Le Délivré

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19 septembre 2011  par Caroline Le Gal

La cigarette : histoire d’une allumeuse

Comment peut-on passer du statut d’icône à celui d’ennemi public numéro un ? La gloire de la cigarette prend des allures de sortie de route, mais qu’en est-il de son histoire, de son origine et surtout de son évolution ?

Bien qu’elle soit d’origine naturelle et consommée depuis plusieurs siècles, la cigarette est devenue un objet de séduction et de virilité, et a aussi été utilisée comme coupe-faim pendant les temps de guerre. Son utilisation, rendue banale, s’est subtilement imposée dans nos cultures, nos maisons, nos écrans de télévision et, malheureusement, dans nos poumons.

La propagande en faveur de la cigarette et au détriment de la santé est d’ailleurs une des réalités les plus frappantes lorsque l’on se penche sur l’histoire de la cigarette. La manière pernicieuse dont cette dernière s’est rendue omniprésente a rendu bien difficile la lutte des associations antitabac, dont l’implication date pratiquement de l’origine de la consommation du tabac par les Européens. La cigarette concerne toutes les sociétés et, peu importe si un jour elle disparaît, son histoire aura laissé une empreinte marquante.

Didier Nourrisson, dans son livre Cigarette : Histoire d’une allumeuse, nous propose une fort intéressante relecture de l’histoire du tabac en abordant ses impacts culturel, social et… pécuniaire.

Retour en arrière

Les Amérindiens sont les premiers fumeurs de tabac. L’usage était alors réservé aux hommes, pour les bienfaits thérapeutiques ou tout simplement pour relaxer. Le tabac qu’ils fumaient procurait des effets psychotropes proches de ceux des champignons hallucinogènes. Plus tard, des explorateurs tels que Christophe Colomb découvrent la cigarette épaisse fumée par les Amérindiens ; en effet, les écrits de l’époque relatent la découverte d’une île dénommée Juana (aujourd’hui davantage connue sous le nom de… Cuba !), où les habitants fument des feuilles charnues et odorantes. Cependant, le tabac peut aussi être fumé à la pipe ; les Amérindiens en possèdent en pierre, en argile ou en roseau.

Bien loin de ses origines, le tabac se retrouve en Europe, et c’est en Espagne que la cigarette fait son apparition. Une des premières grandes fumeuses n’est nulle autre que Catherine de Médicis, qui utilise le tabac pour calmer ses maux de tête. Cependant, en Europe, l’arrivée du tabac se fait par la petite porte : avant les bouffées d’ivresse et l’installation tranquille de la dépendance, avant de devenir un produit de consommation courante, le tabac est d’abord apprécié comme plante d’ornement. En France, il faut attendre le XVIIIe siècle pour que la cigarette s’impose, ramenée d’Espagne par les soldats de Napoléon 1er.

Mais déjà, les comités antitabac se font connaître et réclament une interdiction de toute consommation de tabac sous peine d’emprisonnement. Le simple fait de fumer est alors considéré comme blasphématoire et interprété comme une appartenance au diable ! Les mouvements de contestation étaient très souvent composés de religieux, ces derniers ayant souvent critiqué l’usage du tabac. Cependant, la liberté de fumer fait aussi entendre sa voix : « Oui, je fume, et alors ? »

L’essor d’une industrie

Ce n’est qu’au XIXe siècle – et à plus forte raison au XXe – que la cigarette s’impose vraiment, en marquant toute la vie sociale et culturelle. Fini le temps de la feuille de tabac roulée sur elle-même ! Les producteurs de tabac se battent pour des terres et en font un commerce fort rentable.

Ce sont les Américains qui créent le paquet de dix cigarettes dans un emballage hermétique. Un marché est alors lancé, et les industriels investissent dans l’amélioration du produit comme dans la fidélisation de ses consommateurs. Puis, loin du quotidien du fumeur, des chimistes entament des campagnes de recherches pour en découvrir les composants, notamment la nicotine, substance chimique qui n’existe que dans la cigarette et le cigare, poison violent responsable de nombreuses maladies pulmonaires et respiratoires. Cependant, les résultats de ces recherches médicales ne sont pas diffusés aux consommateurs. En parallèle, on assiste à  une explosion de la consommation.

Les industries productrices de tabac comprennent alors l’éventail énorme des méthodes de fidélisation. Le goût reste un des aspects essentiels à exploiter : des produits chimiques sont ajoutés pour atténuer le côté acre et donner à la fumée l’aspect voluptueux d’un nuage au goût raffiné. Néanmoins, d’autres chercheurs produisent des comptes-rendus de leurs enquêtes sur les méfaits de la nicotine sur la santé pour insister sur les effets mortels de la cigarette.

