Le Délivré

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7 octobre 2011  par Élise Tanguay

Mieux vaut en rire qu’en pleurer !

Il ne faut pas se leurrer : bien des préados et ados n’aiment pas particulièrement lire. Cependant, peu d’entre eux n’aime pas rire ! Voilà pourquoi les romans à saveur humoristique peuvent s’avérer une porte d’entrée toute désignée vers ce grand univers aux infinies possibilités qu’est la littérature. Ici, je proposerai donc une analyse des romans d’humour s’adressant à cette clientèle ainsi qu’une petite sélection de suggestions qui m’ont moi-même bien divertie.

Suite à une lecture intensive de romans humoristiques, je peux dire que si plusieurs caractéristiques se recoupent à travers le genre, qu’il s’agisse du style de narration ou du ton employé, de la forme d’humour ou de la façon avec laquelle elle est traitée, chaque livre se distingue à travers un élément singulier…

Un idiot avoué est à moitié pardonné

Lorsqu’on parcourt ce type de littérature, il n’est pas rare de se retrouver dans les mémoires d’un simple d’esprit, naïf, mais ô combien attachant. Ainsi, dans la célèbre série de Jeff Kinney, on se retrouve nez à nez avec un dégonflé. Avec la série Blart, c’est un crétin trouillard qui fait office de héros. Dans Mystère et rigatoni, Rico est appelé « Simplet » par son voisin mesquin.

Dans le cas de Greg, le personnage principal du Journal d’un dégonflé, et de Blart, le ton employé est plutôt léger. Les deux protagonistes se montrent tout à fait nigauds dans leurs agissements (bien que Blart surpasse tout de même un peu Greg au chapitre de la bêtise) et ce sont ces comportements maladroits qui déclenchent le rire. Dans les Chroniques d’un crétin trouillard recherché mort ou vif (ou même les deux), l’auteur pousse la note très loin et va jusqu’à carrément dénigrer son personnage. Par la voix du narrateur, on plonge dans la tête de Blart pour constater les absurdes cheminements mentaux du garçon : « Il était au milieu d’un lac profond […]. Il lui fallut un bref moment pour se rendre compte que le profond lac bleu et la cascade blanche d’écume étaient faits de la même matière : de l’eau. Puis il se rappela qu’il ne savait pas nager. » (p.60).

Dans le cas du personnage de Mystère et rigatoni, le ton est tout autre. En effet, Rico est simplet, mais concrètement, il annonce clairement qu’il a une légère déficience intellectuelle. Avec ce genre d’approche, il est évident que dénigrer le personnage ne s’avère pas très à propos. Ici, les gaffes et les faux pas du personnage sont racontés avec tout autant d’humour, mais davantage sous le signe respectueux de la naïveté. Ainsi, avec une grande intégrité, le narrateur dévoile comment il risque de se perdre s’il ne rentre pas chez lui avant la tombée de la nuit puisqu’il ne sait pas différencier la gauche de la droite (?!).

Regard lucide sur les grands

Une seconde caractéristique fréquemment rencontrée dans ce type de romans réside dans la capacité des personnages principaux à poser un regard très éclairé et pertinent sur les adultes et leurs agissements. Dans L’affaire des hamsters, un frère, une sœur et leur voisine complotent pour trouver des arguments béton pour convaincre leurs parents de les autoriser à adopter de petits hamsters. Selon les trois acolytes, les adultes ont cette fâcheuse manie de fournir de fausses excuses pour ne pas dévoiler les vraies raisons de leurs refus. Ainsi, puisque le père de la voisine semble « allergique » aux poils, les trois amis dressent une liste d’animaux à adopter qui n’ont pas de poils : grenouille, serpent et même… chien nu. Pourtant, le père de la jeune voisine s’exclame devant cette judicieuse liste : « JE ME FICHE DES POILS ! JE DÉTESTE LES BESTIOLES ! ». Et la narratrice d’annoncer : « Personne n’a rien répondu, parce qu’on ne peut pas demander : ‘‘ Et une tortue ? ’’ à quelqu’un qui vient de fournir une raison pareille. » (p.34).

