Le Délivré

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27 mai 2011  par Alice Liénard

Les jaunes sortent

Ohé, vous êtes là ? C’est l’heure d’y aller !

J’arrive, Gay Wegerif, Memo, 2010, 28 p.



Mais, je suis là moi ! Ici, par terre !

Hop ! la balle, Martine Bourre, Didier jeunesse, 2011, 36 p.

 

 

- C’est moi d’abord !

- Non, moi !

Les 22 orphelins, Tjibbe Veldkamp, ill. de Philip Hopman, Mijade, 2000, 24 p.

 

 

Euh, est-ce que quelqu’un pourrait m’aider ? Je n’arrive pas à sortir !

De l’autre côté, Istvan Banyai, Circonflexe, 2005, 44 p.

 

 

- Arrête un peu de bouder, ça ternit ta crinière, Robert.

- D’abord, je boude si je veux ! Hmpf !

Les couleurs, Roger Paré, La courte échelle, coll. « Le goût de savoir », 1997, 20 p.

 

 

- Je t’assure : ça s’est passé comme ça !

- Ah oui… (Mais qu’est-ce que je fais là, moi ? J’aurais dû accompagner les autres.)

Seigneur lapin, Adrien Albert, L’école des loisirs, 2008, 26 p.

 

 

Vite, il commence à pleuvoir !

Le parapluie jaune, Lili Chartrand, ill. de Pascale Bonenfant, La courte échelle, 2011, 28 p.

 

 

Vous allez rater le tramway, dépêchez-vouuuuus !

En attendant maman, Tae-jun Lee, ill. de Dong-sung Kim, Didier jeunesse, 2007, 42 p.

 

 

Oooh, même LUI est venu…

Du Rouge Papou au Vert de Rage, vingt histoires de couleurs, Olivier Besson, Thierry Magnier, 2010, 44 p.

 

 

Tout le monde est bien installé ? Vous avez tous une place assise ?

Mon atelier de couleurs, Ho-Baek Lee, ill. de Gyong-Sook Goh, MeMo, 2009, 24 p.

 

 

 

Que le spectacle commence !

Contes de la banlieue lointaine, Shaun Tan, Gallimard, 2009, 89 p.


9 mai 2011  par Alice Liénard

Les visages du parapluie

Lorsque le temps est maussade et que la pluie se met de la partie, on voit poindre, ici et là, des parapluies, taches de couleurs dans le paysage gris. Qu’ils soient noirs, bleus, rouges, transparents, à pois, ou encore qu’ils affichent la tête joyeuse d’une grenouille, leur tâche principale est de nous protéger. Ils se déploient au-dessus de nos têtes, parfois ballotés par des rafales de vent, nous assurant le confort et nous enfermant dans une bulle délicieuse. Mais le parapluie n’est pas uniquement un rempart contre la pluie, il est aussi une béquille sur laquelle s’appuyer lorsque le monde devient trop dur ; lorsque la vie semble avoir perdu toute attraction, il est là pour nous aider à nous envoler… Le parapluie se fait donc aussi métaphore.

 

Je vous propose un petit survol d’albums traitant de ces compagnons de pluie et de cœur.

 

Supercalifragilisticexpialidocious!

Saviez-vous que le cri du parapluie se rapproche de celui de Mary Poppins?

Dans les ouvrages pour les tout-petits, le parapluie est pétillant de couleur. Il protège de la pluie, certes, mais il est avant tout un objet de découverte. Remarquez qu’il est aussi l’ami idéal pour sauter dans les flaques d’eau !

Dans l’album Alice et Aldo sous la pluie, c’est l’occasion de découvrir les vêtements de pluie en suivant un frère et une sœur. C’est grâce à l’imperméable, aux bottes de pluie et au parapluie qu’ils peuvent profiter pleinement du mauvais temps. Le vocabulaire du quotidien est utilisé, mais le ludique n’est pas pour autant occulté, car c’est avec un texte chantant au rythme des plic, plac, ploc des gouttes de pluie qu’ils partent à l’aventure dans une sphère qui nous paraît bien petite, mais qui, aux yeux des jeunes enfants, est encore un monde à appréhender.

