Le Délivré

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18 juillet 2011  par David Murray

Ceci n’est qu’un au revoir

La vie peut parfois être considérée comme une succession de cycles, une suite de différents chapitres constitués d’expériences diverses. Voilà qu’en ce qui me concerne un cycle se termine aujourd’hui. C’est ainsi que ceci sera la dernière chronique que je signerai pour Le Délivré. Sans vouloir m’étendre sur les raisons de mon départ, disons simplement qu’après cinq ans à l’emploi de la Librairie Monet et la trentaine entamée, le temps était venu pour moi de relever de nouveaux défis et de tenter de nouvelles expériences. Et de voir entre autres où cette plume pourrait me mener dans de nouveaux contextes. La suite m’est pour l’instant inconnue mais qui sait, peut-être nous recroiserons-nous prochainement.

Je voulais cependant profiter de la tribune qui m’est offerte pour vous dire à quel point ce fut un privilège pour moi d’évoluer ces cinq dernières années au sein de la grande famille Monet. Un lieu qui témoigne de ce qu’est et se doit d’être une librairie digne de ce nom. Un lieu où l’on ne fait pas que vendre des livres, mais où se transmet la culture et le savoir. Un lieu qui se fait un devoir de vous partager l’immense richesse que nous offrent les livres, sous toutes leurs formes et toutes leurs déclinaisons. Vous ayant régulièrement fait part au fil des deux années où j’ai collaboré à ce blogue des mutations que connait le monde du livre, vous avez probablement été à même de constater que ce type de lieu se fait malheureusement de plus en plus rare. Prêchant sans complexe pour ma paroisse, je ne peux ainsi que vous enjoindre de soutenir, où que vous soyez, non seulement la Librairie Monet mais aussi toutes ces librairies indépendantes pour qui le livre n’est pas seulement qu’un produit de vente, mais aussi une part d’humanité que l’on veut transmettre.

À cet égard, je ne peux m’empêcher de souligner ici le travail de mes collègues avec lesquels j’ai partagé mon quotidien ces cinq dernières années. À ceux et celles qui ont animé la librairie pendant tout ce temps et qui continueront de le faire, je vous remercie de faire de ce lieu un espace si riche et si stimulant. Je l’ai souvent écrit, les libraires ne sont pas que des vendeurs de livres, ce sont avant tout des passeurs de culture. Et la librairie Monet a l’immense privilège de pouvoir compter sur des librairies passionnés et chevronnés dans tous les domaines. À vous du secteur adulte, que vous soyez férus de littérature générale, de polar, de philosophie ou même de cuisine, vous avez toujours eu le souci de gratter hors des sentiers battus pour dénicher ces perles rares et nous faire découvrir autre chose que le dernier best-seller. À vous du secteur BD, vous témoignez pour quiconque l’ignorerait encore de l’immense richesse que constitue le 9e art. Avant de travailler pour la Librairie Monet, j’avoue que j’ignorais jusqu’à quel point le monde de la BD en est un si vaste et si pluriel. Et à vous du secteur jeunesse, vous témoignez jour après jour du fait que loin d’être un sous-genre la littérature jeunesse est un art littéraire à part entière qui permet à tous ces jeunes – et ces vieux ! – de s’initier à lecture et au merveilleux monde du livre. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à lire. Pour preuve, ma petite puce qui atteindra bientôt ses 1 an et qui dévore littéralement les livres que vous m’avez si justement conseillés. À vous tous, vous allez évidemment me manquer. Et pour sûr, je reviendrai vous voir pour connaître quelles sont vos nouvelles trouvailles.

Alors voilà, c’est ici que ce chapitre prend fin. En espérant que vous ayez eu autant de plaisir à lire ces billets que j’en ai eu à les écrire. En espérant vous avoir fait découvrir quelques facettes du monde du livre et vous avoir donné envie de lire certains des ouvrages auxquels j’ai pu faire référence durant ces années. Prenons tout ça comme un simple au revoir. À bon entendeur, salut !

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Puisque je n’aurai évidemment plus accès aux courriels de la librairie, n’hésitez pas à m’écrire personnellement si le cœur vous en dit à mon adresse personnelle : artisanst@hotmail.com.

 


27 juin 2011  par David Murray

Quand l’e-book brime la liberté

Pour quiconque s’intéresse au mouvement du libre en informatique, le nom de Richard Stallman n’est pas étranger. En effet, celui-ci est probablement le plus célèbre pionnier du libre et de l’open source, et l’un des penseurs les plus en vue de ce mouvement. Voilà maintenant qu’il entre dans l’arène du débat entourant l’arrivée du livre électronique avec la publication d’un texte virulent.

