Le Délivré

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30 mai 2011  par Joëlle Hodiesne

Des livres à lire avec les yeux et les oreilles

Je me souviens, petite, du plaisir que j’avais à « lire » mon livre préféré. J’écoutais attentivement le tourne-disque me raconter l’histoire, et quand la petite cloche tintait, je devais tourner la page… J’ai eu envie de retrouver cette magie, et je suis allée explorer un peu du côté du livre-CD. J’ai d’abord constaté qu’il y a abondance de choix : des histoires avec ou sans musique, avec un ou plusieurs lecteurs ; mais aussi des contes musicaux et des recueils de chansons illustrées. Mais si, devant tant de trésors à découvrir, j’ai choisi de me concentrer sur ce qui se fait au Québec, il n’y a nul doute les petites merveilles que je vous propose enchanteront les oreilles des petits et des grands.

S’il-te-plait, raconte-moi une histoire !

Certains d’entre vous le savent déjà, mais plusieurs des albums les plus populaires de chez Dominique et compagnie sont maintenant disponibles en livre-CD. C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai écouté Le gros monstre qui aimait trop lire de Lili Chartrand et Vieux Thomas et la petite fée de Dominique Demers. Ici, peu ou pas de musique : que l’histoire et quelques bruitages pour nous plonger encore plus dans le récit. On rigole (en frissonnant ?) quand le gros monstre pousse ses hurlements ; les jappements du chien sauvage nous plongent dans l’inquiétude pour la petite fée. Et le plus important : ces histoires sont surtout très bien racontées ; on se laisse facilement emporter par les mots. Finalement, un signal nous indique quand tourner la page, chose appréciée des enfants !

Cette année, les éditions Planète rebelle, spécialisées en livres-CD, nous offrent un cadeau de taille : L’amélanchier de Jacques Ferron, adapté par Denis Côté et illustré par Anne Sol. Narré avec brio, cet univers où le conte se superpose à la réalité nous happe à coup sûr. Tinamer de Portanqueu rencontrera quantité de personnages loufoques, et apprivoisera le bon et le mauvais côté des choses ; bref, elle fera l’apprentissage de la vie. Ce véritable délice pour les yeux et les oreilles est de plus une belle initiation à notre littérature.

Autrement, depuis une dizaine d’années, les éditions La montagne secrète nous enchantent les yeux et les oreilles, notamment avec Gilles Vigneault, qui nous a donné son quatrième livre-CD avec Léo et les presqu’îles. Plusieurs artistes ont prêté leur voix à cette histoire pour donner vie aux personnages de l’auteur. Les bruitages, bien dosés, nous plongent efficacement dans l’ambiance. On accompagne donc Léo qui, au fil de ses rencontres, en apprendra un peu plus sur son père qu’il a peu connu, et qui finira par devenir, lui aussi, capitaine d’un bateau.

On regarde une chanson ?

À quoi peut ressembler une journée à la campagne ? Avec Le chat musicien, il y a des chansons pour le matin, l’après-midi et le soir. Des chansons rigolotes, tendres ou rassurantes, interprétées entre autres par Jorane, Yann Perreau et Mara Tremblay.

Petit coup de cœur personnel depuis longtemps déjà, la série Dodo la planète do nous emmène dormir ailleurs dans le monde. En effet, de magnifiques berceuses du monde entier nous sont proposées dans chacun des trois livres-CD portant ce même titre.

Finalement, un petit dernier pour la route ! Avec Les pourquoi, Benoît Archambault propose des réponses amusantes à des questions aussi diversifiées que « Comment on fait pour acheter un éléphant pas trop cher ? » ou « Pourquoi mon papa il se perd tout le temps en voiture et il dit toujours que non, non, il n’est pas perdu ? ». Le tout est entrecoupé de chansons drôles sans être infantilisantes.

Alors voilà mes petits trésors des livres-CD québécois ! Bien sûr, il ne s’agit ici que d’un échantillon parmi l’abondance de choix ; aussi je vous invite à explorer et découvrir nos richesses ! Ils sont source de petits moments riches en émotions, du plaisir de se faire tout simplement raconter une histoire et s’y laisser transporter. À vous tous, bonne lecture et bonne écoute !

* * *

Le gros monstre qui aimait trop lire, Lili Chartrand, ill. de Rogé, raconté par Charles Lafortune, Dominique et compagnie, 36 p.
Vieux Thomas et la petite fée, écrit et raconté par Dominique Demers, ill. de Stéphane Poulin, composition musicale et sonore de Bernard Falaise, Dominique et compagnie, 30 p.
L’amélanchier, Jacques Ferron, adapté par Denis Côté, ill. d’Anne Sol, raconté par Johanne Marie Tremblay, composition musicale d’Étienne Loranger, Planète rebelle, coll. « Conter fleurette », 68 p.
Léo et les presqu’îles, Gilles Vigneault, ill. de Stéphane Jorisch, interprété par Fred Pellerin et autres, La montagne secrète, 56 p.
Le chat musicien, paroles et musique de Joseph Beaulieu et Jean-Paul Riopelle, ill. de Stéphane Jorisch, interprété par Mara Tremblay et autres, La montagne secrète, 34 p.
Dodo la planète do : Belgique-Brésil, Chine-Sénégal et Mali-Louisiane, divers auteurs, La montagne secrète.
Les pourquoi, Benoît Archambault, ill. de Fil et Julie, Disques Victoire, 28 p.


