Le Délivré

Archive par auteur


8 mars 2013  par Isabelle Melançon

Puisque c’est le 8 mars…

Photo par Ruth Orkin

« Il se trouve – même si c’est difficile à croire quand on voit les étals des librairies – que les deux tiers des projets que je reçois [ pour la collection Bayou ] sont envoyés par des filles. Je ne sais pas si c’est Gallimard qui suscite ça… Il existe aujourd’hui un véritable appétit de bande dessinée chez les filles parce qu’elles ne l’ont pas pratiqué avant. »

Entretiens avec Joann Sfar, Joann Sfar et Thierry Groensteen, 2013, Les Impressions Nouvelles, 270 p., 9782874491580*
 

Depuis son officialisation par l’Organisation des Nations unies en 1977, le 8 mars est reconnu comme étant la Journée internationale de la femme. Plusieurs journalistes et blogueurs profitent de cette occasion pour écrire un article soulignant les nombreuses contributions, souvent oubliées, des femmes dans les domaines des arts, des sciences, etc.

Dans notre secteur de la bande dessinée, à cette date précise, c’est presque devenu une tradition de lister les nouveautés signées par des auteures et de passer en revue avec nostalgie les séries et les romans graphiques créés par des femmes qui nous ont marqués. Nous nous réjouissons du fait que le nombre d’auteures augmente de façon constante dans un médium encore fortement associé avec la gent masculine et ses préférences.

Voici une liste de suggestions d’œuvres de qualité, nées sous les crayons d’artistes et de scénaristes femmes, et mettant en scène des personnages féminins réalistes et captivants. Ces jeunes auteures s’attaquent à des sujets allant de la romance à la politique avec des styles de dessin allant de l’art naïf au réalisme.

Algésiras et AurorePénélope BagieuRikke Bakman,  Sophie BédardBoumVera BrosgolFanny Britt et Isabelle ArsenaultGeneviève CastréeLeela CormanChloé CruchaudetArianne DénomméIsabelle DethanFlorence Dupré la TourÉlodie Durand, Aisha Franz,  Anneli FurmarkIris,  Keum Suk Gendry-KimSophie GuerriveKonami Kanata,  Fabienne LoodtsOriane LassusUlli LustLisa MandelJulie MarohSandrine MartinKaoru Mori,   Yoon-sun Park,  Gabrielle PiquetJulie Rocheleau et Émilie VilleneuveMarjane SatrapiPosy SimmondsAnne Simon et Corinne MaierNaoko Takeuchi,  Mari Yamazaki,  Vanyda,  Birgit Weyhe,  Aurélie William LevauxZviane.

Nous vous encourageons aussi à visiter le site internet de l’Association Artémisia . Cette association, qui tient son nom de l’artiste Artémisia Gentileschi, cherche à faire la promotion de la bande dessinée « féminine » en offrant un prix annuel. Selon cette association, un regard féminin sur la production BD est essentiel. La bande dessinée ne pourrait pas évoluer en éliminant par machisme la moitié de ses lecteurs et de ses créateurs potentiels. Lointaine est l’époque où les femmes n’étaient que des coloristes du travail de leur maris. Elles ont des choses à dire, et elles veulent les dires dans des phylactères !

Photo par Charles Teenie Harris

Pour voir plus de photos de Charles Teenie Harris : ici et Ruth Orkin :  ici

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10 septembre 2012  par Isabelle Melançon

La magie de l’amour et de l’amitié (2 de 2)

Shugo chara

Comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, le genre très populaire des magical girls, lié aux mangas pour filles, est né de l’influence d’un sitcom américain, Ma sorcière bien-aimée, dans les années 60. Mais bien que le genre se soit renouvelé depuis, qu’est-ce qui fait en sorte qu’il reste aussi populaire et attire toujours aujourd’hui autant les jeunes lectrices que les jeunes auteures ?

La passion des magical girls

L’intérêt du genre se trouve dans la force de caractère de ses personnages féminins, motivées à conquérir et transformer leur univers, et devenant éventuellement des exemples parfaits d’adultes épanouies et heureuses. Comme c’est le cas dans les contes de fées, les histoires de magical girls sont synonymes de quête d’identité et de passage à l’âge adulte, comme le présentent de façon évidente certaines séries telles que Shugo Chara, bien que d’autres l’explorent plus subtilement. Le symbole de la transformation, généralement omniprésent dans le genre, est très évocateur de l’évolution du personnage.

Tel que mentionné, ces séries commencent habituellement avec un personnage isolé (l’héroïne), qui rassemble autour d’elle les pièces de l’objet qu’elle recherche. Lors de sa quête, elle rassemble également les bases de sa vie future, représentées par les nouvelles relations humaines qu’elle développe, au fur et à mesure de son aventure, avec d’anciennes ennemies, de précieux alliés et des garçons dont elle tombe amoureuse. Les magical girls ont toujours un but, et l’atteindre représente un passage vers la maturité et le bonheur. C’est d’ailleurs pourquoi, la plupart du temps, le dernier chapitre d’une série de ce genre fait toujours un bond en avant dans le temps, montrant que l’héroïne a bel et bien grandi et que le lecteur devrait être fier d’elle.