Loin d’être enthousiaste, Stallman éprouve en fait un profond malaise avec la façon dont se développe ce nouveau médium. Pour lui, le format numérique engendre carrément une perte de liberté dû au pouvoir des grandes firmes qui assoient leur mainmise sur ce nouveau marché. Les premières visées sont les trois composantes de l’hydre « GoogAmApp » : Google, Amazon et Apple. Ainsi qu’il l’affirme : « Les technologies qui auraient pu nous rendre plus forts sont utilisées à la place pour nous enchaîner. Nous devons rejeter les ebooks jusqu’à ce qu’ils respectent notre liberté… Les ebooks n’ont pas à attaquer notre liberté, mais ils le feront, si les sociétés continuent de décider. C’est à nous de les arrêter. »

Sa charge en règle contre le livre numérique se traduit par une défense sentie du livre papier, qu’il considère nettement plus avantageux d’un point de vue libertaire. Faisant la comparaison entre le livre traditionnel et l’e-book d’Amazon (qu’il cite explicitement pour fin d’illustration de son propos), Stallman mentionne entre autres que :

- L’achat d’un livre papier garantit l’anonymat de son acquéreur, alors qu’Amazon demande au client de s’identifier et s’enregistrer ;

- Le livre papier devient la propriété de son acquéreur, alors que dans certains pays Amazon stipule que l’e-book demeure sa propriété ;

- Il n’existe aucune contrainte quant à l’usage que l’on peut faire d’un livre papier, tandis que l’achat chez Amazon requiert de l’usager qu’il accepte des clauses restrictives quant à l’utilisation de son e-book ;

- Le format d’un livre est connu de tous et aucune technologie propriétaire n’est nécessaire pour en faire la lecture, alors que le format des liseuses est généralement tenu secret et que seuls des logiciels privés à usage restrictif permettent de lire l’ensemble des livres électroniques ;

- On peut partager facilement un livre papier avec autrui, alors que c’est loin d’être le cas pour le livre numérique, le partage étant parfois permis mais pour une durée limitée et seulement entre usagers de la même plate-forme numérique ;

- On peut facilement photocopier un livre papier – une mesure respectant d’ailleurs en certaines circonstances le droit d’auteur –, alors que la copie de livres électroniques est impossible dues aux dispositions intégrées dans les plateformes numériques ;

- Finalement, personne n’a le pouvoir de détruire vos livres, alors qu’Amazon peut facilement retirer de la vente un livre, comme cela est arrivé en 2009 lorsque des milliers d’exemplaires de 1984 de George Orwell furent supprimées.

Pour Stallman, le livre électronique constitue donc un recul sur le livre papier en regard de nos libertés individuelles. En ce sens, il doit selon lui être rejeté tant qu’il ne respectera pas nos libertés. Pour le gourou du libre, le constat est simple : les géants du numérique justifient ces restrictions de nos libertés par le fait que ces violations sont la garantie d’une juste rémunération des auteurs, ce que, disent-ils, la configuration actuelle du droit d’auteur ne permet pas. Un argument qui ne convainc pas outre mesure Stallman, pour qui le modèle régissant actuellement le droit d’auteur est plutôt fait sur mesure pour le bénéfice des grandes sociétés. Il existerait en fait selon lui d’autres avenues à explorer pour soutenir le travail des auteurs. Entre autres exemples, il mentionne l’attribution de fonds issus de recettes fiscales ou la mise en place de lecteurs afin que les utilisateurs puissent envoyer anonymement des paiements volontaires aux auteurs.

Richard Stallman n’est en outre pas systématiquement opposé à l’émergence du livre électronique. C’est simplement que pour lui, en laisser le développement à quelques grandes compagnies, qui pour ce faire limitent nos libertés, est une voie dangereuse à suivre. Et qu’en ce sens, le livre papier demeure encore pour lui la meilleure avenue à privilégier pour s’adonner à la lecture.


17 juin 2011  par David Murray

De la rationalisation managériale chez Renaud-Bray : un aperçu de l’avenir du métier de libraire ?

En janvier dernier, à 26 ans, Blaise Renaud est devenu directeur général du Groupe Renaud-Bray, qui regroupe le plus important réseau de librairies francophones en Amérique du Nord. Pour ceux qui l’ignorent, Blaise Renaud est le fils du co-fondateur de la société, Pierre Renaud, qui conserve toujours le titre de président. Le fait que le fils de l’autre ait atteint un poste si prestigieux à un si jeune âge en a évidemment agacé plus d’un, qui soupçonnent Blaise Renaud d’avoir bénéficié de ses liens familiaux pour gravir aussi rapidement les échelons au sein de l’entreprise.