Avec une autre approche, Alvin Ho, allergique aux filles, à l’école et à tout ce qui fait peur pose un regard tout aussi net sur le monde adulte, mais d’une façon moins explicite. Ainsi, lorsqu’il rencontre la psychothérapeute qui doit l’aider à s’ouvrir aux autres et à retrouver la parole à l’école, Alvin dresse la liste suivante :

« Règles de survie chez la psycho

1. Emporter son KAC [Kit Anti-Catastrophe].
2. Ne jamais donner d’information spontanément.
3. Ne jamais regarder la psycho dans les yeux.
4. L’avoir quand même à l’œil.
5. S’attendre à l’inattendu.
6. Se sauver à la première occasion.
7. Avoir un plan B. »


Ici, le filtre de l’enfance est très présent, mais il n’en demeure pas moins que la description de la peur du « psycho », appuyée par l’humour, s’avère assez juste.

Digresser pour mieux rigoler

Tournons nous cette fois-ci davantage du côté du récit. En effet, plusieurs auteurs s’amusent à faire dévier leurs personnages de leur trajectoire principale afin de fournir quelques explications ludiques ou encore pour corriger les faits dans l’humour, la dérision et parfois même dans le sarcasme.

Ces digressions se concrétisent de plusieurs façons. Dans Mystère et rigatoni, elles prennent la forme de définitions à la sauce Rico intégrées à même le texte : « Dépression : […] Une dépression, c’est quand tous tes sentiments sont dans un fauteuil roulant. Ils n’ont plus de bras et, malheureusement, il n’y a personne pour pousser. Et peut-être même que les pneus sont à plat aussi. Ça fatigue beaucoup. » (p.178)

Avec le roman de Jo Nesbø, La poudre à prout du professeur Séraphin, ce sont de toutes petites incises qui modèrent les propos du narrateur tout au long du roman et qui laissent à penser que la fiction du roman est peut-être – un peu – magnifiée : « […] tel un astronaute qui sort de son vaisseau spatial après un atterrissage réussi marquant la fin d’une expédition dans l’espace où personne – ou en tout cas très peu d’hommes – n’est allé avant lui. » (p. 87). Ou encore « […] le grand Salut au Roi, célèbre dans le monde entier – ou presque. » (p. 131).

Cette technique, qui se présente sous des formes aussi nombreuses qu’originales, se retrouve pratiquement dans toutes les œuvres d’humour. Le rire est évidemment un phénomène très subjectif, mais pour ma part, je me surprends toujours à m’esclaffer toute seule dans mon salon grâce à ces prouesses d’auteurs…

En forme de quoi ?

Par les temps qui courent, la mode est au renouvellement de la forme du roman (oui, je vous l’accorde, le précédent sous-titre était d’une qualité discutable (ici, on peut observer un exemple de digression comme traité dans la section plus haut (bon, une parenthèse dans une parenthèse, ça suffit!))). Aussi, le roman d’humour se prête tout à fait à des « déformations ». Les « faux-finis » et l’intégration de la bande dessinée font partie de ces transformations qu’a subies le roman contemporain.

Celui qui a osé le premier est probablement Jeff Kinney avec son Journal d’un dégonflé. Or, plusieurs lui ont emboîté le pas lentement, mais sûrement. Nate, le seul et unique est l’un de ces exemples fortement inspirés du précurseur du genre. Encore une fois, le lecteur a affaire à un héros un peu maladroit (pour être polie). L’effet comique s’avère d’autant plus efficace lorsqu’on voit la mine du personnage passer de confiante à déconfite. Fait à signaler : le seconde tome de la série, Nate, encore et toujours, vient tout juste de faire son arrivée en librairie.