Sailor Moon

Ce genre de récit est très attirant pour un public adolescent. Le message général que portent ces  séries est encourageant et, d’une certaine manière, féministe, incitant ses lectrices à devenir fortes, sûres d’elles, et soulignant amplement l’idée que toutes les filles sont uniques et spéciales. Les éléments fantastiques du récit sont là pour garder l’attention de la lectrice, alors que les thèmes de l’identité, de l’estime de soi, de l’amitié, de l’appartenance et de la valeur des relations humaines sont transmis de façon originale. D’ailleurs, survient souvent dans ces histoires (dans Sailor Moon, par exemple) un épisode où la magical girl perd ses habiletés magiques et doit alors se questionner sur sa valeur en tant que personne « ordinaire », questionnement très évocateur pour de jeunes adolescentes… Ainsi, à l’image du personnage, la lectrice doit trouver ce qui la caractérise en tant que personne. Sans pouvoirs magiques, quels sont nos autres capacités ? Quelles sont nos possibilités ?

On peut donc croire que ce genre est toujours aussi populaire parce qu’il touche les lectrices habilement, en explorant des insécurités présentes dans le cœur de la majorité des adolescentes. Mais il est intéressant de noter que l’esthétisme super mignon du dessin contribue également beaucoup sa popularité. Surtout au Japon, où de nombreux lecteurs masculins accrochent aussi à ces séries, certains collectionnant même sans relâche de nombreux produits dérivés à l’effigie des adorables héroïnes.

La popularité des mangas de magical girls a une influence grandissante sur des œuvres européennes et américaines, ne pensons par exemple qu’à Winx Club, W.I.T.C.H. ou Sybil la fée cartable. Toutefois, les auteurs occidentaux n’ont pas encore autant de succès dans ce genre que leurs collègues japonais.

Suggestions de lecture

Pour tout lecteur qui a envie de découvrir les magical girls, impossible de passer à côté de Sailor moon (18 tomes). Cette série unique est actuellement rééditée dans un format collector sous le nom de Sailor Moon – Pretty Guardian, avec de nouvelles couvertures, des dessins corrigés et une nouvelle traduction. Sailor Moon est l’histoire d’Usagi Tsukino, qui découvre qu’elle et ses amis sont les réincarnations de gens décédés dans une guerre antique opposant la Princesse de la lune et le Mal absolu. Transformées en gardiennes du système solaire, les sailors doivent retrouver la princesse ainsi que le cristal d’argent, source de son pouvoir, avant que le Mal absolu n’avale la Terre. Cette série s’avère extraordinaire grâce à ses références mythologiques, ses personnages forts et diversifiés, ainsi que ses nombreux messages sur l’égalité et la tolérance. Il est à noter que la réédition de la série sera accompagnée d’une nouvelle télésérie, dont la diffusion est prévue à l’échelle internationale en 2013.

Alice 19th (7 tomes) est une courte série axée sur le pouvoir des mots. Alice, jeune fille discrète et introvertie, est secrètement amoureuse du meilleur ami de sa sœur. Alors que cette dernière décide de faire de lui son petit ami, Alice est reconnue par une étrange créature comme étant la gardienne des Lotis, des mots magiques permettant d’actualiser les désirs. Alice, jalouse, décide alors de les utiliser pour bannir sa sœur dans un monde magique, une faute qu’elle devra ensuite racheter : avec l’aide d’autres gardiens, elle tente de retrouver sa sœur… Alice 19th, qui explore les thèmes de la famille et de l’estime de soi, est originale par le fait que la magical girl est autant l’antagoniste que le protagoniste, puisque c’est en partie son orgueil et sa peur qui causent les situations problématiques. Sur le plan graphique, le très beau dessin de Yuu Watase nous emmène dans un monde magique aux décors créatifs et détaillés.

Full moon – À la recherche de la pleine lune (7 tomes) raconte l’histoire de Mitsuki, jeune fille cancéreuse n’ayant plus qu’un an à vivre. Elle rencontre par hasard deux « shinigami », des esprits chargés de conduire les humains vers la mort. Mais Mitsuki ne se résigne pas à mourir  avant d’avoir rempli la promesse qu’elle a faite avec Eichi, son ami d’enfance : devenir chanteuse. Les shinigami acceptent alors de conclure un marché avec elle : pendant un an, ils l’aideront à devenir une star de la chanson, à condition qu’elle les suive une fois ce délai expiré.  Full Moon se penche sur les thèmes du suicide, de la motivation et du deuil. Malgré une part de morbidité, la série garde un ton positif et offre au lecteur un message plein d’espoir.