Blaise Renaud

Dans un entretien accordé au journal Les Affaires, Blaise Renaud s’est toutefois défendu d’avoir pu bénéficier d’un traitement de faveur et que sa nomination constitue plutôt une reconnaissance de ses compétences par les dirigeants de l’entreprise. D’entrée de jeu, il se justifie en mentionnant que sa nomination n’est pas le fruit du hasard : « Je suis devenu directeur général après un long processus au cours duquel je me suis imposé en faisant mes preuves et en inspirant confiance. Jamais mon père ne m’a poussé dans cette voie. C’est moi qui ai poussé. Je ne suis pas là par dépit, j’ai toujours voulu faire ça. » Et Blaise Renaud de poursuivre en rappelant quelques-uns des hauts faits d’armes réalisés lors de son ascension au sein de l’entreprise, qui ont permis à la chaîne d’accroître considérablement ses ventes et qui, selon lui, lui ont fourni la crédibilité et l’expertise nécessaires pour occuper ses nouvelles fonctions.

Blaise Renaud voit en fait d’un très bon œil sa nomination pour l’avenir du Groupe Renaud-Bray. Comme il le souligne : « Le fait que j’ai 26 ans, c’est aussi un signal fort pour l’industrie du livre. Je crois que certaines personnes sont rassurées d’avoir quelqu’un d’aussi jeune à la tête du Groupe Renaud-Bray ; cela donne confiance en l’avenir. » Et celui-ci de conclure en entrevoyant la suite avec optimisme : « Mon défi est que Renaud Bray continue d’améliorer son concept. On a été des précurseurs dans les années 1980 et 1990 avec nos sections cadeaux et papeterie ; il faut continuer de se différencier avec des espaces nouveaux, uniques, et avec des produits exclusifs. Et ce qui a fait grandir Renaud Bray et qui continuera de le faire grandir, c’est l’attachement de la clientèle envers l’entreprise, envers leur librairie… »

Mais cette vision des choses toute empreinte d’optimisme n’est pas partagée par l’ensemble de ses collègues, et le syndicat n’a pas tardé à réagir aux propos de Blaise Renaud. Dans une lettre intitulée « Comment je suis devenu précaire à 26 ans » (en réponse au titre de l’article du journal Les Affaires, « Comment je suis devenu DG à 26 ans »), le Comité exécutif du syndicat, sous la plume de Marie-Christine Jourdenais, Camille Robert, Philippe-Olivier Tremblay et Jessica Ascher, a tenu à rappeler que si le portrait du rendement des librairies Renaud-Bray est assez optimiste, il en va tout autrement, disent-ils, des « employés qui, depuis quelques mois, souffrent des restructurations de l’entreprise et ont vu leurs conditions de travail se dégrader. » Plusieurs changements survenus depuis le retour des fêtes ont, selon le syndicat, sensiblement modifié les conditions de travail des employés. Entre autres griefs, les auteurs soulignent : « Dans certaines succursales, plusieurs horaires ont été tronqués sans consultation préalable, tandis qu’ailleurs nous avons perdu des collègues. Dans pratiquement tous les cas, les mises à pied ont été faites de manière aberrante sans respecter les périodes de préavis, en brandissant des tableaux truffés de chiffres comme prétexte à se débarrasser d’employés d’expérience. » Plusieurs remaniements d’horaires sont aussi observés, sans qu’il y ait eu de consultation préalable avec le syndicat.

Ces changements apportés par la direction n’ont évidemment pas eu l’heur de plaire aux employés. Mais il semble que celle-ci n’entende pas accepter que la grogne se fasse sentir entre les murs de l’entreprise. Ainsi, le syndicat souligne : « En plus de nous interdire d’en parler [du mécontentement] sur les lieux de travail, leur surveillance s’étire jusque dans la vie privée. Ainsi, une employée à été suspendue trois jours après avoir critiqué la violence des mises à pied sur son profil Facebook, pourtant privé. » Et pour en rajouter, le tout nouveau patron Blaise Renaud envoyait aux employés le 3 mars dernier une missive dans laquelle il annonçait son intention d’évaluer le rendement des employés, un exercice qui a semble-t-il laissé un goût plutôt amer chez certains, et qui relève d’une pratique managériale plutôt froide et mécanique. Comme le souligne à grands traits le syndicat : « Gardons à l’esprit que nous sommes plus que ces chiffres; nous sommes des personnes dotées de sensibilité et tout ce resserrement administratif nous affecte personnellement comme professionnellement. »

Une autre source de tensions rapportée par le syndicat : la décision de la haute direction de retirer tous les tabourets assignés aux différents postes de travail. Une décision justifiée, semble-t-il, par le but d’offrir un « meilleur service à la clientèle ». Sur un ton plutôt sarcastique, le syndicat répond : « Il est difficile de comprendre comment on sert mieux les clients en ayant mal au dos et aux jambes. » Surtout que des employés se seraient absentés pour des raisons de santé suite à cette décision. Ayant essayé de négocier un compromis, le syndicat a accusé une fin de non-recevoir. La seule alternative, selon le syndicat, est de « présenter un billet du médecin avec diagnostic, qui doit être envoyé aux ressources humaines et approuvé avant de pouvoir bénéficier d’un tabouret ».