La création d’une image de marque

Dans son livre Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, Edward Bernays, fondateur du propagandisme, explique comment il a notamment utilisé ses méthodes pour la compagnie Lucky Strike, un des exemples flagrants de l’évolution des mœurs et du comportement de masse … Le principe est simple : créer les besoins du consommateur à la source et introduire par différents procédés la cigarette dans tous les actes au quotidien de ce dernier.

Au début du 20e siècle, si l’homme fume, cette pratique demeure encore mal perçue chez la femme. Et pourtant, la cigarette deviendra bientôt pour cette dernière le symbole de l’élégance et du sexy, notamment via les affiches publicitaires et à travers les films. En outre, l’emploi d’images liées à la séduction ne s’arrête pas là : n’oublions pas l’utilisation de la fameuse gitane, symbole de la séduction féminine, reliée pour les besoins de la cause à la satisfaction d’un plaisir chez l’homme.

Cependant, le tabac prend aussi une grande place dans les symboles d’émancipation. Les femmes sont les premières à l’utiliser comme signe représentatif de leur liberté d’agir et de penser, ainsi d’écrivaines comme Colette, toujours photographiée munie de sa cigarette, ou, plus proche de nous, Françoise Sagan, incarnation même de la femme émancipée, mais aussi de la fumeuse compulsive.

Mais les temps changent, le vent peut vite tourner et la cigarette partir en fumée… Le personnage de Lucky Luke, avec sa cigarette au bord des lèvres, a dû lui aussi arrêter de fumer… La censure et l’acharnement des pouvoirs publics pour effacer celle qui dérange, mais qui autrefois faisait la gloire du milieu du cinéma ou du monde politique, font leur chemin. Avec l’appui résolu des scientifiques, le mouvement antitabagiste fustige les méfaits mortels de la fumée.

Pourtant, comme l’a exprimé Vincent Eggericz, « [l]‘interdiction de la cigarette, si on prend l’exemple des États-Unis, n’aura fait que multiplier le nombre des obèses et rendre plus difficile aux pauvres et aux fous l’accès à l’un des derniers plaisirs pas chers, où l’être humain, réduisant méthodiquement en cendre ce cylindre de tabac et de papier, s’imprègne comme Bouddha de l’infinie vacuité des choses, éprouvant dans sa chair que tout est fumée, et recrache cette idée même pour la regarder se dissoudre dans l’air, acceptant la douloureuse idée de décomposition et jouant avec elle. » (La Revue littéraire, no 29, hiver 2006-07).

C’est la science contre la poésie…

La cigarette connaîtrait-elle ses derniers feux ? Pourtant, la société fume comme elle respire, car il existera toujours des fumeurs accrochés à leur plaisir ou à leur dépendance… Toujours est-il qu’on ne pouvait se priver de parcourir l’histoire de la cigarette, cette allumeuse.

* * *

Cigarette : Histoire d’une allumeuse, Didier Nourrisson, Payot, coll. « Histoire », 128 p., 9782228905800
Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, Edward Bernays, Lux, 132 p., 9782895960638


11 février 2011  par Caroline Le Gal

L’appétit et le goût en toutes lettres

L’alimentation fait partie du quotidien. Chacun d’entre nous aime bien manger et cela constitue un contentement des plus agréables ! Aussi, chaque jour, nous nous attachons à composer de nouvelles recettes, avec l’envie d’explorer de nouvelles saveurs… Mais souvent, après une journée de travail pesant sur nos épaules, avec en tête une myriade de préoccupations des plus diverses, se mettre derrière les fourneaux semble un lourd fardeau ! Et pourtant, le plaisir de se plonger dans l’univers du goût et des saveurs est immense, tant nos sens sont mis en éveil par cet art de l’instantané qu’est la cuisine.

C’est sans doute pourquoi, lors de nos visites en librairie, on ne compte pas son temps au rayon cuisine. Ses tables regorgent de titres qui n’attirent qu’un seul point sensible : notre gourmand appétit. Mais face à cette profusion de titres, il serait judicieux de se poser quelques questions : quel est le rôle et l’avenir du livre de cuisine ? Et quel impact a-t-il au sein de nos foyers ?

Car à observer les étagères, tandis qu’on constate que la production éditoriale en matière d’ouvrages culinaires augmente chaque année, on observe aussi que la passion envers la cuisine de tous les jours tend à diminuer progressivement… En effet, le temps accordé à cette activité journalière se réduit lentement sans qu’on y attache une grande importance. Et les livres le montrent bien par leurs titres : Prêt en 20 minutes, 1000 recettes en moins de 30 minutes ou… 4 ingrédients. À cette réduction du temps consacré, ajoutons le fait que les idées des chefs de cuisine du 21e siècle ont amené cette activité, autrefois si « naturelle », vers un art du spectacle. Dorénavant, le plat se cuisine et se déguste vite, et sa popularité, due au bouche-à-oreille des convives réunis, est éphémère elle aussi. En outre, nombre de ces chefs passent également plus de temps à promouvoir leurs diverses activités qu’à réellement cuisiner…

Aussi, je vous convie aujourd’hui à un petit retour aux sources pour mettre les choses en perspective.