Chocola et Vanilla (8 tomes) met en scène deux sorcières prétendantes au poste de reine du Royaume magique. Pour accéder au trône, elles doivent séjourner chez les humains et s’emparer des cœurs d’un maximum de beaux garçons… Chocola et Vanilla, amies depuis leur plus tendre enfance, arriveront-elles à conserver leur amitié intacte malgré tout ? Chocola et Vanilla rappelle les séries classiques de magical girls. L’auteur raconte son histoire avec beaucoup d’humour et de tendresse. Les dessins sont très travaillés, avec des décors abondants et des designs de vêtements très « mode ». Bref, c’est une série qui donne envie de croquer des cœurs en sucre !

Shugo Chara (12 tomes) parle des malheurs d’Amu Hinamori, une jeune fille qui, sous ses airs de grande punk blasée, est plutôt réservée et peu sûre d’elle-même… En fait, elle rêve d’être tout autre que celle qu’elle est aux yeux de tous. Dans son école, un groupe d’élèves, appelés les « Gardiens », assurent la protection des élèves. Après avoir découvert trois œufs étranges dans sa chambre, Amu est encouragée à intégrer les Gardiens. Ses œufs sont des « œufs de cœur » : chacun contient un « shugo chara », c’est-à-dire un exemple de ce que la personne qui les possède voudrait devenir dans le futur. Amu doit protéger ses œufs, ainsi que ceux des autres, d’Easter, une organisation sans scrupules qui désire les voler. Shugo Chara est une série extrêmement mignonne, idéale pour les jeunes préadolescentes. Grâce à ses dessins légers, ses personnages attachants et ses messages motivants sur l’estime de soi et les rêves, Shugo Chara saura charmer ses lectrices.

Magic knight Rayearth (6 tomes), c’est la quête d’Hikaru, Umi et Fuu, trois adolescentes arrachées à leurs vies quotidiennes à Tokyo afin de devenir les héroïnes chargées de trouver et protéger la princesse d’un monde parallèle. Ensemble, les trois amies vont apprendre les valeurs de l’amitié et du courage… mais aussi que les apparences sont souvent trompeuses. Magic knight Rayearth est une série que les garçons apprécieront tout autant que les filles, grâce à ses scènes d’action dynamiques et ses personnages accrocheurs.

Je vous conseille également Card captor Sakura (12 tomes), série créée comme la précédente par le collectif d’auteures Clamp. Alors qu’elle feuillette un livre mystérieux, Sakura, jeune élève du primaire, disperse aux quatre vents des dizaines de cartes magiques. Kéro, le charmant gardien du livre, lui fait passer un pacte par lequel elle s’engage à récupérer les cartes au plus vite. La jeune fille devra apprendre à les maîtriser, mais ce ne sera pas facile puisque ces cartes ont des « personnalités » parfois agressives… Card captor Sakura est une série originale grâce à la façon dont elle joue avec les caractéristiques du genre. Par exemple, Sakura ne se transforme jamais ; c’est sa meilleure amie, Tomoyo, qui lui fabrique des costumes pleins de froufrous et la force à les enfiler ! L’héroïne fait également preuve d’une grande détermination et de beaucoup d’ingéniosité pour capturer ses cartes, puisqu’elle doit faire des combinaisons de cartes pour en chasser d’autres. Le tout est soutenu par des dessins superbes, d’une douceur sans limites…

Finalement, je vous recommande Puella magi Madoka magica (3 tomes), l’histoire de Madoka, une étudiante chaleureuse et aimante, et de son amie d’enfance, Sayaka Miki. Leurs vies basculent lorsqu’elles rencontrent Kyubey, une mignonne boule de poils aux noirs desseins, qui, en échange d’un vœu, souhaite faire d’elles des « Puella magi », des guerrières chargées de chasser des sorcières. Ce manga est inspiré d’une série télévisée éponyme qui a connu un succès fou en 2011 grâce à son histoire sombre et son esthétisme mélangeant plusieurs styles d’animation. Madoka magica joue avec les motifs habituels du genre en les retournant « négativement » : plutôt qu’être entourées d’amis, les magical girls sont condamnées à combattre et mourir seules, leurs pouvoirs naissant de leur égoïsme ! La série se conclut tout de même sur une note positive grâce à l’altruisme de Madoka, véritable magical girl dans l’âme.

* * *

Sur ce, bonnes lectures, et n’oubliez pas vos baguettes magiques !

Sailor moon – Pretty guardian, t. 1, Naoko Takeuchi, Pika, 9782811607135* http://bit.ly/OXPhlc
Alice 19th, t. 1, Yuu Watase, Glénat, 9782723442381*
Full moon – À la recherche de la pleine lune, t. 1, Arina Tanemura, 9782723453103*
Chocola et Vanilla, t. 1, Moyoko Anno, Kurokawa, 9782351421833*
Shugo Chara, t. 1, Peach Pit, Pika, 9782811600396*
Magic knight Rayearth, t. 1, Clamp, Pika, 9782845990852*
Card captor Sakura – Volume double, t. 1, Clamp, Pika, 9782845999770*
Puella magi Madoka magica, t. 1, Hanokage, Doki-doki, 9782818909744*

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27 août 2012  par Isabelle Melançon

La magie de l’amour et de l’amitié (1 de 2)