Pensées de Manon D. sur moi-même et sur quelques autres sujets de Sophie Dieuaide, spécialement destiné à la « gente adolescentE », renouvelle lui aussi la forme du roman en intégrant photographies, croquis, caricatures et bien autres choses… Sur certaines pages, on croirait que post-it et bouts de papiers ont réellement été collés à même le livre, créant l’illusion d’un réel journal intime unique : mémos sur fond de fausse feuille quadrillée, illusion de morceaux de tissu, et j’en passe. Le roman raconte l’histoire d’une ado un peu désabusée qui couche ses états d’âme dans un journal intime. En vacances avec son père, sa belle mère et compagnie, elle se découvre une passion pour le roman-photo. D’ailleurs, on retrouve dans le roman des images de ces expressions artistiques. Les sujets et caricatures sont très ancrés dans l’actualité, un attrait fort appréciable. Cependant, le revers de la médaille est que le livre risque de ne pas résister à l’épreuve du temps… Quoi qu’il en soit, les réflexions de Manon sur sa mère, « Suzanne-ras-le-bol », la « mémé » aux « culottes surréalistes, taille inconnue », ou sur Robert le nain de jardin, « tout content de pêcher dans la pelouse… », auront tôt fait de faire rigoler les ados, même les plus… ados !

 

Un dernier élément s’avère absolument essentiel pour faire en sorte qu’un livre qui a la prétention d’être humoristique fasse effectivement décrocher un sourire : le non-abrutissement du vocabulaire ! En effet, ce n’est pas parce qu’on s’adresse à des enfants ou des ados qu’il faille niveler le langage vers le bas… Il est primordial de ne pas sous-estimer le lectorat et d’utiliser un vocabulaire aussi riche que possible, au risque de… le faire apprendre aux lecteurs !

***

Série Journal d’un dégonflé, Jeff Kinney, Seuil.
Rico & Oscar, Andreas Steinhöfel, Gallimard jeunesse, série « Mystère et rigatoni » (t.1), 251 p.  9782070634477
Chroniques d’un crétin trouillard recherché mort ou vif (ou même les deux), Dominic Barker, ill. de Frédéric Pillot, Milan jeunesse, série« Blart », 343 p. 9782745947819
L’affaire des hamsters, Katie Davies, ill. de Hannah Shaw, Flammarion, coll. « Castor poche », 179 p. 9782081247086
Alvin Ho, allergique aux filles, à l’école et à tout ce qui fait peur, Leonore Look, ill. de Leuyen Pham, Éditions Tourbillon, 172 p. 9782848015460
La poudre à prout du professeur Séraphin, Jo Nesbø, ill. de Georgian Overwater, Bayard jeunesse, 221 p. 9782747027557
Nate, le seul et unique, Lincoln Peirce, Éditions Scholastic, 224 p. 9781443106054
Nate, encore et toujours, Lincoln Peirce, Éditions Scholastic, 224 p. 9781443111249
Pensées de Manon D. sur moi-même et sur quelques autres sujets, Sophie Dieuaide, Éditions Casterman, 235 p. 9782203036758

21 septembre 2011  par Élise Tanguay

De littérature et d’air pur !

Dimanche dernier, les Prix jeunesse des libraires du Québec ont été remis lors d’une cérémonie ensoleillée animée par la porte-parole, Catherine Trudeau. La célébration se déroulait au Piano nobile de la Place des Arts et était précédée d’un spectacle pour toute la famille, Le Fiestango, présenté en collaboration avec PdA Junior. Parents et enfants étaient ensuite invités à assister à la présentation des gagnants dans une ambiance de fête. Cette première édition du Prix jeunesse des libraires du Québec s’inscrivait dans le cadre du 17e Festival international de la littérature. Je vous présentai donc, la liste des lauréats de cet événement qui s’est déroulé dans la bonne humeur derrière les grandes baies vitrées du foyer de la salle Wilfrid-Pelletier!

Pour en apprendre davantage sur les dessous du prix et sur la cérémonie, je me aussi suis entretenue avec une libraire membre du jury, en l’occurrence ma collègue Katia Courteau. Katia a vécu l’expérience de très près et m’a livré ses impressions et ses coups de cœur.