Aux origines du livre de cuisine

Le plus vieux manuscrit de cuisine qui nous soit parvenu est le Traité culinaire Mésopotamien, qui date du ΙΙe millénaire avant Jésus-Christ. Il se constitue de trois tablettes où sont écrites des recettes de bouillies, de types polenta ou de celle du fameux porridge. Posséder encore aujourd’hui ce manuscrit nous est d’une aide précieuse pour percevoir les habitudes alimentaires ancestrales.

Au fil des siècles, le métier de cuisinier ne se valorise guère et nécessite seulement des ouvrages répertoriant les savoirs théoriques (savoir dresser une volaille, préparer une sauce blanche, etc.) Il ne faut pas oublier que les gens de l’époque ne savaient pas tous lire et que les recettes de cuisine se transmettaient oralement entre professionnels de la cuisine. Le livre n’était pas encore un objet de loisirs mais un outil de travail.

Vers 1393, Le Mesnagier de Paris est édité par un bourgeois dont on ne connaît pas le nom. Son intention d’écrire un livre de cuisine s’adresse alors uniquement à sa jeune épouse, qui n’avait aucune notion culinaire mais était très soucieuse de parfaire son rôle de maîtresse de maison. Les recettes publiées dans Le Mesnagnier de Paris ne sont pas complètes au sens actuel du terme, dans la mesure où ne figurent pas les quantités et le temps de cuisson.

En 1420, Maître de Chiquart, le cuisinier du Duc D’Amédée VIII de Savoie, publie Du fait de cuisine, dans lequel il présente ses recettes sous forme de menus pour jours gras et jours maigres ; pendant les jours maigres, on ne mangeait pas de viande, tandis que les jours gras étaient l’occasion de repas gargantuesques. Il faut savoir qu’à l’époque, les pénuries alimentaires étaient courantes, d’où l’alternance de ces journées. Le texte de Maître Chiquart se caractérise par sa méticulosité et sa précision dans la description des gestes du cuisinier ainsi que par son insistance sur la propreté.

Il faudra attendre 1486 pour que paraisse Le Viandier de Guillaume Tirel, dit Taillevent, dont le titre fait référence à la viande comme alimentation de base. Nous sommes à l’époque des grands banquets : les recettes proposées sont souvent riches, copieuses et sans raffinement. Les techniques culinaires ne sont pas encore à leur apogée et le manque de légumes se fait sentir ! Si la non précision des quantités et des de temps de cuisson n’aide toujours pas, on note un nouveau souci dans l’agencement du livre de cuisine : auparavant, lors du repas, les mets sucrés et salés n’étaient pas séparés et se retrouvaient souvent côte-à-côte sur le buffet ; Le Viandier introduit une distinction qui se spécifiera peu à peu.

Par après, la découverte des Amériques et d’autres contrées, synonyme de découvertes de nouvelles denrées comme la tomate, le maïs et surtout des épices, vont donner un souffle nouveau à la manière de conjuguer les plats, et surtout de dissocier le sucré du salé. Mais il n’en demeure pas moins que Le Viandier, édité jusqu’en 1620, fait date ; il connaît un intérêt immédiat et s’affirme comme objet essentiel dans une cuisine alors que chaque maison en possède un. De plus, il constitue un atout majeur dans l’essor de la popularité des chefs, tout comme il deviendra au fil des siècles un symbole dans la mémoire collective. Par la suite, pratiquement aucun recueil de recettes ne voit le jour avant la seconde moitié du XVIe siècle.

La Renaissance est l’époque des voyages en Europe. Catherine de Médicis, par exemple, est l’instigatrice de l’usage des couverts métalliques, qui remplacent ceux en bois. De par ses découvertes, elle inspire des cuisiniers à aborder la cuisine d’une autre manière, ce qui amènera notamment l’édition d’ouvrages de cuisine thématiques. Le premier est consacré aux confitures, cette recette ne nécessitant pas le talent d’un cordon bleu, le nez et l’œil permettant de réussir à coup sûr de très bonnes confitures ! Le luxe de l’époque veut que chaque personne à la cour possède le livre de son chef. Puis les livres voyagent de cour en cour et de pays en pays, ce qui permet de populariser entre autres les savoirs culinaires français.

En outre, l’ajout d’iconographie sera l’élément nouveau et ô combien essentiel à l’approbation de l’apprenti cuisinier. L’apparat des mets mis en images joue désormais le rôle de carte de visite du cuisinier proposant son savoir. L’illustration est rassurante, au sens où elle montre le résultat final. Il faut savoir que dans ces illustrations, tout ce qui est montré se mange, même les socles et les plats sur lesquels reposent les aliments. En effet, les plats sont en saindoux, une graisse qui durcit et peut se travailler pour être sculptés et prendre alors la forme d’un plat de service !