Card captor Sakura

Les mangas sont d’abord conçus en chapitres d’une vingtaine de pages. Ces chapitres sont sérialisés dans des magazines hebdomadaires avant d’être rassemblés sous la forme de tankōbon, c’est-à-dire de livres reliés, pour les lecteurs qui désirent les collectionner. Dû au format de publication, les mangas ont souvent un marché-cible très spécifique, dont l’âge et le sexe correspond à celui visé par le magazine hôte. Par exemple, les séries de type shōjo visent un public de préadolescentes et d’adolescentes. Mais chaque type de manga comprend aussi plusieurs genres. Dans le shōjo, on retrouve des genres tels que la romance et les drames historiques. Mais il en existe un autre, très particulier, qui est associé exclusivement aux mangas pour filles : le « magical girl ».

Les magical girls, ou mahō shōjo, ou encore majokko, sont les héroïnes d’un genre que presque tout le monde connaît, même sans le savoir, dû au grand nombre de séries animées japonaises adaptées en français qui ont bercé notre enfance à la télévision. Au fil des années, le genre a connu une popularité grandissante auprès d’un public international, et il commence même à influencer de plus en plus les bandes dessinées européennes et les comics américains. Mais quelles sont les caractéristiques de ce genre et qu’est-ce qui lui a permis de devenir si populaire ?

Une recette sucrée

Presque toutes les histoires de magical girls comportent un certains nombre d’éléments récurrents. Généralement, l’histoire raconte les aventures d’une jeune fille ayant des pouvoirs magiques, qui lui sont soit innés, soit confiés pour une durée limitée, dans le but de faire le bien et de compléter une quête. Habituellement, les pouvoir sont offerts par une entité magique puissante (une reine des sorcières, par exemple), et une créature mignonne est envoyée par l’entité pour veiller sur la magical girl.

Chocola et Vanilla

La jeune fille doit trouver un moyen de partager sa vie quotidienne avec ses histoires romantiques et sa mission magique. La plupart du temps, elle doit compléter une quête, qui consiste à rassembler plusieurs parties d’un tout, ou partir à la recherche d’un objet. Par exemple, elle peut être en quête des morceaux du cœur brisé d’un prince, comme dans la série animée Princess Tutu, ou à la recherche de cœurs amoureux, comme dans Chocola et Vanilla. Le personnage évolue au fur et à mesure que la quête avance, acquérant graduellement une plus grande estime d’elle-même, de plus grands pouvoirs magiques, des amis, etc.

Les histoires de ce genre baignent souvent dans le mystère : l’héroïne cache sa nature magique et presque tous les personnages ont un secret. Seule la lectrice et certains compagnons magiques, ayant un rôle de mentor ou protecteur, sont au courant.

L’héroïne peut être seule, avec des compagnons dépourvus de pouvoir magiques, ou bien faire partie… d’un groupe de magical girls. La plupart du temps, le groupe compte trois ou cinq filles, et suit généralement un code chromatique. Par exemple, l’une des filles est associée au bleu, et à des pouvoirs inspirés par l’eau, comme c’est le cas pour Sailor Mercure dans la série Sailor Moon. Souvent, on retrouve aussi dans l’histoire une « dark magical girl », c’est-à-dire une antagoniste au passé tragique ayant des pouvoirs rappelant ceux de l’héroïne et s’habillant de couleurs sombres, comme le personnage d’Utau dans Shugo Chara. D’ailleurs, l’élément visuel le plus distinctif de la magical girl est bien sûr son costume. En effet, une magical girl a toujours un costume reconnaissable, en général assez court et très mignon. Le costume est enfilé grâce à une scène de transformation où les vêtements du quotidien sont remplacés instantanément. Dans le cas d’un groupe, les costumes et les transformations partagent un style ou un thème pour démontrer que le groupe est uni.

Autrement, il existe trois catégories communes de magical girls, chacune ayant ses propres stéréotypes : les « adorables sorcières » proviennent d’un royaume magique et essaient d’intégrer le monde des humains, les « idoles magiques » cherchent à exceller dans un domaine artistique grâce à leurs pouvoirs, et les « combattantes »  – catégorie la plus populaire – sont des filles normales auxquelles on a offert des pouvoirs pour les aider à combattre les forces du mal.

Mahō tsukai Sally ou... Minifée !

Les mangas de magical girls ont habituellement un style graphique très léger, rond et mignon. Beaucoup de détails sont ajoutés aux yeux, aux cheveux et aux costumes. Les décors, par exemple composés de motifs floraux, sont souvent associés aux émotions du personnage mis en scène. Bref, tout, de l’histoire au dessin, cherche à créer un personnage adorable et motivé. Quelqu’un que la jeune lectrice veut suivre…

Du balai au fusil

Le genre est né dans les années 60, inspiré par la série américaine Bewitched, mieux connue en français sous le nom de Ma sorcière bien-aimée. Cette comédie fantastique diffusée de 1964 à 1972 raconte la vie de Samantha, sorcière mariée avec un humain. Bien qu’encouragée par son mari à cacher ses pouvoirs, Samantha ne peut s’empêcher de les utiliser lorsque qu’elle et son mari ont des ennuis, ce qui entraîne souvent des problèmes encore plus gros, surtout lorsque la mère de Samantha, sorcière elle aussi, s’en mêle.