Finalement, le syndicat en a aussi contre une nouvelle directive concernant l’entretien ménager des succursales. Désormais, l’entretien de celles dont la superficie est inférieure à 10 000 pieds carrés devra être assumé par les employés afin de réduire les dépenses de l’entreprise. Une dizaine de succursales seraient touchées par cette nouvelle mesure, par laquelle les employés, en plus de leurs tâches régulières, doivent maintenant récurer les toilettes ou laver les planchers.

Il semble que les employés du Groupe Renaud-Bray ne soient pas au bout de leurs peines puisque, selon le syndicat, la direction a déjà fait part de son intention de poursuivre dans la voie de ces changements organisationnels. De quoi continuer à nourrir la colère du syndicat, qui déplore du même souffle le fait que ces changements se font sans consultation auprès des employés, faisant fi d’un processus de médiation préventive mis en place il y a deux et demi et qui visait notamment à obtenir la reconnaissance de l’expertise des employés.

Mais Blaise Renaud réfute ces critiques. Interrogé à propos de la lettre du syndicat par Rue Frontenac, le nouveau patron de Renaud-Bray rejette les accusations selon lesquelles les changements répondent à une logique de la recherche du profit à tout prix. Selon lui : « C’est fautif de nous accuser de vouloir le profit et rien d’autre. Renaud-Bray a toujours défendu l’esprit particulier de la librairie comme une entreprise différente d’un simple commerce de détail. On embauche des libraires, des disquaires et des libraires jeunesse, contrairement à Archambault qui n’a que des commis. » Il justifie plutôt ces changements par la situation difficile que doivent traverser les commerces de détail.

Les commentaires qui suivent l’article de Rue Frontenac, auxquels ont participé des employés de Renaud-Bray, témoignent cependant de l’existence d’un mécontentement réel. Et du fait que les conditions et relations de travail semblent s’être considérablement dégradées depuis janvier… soit depuis l’entrée en poste de Blaise Renaud.

Ce sont donc deux sons de cloche complètement opposés qui nous sont servis de la part des employés et de la direction du groupe Renaud-Bray. Face à l’optimisme du nouveau directeur général et à cette volonté de la direction de rationaliser l’organisation de l’entreprise pour optimiser ses rendements, le syndicat affirme que ces changements se font plutôt sur le dos des employés et dénaturent la mission de la compagnie. S’exprimant au nom des employés, ce dernier précise que « Non seulement nous avons des conditions de travail à défendre, mais aussi une librairie qui est avant tout un lieu d’échange et de transmission de culture, et non une business sans autre âme qui l’habite que celle du profit. » Bref, il y a là deux points de vue radicalement opposés sur Renaud-Bray et la rationalisation managériale. Reste à voir maintenant comment évolueront, dans les prochains mois, les relations de travail chez le plus important détaillant de livres au Québec.

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Pourquoi vous parler des relations de travail chez Renaud-Bray, alors que cette entreprise peut en quelque sorte être considérée comme un concurrent ? C’est que ce qui se passe au Groupe Renaud-Bray, de par la place capitale que ce dernier occupe via ses vingt-six succursales dans le milieu de la vente du livre au Québec, ne peut qu’avoir des répercussions sur les autres librairies au Québec. Sur ce blogue, nous vous avons plus d’une fois fait part de notre conviction de l’importance pour le Québec d’avoir un réseau de librairies indépendantes fort et en santé. Et nous vous avons plus d’une fois rappelé à quel point, pour nous, le métier de libraire se doit d’être reconnu et valorisé. Des membres de notre équipe ont d’ailleurs participé aux discussions visant à faire reconnaître la profession de libraire, un processus duquel s’était d’ailleurs retiré Pierre Renaud.

Dans l’esprit de beaucoup de gens, qui pense librairie pense Renaud-Bray ou Archambault. Mais alors que la filiale de Québécor ne reconnaît pas à ses employés le statut de libraire ou disquaire, les considérant comme des commis, qu’en sera-t-il pour Renaud-Bray, surtout si la direction envisage de poursuivre dans la voie de changements managériaux possédant toutes les apparences d’une gestion d’entreprise de type grande surface ? Le plus important détaillant francophone de livres au Québec restera-t-il un acteur important dans la transmission de la culture ou n’est-il pas en voie de ne devenir qu’une grande chaîne vendant accessoirement du livre ? Ils sont nombreux, les libraires compétents et passionnés au sein du Groupe Renaud-Bray. Il est à espérer que ceux-ci sauront obtenir la reconnaissance qu’ils et elles méritent.


10 juin 2011  par David Murray

Quelle place pour le livre dans les grands médias ?

Patrick Beauduin (photo : Le devoir)

La fin de semaine dernière nous apprenions que la direction de la Première Chaîne allait, en septembre prochain, mettre un terme à l’aventure de Vous m’en lirez tant, seule émission de la SRC à faire du livre sa préoccupation première. Il n’en fallait pas plus pour que les milieux intéressés, au premier rang desquels l’Union des écrivains et écrivaines du Québec (UNEQ), fassent part de leurs préoccupations quant au sort réservé à la littérature dans les médias.