Au cours du XIXe,  l’érudition culinaire fait en sorte que la cuisine se veut dorénavant raffinée et équilibrée. Avec l’évolution des méthodes de travail et du rapport que le cuisinier entretient avec l’aliment, les vieilles recettes avec de gros morceaux de viande et des pommes de terre grosses comme le poing ne font plus… recette ! Le retour à la simplicité est de mise. Les recettes sont plus novatrices et exploitent les cultures culinaires des autres pays.

Et aujourd’hui ?

Après bien des années d’évolution, le livre de cuisine se veut depuis quelques temps l’expression d’un certain raffinement. Le retour aux « vraies » saveurs et la volonté de surprendre le futur apprenti sont les objectifs premiers d’un marché de l’édition culinaire qui cherche à capter une clientèle de plus en plus informée dans ce domaine. De plus, l’alimentation est devenue aujourd’hui synonyme d’obsession de la santé et du bien-vivre, alors qu’on assiste à une épidémie d’obésité qui ne semble pas près de s’endiguer. Il serait agréable de penser que la cuisine reste une activité simple et conviviale alors que marketing et moralisation s’invitent à nos tables.

Il existe pourtant des livres de cuisine avec des recettes simples, savoureuses et qui respectent les saisons avec des plutôt qu’une contrainte. Les recettes compliquées devront  être simplifiées pour redonner l’envie aux futurs apprentis cuisiniers. L’art culinaire se doit de descendre dans les cuisines de Monsieur et Madame Tout-le-monde !

Au final, n’attachons pas d’importance à tous ces chefs à la savante pédagogie qui associent santé à supplice d’un régime permanent : la cuisine est l’art du goût et il doit rester celui du palais des saveurs de nos envies.

* * *

Bibliographie

Histoire de la cuisine et de la gastronomie françaises, Patrick Rambourg, Perrin, coll. « Tempus », 381 p.
Histoire de la cuisine et des cuisiniers : Techniques culinaires et pratiques de table en France, du Moyen Âge à nos jours, Edmond Neirinck et Jean-Pierre Poulain,  J. Lanore, 176 p.
Courrier international, n° 1051-1052 du 22 déc. 2010 : La folie cuisine


3 septembre 2010  par Caroline Le Gal

Collection Café Voltaire

Le bâtiment de l'ancien Café Voltaire

Le bâtiment de l'ancien Café Voltaire

Jetons un œil sur cette collection nommée «Café Voltaire» que nous proposent les éditions Flammarion, du nom du célèbre café aujourd’hui disparu du Quartier latin à Paris, Place de L’Odéon. Fondé au début de l’année 1750, ce café deviendra vers les années 1880 un lieu emblématique pour les écrivains, poètes et autres artistes en vogue, soucieux de pouvoir partager leurs idées entre eux, mais aussi au plus grand public. La raison de cet hommage est que le siège actuel du département de littérature des éditions Flammarion fut occupé pendant plus d’un siècle par le célèbre Café, lieu auquel les noms de Valéry, Gide ou Mallarmé donneront toutes ses lettres de noblesse.

Comme le dit sa responsable, Teresa Cremisi, « l’esprit de cette collection était déjà dans les murs, il ne nous restait qu’à le faire revivre ». La collection se compose de livres d’une centaine de pages, écrits uniquement en langue française, et sans limite de liberté de pensée. Elle compte aujourd’hui vingt-et-un titres, publiés à raison de cinq titres par année depuis sa création en 2006. La grande majorité de ceux-ci traitent surtout de sociologie, d’histoire, de politique, d’art, de philosophie ou de littérature. Les thèmes abordés sont divers et variés, mais restent toujours en accord avec l’actualité. Et même si ces thèmes restent assez universels, chaque parution est plutôt particulière : soit l’auteur est interviewé, soit il nous livre une impression sur un sujet d’aujourd’hui en nous faisant part de son ressenti, avec ses mots à lui. Le rôle de cette collection se veut d’être un souffle nouveau afin d’instaurer le débat entre le lecteur et le ou les auteurs.

Pour en montrer certains aspects assez atypiques, nous nous attarderons sur deux parutions : Éloge de l’amour d’Alain Badiou avec Nicolas Truong, où le philosophe français nous parle d’amour et de philosophie, et Malaise dans les musées de Jean Clair, qui aborde quant à lui le marché de l’art tout en livrant ses avis personnels sur l’art contemporain.

badiou

Alain Badiou est l’un des seuls philosophes contemporains à s’intéresser à l’amour, sujet controversé en philosophie… Pour illustrer ce constat, il cite par exemple Schopenhauer, plus pragmatique, qui pensait que l’amour était un leurre et servait uniquement à la reproduction de l’espèce. Une des toutes premières phrases du livre est par ailleurs celle de Platon qui disait que « Qui ne commence pas par l’amour ne saura jamais ce que c’est que la philosophie ».