Lauréats 2011 – Québec

L’expérience du Prix jeunesse des libraires du Québec

Pour Katia, le meilleur moment de l’aventure du Prix des libraires s’est avéré être la cérémonie de la remise des prix. Elle m’explique qu’il s’agit là d’un aboutissement, qu’on y voit le fruit d’un travail de longue haleine devenir bien mûr. Cette démonstration a particulièrement touché ma collègue, qui s’exclame : « Tout ça, c’était pour ça ! » Dans le cadre d’une fête où parents, enfants et passionnés du livre se rencontrent, on a célébré la littérature jeunesse. Cette vitrine s’avère un lieu privilégié pour parler du livre jeunesse, pour promouvoir la littérature pour enfants et adolescents, pour faire connaitre les perles rares d’ici et d’ailleurs. « C’est pour ça qu’on a travaillé si fort pendant des mois, me dit-elle, pour offrir à ces auteurs et illustrateurs qui se dédient à la jeunesse une occasion de se rapprocher de leur public par le biais de leurs livres originaux et uniques. »

De son expérience au sein du jury, Katia retient surtout les échanges riches et les rapports privilégiés avec ses collègues passionnés comme elle de littérature jeunesse. La libraire a également apprécié le fait de devoir lire et analyser un grand nombre d’œuvres de la production. Ces deux aspects combinés ont fait de sa participation aux délibérations une expérience très stimulante et motivante.

Lauréats 2011 – Hors Québec

Ma collègue ressort tout de même de cette aventure en faisant un constat sur la production littéraire jeunesse du Québec. On aurait aimé lire davantage de romans pour adolescents qui sortent des conventions, qui dénoncent ou qui approfondissent des sujets durs, bref des romans qui grincent… Les romans comme La fille d’en face, abordant des thèmes difficiles, se font plutôt rares chez nous et pourtant… ceux qui ont osé l’ont fait avec brio. Cependant, pour les romans dans la catégorie 5-11 ans, le choix n’a pas manqué : les auteurs québécois se montrent très productifs et tout aussi talentueux. L’humour est à l’honneur et les livres font rire pour vrai (ce qui, malgré les apparences, n’est pas une mince affaire). Quant aux romans pour ados plus audacieux, les œuvres sont plus rares ; peut-être les éditeurs sont-ils un peu trop prudents ? Malgré tout, chaque année apporte son lot de romans québécois plus marginaux, et c’est aussi pour souligner le travail de ces auteurs et éditeurs qui se mouillent que le Prix jeunesse des libraires du Québec prend tout son sens.

Un livre à ajouter ?

Si la libraire avait pu ajouter un titre à la sélection de livres finalistes, elle aurait sans doute pensé à la fiction d’anticipation Black-out, publiée chez Naïve. Ce roman mettant en scène une dystopie traite de liberté du livre, de censure, d’interdits. Le roman était à un cheveu de faire partie des finalistes, mais, comme m’explique ma collègue, il a fallu faire des choix, aussi déchirants soient-ils !

La cérémonie

Pendant la cérémonie, de jeunes lecteurs ont lu et mis en scène des extraits des albums et des romans gagnants. Les deux moments qui ont particulièrement marqué ma collègue Katia ont été la lecture d’extraits de l’album Le roi de la patate et du roman La fille d’en face. Elle me raconte que pour le premier, un silence respectueux s’est installé dans la salle, alors que tout le monde s’approchait pour prêter une oreille attentive. Pour le second, c’est davantage la mise en scène simple mais efficace qui fut touchante. Plusieurs adolescents se sont succédé pour lire des petits morceaux de texte. Chacun leur tour et à leur façon, ils devenaient la narratrice, peut-être pour évoquer que cette adolescente étaient un peu présente en chacun d’eux.

Une mention spéciale ?

À propos de cette mention, je n’ai pas trouvé de meilleure façon de paraphraser Katia qu’en utilisant les mots de son discours lors de la cérémonie. Voici donc, un extrait tiré du site Internet du Prix jeunesse des libraires du Québec.