Mahō no princess Minky Momo (Gigi en VF)

Les deux premières séries du genre magical girl furent Mahō tsukai Sally (1966-68) et Himitsu No Akko-chan (1969). Leurs créateurs ont d’ailleurs confirmé lors de plusieurs entrevues s’être inspiré de Bewitched : l’un avait tenté d’adapter le concept de la série américaine pour un public japonais alors que l’autre s’était simplement inspiré de l’interaction entre le monde humain et celui de la magie présentée dans l’émission américaine.

Le terme « magical girl » est quant à lui inventé au début des années 70 par la compagnie Toei Animation, suite au succès phénoménal de son adaptation télévisuelle de Mahō tsukai Sally (mieux connue au Québec pour avoir été adaptée sous le fameux nom de Minifée). Il sert alors à désigner tous les clones de Sally et à profiter de la vague de son succès. Au début, seule la compagnie Toei Animation produit des séries de ce genre, mais après qu’elle abandonne ce dernier au début des années 1980, dû à une grande baisse d’audience, Ashi Productions reprend le flambeau en 1982 avec Mahō no princess Minky Momo, qui sera diffusé en Europe sous le nom de Gigi, et qui définira les grandes règles du genre pour toutes les séries créées par la suite.

Nanoha StrikerS, une série de « magical guntai »

En 1992, la série Sailor Moon, qui introduit l’idée des équipes de magical girls, remporte un succès international phénoménal. Plus tard, dans les années 2000, un petit nombre de scénaristes cherche toujours à renouveler le concept : on retrouve maintenant des histoires où les magical girls sont classées selon une hiérarchie militaire (« magical guntai »), où elles ne cherchent plus à se cacher, où la magie est une banalité, où l’héroïne doit faire un choix entre les ordres qu’elle reçoit et ses sentiments, etc. Toujours est-il que le genre perdure et se développe toujours, trouvant sans cesse un public passionné.

Si cette première partie a exploré l’histoire l’origine et l’esthétisme du genre, la seconde, publiée la semaine prochaine, se penchera sur les éléments scénaristiques et les caractéristiques des personnages qui rendent les histoires de magical girls si passionnantes, en plus d’inclure plusieurs suggestions de lecture. C’est un rendez-vous !

* * *

La page « Magical girl » sur Wikipedia


12 juillet 2012  par Isabelle Melançon

Le gazouillis insupportable des oiseaux

Grâce au tome 4, tout juste sorti, je redécouvre avec plaisir la série intitulée Le Royaume qui, malgré sa grande qualité et son humour débordant, reste encore méconnue. C’est évidemment mon devoir de remédier à cette situation !

Il était une fois un royaume paisible. C’était un petit pays oublié par ses puissants voisins et leurs guerres incessantes. Comme tout royaume, celui-ci a un roi, bonhomme bien sympa, qui veille sur ses enfants et ses sujets. Il veille même un peu trop sur la situation de la petite servante Anne. Terrorisée par les chouettes, cette dernière se cache chaque nuit dans la chambre du roi, qui la laisse faire par gentillesse. Mais cette gentillesse est mal interprétée par la reine acariâtre… Et hop, voilà qu’Anne est expulsée du château. Anne doit maintenant se débrouiller pour vivre. Elle décide, avec l’aide du roi, d’ouvrir une auberge.

Une fois dans la ville, Anne découvre qu’elle a bien raison de se méfier des oiseaux, mais pas nécessairement des chouettes… Car la ville est parsemée de petits oiseaux ronds et jaunes qui aiment bien rendre la vie difficile à qui veut bien les écouter (ou pas), au grand désarroi de la population, qui se découvre une passion soudaine pour les chats…

Dès sa première journée dans la ville, au contraire des autres habitants, Anne s’attire la sympathie des oiseaux suite à une cascade rocambolesque. Elle est également repérée par le forgeron local, qui devient éperdument amoureux d’elle et lui demande avec insistance sa main un fois par jour.  Bref, si ce n’était pas déjà évident, Le Royaume est une histoire pleine d’humour déjanté et d’aventures loufoques…

Benoît Feroumont est le créateur de ce petit monde sympathique. Ses personnages enchantent rapidement le lecteur, et on a l’impression d’assister à une pièce de théâtre écrite par un Edmond Rostand moderne : en effet, on y retrouve beaucoup d’humour, d’excellents dialogues et une pincée de drame. Les répliques et les gags, parfois complètement anachroniques, sont intelligemment conçus et parfaitement mis en scène. Venant du monde de l’animation, l’auteur a gardé un style de dessin clair, dynamique et coloré. Les personnages semblent toujours être en mouvement. Les décors restent très simples, mais la colorisation, qui joue souvent avec la lumière et les contrastes, compense ce manque de détails.