Si l’expérience amoureuse comporte en tous points une dose incroyable de hasard, que l’élan amoureux est à la fois universel, mais unique lorsque nous le vivons, que l’amour est, et le restera, une confiance faite au hasard, Alain Badiou pense qu’au 20e siècle, les relations amoureuses se veulent plutôt réconfortantes et sécuritaires, aux dépens de l’aventure et des prises de risque. La jouissance rapide, le manque d’engagement et surtout ces sites de rencontres qui nous confortent en nous laissant choisir l’autre à l’aide de photos et différents critères (couleur de peau, taille, fumeur ou non, bon niveau d’études…) peuvent nous laisser perplexes. Ceux qui cherchent l’amour en oublient alors de se poser la vraie question : « L’amour peut-il se vivre sans passion, sans lâcher-prise ? Les propos que Badiou met en relief dans ce livre sont d’autant plus intéressants qu’il compare les doctrines des philosophes qu’il analyse à leurs propres vies amoureuses…

Mais l’amour peut avoir plusieurs visages. L’essai de Jean Clair, conservateur de renommée mondiale, est en réalité un pamphlet dans lequel il entend dénoncer les dérives de la politique culturelle française, dont un des points critiques est pour lui le prêt d’œuvres d’art. L’ouvrage de Jean Clair se pose comme une réponse à chaud à l’accord signé le 6 mars 2006 entre la France et les Émirats Arabes Unis pour la construction du Musée universel d’Abou Dabi, pour lequel la France prêterait pour 1 milliard d’euros d’œuvres d’art sur trente ans. Pour lui, les musées ne sont pas à vendre et les œuvres perdent leur âme si elles sont déplacées de leur lieu de création originelle. Ces propos de l’auteur l’ont déjà confronté à des débats houleux avec le monde des artistes… Clair compare ce genre de projet à Las Vegas, temple du plaisir et du divertissement rapide, dénué de sens et d’humilité.

Il est certain qu’on peut comprendre Jean Clair sur le fait que l’Art est devenu une monnaie rentable, comme nous le voyons dans le cas de ce prêt culturel ; en effet, maintenant, des moyens extraordinaires peuvent être mis au service d’une certaine conception «clinquante» de l’art, bien à l’opposé d’une conception de l’Art en tant que moyen d’expression populaire qui se veut démocratique, aussi là pour les petits musées. Par ailleurs Clair, grand lecteur de Walter Benjamin, souligne que les gens fondent aujourd’hui leur crédit artistique sur ce qui est beau esthétiquement ; sauf que l’esthétique ne retransmet pas le travail du détail, de l’émotion transmise et surtout du message de l’artiste.

L’âge de Jean Clair nous invite aussi à relire à travers ses yeux une histoire de l’art différente qu’en ferait un critique d’aujourd’hui. Jean Clair pensera toujours, et il le précise, qu’une œuvre d’art n’est pas un «produit» : sa singularité fait qu’elle ne peut précisément pas, à l’inverse des objets de l’industrie, être «reproduite». De tels propos peuvent alors choquer certains musées qui ne subsistent qu’avec les prêts d’œuvres d’art, car pour ces musées, amener la culture dans les plus petites villes, promouvoir toutes les formes d’expression artistique, c’est aussi un acte militant en faveur de l’art.

En somme, à travers ces deux ouvrages, on découvre des personnages publics sous un autre jour. Cette liberté de parole, de la consigne première du refus de la langue de bois, donne un cachet tout particulier à cette collection, tout en réinvestissant l’esprit du fameux Café Voltaire. Mentionnons en terminant que cette collection s’appelle aussi «Les batailleurs», reflétant en cela cette volonté de monter au front des débats contemporains.

* * *

Éloge de l’amour, Alain Badiou avec Nicolas Truong, Flammarion, coll. «Café Voltaire», 90 p.

Malaise dans les musées, Jean Clair, Flammarion, coll. «Café Voltaire», 139 p.


23 août 2010  par Caroline Le Gal

Truffaut, Burton et le roman

Qu’est-ce qui fait la différence entre un cinéaste et un cinéaste-écrivain ? D’où vient cette impression étrange que les cinéastes-écrivains ne tournent pas avec la même pellicule que les autres ? Que font-ils, ces cinéastes-là, que ne font pas les autres ? Si le cinéma est une lecture, à quoi sert le cinéaste-écrivain ? À pouvoir lire des films.

L’écrivain restera toujours un observateur du monde, tandis que le cinéaste le fabriquera en images. Tout film est construit de mots pour panser nos maux en images, car dans la vie, on parle très rarement comme dans les livres ou comme dans certains films. Les mots du quotidien sont souvent simples, maladroits et très éloignés des phrases pertinentes ou des images chocs.