« S’étant donné pour mission de récompenser principalement, dans la catégorie 0-4 ans, les histoires de tous les jours et les contes, il est parfois difficile de faire entrer certains livres dans une catégorie. Quelques œuvres y résistent plus que d’autres, surtout lorsqu’elles sont d’une grande richesse. C’est le cas du livre Devant ma maison de Marianne Dubuc, publié aux éditions La courte échelle. Plus qu’un imagier par sa grande poésie et la qualité de ses illustrations, ce livre fait voyager les tout-petits, glissant d’une image à l’autre. L’ingéniosité de l’œuvre réside aussi dans la finale, petite boucle rassurante qui fait le lien entre le début et la fin.»

Pour davantage de détails sur la cérémonie et sur le prix en soi, vous pouvez consulter les actualités du site internet du Prix jeunesse des libraires du Québec à l’adresse suivante :
http://www.prixdeslibraires.qc.ca/_actualites/article/35

* * *

Black-out, Naïve, coll. « Naiveland », Sam Mills, 320 p. 9782350212258
Le roi de la patate, Rogé, Dominique et compagnie, 32 p. 9782895129073
Ma petite amie, Alain M. Bergeron et Sampar, Soulières, 56 p. 9782896071173
La fille d’en face, Linda Amyot, Leméac, 80 p. 9782760942127
Devant ma maison, Marianne Dubuc, La courte échelle, 120 p. 9782896512751
Super Beige, Samuel Ribeyron, Le vengeur masqué, 26 p. 9782360280049
Charles à l’école des dragons, Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, Seuil jeunesse, 40 p. 9782021005608
Vango : entre ciel et terre, Timothée de Fombelle, Gallimard jeunesse, 370 p. 9782070631247


22 août 2011  par Élise Tanguay

Documentaires «made in Québec» …ou presque !

Mais où sont nos éditeurs québécois quand vient le temps de publier des documentaires jeunesse ? Après une recherche approfondie dans les rayons de la Librairie, j’en suis ressortie avec une petite pile d’albums documentaires imaginés au Québec, réalisés au Québec et imprimés… aux quatre coins de la planète (faut quand même pas rêver !) Voici donc une sélection de documentaires de chez nous se démarquant même à travers le flot de livres étrangers et de rééditions de tout acabit.

Formes innovantes

Le moins qu’on puisse dire, c’est que chez Michel Quintin, ils ont bien compris comment aller chercher leurs publics cibles. En effet, la collection de documentaires animaliers « Savais-tu ? » connait un succès monstre chez les jeunes et, « collatéralement », chez les enseignants. Avec l’intégration de la bande dessinée et de l’humour, les trois co-auteurs, Alain M. Bergeron, Michel Quintin et Sampar, ont bien su adapter leur médium à la réalité des jeunes d’aujourd’hui. Dans notre monde d’instantané et de recherche du plaisir, il s’avère essentiel de conférer aux apprentissages un rythme efficace et un certain caractère « émotif » aux messages pour que ces derniers passent. Ici, c’est une mission accomplie !

Avec les « Connais-tu ? », sa nouvelle branche de documentaires, l’éditeur frappe encore dans le mille. Cette collection propose des biographies de personnages qui ont marqué l’histoire, de Cléopâtre à Maurice Richard ! Que ce soit pour l’une ou l’autre des deux collections, l’approche est très dynamique et les informations vont droit à l’essentiel : une page, un message. Fait intéressant : ces petits formats sont imprimés au Canada…