Floup est aussi le compagnon idéal ! Dans Le nouveau parapluie de Floup, on retrouve un trait connu des jeunes enfants : l’envie de montrer ce que l’on a de nouveau ! De page en page, Floup part à la recherche de ses amis pour leur montrer son nouveau parapluie ; c’est alors l’occasion pour le petit lecteur de le voir le manipuler et de s’en servir pour frapper à la porte, s’agripper à une branche, ou encore jouer à l’équilibriste. Ainsi, le parapluie fait ici figure d’objet-prétexte, et son rôle ne prendra véritablement sens que lorsqu’il se mettra à pleuvoir. Il devient alors plus qu’un lieu de protection, il est un lieu de partage et d’amitié.

L’utilisation du parapluie comme objet-prétexte se retrouve également dans les albums Petit hérisson dans la tempête et Perdu ? Retrouvé ? En effet, le parapluie ne protège pas seulement de la pluie : saviez-vous qu’il peut aussi servir…d’embarcation ? Dans le cas de petit hérisson, le parapluie sert à sauver Ernestine la petite taupe de la noyade, et dans Perdu ? Retrouvé ?, il permet au pingouin de traverser l’océan et de rejoindre son ami, ce qui donne lieu à une image à la fois tendre et cocasse. Le parapluie devient ainsi plus qu’une béquille : il se transforme pour sauver et pour honorer une amitié.

Sous les gouttes de pluie

N’oublions pas l’utilisation première du parapluie ! Le parapluie jaune, un album sans texte accompagné d’un disque, se fait le chantre des amoureux de la pluie… et des parapluies ! Une vue aérienne de la ville et des parapluies qui la parsèment semble nous montrer chaque tête de parapluie comme autant de cailloux que le Petit Poucet aurait semés, et que le lecteur se fait un plaisir de suivre du regard un par un. L’écoute du disque apporte quant à elle une dimension sonore à l’album, qui nous plonge dans un univers rappelant que la pluie, comme le temps en général, est bien plus qu’une sensation tactile.

 

 

Autrement, lorsque Benoît Charlat se met en tête de nous présenter les diverses utilités du parapluie, celui-ci devient un prétexte à rire et à s’exclamer ! Car, voyez-vous, le parapluie est un objet qui peut être assez surprenant. Qu’il devienne iconoclaste ou demeure, au contraire, plus terre à terre, l’objet propose ici autant de moments d’humour et, pourquoi pas, d’idées à exploiter à la maison ou en classe.

Des parapluies à dimension humaine

Dans Le parapluie vert, il symbolise l’humanité et la compassion d’une petite fille pour un mendiant rejeté de tous. La seule tache lumineuse dans cet album est le vert du parapluie (d’ailleurs, les autres parapluies présents dans l’histoire sont  noirs). Et lorsque la petite Yeon l’offre au sans-abri, c’est dans les taches de couleur qu’il renvoie que passe toute l’émotion. Ici, l’humanité d’une petite fille émerge peu à peu sous nous yeux ; elle éclot telle une fleur, comme nous le montrent les pages de début et de fin. En effet, à la première page, la petite Yeon est en train d’ouvrir le parapluie ; celui-ci reste entrouvert, et la dernière page nous le montre pleinement déployé, rayonnant de couleur et de vie, symbole de l’humanité de Yeon : une tache de couleur dans un monde que nous avons le pouvoir de rendre moins sombre.

Si le parapluie, revêtant un aspect humain, peut devenir lien entre les êtres, il peut aussi parfois se faire l’écho de la tristesse. Dans Mademoiselle Parapluie, il est le compagnon d’une jeune femme triste et pâle. Mais il suffira d’une rafale de vent pour que le parapluie déploie ses ailes, et emmène sa propriétaire en voyage. Peu à peu, le cœur de Mademoiselle se fait moins lourd ; elle peut alors s’ouvrir au monde et, surtout, à l’amour. Le parapluie de Mademoiselle, ou comment un simple objet, avec un peu d’imagination, peut nous faire voir la vie autrement !

Je termine avec deux albums qui se font écho : Le parapluie de madame Hô et Le parapluie jaune. Alors que madame Hô ne sort jamais sans son parapluie et que celui-ci est devenu son confident depuis la mort de son mari (mais ça, Madame Hô n’aimait pas beaucoup qu’on en parle), Monsieur Grésil, dans Le parapluie jaune, se sert moins du sien depuis la mort de sa femme. Tandis que chez l’un il sert de soutien, chez l’autre il représente un souvenir trop douloureux. Mais c’est pourtant par le biais de son parapluie jaune que monsieur Grésil retrouvera le sourire et reprendra goût à la vie.