20 avril 2011  par Joëlle Hodiesne

Les p’tits clous qui dépassent

Vous souvenez-vous de votre enfance ? De ce que vous étiez capable de voir dans les nuages, dans les craquelures du plafond, ou dans les taches maladroites de vos œuvres à la garderie ? Peut-être avons-nous un petit peu oublié. Car les enfants possèdent une imagination débordante, une ouverture incroyable, observant le monde qui les entoure, prêts à s’émerveiller de tout. Prêts à voir des albums qui se démarquent de la masse en osant allier art et littérature, et qui nourriront leurs yeux et leur esprit. Avec des esthétiques et des contenus différents. Parfois farfelus, rigolos, polissons, poétiques, étranges ou carrément dérangeants, mais qui toujours ouvrent l’imaginaire, nourrissent ces petits cerveaux avides de nouveaux horizons.

Poésie des mots, poésie des couleurs

Avec ses étranges personnages colorés, l’album Comme ci ou comme ça nous invite à suivre un chat rouge qui se fait voler son histoire par un gros chien. Celle-ci passera de gueule en bec, traversera l’océan et se retrouvera dans la ville, à se faire lire par une faune urbaine. Une lune et des étoiles se mêleront aussi de cette histoire rigolote. Alors, le chat pourra-t-il lire la fin de son histoire ?

Du découpage, de la peinture, des petits papiers déchirés, différentes textures : dans cet album qui porte leur nom, les nuages nous racontent avec poésie le périple aérien sur le dos du vent, leur soif quand ils s’abreuvent à la mer, leur musique silencieuse, leur danse dans le jardin. Il arrive même qu’ils s’embrassent en pleuvant sur les oiseaux !

Hydromène : La chambre d’un garçon, est quant à lui aussi étrange qu’un rêve peut l’être… et tout aussi difficile à résumer !  Au cours de ces quelques cent trente pages, on observe Hydromène, petit garçon vivant dans une chambre d’eau. Plein de douceur et d’imagination, voilà un album qui donne l’impression de traverser un songe…

Les petits polissons

Tout simple et franchement rigolo, Mes bêtises préférées est un joyeux catalogues d’espiègleries ! Un ver qui sort tout nu dans la rue, un petit kangourou qui fait pipi dans la poche de sa maman, un loup qui fait un prout à table (et tiens donc, il y a du cochon au menu…), des grenouilles qui sautent sur le lit (nénuphar) de leurs parents… Voilà un album qui fera rire et jaser !

Les personnages de Papy, où as-tu mis tes dents ? sont à leur image : complètement déconstruits et réassemblés ! Entre l’oncle chauve porteur de postiche, le copain unijambiste, la grande sœur adepte de piercing et la boulangère dont les rides ont disparu, les questions et réflexions fusent.

Parce qu’il faut en parler

Pourquoi tu pleures ?, demande dans cette histoire la mère au petit garçon. Avec sa finale très évocatrice, cet album nous parle de la rudesse d’une mère envers son enfant. Pas de coups, mais des paroles dures, des ongles rouges agrippant un bras, des menaces voilées de dénonciation au père. Un album dur, mais juste.

Maxime a un papa, mais pas de maman. Il y a la copine de son papa, qui est bien gentille, mais ce n’est pas sa maman. Sa maman, elle est morte, parce qu’elle avait trop de chagrin. Il reste les souvenirs, et de petites photos prises dans un photomaton. Ma maman du photomaton est un album qui aborde avec beaucoup de délicatesse la question du suicide d’un parent.

« Je n’ai pas toujours été moi. Avant d’être moi, je n’étais pas dans moi. J’étais ailleurs. Ailleurs, c’est tout sauf moi. Ensuite, j’ai été moi, j’ai découvert un pays. Sa capitale est mon cœur. Ses arbres sont mes rêves. Ce pays, c’est dans moi. »  Histoire étrange et pleine de poésie, Dans moi nous parle des peurs d’un enfant et de la découverte de soi par le biais d’un ogre que celui-ci doit affronter, puis apprivoiser.

En conclusion, il ne faut pas enfoncer les petits clous qui dépassent. D’accord, parfois, ça accroche ; mais ce qu’il est important de retenir, c’est qu’il faut oser explorer des albums différents. Ne pas laisser les préjugés nous empêcher de découvrir de véritables petites merveilles. Parce qu’après tout, c’est en sortant des sentiers battus qu’on découvre les plus beaux paysages !