Pourtant, pas plus tard qu’en février dernier, lors du lancement du 8e Combat des livres, le nouveau patron de la radio de Radio-Canada, Patrick Beauduin, soulignait l’importance de parler littérature sur les ondes de la radio publique. Il annonçait vouloir plus de contenus reliés à la littérature et mentionnait d’ailleurs réfléchir à ajouter une nouvelle émission littéraire qui, en sortant des contraintes de l’actualité, pourrait « aborder plus en profondeur le rôle de la littérature dans la société et en quoi elle reflète notre monde ». Du même souffle, il affirmait que ces projets ne menaçaient en rien la poursuite de Vous m’en lirez tant, animé par Lorraine Pintal. Sauf que le couperet est malgré tout tombé sur le rendez-vous littéraire dominical…

Marie-Louise Arsenault

Cependant, ce qu’annonçait alors Monsieur Beauduin, c’est que la programmation estivale allait servir de banc d’essai pour de nouvelles émissions. Ainsi, alors que lundi dernier était dévoilée la nouvelle grille horaire de la Première Chaîne, nous avons pu voir qu’effectivement, deux nouvelles émissions à caractère littéraire y faisaient leur apparition. La première, qui occupe la case horaire de Vous m’en lirez tant, reprend essentiellement le mandat de cette émission et en constitue la version estivale. Intitulée On aura tout lu, elle sera animée par Marie-Louise Arsenault, en compagnie de Biz, Jici Lauzon et Daniel Turcotte.

L’autre proposition – originale celle-là – s’intitule Carnets d’Amérique. Dans cette émission inédite, Jean Fugère et Marie-Louise Arsenault prennent la route pour aller à la rencontre de gens de lettres et de mots. La présentation qui en a été faite cette semaine nous laisse croire qu’il s’agit là du type de projet dont Patrick Bauduin évoquait l’envie d’explorer cet hiver. Reste à voir quelle en sera réellement la forme et si elle survivra à la saison estivale. Surtout que, en début de semaine, la direction de la radio publique ne semblait n’avoir aucun plan précis en ce qui concerne l’avenir des émissions littéraires.

Mais voilà que dans les jours qui ont suivis, la direction de la radio publique a tenu à réaffirmer son engagement envers la littérature. Au point où on annonce maintenant prévoir jusqu’à quatre heures de contenus radiophoniques liés à la littérature l’automne prochain. Rien n’a jusqu’ici filtré sur les formats qui seront retenus pour les contenus littéraires, mais selon Stéphane Baillargeon du Devoir, ceux-ci risquent d’êtres morcelés à travers plusieurs émissions.

Néanmoins, la mini-tempête associée à la disparition du contenu littéraire sur la Première Chaîne a par la bande relancé le débat sur la place de littérature et du livre en général dans les grands médias. En effet, la littérature occupe une place de moins en moins importante au sein de l’offre médiatique culturelle, et cette tendance ne date pas d’hier. Déjà, en 2003, l’auteur Stanley Péan se demandait si la littérature et les médias ne formaient pas un mariage contre-nature, et si le format des médias de masse ne constituait pas tout simplement un frein pour parler du livre. Il écrivait ainsi que « Nonobstant les reproches, souvent justifiés, que l’on a exprimés quant à la formule des divers magazines télévisuels traitant du livre ces dernières années, leur disparition de l’agora, tout comme la diminution de l’espace consacré à la critique dans les cahiers littéraires des journaux, s’inscrit dans la foulée d’un mouvement anti-intellectuel plus ou moins généralisé en Occident néolibéral : à savoir, le bâillonnement graduel des dissidents susceptibles de proposer une autre lecture du monde. »

Est-ce donc parce que la littérature dérange qu’on en limite l’espace de discussion sur les différentes plateformes médiatiques ? Parce que n’étant pas assez spectaculaire et poussant à la réflexion, elle ne serait ainsi pas assez grand public ? La question se pose, surtout que la littérature, à défaut d’avoir des plateformes qui lui sont uniquement consacrée, se voit maintenant souvent diluée au milieu du brouhaha d’émissions culturelles qui laisse davantage la place aux états d’âme de « veudettes » qu’à la discussion des œuvres et leur portée.

On peut aussi se demander quelle conséquence la place limitée faite à la littérature dans les grands médias aura-t-elle sur les générations en devenir. Si on se fie aux propos tenus récemment par Lucien Francoeur sur l’inculture des jeunes à qui il enseigne aujourd’hui, il n’y a pas de quoi se réjouir. À l’heure des gadgets numériques et du clip instantané, cette culture de l’immédiat furtif est loin de constituer le cadre le plus favorable pour la promotion de la littérature. Quand le seuil de tolérance des jeunes est de douze minutes, on voit mal comment les inciter à se plonger dans un roman de 300 pages…

Le traitement épisodique de la littérature amène aussi une autre conséquence : celle, par souci d’audience, de ne traiter que des best-sellers ou des auteurs qui ont une existence médiatique. Une problématique qui n’est pas étrangère à celle qui touche la musique sur les grandes radios commerciales, le nombre d’artistes qui y sont diffusés y étant pour le moins limités.