Madame Hô rencontre une personne qui lui rappelle quelque chose et qui possède le même parapluie qu’elle. S’échappant alors des mains de la veuve, son parapluie la guide et lui propose de s’ouvrir aux autres, et c’est en virevoltant dans les airs que la douleur de la perte et la fin du deuil prennent fin. Madame Hô, qui rappelle toute la sensibilité et la retenue japonaise dans l’expression des sentiments, est aussi un bijou de non-dit, qui se rapproche des moments de silence complices qu’on vit parfois.

Avec ses contrastes (une dominante de vert et de noir avec des effets de transparence sur certaines pages pour Madame Hô, et de jaune et noir pour Monsieur Grésil), ces deux albums nous montrent que c’est dans la noirceur comme dans la lumière que la vie prend son sens.

Le parapluie jaune pourrait se résumer dans la dédicace de Lili Chartrand : « aux parapluies de couleur, qui illuminent le paysage quand le ciel pleure ». C’est un album touchant, à fleur de peau, qui nous rappelle la douleur du deuil, de la perte, mais qui surtout nous fait entrevoir que cette peine n’est pas définitive et qu’on peut aussi se souvenir sans souffrir.

Les magnifiques illustrations de Pascale Bonenfant nous plongent dans un profond désespoir. Au fur et à mesure que le propos prend une tonalité résiliente, les images suivent, le cœur se fait plus léger. Et Monsieur Grésil revit. Magnifique moment de lecture, cet album s’admire avec un petit goût de chagrin dans la bouche, mais il n’est que le prélude à un grand bonheur : celui de se plonger dans un bel album qui nous emmène sur un sentier d’émotions.

 

 

 

 

* * *

Alice et Aldo sous la pluie, Marijke ten Cate, Mijade, coll. « Petit Train », 2005, 20 p.

Le nouveau parapluie de Floup, Carole Tremblay, ill. de Steve Beshwaty, Imagine, 2008, 24 p.

Petit hérisson dans la tempête, Christina Butler, Ill. de Tina MacNaughton, Milan jeunesse, 2008, 26 p.

Perdu ? Retrouvé !, Oliver Jeffers, Kaléïdoscope, 2005, 29 p.

Le parapluie jaune, Ryu Jae-Soo, Mijade, 2003, 27 p.

Parapluie, Benoît Charlat, L’école des loisirs, coll. « Loulou et cie », 2009, 44 p.

Le parapluie vert, Yun Dong-jae, ill. de Kim Jae-hong, Didier jeunesse, 2008, 33 p.

Mademoiselle parapluie, Edmée Cannard, Didier jeunesse, 2004, 26 p.

Le parapluie de madame Hô, Agnès de Lestrade, ill. de Martine Perrin, Milan jeunesse, 2007, 38 p.

Le parapluie jaune, Lili Chartrand, ill. de Pascale Bonenfant, La courte échelle, 2011, 28 p.


23 avril 2011  par Alice Liénard

La fête du livre, des libraires et des lecteurs

Et voilà, nous sommes le 23 avril, Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. C’est un peu aussi notre fête à nous, les libraires, et la vôtre, chers lecteurs !

Chaque année, les libraires offrent une rose à leurs clients pour célébrer l’évènement. Mais nous avons décidé de le souligner encore plus en organisant un concours, à travers lequel nous vous demandions de nous offrir une chose précieuse : vos mots. Pour partager avec nous votre amour de la librairie ! Et vous lire a été un moment de bonheur, un rappel, ou plutôt : une affirmation de ce pourquoi nous sommes libraires, et surtout, libraires indépendants.

L'excès d'enthousiasme manifesté par la photographe au moment d'immortaliser le tirage du gagnant a malheureusement tout flouté l'auguste faciès de Robert, qui n'en demandait pourtant pas tant.

Comme il aurait été difficile de choisir parmi vos messages, nous avons tiré au sort. Et c’est la main de Robert qui nous a dévoilé le grand gagnant…

Tadaaaaaa, rrrrroulement de tambourrrrr…

Et c’est Marsi Phobos qui se voit offrir un chèque cadeau d’une valeur de cent dollars ! Félicitations, Marsi !

Mais surtout, merci à tous nos participants ! C’est avec tant de plaisir que nous vous accueilleront encore et encore à la librairie, et que nous partagerons nos coups de cœur, mais aussi nos coups de gueule avec vous. Coups de cœur, et coups de gueule : oui, la littérature et les libraires sont bels et bien vivants, et ce, pour longtemps !

