’élance à travers les rayons de la librairie vers sa mère avec le livre de Pacovska dans les mains en disant : « Maman ! Regarde : ce livre est merveilleux ! »

* * *

Oxiseau, Francesco Pittau et Bernadette Gervais, 2010, 10 p.
Axinamu, Francesco Pittau et Bernadette Gervais, 2010, 10 p.
Couleurs du jour, Kveta Pacovska, 2011, 168 p.
Jenna Fox, pour toujours, Mary E. Pearson, 2010. 288 p.
Mademoiselle Scaramouche, Jean-Michel Payet, 2010. 384 p.
Le baume du dragon, Silvana Gandolfi, 2010, 176 p.
Un jour, Morris Gleitzman, 2011, 336 p.
La messagère de l’au-delà, Mary Hooper, 2010, 240 p.



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