Le Délivré

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24 août 2009  par Carolane Verreault

La recette d’Aurélie Laflamme

Un nouveau type de roman pour la jeunesse a fait sa place – peut-être aviez-vous remarqué sa présence entre les mains de votre enfant ? – dans les librairies et les bibliothèques. Voici comme indice une série populaire que vous devez sans doute au moins connaître de nom :  Le journal d’Aurélie Laflamme. Ai-je besoin de vous présenter cette série, qui comprend à ce jour six tomes, si populaire qu’une adaptation au cinéma est présentement en cours de préparation ? Les romans de type « journal intime » font définitivement fureur présentement chez les jeunes lecteurs. Dans le cas de la série d’India Desjardins, notons que les chiffres de ventes de ses romans ont dépassé au Québec ceux des romans de la série Harry Potter !

Il existe bien sûr plusieurs autres séries basées sur la structure du journal intime : pour les plus jeunes, nommons entre autres les séries Clarice Bean et Indie Kidd, toutes deux adaptées en français par les éditions La courte échelle. Pour les adolescentes, il y a les trois tomes de la série Le blogue de Namasté, écrite conjointement par Maxime Roussy et Marie-Ève Larivière, qui offre un récit divertissant. Du côté étranger, outre les séries de types Mon Histoire, chez Gallimard jeunesse, mentionnons la série rigolote de Louise Rennison, Le journal intime de Georgia Nicolson, et le sensationnel Cathy’s Book de Sean Stewart et Jordan Weisman.

Qu’est-ce qui unit ces romans et leur procure autant de succès? Quelle est leur recette magique qui envoûte les jeunes lecteurs?

Dans le cas du Journal d’Aurélie Laflamme, les critiques laissées un peu partout sur Internet par les jeunes lectrices s’accordent pour dire que si elles ont aimé la série, c’est parce qu’elles aiment lire le journal d’une autre adolescente. La curiosité est un sentiment fort chez tous les êtres humains – ou presque? – et permet de trouver la réponse à plusieurs questions. « Voici ma critique : on voit dans ce livre tous les faits de l’adolescence: le langage, l’innocence, etc. C’est très drôle de voir comment elle pense et qu’elle trouve que ses petits problèmes sont en fait énormes, mais surtout les théories qu’elle fait (elle croit que son père et elle sont des extra-terrestres) [qui font que j’ai adoré le livre]. »[1] Les autres commentaires que j’ai rencontrés abondent souvent en ce sens. On lit également que plusieurs jeunes lectrices aiment se trouver le plus de similitudes possibles avec leur héroïne, Aurélie Laflamme.

Du point de vue de la présentation, celle-ci est toujours intéressante et accrocheuse, la taille de police est agréable et donne confiance aux lectrices moins assurées. Un point commun à tous les livres du genre – et qui est très apprécié des lecteurs – est, bien sûr, la division en très courts chapitres et paragraphes. Comme il s’agit de journaux intimes, ceux-si sont tous découpés par dates, parfois par heures, les narrateurs racontant leurs journées pendant deux ou trois pages au maximum. La lecture est rythmée et il est facile pour la lectrice de se créer des repères.

Cathy’s Book est particulièrement original du point de vue de la présentation, car le lecteur se retrouve en possession de plusieurs bouts de papiers griffonnés par la narratrice et de lettres qu’elle reçoit pendant le récit, insérés dans une pochette au début du roman, le tout allant de pair avec un style de narration plus près du carnet que du journal intime. La mystérieuse couverture noire, un élastique gardant le livre fermé et l’inscription « si vous trouvez ce carnet, appelez aussitôt le 0 800 300 015 » en page couverture ajoutent à l’attrait du livre. De plus, ce journal raconte une histoire policière, une disparition, une recherche d’indices… normal qu’il ait eu autant de succès depuis sa parution, l’automne dernier !

Depuis peu, le genre n’est plus réservé aux filles, puisque les journaux intimes narrés par des garçons ont commencé à voir le jour. Le plus populaire – et je l’adore ! – est Le journal d’un dégonflé, de Jeff Kinney, dans lequel le lecteur retrouve sur des pages lignées une écriture manuscrite et plusieurs petits dessins ajoutant une touche hilarante aux petites aventures quotidiennes d’un garçon d’une dizaine d’années. Ce roman est idéal pour ceux (et celles, pourquoi pas ?) qui veulent rire et s’offrir une lecture plus légère. Notons que la parution de la suite est prévue pour le mois prochain.

Alors ? L’envie vous prend-elle de lire des journaux intimes ?