Toujours chez Michel Quintin (décidément !), une autre série de documentaires « hybrides » sortant de l’ordinaire est à signaler : Les Dragouilles. De prime abord, ces petits livres au format roman n’ont pas l’air bien sérieux avec leurs couleurs vives et leurs illustrations qui font un peu penser aux dessins animés télévisés ; d’ailleurs, les Dragouilles sont en fait des sortes de patates avec des ailes et des cornes de dragon… Et pourtant, voilà un visuel tout ce qu’il y a de plus divertissant, que les parents n’encouragent pas forcément, mais que les jeunes adorent ! Eh bien, parents récalcitrants, rassurez-vous : en plus d’être visuellement attirants, les livres des Dragouilles s’avèrent aussi intéressants qu’instructifs ! La série suggère quelques visites urbaines accompagnées de ces drôles de bestioles. À travers chacun des livres, on découvre effectivement une ville et ses coutumes, ses hauts faits comme ses faits divers. On peut y apprendre avec humour quelques mots de verlan, la manière de fabriquer un didgeridou, ou encore tenter d’y comprendre comment s’orienter dans une ville où les rues n’ont pas de nom… Et, fait toujours aussi intéressant, le premier tour de ville met en vedette nulle autre que Montréal !

Collection « Savais-tu ? »,  Alain M. Bergeron, Michel Quintin et Sampar, Michel Quintin.
Collection « Connais-tu ? », Johanne Ménard, Serge Paquette et Pierre Berthiaume, Michel Quintin.
Série Les Dragouilles, Karine Gottot, ill. de Maxim Cyr, Michel Quintin.

Toujours d’actualité

À ce que je sache, les positions des étoiles dans le ciel et des muscles dans le corps n’ont pas changé depuis les dix dernières années ! Blague à part, les deux séries de documentaires suivantes ont su résister aux années grâce à leur grande qualité et, évidemment, leurs sujets intemporels.

La collection « Guides de la connaissance », édités chez Québec Amérique, est l’une de celles qui ne se démodent pas même si elles existent depuis une dizaine d’année. Dans chacun des livres, que ceux-ci portent sur la météo ou sur l’univers, on retrouve une grande quantité de schémas et de dessins d’une grande précision qui décortiquent dans les moindres détails différents phénomènes. Aussi anodin que cela puisse paraître, il faut noter que les tables des matières et les séparations de chapitres ont été conçues de façon à ce qu’on s’y retrouve en un clin d’œil. Cette organisation visuelle impeccable fait en sorte que ces ouvrages sont à la fois denses en contenu et aérés pour faciliter la recherche. D’ailleurs, le documentaire Le corps humain : Comprendre notre organisme et son fonctionnement mérite une mention particulière pour la qualité des représentations de toutes les parties de l’organisme, du cerveau au fœtus en passant par les globules !

La collection « Astro-jeunes » publiée chez Michel Quintin en collaboration avec le Planétarium de Montréal fait également partie de ces indémodables. Ici, le sujet est plus spécifique : on y traite de planètes, de Voie lactée, d’étoiles… Encore une fois, la qualité des images et la présentation harmonieuse rend la lecture très agréable. Comme dans la collection de Québec Amérique, on y retrouve un bon équilibre entre schémas, dessins et textes. Bref, même avec les années, un documentaire clair et bien organisé demeure une valeur sûre.

Collection « Guides de la connaissance », div. auteurs, Québec Amérique.
Collection « Astro-jeunes », Pierre Chastenay, Michel Quintin.

Des documentaires à messages

Certains documentaires davantage porteurs de messages et de valeurs ont également attiré mon attention. D’abord le très poétique Venus d’ailleurs nous parle avec des mots d’enfants de la beauté d’être différent et de l’importance du « vivre ensemble » sans pour autant être moralisateur. La simplicité désarmante du texte me donnant du fil à retordre pour le décrire avec fidélité, j’en ai conclu que les mots de l’album s’avéraient les meilleurs pour ce faire :

« Je porte mon pays d’avant
Dans mes yeux et sur mon visage. […]
Ici, je dois m’habituer à tant de choses.
Tout est nouveau, tout est étrange.
Mais si tu m’aides un peu,
Je trouverai ma place. »


Toujours dans une optique très humaine, un documentaire tiré de la célèbre série Léon de La courte échelle recense les principaux droits des enfants. Cet album, dont une partie des profits est versée à UNICEF, synthétise avec un humour bien dosé le concept des droits comme les droits eux-mêmes. D’ailleurs le personnage d’Annie Groovie semble tout à fait désigné pour traiter d’un sujet si délicat. En effet, si les jeunes lecteurs peuvent s’identifier à Léon en raison des caractéristiques qui le rapprochent d’ un enfant, le fait qu’il soit un personnage mythologique (un cyclope) installe une certaine distance qui éloigne les malaises potentiels.