Il y a de fortes similitudes entre le travail de l’écriture et de la mise en images. L’écrivain relira sans cesse chaque phrase pour encore et encore l’améliorer, comme le cinéaste refera chaque prise autant de fois qu’il le faut. L’esthétique de l’image ou du mot n’est pas toujours dirigée vers le beau pour le cinéaste-écrivain. La sincérité du propos et de l’image se doit d’être précise et dénuée d’effets spectaculaires qui nuiraient au résultat final.

Comme le disait le célèbre réalisateur et scénariste François Truffaut, le plus emblématique de ces cinéastes-écrivains de la Nouvelle Vague : « Je fais des films pour réaliser mes rêves d’adolescent, pour me faire du bien et, si possible, faire du bien aux autres ».

Né en 1932 à Paris, François Truffaut se passionne pour le cinéma dès son plus jeune âge. À dix ans, il passe le plus clair de son temps dans les salles de cinéma. Délaissant les bancs de l’école assez rapidement, il fonde un ciné-club à l’âge de quinze ans. Sa passion pour l’écriture ne s’arrête pas en chemin, alors qu’il devient critique de cinéma pour la revue Les cahiers du cinéma. Aux côtés de Claude Chabrol, Éric Rohmer et Jean-Luc Godard, François Truffaut fera partie de la Nouvelle Vague, mouvement cinématographique avant-gardiste par lequel on verra apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner et de fabriquer des films. Inspirée par la passion de l’écriture et le souci du mot, ces jeunes réalisateurs s’opposent aux traditions habituelles, soit une simple lecture du roman, sans en transcender l’essence même.

Fortement inspiré par l’œuvre d’Honoré de Balzac, François Truffaut calquera l’intrigue de Le Lys dans la vallée dans son film Baisers Volés, sorti en 1968. Outre sa passion fidèle envers Balzac, il adaptera Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et Chambre verte d’Henry James. Truffaut a également écrit plusieurs ouvrages sur le cinéma. Parmi ses ouvrages, le Hitchbook, livre-entretien avec Alfred Hitchcock, reste une des références pour qui veut comprendre le cinéma. Productif et assoiffé d’écriture, il écrira et réalisera tous ses films.

L’invention de la caméra 16 mm éclair, légère et silencieuse, et le goût des tournages en extérieur, imposent une nouvelle esthétique plus proche du réel et va permettre à cette nouvelle génération de réalisateurs férus de lettres de s’exprimer entièrement. La Nouvelle Vague est apparue dans les années d’après-guerre, alors que des jeunes gens animés par un désir de cinéma aspiraient à une vie libre et sans concessions.

Image tirée de « Fahrenheit 451 »

Image tirée de « Fahrenheit 451 »

Alors que le cinéma français de l’époque était relativement dépourvu de créativité et d’originalité, se contentant souvent d’être un simple support au récit, les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague en bousculèrent les règles et fondements : par la prise en considération du point de vue du spectateur par le biais de gros plans et des jeux de regards, par de nombreux arrêts sur images, ralentis et styles saccadés… retransmettant ainsi la sensation qu’aurait un lecteur. Tout cela s’unit afin que le film rappelle sans cesse qu’il est un film, et qu’on ajoute un certain militantisme, suivant les thèmes abordés. Le souci du détail préconisé n’est pas le résultat d’un perfectionnisme contrai- gnant, car il participe à l’équilibre du film, à la construction du roman. Chacun de ces détails se charge de sens et contribue à l’enrichissement de l’image et de sa profondeur. Tous les spectateurs ne les distinguent pas, mais ceux qui les remarquent peuvent alors approfondir leur lecture.

Dans un tout autre style, considérons maintenant Tim Burton, réalisateur, producteur et écrivain américain né en 1958. Comme François Truffaut, Burton fréquente dès ses dix ans le cinéma de son quartier. Il découvre alors le monde de l’épou- vante et des monstres. C’est tout naturellement que Tim Burton se dirigea vers des études en cinéma d’animation. Il est embau- ché par les Studios Disney en 1979, qu’il quittera en 1984.

Tous ses films ont de fortes similitudes, comme cette empreinte gothique basée sur l’effet des ombres pour créer un univers inquiétant, et où la présence de monstres, d’animaux ou du monde du cirque sont autant de codes visuels évoquant son enfance.

En ce qui concerne ses références littéraires, Edgar Allan Poe demeure son mentor en tant qu’auteur. Il découvre son œuvre, tout comme l’univers du cinéma, à l’âge de dix ans, en débutant par ses poèmes. Ne délaissant aucune forme d’expression, Burton publie La triste fin du petit Enfant Huître en 1998, recueil de poèmes courts illustrés par lui-même réunissant ses deux passions après le cinéma : le dessin et l’écriture.

Ce livre raconte des histoires d’enfants-monstres aux destins tragiques, tout cela écrit d’une plume noire et acerbe. Le film L’étrange noël de Monsieur Jack, pour lequel il a participé à l’écriture du scénario, est tiré de l’un de ces poèmes. Tim Burton dira qu’en processus de création, ses œuvres se façonnent, tels des livres, chapitres après chapitres.