Les albums sont habituellement composés de gags ou d’histoires courtes. Ce ne sont  pas de grandes aventures, mais de petites histoires et des tranches de quotidien, et les péripéties sont habituellement entraînées par l’orgueil ou l’imbécillité d’un personnage. Ici, pas de grands méchants ou de quête sans fin, juste des gens qui se marchent un peu sur les pieds, mais qui s’aiment bien, au fond.  Un peu de jalousie et de mesquinerie, mais beaucoup d’amour, et même les horribles oiseaux semblent sympas au final !

Le Royaume, drôle, ironique et décalé, est une série parfaite pour les adolescents comme pour les adultes. J’encourage également les lecteurs à dévorer Wondertown, la première série de Feroumont, qui propose le même étrange mélange de comédie et de fantastique dans une ville américaine des années 20.

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Le Royaume, t.1 : Anne, Benoît Feroumont, Dupuis, 48 p., 9782800144689*
Le Royaume, t.2 : Les deux princesses, Benoît Feroumont, Dupuis, 48 p., 9782800147161*
Le Royaume, t.3 : Le prétendant, Benoît Feroumont, Dupuis, 48 p., 9782800150291*
Le Royaume, t.4 : Voulez-vous m’épouser ?, Benoît Feroumont, Dupuis, 48 p., 9782800152158*

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29 juin 2012  par Isabelle Melançon

De la lecture de cercueil (2 de 2)

Les zombies sont de plus en plus présents en bande dessinée, tel que l’illustrait la première partie de cet article. Si certaines de ces œuvres sont somme toute assez classiques, reprenant les ingrédients habituels d’une du récit de mort-vivant, d’autres titres ou séries tentent de jeter un nouvel éclairage sur le genre, ou de concilier un public plus élargi. C’est sur elles que nous nous attarderons aujourd’hui…

Du zombie un peu différent !

Depuis quelques temps, on retrouve des œuvres telles qu’Orgueil & préjugés et zombies (ainsi que Victorian Undead), dans lesquelles l’auteur mélange l’intrigue de grandes œuvres littéraires avec des attaques de zombies… Bien que cela peu sembler peu orthodoxe pour les grands amoureux des classiques, j’avoue que de voir de grandes dames piocher du zombie m’a bien amusée… À quand Les Hauts de Hurlevent à la sauce loup-garou ?

Dans Post mortem, un peu comme dans Les zombies qui ont mangé le monde, les morts sont ramenés à la vie et intègrent la société des vivants – mais cette fois pour servir d’esclaves. Et les vivants infligent une sévère discrimination à ces morts qui, soi-disant, volent leurs emplois… Mais trois jeunes fortement opposés à la « création » des zombies changent de camp lorsque l’un d’entre eux est zombifié et menacé par un mouvement anti-zombie de plus en plus violent. Toutes les histoires de zombies comportent un aspect de critique sociale, et Post mortem n’y fait pas exception : presque tout le récit vise à critiquer la société des vivants. Après tout, la situation présentée dans ce roman graphique rappelle largement les problèmes liés à l’immigration et le traitement des ethnicités en Europe…

La maison d’Emma Doucet, une veuve ayant un fichu caractère, est une entrave à un projet de développement immobilier de la Ville. Un soir, Emma chute, meurt… et se relève aussitôt. Maintenant zombie, la vieille dame se remémore son passé et se pose des questions au sujet de sa propre mort, et des morts suspectes de ses anciens voisins. Ma vie posthume, une courte série en deux tomes, propose au lecteur une enquête étrange, menée de façon… posthume et ponctuée de cynisme. Les dessins de Zanzim s’accordent à la perfection avec le récit.

Chez Marvel, quelques auteurs se sont posé une question étrange : que se passerait-il si un virus transformerait les vivants en zombies… et que les super héros étaient infectés ? Réponse : ces derniers ne feraient qu’une bouchée des survivants ! Je vous encourage à découvrir Marvel zombies, une série dans laquelle les héros sont des zombies et les zombies sont des héros, surtout si vous êtes un fan de Marvel…

Junko Mizuno s’amuse à prendre des contes de fées classiques et à les transformer en petits bijoux psychédéliques et érotiques. Dans Cinderalla, Cendrillon devient une vivante qui rêve d’être une zombie comme sa méchante belle-mère et son prince adoré. Une bonne fée putréfiée réalise son souhait, et la voici transportée dans un monde de pop-stars grotesques, d’humour noir et de gore mignonnet. À lire absolument pour tous fanatiques du style Gothic Lolita.

Dans Zorn et Dirna, la Mort à disparu, enfermée dans un miroir par un roi peureux. Mais les gens n’en sont pas pour le moins éternels : même si les âmes ne disparaissent pas, les corps vieillissent et s’abiment. Certains, comme Seldnör, ont alors pour métier de gérer les personnes trop « pourries ». C’est l’enfer, c’est le moins que l’ont puisse dire !