* * *

  1. Le journal d’Aurélie Laflamme t.1 : Extraterrestre – ou presque!, India Desjardins, Les Intouchables, 249 p.
  2. Absolument moi, Clarice Bean, Lauren Child, La courte échelle, 192 p.
  3. Indie Kidd t.1 : Je ne suis pas parfaite!, Karen McCombie, Éditions La courte échelle, 190 p.
  4. Le blogue de Namasté t.1 : La naissance de la réglisse rouge, Maxime Roussy et Marie-Ève Larivière, La marée haute, 201 p.
  5. Le journal intime de Georgia Nicolson t.1 : Mon nez, mon chat, l’amour et… moi, Louise Rennison, Gallimard Jeunesse, 189 p.
  6. Cathy’s book, Sean Stewart et Jordan Weisman, Bayard Jeunesse, 192 p.
  7. Le journal d’un dégonflé t.1, Jeff Kinney, Seuil Jeunesse, 223 p.

[1] http://mannin.mabulle.com, écrit par Mannin le 20/10/2007


15 juin 2009  par Carolane Verreault

Le mystère promotionnel

Alors que le dernier roman d’Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, paru en 2002, avait fait beaucoup de bruit lors de sa parution, la sortie d’un nouveau roman dont on ne sait qu’à peine le titre, 1Q84, a su créer un engouement bien plus grand par le mystère qui l’entoure. Le roman, si dense qu’il est publié en deux volumes et compte au-delà de mille pages, fut tiré à plus de 580 000 exemplaires.

Haruki Murakami

Haruki Murakami

La maison d’édition Shinchosha, avec laquelle travaille l’auteur japonais, a décidé de ne faire absolument aucune promotion entourant la sortie du nouveau roman, à l’opposé de ce qui fut le cas lors de la sortie du roman précédent. Malgré tout ce mystère, le roman de Murakami a reçu plus de 20 000 réservations sur les sites de vente par internet avant sa sortie en librairie au Japon le 29 mai dernier (1), ce qui est un record à ce jour pour un auteur japonais.

Est-ce qu’il faut donc comprendre que la meilleure des promotions demeure le coup d’éclat par le mystère?

«À ma connaissance, c’est la première fois que nous publions un nouveau roman sans promotion commerciale [mais] nous constatons un impact sur le marché beaucoup plus important que ce que nous avions imaginé», a déclaré à l’Agence France-Presse Akiko Saito, directrice de publication de la maison d’édition Shinchosha. «Après avoir publié Kafka, nous avons reçu beaucoup de commentaires de lecteurs regrettant d’avoir eu connaissance de l’histoire avant d’avoir lu l’ouvrage», a-t-elle ajouté.

Il semblerait effectivement que le mystère et le néant promotionnel seraient en majeure partie responsables du succès de ce roman dont personne ne connaissait l’intrigue. Cela, ainsi que le rapprochement du titre avec l’œuvre de George Orwell, 1984, qui, selon l’auteur, n’a rien à voir avec ce roman-ci. En effet, alors que le chef-d’œuvre de science-fiction proposait une vision du futur, 1Q84 revisitera vraisemblablement le passé. Ce qui n’en dit pas long sur le récit à envisager.

Murakami , aujourd’hui âgé de 60 ans, a d’abord publié un premier roman, Écoute le chant du vent, en 1979, à la suite de quoi il est parti en Europe, puis aux États-Unis, où il a enseigné la littérature japonaise à l’université de Princeton. C’est son roman La ballade de l’impossible, qu’il publie en 1987, qui lui valut la notoriété et son premier grand succès. Une adaptation du roman au cinéma est d’ailleurs prévue pour l’an prochain. Affecté par le tremblement de terre de Kobe, puis par l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, Murakami décide de revenir vivre au Japon en 1995.

Fidèles au parcours de l’auteur, qui s’est vu partagé par les cultures, les romans d’Haruki Murakami permettent à celui qui les lit de goûter aux saveurs de l’orient, mais aussi aux clichés américains. Jusqu’à ce jour, treize de ses romans sont traduits en français, mêlant des thèmes tels que la bombe atomique, la quête de liberté, les amours impossibles, le baseball et la musique, sous la forme d’un surréalisme très rafraîchissant. Signalons également que Murakami est pressenti depuis quelques années pour le prix Nobel de littérature…

Mais tout le mystère entourant ce roman sera-t-il un argument suffisant pour vous convaincre de le lire?

(1) Il est à souligner que moins de deux semaines après sa parution, le livre a déjà dépassé le cap du million d’exemplaires vendus.



© 2007 Librairie Monet