* * *

Si le cinéma ne peut se concevoir sans l’écriture, une question se pose : quand peut-on dire qu’un livre est achevé ou qu’un  film en est à sa dernière prise ?

Image tirée du court-métrage « Vincent » de Burton, hommage proclamé à Vincent Price

Image tirée du court-métrage « Vincent » de Burton, hommage proclamé à Vincent Price

Car à partir de cet instant, le réalisateur, l’écrivain ou le scénariste est comme dépossédé de son bien. Dès lors, on ne peut s’empêcher de dire que tant qu’il y aura des lecteurs et des spectateurs, le livre et le film vivront pour toujours. L’écrivain se retourne quand le cinéaste voit. Le cinéaste travaille avec l’image, quand l’écrivain lutte pour soustraire du passé une réalité qui le rend étranger à lui-même. Le cinéaste filme pour l’après, l’écrivain écrit l’avant.

Lire les films, voilà le but du cinéaste-écrivain qui écrit et lit son film pour que nous puissions le voir et en faire notre propre lecture.

* * *

Hitchcock par Truffaut, François Truffaut et Alfred Hitchcock, avec la coll. de Helen Scott, Gallimard, 312 p.
La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires, Tim Burton, 10/18, coll. «Domaine étranger», 122 p.


7 mai 2010  par Caroline Le Gal

Et moi dans tout ça ?

« Ensor aux masques », autoportrait de James Ensor, 1899.

Depuis bientôt trente ans, domine l’impression d’une société en crise d’identité. La question du lien social, celle de respecter l’autre dans son individualité, se révèle être un sacré casse-tête. Le rêve d’un monde où tous les humains seraient libres et égaux en droits relèverait-il désormais de l’utopie ?

Les individus d’aujourd’hui refusent d’être traités comme des citoyens lambda. L’universalisme se meurt chaque jour un peu plus au profit d’un communautarisme qui condamne les individus à rester dans leur groupe, mécanisme allant à l’encontre de leur liberté de s’intégrer.

Mais qui suis-je au beau milieu de cette population ?

Au fond, cette problématique du lien social pourrait être résumée ainsi : comment concilier le respect des différences et la liberté des individus ? François de Singly, éminent sociologue, développe la théorie suivante : pour redonner du souffle au peuple, il faut d’abord conforter l’individualisme, qui, malgré lui, crée du lien entre les individus. Le fruit de ces recherches sur les comportements humains suivant les milieux sociaux, ethniques ou religieux est exposé dans son ouvrage Les uns avec les autres.

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De Singly y dresse le constat suivant : la fragilité de nos émotions nous amène à confondre certaines réalités. Par exemple, les causes mondiales nous touchent mais elles ne sont pas dans nos urgences personnelles malgré les risques nucléaires ou environnementaux, les guerres, les crises économiques. En revanche, le mouvement individualiste qui assaille nos sociétés occidentales est à la fois positif et négatif ; penser ce mouvement principalement sous le signe négatif mènerait à une voie sans issue et qui menacerait à coup sûr l’évolution des courants de pensées.

Ce livre parle de la présence de ce nouveau type d’individu, qui invalide l’individualisme personnel aux dépens du collectif. Ne penser que pour le groupe ne peut s’avérer efficace sur la durée car ne sera plus pris en compte l’avis propre de l’individu. Pour ce faire, il faudrait lutter contre l’idée que, de toute manière, rien ne changera, auquel cas nous n’évoluerions pas vers de nouvelles alternatives positives. Les groupes de paroles sont là pour que chaque citoyen puisse s’exprimer, mais encore faut-il avoir l’audace et le courage de parler en public. Penser chez soi est bien plus facile, mais ne fera avancer en aucun point le débat des nouveaux idéaux humains.

Car, si étonnant que cela puisse paraître, il y a toujours une personne présente à nos côtés, qui, sans nous correspondre totalement, nous tend vers l’avenir. Ces rencontres individuelles font évoluer nos comportements et manières de penser, redonnent ses lettres de noblesse au courage, élément indispensable à l’envie de bâtir un avenir commun tout en respectant autrui. Cette force, porteuse d’avenir, peut se trouver au sein de la famille, des amis ou même de rencontres fortuites avec de parfaits inconnus.

Pour la retrouver, il faudra s’armer de vitalité et de patience. Pour reprendre courage, il faut être patient et bien se dire que la vie n’est pas linéaire, mais cyclique, truffée d’évènements indépendants de notre volonté. Il y aura de bonnes et mauvaises nouvelles qui ne devront pas entacher notre personnalité.

L’homme face aux changements sociaux

François de Singly pointe les multiples visages des changements sociaux auxquels nous sommes confrontés, qu’ils soient politiques et religieux, mais aussi éducatifs. Du point de vue politique, le changement s’est fait sentir lors du passage à l’isoloir. Les élections, instants cruciaux pour l’avenir d’un pays et expression du droit légitime de chaque citoyen, font passer un vote individuel à une pensée collective qui exprime ses convictions. Et l’Histoire prouve encore ce qu’un vote peut induire sur l’avenir de toute une nation.