C’est pour ces raisons que les gens du milieu du livre s’inquiètent lorsqu’ils voient la place de la littérature reculer dans les médias. Et pour stopper l’hémorragie, ils sont plusieurs à estimer que les ondes de la radio publique constituent un espace privilégié pour parler de littérature, surtout que le format radiophonique s’y prête particulièrement bien. Donc réjouissons-nous de voir que la direction de la Première Chaîne entend offrir davantage de contenus liés à la littérature. En attendant, on peut toujours se tourner vers les médias alternatifs et communautaires qui, à bien des égards, sont souvent les seuls qui osent sortir des sentiers battus. Et ce, malgré les modestes moyens qui sont les leurs.


20 mai 2011  par David Murray

Des anarchistes à l’assaut de la littérature

Est-ce que l’anarchisme ne se résume qu’à la théorie politique ? Ou existe-t-il aussi  quelque chose comme une littérature anarchiste ? Un groupe d’auteurs montréalais répondent par l’affirmative et croient que la fiction d’inspiration anarchiste devrait animer davantage le mouvement libertaire. C’est le Bloc des auteur-e-s anarchistes, fondé en 2010 dans la foulée du 11e Salon du livre anarchiste de Montréal. Le 5 mai dernier, le collectif faisait paraître un premier ouvrage, Subversions, qui est, dit-on, le premier recueil de nouvelles anarchistes inédites.

Ce qui a motivé la fondation du collectif, c’est qu’on déplorait le fait que le mouvement anarchiste ne se focalisait trop souvent que sur la pratique et la théorie, de manière peut-être parfois trop austère, et qu’en ce sens l’aspect plus créatif de la lutte faisait défaut. Les auteurs regroupés au sein du Bloc se sont donc donnés comme objectif de promouvoir la théorie et la pratique de l’anarchisme à travers la littérature, la poésie, le théâtre et autres formes d’art. Dans la dernière année ont ainsi été organisés des cabarets anarchistes, qui consistaient en des soirées de lectures et performances artistiques à micro ouvert. Ces événements ont entre autres permis d’amasser du financement pour mener à terme le projet du recueil de nouvelles.

Mais qu’est-ce qu’une littérature anarchiste ? Selon les auteurs, ce qui fait des textes sélectionnés des écrits à caractère anarchiste ce sont les thèmes qui y sont abordés et les valeurs qui y sont véhiculées. Pour eux et elles, sont considérés comme anarchistes des textes qui dénoncent toute forme d’autorité illégitime et toutes formes d’oppression. Des textes qui remettent en question ces systèmes et ces modes de pensée que sont par exemple l’État, le capitalisme, la religion, le patriarcat, le racisme, la propriété privée, le colonialisme, etc. Selon leur conception de la littérature anarchiste, plusieurs auteurs célèbres peuvent ainsi être considérés à certains égards comme des auteurs anarchistes. On pense par exemple aux Dickens, Orwell, Tolstoï, Sinclair, London, Vian, Harriet Beecher-Stowe, Octave Mirbeau et autres Louise Michel ou Jean Grave.

À la lecture du recueil, on constate ainsi que plusieurs des thèmes mis de l’avant par les anarchistes sont abordés dans les différents textes proposés.  Regroupant des auteurs d’ici, mais aussi des États-Unis et de l’Europe, cette anthologie se compose de 16 courtes nouvelles – autant en français qu’en anglais – de 18 auteurs qui brossent autant de portraits de ce que représente la littérature anarchiste. On y retrouve autant la nouvelle aux accents surréalistes à la Boris Vian que la nouvelle noire d’un monde post-apocalyptique. Autant de nouvelles qui se nourrissent d’espoir que d’autres qui rappellent les luttes brisées. Des nouvelles qui abordent autant les grandes luttes collectives que les introspections personnelles. Et cela sans compter les intéressantes préfaces de Monique Surel-Tupin et Derrick Jensen, qui témoignent tous deux à leur façon de l’importance de l’art engagé.