Et maintenant, place à vous et vos réjouissants commentaires !

Venise Landry : « La Librairie Monet est ma librairie préférée et ça va jusqu’à envier ceux qui habitent tout près (j’habite Eastman). Cette librairie sent le bonheur de lire et du livre. Elle est vaste sans dégager de froideur. J’aime son centre, l’étoile géante et ses fauteuils confortables autour. Et ses libraires satellites. Ça sent la vocation et cette odeur se fait de plus en plus rare. Ils ne sont pas seulement informés, ils sont passionnés. À quelqu’un qui dirait en douter, je répondrai d’aller faire un tour sur le blogue Le délivré où chaque libraire nous offre des billets où l’on s’informe, où l’on apprend et où l’on réfléchit (images superbes à l’appui). Et bien sûr, il y a l’éventail du choix. Les livres québécois, par exemple, ne restent pas qu’un ou trois mois sur les tablettes. Et la bande dessinée ? Eh bien là… il faut y aller pour le croire ! »

Marsi Phobos : « Depuis que je connais la Librairie Monet, celle-ci est l’ultime point de rencontre de notre pèlerinage annuel de bédéphiles chroniques. Bien sûr, il y a ces moments où par bonheur je passe dans le coin et me permets d’y faire un saut, mais je demeure loin de l’endroit (Estrie). C’est donc toujours avec un goût titillé à l’extrême que j’entre dans l’atmosphère feutré de la Librairie. Une envie que je cultive malgré moi et qui finit heureusement par s’assouvir. La disponibilité des libraires est remarquable et leur passion tout autant. Je n’en n’ai pas de préféré puisque que je les connais à peine, par contre, dire qu’ils sont toujours là et prêts est de l’ordre de ne citer qu’une des nombreuses grandes qualités des lieux. »

Carine Abrantes : « Je m’excuse, Marsi et Venise, mais la librairie Monet c’est MA librairie :) D’une part parce qu’elle est tout juste à côté de chez moi (donc elle est à moi (non ?)), et d’autre part parce qu’elle respire le calme, la découverte, le bon service et le choix ! J’aime y aller juste pour faire coucou à Caroline, Alice ou d’autres libraires dont je ne connais pas les noms mais dont je connais tous les visages souriants. Je dois y passer, au moins deux-trois fois par mois (et mon portefeuille s’en rappelle). Cette librairie est vraiment dynamique. On ne compte plus tous les évènements qu’elle affiche sur son calendrier ni les articles qu’elle publie sur son site/blogue. J’adore m’arrêter devant les comptoirs et lire ce qu’ont pensé les libraires de certains livres. Merci, Librairie Monet, d’être ce que tu es ! »

Andrée-Anne Gratton : « Je m’excuse, Carine, mais la librairie Monet, c’est MA librairie ;o) Parmi les amis de la librairie, je suis peut-être la seule qui la connaît depuis ses débuts ?! Enfant, j’ai grandi à Cartierville et « le Normandie » était notre « centre d’achats ». Adolescente, j’ai travaillé au Dominion. Je me souviens des débuts de la librairie : un petit local où on avait peine à passer entre les étagères. Mais on y trouvait toujours le livre qu’on cherchait, et même un petit cadeau original qu’on ne voyait jamais ailleurs. Je ne savais pas, à l’époque, que j’allais écrire et que mes livres se retrouveraient dans ce bel et grand espace qu’est devenue la Librairie Monet. Combien de fois, avant de me lancer dans l’aventure de l’écriture, suis-je allée feuilleter, fouiller, admirer les publications jeunesse dans le fond du petit local ? Monet a presque toujours fait partie de ma vie (c’est pas ma faute si je suis si vieille! ;0) ) »

André Bilodeau : « J’ai une relation particulière avec la Librairie Monet… Voyez-vous, je n’habite pas proche, je ne travaille pas dans le coin, et comme adepte du transport en commun, il n’est pas évident de m’y rendre. En fait, j’y suis allé seulement deux fois dans les dernières années… Mea culpa… Par contre, j’aime les annonces et informations que l’on retrouve sur Facebook, en plus d’être un fan fini du Délivré !! C’est aussi Monet qui m’a fait découvrir le monde élargi de la BD. Monet m’accompagne donc souvent dans mes choix de livres, et quand je veux acheter des livres de cette librairie, je demande à des gens que je connais qui passent par là… :) Merci à toute l’équipe ! »