Mais l’espoir renait grâce à deux jumeaux qui semblent avoir le pouvoir d’offrir la mort. Évidemment, tout le monde s’arrache ces pauvres enfants. Mêlant un univers médiéval original à des scènes d’action incroyables et des personnages très humains, Zorn et Dirna est une série à ne pas manquer. La parution du tome final, ainsi que la réédition des cinq premiers, sont annoncés pour cet été.

Du zombie en famille

Les parents amateurs de morts-vivants peuvent partager leur passion avec leurs enfants en évitant habilement les récits trop morbides grâce à ces quelques titres jeunesse…

Je vous avais déjà parlé en ces pages de la série Ashrel, dans laquelle Pahn, un jeune palefrenier qui fuit le royaume d’Orwany, rencontre par hasard Ashrel, qui, lui, fuit un groupe de villageois en colère ! Ceux-ci poursuivent Ashrel car il possède un don bien singulier – celui de réveiller les morts, mais sans pour autant leur rendre la vie… Grâce à un style de dessin unique, des personnages attachant et une quête originale, on s’attache vite à Ashrel et on se passionne pour la suite de ses aventures.

Cette série s’adresse surtout à des jeunes adolescents. Pour les plus jeunes, je vous suggère Pierre Tombal, les aventures humoristiques d’un fossoyeur qui discute régulièrement avec ses pensionnaires, ainsi que – vous serez étonnés ! – le premier tome de la série Les Schtroumpfs, intitulé Les Schtroumpfs noirs.

Cette histoire ne comporte pas de zombies au sens strict, mais la structure du récit rappelle étrangement celle du film Night of the Living Dead, le classique de Romero, bien que l’album de Peyo fut publié neuf ans avant la diffusion du film… Le Schtroumpf noir est un Schtroumpf ordinaire, transformé, suite à la piqûre de la mouche Bzz, en une sorte de zombie à la peau d’un noir de jais. Les Schtroumpfs infectés deviennent hargneux et incapables de parler. Pire encore, s’ils mordent la queue d’autres schtroumpfs, ils les contaminent. Les schtroumpfs non-contaminés se barricadent dans le grenier alors que le Grand Schtroumpf cherche une solution permettant de combattre le virus et ainsi sauver la petite société bleue. L’histoire vous semble maintenant très familière, n’est-ce-pas ?

Certains humoristes tels Boulet ont déjà fait un parallèle entre cette histoire et la mode des zombies. On peut bien dire que Peyo était en avance sur son temps !

Finalement, je recommande également aux fanatiques de mangas de jeter un œil sur le numéro 181 du magazine Animeland (mai 2012), qui comprend un article sur les zombies dans la bande dessinée japonaise.

Bonnes lectures, et n’oubliez pas votre kit de survie !

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Orgueils & préjugés et zombies, Tony Lee d’après Jane Austen, Casterman, 9782203034259*
Post-mortem, Pierre Maurel, Gallimard, coll. « Bayou », 978207063855*
Ma vie posthume, t.1 : Ne m’enterrez pas trop vite, Hubert et Zanzim, Glénat, coll. « 1.000 feuilles », 9782723483599*
Marvel zombies, t.1 : La famine, Kirkman, Philips et Chung, Panini Comics, 9782809425642* (rééd. en juillet)
Cinderalla, Junko Mizuno, IMHO, 9782915517002*
Zorn et Dirna, t. 1 : Les laminoirs, Morvan, Bessady et Trannoy, Soleil, 9782845650084* (rééd. en août)
Ashrel , t.1 : Dragon,Valp, Delcourt, 9782756023724*
Pierre Tombal, t.1 : Les 44 premiers trous, Hardy et Cauvin, Dupuis, 9782800113234*
Les Schtroumpfs, t.1 : Les Schtroumpf noirs, Peyo, Dupuis, 9782800101088*

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15 juin 2012  par Isabelle Melançon

De la lecture de cercueil (1 de 2)

Scène de l'édition 2011 de la Marche des zombies de Montréal, qui s'est tenue le 22 octobre dernier.

Quelques nouvelles repoussantes dans les médias internationaux semblent avoir titillé l’imagination populaire. En effet, plusieurs journaux américains peu recommandables ont récemment déclaré le début d’une invasion zombie… Ce petit mouvement de panique a débuté grâce à Rudy Eugène, pauvre hère à la fois victime et criminel, surnommé par les médias « le cannibale de Miami ».

Le Center for Disease Control and Prevention (CDC) américain, se voulant rassurant, a affirmé qu’il ne connaît « aucun virus ni maladie qui ramènerait les morts à la vie, ou qui présenterait des symptômes similaires aux zombies. » Toutefois, certains Américains avides de conspirations en ont profité pour souligner qu’en 2011, le CDC avait incité les gens à se préparer à faire face à une invasion zombie… En réalité, il s’agissait d’une manière ludique de préparer la population à une catastrophe naturelle ! Les administrateurs du CDC avaient choisi ce scénario spécifiquement parce qu’ils savaient que cela inciterait davantage les gens à participer, puisque les morts-vivants, ou zombies, jouissent présentement d’une popularité montante.