Norman Nawrocki

Si certains des auteurs en sont à leurs premières publications, d’autres ont déjà quelques parutions derrière la cravate. Du côté francophone, mentionnons Mathieu Blais et Joël Casséus, auteurs de Zippo, publié chez Leméac en 2010. Du côté anglophone, mentionnons entre autres Jim Miller, Derrick Jensen – éco-anarchiste radical qui a entre autres fait paraître avec Stephanie MacMillan la bande dessinée Pendant que la planète flambe, 50 gestes pour continuer a nier l’évidence, traduit et publié chez La boîte à bulle l’an dernier -, Cara Hoffman – journaliste et auteure, qui a vu son ouvrage So Much Pretty être publié chez Simon & Schuster plus tôt cette année – ou Norman Nawrocki, qui n’a plus besoin de présentation dans le milieu artistique libertaire montréalais. Celui qui fut de la mythique formation Rhythm Activism (qui compta aussi en son sein un certain Luc Bonin, mieux connu aujourd’hui sous le pseudonyme d’Urbain Desbois) ne compte plus les productions, que ce soit sur disque, sur papier ou sur scène. Parmi les ouvrages qu’il a publiés dans la langue de Molière, mentionnons L’anarchiste et le diable, paru chez Lux en 2006.

Autre fait intéressant à relever, les artisans du livre ont voulu être cohérents avec leurs valeurs non seulement dans le choix des textes mais aussi dans la production et la diffusion de l’ouvrage. En phase avec leur critique de la notion de propriété intellectuelle telle qu’elle est appliquée dans le monde marchand actuel, ils et elles ont décidé que les droits sur les textes seraient régis sous une licence Creative Commons. Sans être l’équivalent du copyleft, disons que cette licence se présente comme une « solution alternative légale aux personnes ne souhaitant pas protéger leurs œuvres en utilisant les droits de propriété intellectuelle standards de leur pays, jugés trop restrictifs. » C’est ainsi que dans le cas présent, quiconque est libre de copier, distribuer ou diffuser les textes, mais sous les conditions suivantes : que le nom des auteurs soit cité, de même que le comité éditorial, mais sans que cela signifie un appui des auteurs à la personne qui reprend le texte ou aux activités auxquelles elle est associée ; que les textes ne soient pas utilisés dans un but commercial ; et qu’aucune transformation ou altération du contenu original ne soit effectuée.

Les valeurs anarchistes se reflètent aussi dans la façon de distribuer le recueil. Nul besoin de chercher au Archambault, vous ne le trouverez point. Fidèles au principe d’indépendance, les membres du Bloc visent davantage les indépendants quand ce n’est pas l’auto-distribution. Si au niveau international, les auteurs bénéficient du soutien de l’important éditeur alternatif californien AK Press, au niveau local la diffusion est pour l’instant plus limitée. Pour l’heure, on peut se le procurer lors des événements du groupe ou dans certaines librairies ouvertement anarchistes, comme l’Insoumise à Montréal ou la Page noire à Québec. Par contre, suite à un entretien avec l’un des auteurs, on m’a laissé entendre que cet été serait organisée une tournée afin de cibler une série de libraires indépendants de la province qui en assurerait la vente.

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En attendant, on pourra faire connaissance avec certains des membres du Bloc des auteur-e-s anarchistes lors du prochain Salon du livre anarchiste de Montréal, qui a lieu cette fin de semaine. En plus de tenir un kiosque, certains des membres animeront un atelier sur la fiction anarchiste. L’événement a toujours lieu au CEDA, 2515 Delisle, près du métro Lionel-Groulx.


11 mai 2011  par David Murray

La culture selon les conservateurs

Stephen Harper

Quatre longues années de gouvernement conservateur majoritaire, voilà à quoi nous aurons droit suite aux élections fédérales tenues le 2 mai dernier. Certains observateurs attitrés de la scène politique tentent de se faire rassurants en spéculant sur le fait que les conservateurs, maintenant majoritaires, pourraient calmer leurs ardeurs et tempérer l’application de leur agenda politique, qui campe nettement à droite. Mais je vois mal en quoi nous pourrions souscrire à cette analyse. Ayant pu constater de quoi était capable l’équipe de Stephen Harper en situation minoritaire, pourquoi les élus conservateurs, maintenant qu’ils ont les coudées franches,  apaiseraient-ils leur discours ? Cela est d’autant plus vrai concernant le Québec, puisque les conservateurs ont obtenu leur majorité sans l’appui de la Belle province – où ils furent rejetés à environ 80 %.

Nous avons donc toutes les raisons d’être inquiets face aux politiques qui seront adoptées au cours des quatre prochaines années. Et si cela est vrai dans tous les domaines, c’est bien évidemment le cas pour la culture – une grande oubliée, s’il en fut une, des enjeux de la dernière campagne électorale.