L’usage de la religion tel qu’il est fait par les mouvements intégristes de toutes confessions est un rempart supplémentaire contre les libertés collectives : en utilisant des  méthodes radicales, ces mouvements parviennent à étendre l’identité unique, profitant des faiblesses d’individus souvent en manque de repères identitaires.

D’autre part, l’éducation de la jeune génération constitue un autre aspect non-négligeable : ce sera un enjeu de taille que de construire une société éduquée, capable de se prendre en main, œuvrant pour le bien commun. L’ignorance doit être combattue combattre pour ne pas engendrer de la méfiance à l’égard des différences culturelles, ethniques car elles amènent à former des groupes ayant des pensées radicales et extrémistes.

D’autres observations faites par l’auteur nous informent sur l’importance des associations, qui, à long terme, tissent des liens entre toute les couches de la population, brisant ainsi les inégalités sociales, et où le citoyen réclame sa part du collectif, synonyme de sécurité et de stabilité.

Si la sédentarisation des populations a permis de stabiliser les hommes, elle les a aussi, d’une certaine manière, bloqués dans leur quête de découverte du monde qui les entoure, rappelle l’auteur, qui nous montrera aussi à quel point les compromis sont de mise afin que puisse se faire entendre chaque voix qui s’exprime.

L’avenir comme nous l’imaginons saura-t-il nous proposer d’autres formes de « nous » ? Souvenons-nous que ceux-ci ne seront possibles qu’à condition de respecter l’identité du « je » des autres… De Singly lance l’appel de ne plus percevoir ces nouveaux changements sociaux comme autant de nouvelles cordes au cou, mais comme le défi de notre vie, qui est de s’accomplir individuellement et collectivement.

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Les uns avec les autres : Quand l’individualisme crée du lien, François de Singly, Hachette littératures, coll. «Pluriel – Sociologie», 267 p.


19 avril 2010  par Caroline Le Gal

Amours, tribades et androgames

Lorsqu’on ma proposé de faire une sélection littéraire thématique sur l’homosexualité, cela tombait pile poil avec mon envie de vous parler de l’un de mes derniers coups de cœur : L’enfant poisson, de Lucia Puenzo.

Nous y rencontrons Lala, une jeune adolescente renfermée et solitaire, issue de la bourgeoisie intellectuelle de Buenos Aires. Elle tombe amoureuse de la Guayi, jeune Paraguayenne de dix-sept ans au service de sa famille, et qui porte en elle une histoire bien mystérieuse… Lorsque Lala découvre que son père a des relations sexuelles avec la Guayi, elle décide de le tuer !

Après le meurtre, elle fuit vers le Paraguay, où les deux jeunes filles avaient prévu de construire une maison près du lac d’Ypacarai, lieu magique dans lequel vivrait un enfant poisson. Elle plonge ainsi dans le passé de sa fascinante et sensuelle amante… mais le rêve tourne au cauchemar ; lourd secret que celui de cet enfant que personne n’a vu, mais qui existerait quelque part, proche du lac. Mais la Guayi est arrêtée après la fuite de Lala ; celle-ci devra alors revenir en Argentine pour la faire libérer de prison.

L’enfant poisson nous entraîne au sein de la société argentine contemporaine, avec ses contradictions et sa violence. À travers le regard d’un chien, narrateur omniscient qui est partout et voit tout, le lecteur plonge au cœur d’un amour adolescent pur et passionnel. Un sentiment amoureux écrit avec une si belle plume nous enivre en nous faisant oublier la douleur de nos actes insouciants !

L’enfant poisson, Lucia Puenzo, Stock, coll. «La Cosmopolite», 216 p.

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Sinon, je vous invite à découvrir ou redécouvrir ces quelques titres déjà suggérés par nos libraires :

Mes illusions donnent sur la cour, Sacha Sperling, Fayard, 275 p.
Corps exquis, Poppy Z. Brite, J’ai lu, 285 p.
Courir avec des ciseaux, Augusten Burroughs, 10/18, 317 p.
À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guibert, Gallimard, coll. «Folio», 1993

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Et de prendre la peine d’aller à la rencontre de ces quelques autres titres spécialement sélectionnés !

Caresser le velours, Sarah Waters, 10/18, coll. «Domaine étranger», 590 p.
Un garçon près de la rivière, Gore Vidal, Rivages, coll. «Rivages poche», 241 p.
L’amant russe, Gilles Leroy, Mercure de france, coll. «Bleue», 145 p.
La confusion des sentiments, Stefan Zweig, Le livre de poche, 126 p.
Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust, Gallimard, coll. «Folio», 648 p.
Destin, Olga Duhamel-Noyer, Héliotrope, 168 p.



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