Quant au documentaire Planète vivante, édité chez Québec Amérique avec la contribution du Biodôme et des Muséums Nature Montréal, il porte davantage une mission à saveur écologique. Toujours appuyé d’images éblouissantes, l’ouvrage propose un tour du monde à travers les êtres vivants, qu’ils fassent partie du règne animal, végétal ou… autre ! Ici, on veut faire connaitre pour mieux protéger. Car la meilleure façon de comprendre la biodiversité, phénomène complexe, est sans doute de faire découvrir aux enfants les milliers d’espèces qui cohabitent avec nous sur la Terre. Orienté conséquemment vers la découverte de certaines de ces espèces, le livre comprend également une section visant davantage la conscientisation à la conservation des richesses naturelles qui nous entourent.

Venus d’ailleurs, Angèle Delaunois, photographies de Martine Doyon, Hurtubise, 48 p.
Léon et les droits de l’enfant, Annie Groovie, La courte échelle, 64 p.
Planète vivante – Comprendre et préserver la biodiversité, collectif, Québec Amérique, 176 p.

Documentaires québécois SUR le Québec…

Que ce passe-t-il avec eux ? À travers mes recherches, je suis tombée sur plusieurs spécimens presque tous plus ternes les uns que les autres… Il existe néanmoins quelques perles rares éditées ces dernières années.

J’ai dans ma mire la collection « Mémoire d’images », éditée aux 400 coups et imprimée au Canada, et plus particulièrement Ce sera le plus grand pont du monde !La construction du pont de Québec, 1900-1917, dont je me suis particulièrement régalée. Avec sa narration qui s’approche de celle des contes et ses photos d’époque, cet ouvrage relate les prouesses techniques et les erreurs fatales qui ont mené à la naissance de ce pont à l’histoire si riche. La vulgarisation est si bien réussie qu’on se croirait en pleine fiction ! Voilà une façon des plus originales et efficaces d’en apprendre davantage sur notre histoire.

Je me suis également attardée à un autre ouvrage plus classique par sa forme, mais tout aussi unique en son genre. Car les atlas et les livres de géographie sur le Québec et le Canada destinés aux jeunes se font plutôt rares, du moins, si on restreint la recherche aux livres qui ont vraiment été conçus ici. Mon atlas du Canada fait partie de cette catégorie. Loin d’être scolaire et ennuyeux, il présente le pays dans les grandes lignes : son état actuel, son histoire, ses premières nations. Il décrit ensuite chaque province et territoire de façon très imagée et facile à comprendre ; bref, ce livre est fort simple et tout aussi utile !

Enfin, j’ai eu un gros faible pour deux abécédaires de chez nous publiés chez Dominique et compagnie : Montréal en photos et Québec en photos. L’expression une image vaut mille mots prend tout son sens avec ces deux tours de ville majestueux qui satisferont le touriste comme l’initié. Après tout, on ne visite jamais si mal une ville que lorsqu’on y habite !

Ce sera le plus grand pont du monde !La construction du pont de Québec, 1900-1917, Michel L’Hébreux, Collection « Mémoire d’images », Éditions 400 coups, 30 p.
Mon atlas du Canada, coll., Québec Amérique, 64 p.
Abécédaire Montréal en photos, photographies de Martine Doyon, Dominique et Compagnie, 32 p.
Abécédaire Québec en photos
, photographies de Martine Doyon, Dominique et Compagnie, 32 p.


* * *

En somme, c’est à se demander pourquoi le documentaire est si peu représenté au Québec ; car même si elle est plutôt maigre, la production locale de ces spécimens s’avère plus souvent qu’autrement d’une qualité et d’une originalité exceptionnelle. Espérons que la rentrée littéraire nous apporte quelques nouveaux documentaires québécois à nous mettre sous la dent !



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