* * *

Comme ci ou comme ça, Anne Terral, ill. de Bruno Gibert,  Syros, 22 p.
Les nuages, Francine Bouchet, ill. de Yassen Grigorov, La joie de lire, coll. « Les versatiles », 44 p.
Hydromène : La chambre d’un garçon, Iwan, Quiquandquoi, 133 p.
Mes bêtises préférées, Agnès de Lestrade, ill. de João Vaz de Carvalho, L’atelier du poisson soluble, 24 p.
Papy, où as-tu mis tes dents ?, André Marois, ill. de Virginie Egger, Les 400 coups, 28 p.
Pourquoi tu pleures ?, Vassilis Alexakis, Quiquandquoi, 2001, 28 p.
Ma maman du photomaton, Yves Nadon, ill. de Manon Gauthier, Les 400 coups, 2006, 32 p.
Dans moi, Alex Cousseau, ill. de Kitty Crowther, Memo, 2007, 42 p.


11 mars 2011  par Joëlle Hodiesne

Benjamin Lacombe : plume et pinceaux

Les yeux grands ouverts, je bois les images de Benjamin Lacombe et me nourris des histoires qu’il illustre, parfois les siennes, parfois celles des autres (dont un collaborateur qui revient quelques fois, Sébastien Perez). Mais une chose est sûre : à la fin de ses albums, j’ai souvent une impression de douceur et de mélancolie. J’adore ses animaux aux grands yeux, ses oiseaux étranges et ses personnages aux visages délicats.

J’ai donc décidé de vous le présenter : né à Paris en 1982, Benjamin Lacombe n’a pas encore trente ans et déjà derrière lui presque vingt albums. Cet ancien étudiant de l’École Nationale des Arts Décoratifs s’est imposé parmi les grands illustrateurs du début de ce siècle. Son site comporte d’ailleurs une galerie qui vaut le détour !

Cerise Griotte, son projet de fin d’études, raconte l’histoire d’une petite fille un peu boulotte, plus à l’aise avec les livres qu’avec ses camarades de classe ; ces derniers se moquent d’elle, de son surpoids. Elle n’a pas d’amis, mais aime en secret le plus beau garçon de la classe. Ses seules consolations : les livres et Griotte, un chien shar-pei recueilli à la fourrière tenue par son père. Si personne ne le réclame au bout d’un mois, elle pourra le garder. Elle fera tout ce qu’elle pourra pour éviter que ses maîtres croisent sont nouvel ami, et apprendra à s’affirmer.

Un autre magnifique album (avec CD, celui-là) dont Benjamin signe les textes et illustrations est La mélodie des tuyaux, paru en 2009, toujours au Seuil. Ici, on raconte l’histoire d’Alexandre, un garçon de treize ans qui habite une ville terne où les habitants travaillent à l’usine qui domine le paysage. Un cirque arrive en ville et bouscule les habitudes de ces gens, qui, confrontés à la différence, en ont peur. Alexandre tombera amoureux d’Elena, une jeune gitane, et se découvrira un talent pour la musique. Petit détail amusant : on retrouve dans Grimoire de sorcières, un album paru un an plus tard, les même fameuses sœurs siamoises rencontrées dans La mélodie des tuyaux

D’ailleurs, Grimoire de sorcières est le livre que la petite Lisbeth trouve dans une autre des histoires de l’auteur, La petite sorcière ! Dans celle-ci, Lisbeth, une petite sorcière, va comme chaque année passer les vacances de Noël chez sa grand-mère Olga. Lisbeth a l’habitude de terminer les phrases des autres, chose qui les agace… Mais pas sa grand-mère, qui croit qu’elle a un don, et pas son ami Edward, un charmant petit garçon bègue secrètement amoureux d’elle. Sébastien Perez et Benjamin Lacombe ont su conjuguer leurs talents pour faire une histoire originale et sensible.

Et que dire de Blanche Neige, la magnifique adaptation qu’il fait de ce classique ! En alternant entre couleurs et noir et blanc, l’illustrateur a su nous envelopper d’une ambiance à la fois sombre et lumineuse. La méchante belle-mère y est mortellement cruelle, et Blanche Neige y est délicate et naïve. Lacombe avait déjà fait des prouesses avec Le petit chaperon rouge, qui n’est malheureusement plus disponible, et il a su nous replonger dans le ravissement en renouant avec le conte.

Toute son œuvre est à découvrir, je vous le conseille vivement. Et surtout, ses productions à venir sont à surveiller !

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Blanche Neige, d’après Jacob et Wilhelm Grimm, Milan jeunesse, coll. « Albums classiques », 2011, 44 p.
La mélodie des tuyaux, Seuil, 2010,
La petite sorcière, texte de Sébastien Perez, Seuil, 2010, 34 p.
Grimoire de sorcières, texte de Sébastien Perez, Seuil, 2010, 75 p.
Cerise Griotte, Seuil, 2006, 30 p.
Le petit chaperon rouge, d’après Charles Perreault, Soleil, 2004, 48 p.



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