The Night of the Living Dead de George A. Romero, l'un des plus grands succès du cinéma indépendant

Cette obsession pour les morts qui marchent n’est pas récente : on retrouve des revenants putréfiés et agressifs dans la mythologie ancienne et dans l’art médiéval, notamment dans les œuvres d’Albrecht Dürer, datant des années 1490. Mais bien que l’image du revenant dangereux remonte à il y a longtemps, l’origine du mot zombi ou zombie est plus récente. Dans le vaudou haïtien, un zombie est une personne plongée dans un état cataleptique grâce à une puissante drogue administrée par un houngan (prêtre vaudou), qui devient son maître. De nos jours, le terme zombie s’est généralisé pour désigner toute créature animée et en état de décomposition, habituellement dépourvue de langage et de conscience, qui survit en se nourrissant de la chair humaine des vivants. C’est le cinéaste George A. Romero qui a popularisé cette version.

Les zombies sont de plus en plus communs en bande dessinée, se traînant inlassablement au fil des albums. Certaines séries ajoutent beaucoup au genre, d’autres sont intéressantes mais moins originales, mélangeant les ingrédients habituels d’une rencontre avec nos amis posthumes – les thèmes de la peur de l’étrange, de la mort et de la survie, mais aussi de la consommation… Pour les amateurs du genre ou pour ceux qui aimeraient se préparer mentalement à repousser les hordes, voici quelques suggestions de lectures…

Le zombie de style « classique »

Walking dead est sans doute LA série sur les morts-vivants par excellence en ce moment. C’est l’une des mieux construites et des plus populaires, et elle a même inspiré une série télévisée. Dans Walking dead, Rick Grimes, un agent de police, découvre après un court coma que la quasi-totalité de la population a été transformée en zombie. Il part à la recherche de sa famille, motivé avant tout par sont désir de les protéger. Les dessins en noir et blanc ont un style unique, rappelant celui de Frank Miller. Le propos incite le lecteur à se poser des questions sur la nature humaine : en effet, la menace constante devient une raison d’explorer toutes les motivations possibles des protagonistes, bonnes ou mauvaises. Sinon, ne vous attachez pas trop au groupe, l’auteur ne redoute pas de tuer ses personnages ! Bref, c’est une bonne série pour les amateurs d’histoires où réalisme et philosophie se mélangent avec les genres de l’horreur et de l’action.

Zombies est une bonne série à suggérer aux fans de la précédente : comme dans Walking dead, elle illustre les effets d’une menace et d’un stress constant au cœur d’un groupe de rescapés continuellement en quête d’un havre de paix. Cependant, le style de dessin est très différent : plus dense, enveloppant et spectaculaire. Zombies n’est pas une série qui brille par son originalité, mais qui exploite habilement les situations habituelles du genre.

Lorsqu’une épidémie transforme les gens en zombies, les étudiants du lycée Fujimi doivent s’allier pour survivre… Highschool of the dead a connu un grand succès en Asie et en Amérique du Nord, principalement grâce à son mélange étonnant de drame et d’érotisme. Comme c’est le cas avec la plupart des histoires de zombies, ce manga analyse les causes et conséquences des pulsions et de l’instinct, tout en se questionnant au sujet du bien et du mal. On se doit cependant de signaler que la critique sociale que propose cette série est  fortement influencée par des politiques asiatiques d’extrême droite.

The goon est idéal pour les amateurs d’action. Le scénario est un peu maigre, servant surtout d’excuse pour permettre au héros déjanté d’aplatir des boîtes crâniennes avec ses énormes poings. Cependant, la mise en page dynamique, l’action soutenue et les dialogues musclés sauront ravir les mordus de zombies recherchant une histoire simple et explosive.

L’intérêt de la série Les zombies qui ont mangé le monde réside dans le duo de personnages formé par Karl Neard et Freddie Merckx, sorte de Laurel et Hardy trash, obligés de cohabiter avec les morts qui reviennent et qui, en plus, réclament des droits ! Pleine de dialogues percutants, de putréfaction et d’humour, cette série est également une critique sociale bien sentie puisque le retour pacifique de tous les morts provoque un effondrement de la société des vivants.

Retrouvez-nous bientôt pour la seconde partie de cette exploration des bandes dessinées sur le thème des morts-vivants, où il sera question de récits tentant de sortir des sentiers battus, ainsi que d’histoires de zombies pour toute la famille…

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Walking dead, t.1 : Passé décomposé, Kirkman et Moore, Delcourt, 9782756009124*
Zombies, t.0 : La mort et le mourant, Peru, Cholet et Vattani, Soleil, 9782302019720*
Highschool of the dead (éd. couleur), t.1, Sato et Sato, Pika , 9782811605766*
Goon, t.1 : Rien que de la misère, Powell et Meylaender, Delcourt, 9782847897661*
Les zombies qui ont mangé le monde, t.1 : Ramenez-moi ma tête !, Davis et Frissen, Les Humanoides associés, 9782731663747*



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