Déjà, ces dernières années, plusieurs organismes ont fait part de leurs griefs concernant le manque de financement pour les événements à caractère culturel. Dans un contexte budgétaire où le gouvernement Harper a déjà annoncé vouloir couper dans plusieurs postes budgétaires, il est peu probable que cette situation puisse évoluer favorablement. Des coupes de l’ordre de 17 milliards de dollars sont prévues, mais on ignore quels seront les secteurs visés. Cependant, nul doute que la culture accusera une partie de ces coupures. Au cours de la campagne électorale, des intervenants culturels de l’Est-du-Québec  notaient ainsi un grand recul des programmes du Conseil des arts et de Patrimoine Canada depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs. Et si plusieurs petits festivals régionaux peuvent effectivement mettre une croix sur toute possibilité de recevoir des subventions, même les grands festivals ne sont maintenant plus à l’abri de ce type de politique. Nous en avons eu un exemple avec les Francofolies de Montréal, qui, l’été dernier, s’étaient vu retirer une subvention de 1,5 millions de dollars un mois avant la tenue de l’événement.

Plusieurs déplorent du même souffle le fait que, de plus en plus, l’octroi de subventions, loin d’être récurrent pour permettre la viabilité à long terme des événements, soit l’objet de décisions arbitraires. Plusieurs n’ont d’ailleurs pu que constater leur déception lorsque, en 2010, Industrie Canada a décidé de retirer son financement à une panoplie de festivals sous prétexte de  « mieux équilibrer » les finances publiques et les sommes octroyées à la culture, une diminution de financement qui n’est naturellement pas sans effet. Le Devoir rappelait que suite aux importantes coupures annoncées en 2008 dans les programmes de soutien aux artistes se produisant à l’étranger, ce sont « environ 175 tournées [qui] ont été annulées depuis 2008 par les compagnies artistiques canadiennes, ce qui s’est soldé par des pertes de revenus évaluées à plus de 15 millions. »

Et quand ce n’est pas l’arbitraire qui motive l’absence de financement, ce sont des postulats idéologiques qui guident l’octroi des subventions. Souvenons-nous le tollé qu’avait suscité, lors du premier mandat des conservateurs, la volonté du gouvernement Harper d’introduire dans leur loi sur la fiscalité un paragraphe qui disait que si un film financé par Téléfilm Canada était contre la morale, la subvention pourrait être retirée. Bien entendu, la morale en question aurait été définie par les mandarins du gouvernement conservateur.

Il y a aussi la question du renouvellement de la loi sur le droit d’auteur. Si tout le monde s’entend pour une actualisation de cette loi dans le nouveau contexte du numérique, nous sommes loin de l’unanimité en ce qui concerne la refonte qui est actuellement à l’ordre du jour. Plusieurs acteurs du milieu culturel dénoncent ainsi le projet de loi C-32, qui, soutient-on, se fera au détriment des créateurs.

Mais ce qu’on dénonce par-dessus tout, c’est la vision qu’a le gouvernement Harper de la culture. Une vision purement mercantile dont la – oh! combien – perspicace Nathalie Elgrably-Lévy s’est faite l’avocate dernièrement dans les journaux de l’empire Québécor, position qui ne fut pas sans lui attirer les foudres des artisans du monde culturel. Comme le résumait Stanley Péan, porte-parole du Mouvement pour les Arts et les Lettres (MAL), dans un article de Rue Frontenac : « Ce gouvernement s’est positionné d’emblée en antagoniste face à l’artiste. Pour des raisons idéologiques, il a un parti pris pour l’industrie et pour la big business plutôt que pour les créateurs. À ses yeux, c’est l’industrie qui importe plutôt que le créateur. Parfois, le créateur en profite, mais certaines disciplines sont fragilisées parce qu’on applique des critères d’économistes pour la culture. » Jean-Robert Bisaillon, gérant d’artiste, spécialiste des médias numériques et ex-membre des French B, renchérissait en mentionnant que « les conservateurs confondent culture et industries culturelles, culture et événements protocolaires ».

Yann Martel

Cette volonté de faire la part belle aux géants de l’industrie plutôt qu’aux créateurs, on la voit aussi dans cette intention du gouvernement Harper d’ouvrir le dossier de la propriété étrangère des entreprises de télécommunications. Rappelons que depuis 1968, il faut être une entreprise canadienne pour pouvoir exploiter une entreprise de télécommunications et de radiodiffusion, et produire du contenu canadien, sinon être une entreprise canadienne s’il y a diffusion de contenu étranger.

Si la plupart de ces mesures s’appliquent au milieu culturel au sens large, il va de soi que le milieu littéraire ne devrait pas jouir d’un traitement d’exception. Surtout quand on considère le peu de cas qu’a fait le premier ministre des livres que lui a envoyés l’auteur Yann Martel. Rappelons qu’entre avril 2007 et janvier 2011, l’écrivain a fait parvenir à Stephen Harper cent livres accompagnés d’une lettre dans laquelle il expliquait sa démarche et la pertinence des ouvrages sélectionnés. Mais pour toute réponse, Yann Martel n’aura reçu que sept accusés de réception rédigés par des membres de son équipe…

Nous avons donc toutes les raisons d’être inquiets en ce qui a trait à la politique qui sera celle des conservateurs en matière de culture. Puisque pour les conservateurs, celle-ci ne semble pas avoir plus de poids qu’un F35…



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