Myna Aranea : « En tant que cliente des collectivités, mon libraire est M. Laurent Borrégo. Il est tout simplement passionné et c’est un réel plaisir de discuter avec lui ! Trouvailles assurées ! À chaque visite chez Monet, je découvre une liste infinie de nouveaux titres, pour moi, pour le travail, pour la famille. Monet est, je trouve, la librairie la plus attirante, la plus vivante et souriante ! Ce fut une superbe découverte, que je partage maintenant. Merci ! »

Suzanne Marie Lachapelle : « Nous avons découvert Monet depuis trois ans alors que je recherchais une librairie avec un grand répertoire de livres, particulièrement en histoire et en bande dessinée. Je demeure à St-Bruno-de-Montarville et c’est un plaisir de traverser Montréal pour y faire de nouvelles découvertes. »

Annie St-Jean : « Pour moi, Monet, ce sont les libraires. Chaque fois que je vais en vacances, je me rends chez Monet pour me faire conseiller. Comme ça, je suis certaine que je lirai ce que j’avais envie de lire sans le savoir ! J’adore quand ça m’arrive ! »

Sophie Morissette : « J’ai beaucoup de respect pour le propriétaire de chez Monet. Je ne le connais pas, mais j’admire la manière dont il prend soin de l’espace dans sa librairie. Espace pour les clients où je déambule librement, sans contraintes. Espace pour les livres, qui s’exposent comme dans un musée. Ils sont plus beaux chez vous qu’ailleurs, les livres. Espace gratuit et libre pour des artistes et leurs œuvres. Merci. »

Sophie Lit : « J’aime la Librairie Monet parce que son travail ne s’arrête pas aux murs de son local, mais qu’elle fait rayonner la littérature ailleurs. Les libraires y sont engagés et croient à leur cause. C’est un billet d’Alice Lienard qui m’a permis de connaître Le délivré, et maintenant j’y passe régulièrement pour m’y nourrir et enrichir mes réflexions. Parce qu’une librairie dans cette ère du numérique, ça se doit d’être autre chose qu’un lieu physique. »

Jessica Genest : « Mon libraire préféré chez Monet ? Le jeune homme qui m’a si bien dirigée vers la section mangas alors que je magasinais pour les cadeaux de Noël. Moi qui n’y connais rien, il a trouvé exactement les livres que je cherchais, rapidement et gentiment. J’adore aller fouiner chez Monet, car je sais que je vais y trouver des livres que les grandes chaînes n’ont pas. »


11 avril 2011  par Alice Liénard

Des inventaires invitants

Définition du mot inventaire d’après le Petit Robert : « 1. Opération qui consiste à énumérer et à décrire les éléments composants l’actif et le passif  d’une communauté. D’une succession, etc. ; état descriptif dressé lors de cette opération. 2. Revue minutieuse et détaillée (d’un ensemble de choses). »

Le Robert signale aussi : « Un inventaire à la Prévert : une énumération hétéroclite, poétisée par l’accumulation. » Celui-là me plaît particulièrement…

Un inventaire, c’est donc très mécanique, très mathématique ; c’est une énumération dont on a souvent l’impression qu’elle ne prendra jamais fin.

En librairie, cela se caractérise par l’enregistrement informatique de TOUS les livres ; cela implique un recomptage, mais aussi des énumérations plus ou moins rigolotes, ou aussi, plus ou moins fastidieuses. Imaginez un peu la section des livres sur les dinosaures : « les dinosaures, les dinosaures, les dinosaures, les dinosaures, les dino… » Ou encore dans celle de nos amis les chats :  « les chats, les chats, les chats, mon ami le chat, les chats, les chats, le loup (ah, tiens : lui n’est pas à sa place), les chats, les chats, les chats, etc… » Vous voyez l’overdose ? Mais cela reste une étape importante pour la librairie en tant que commerce.

Vous l’aurez compris, si je vous parle d’inventaire, ce n’est pas parce que je me suis découvert une nouvelle lubie, mais bel et bien parce que nous sommes… en inventaire ! Je ne vais pas vous faire participer à cette étape, ni vous raconter les anecdotes de clients qui ne comprennent pas pourquoi nous ne sommes pas ouverts pendant L’INVENTAIRE.

Non, non, non ; j’ai choisi de faire mienne la définition ludique et poétique d’un inventaire à la Prévert, en vous présentant quelques titres de littérature jeunesse, soigneusement sélectionnés dans notre inventaire, et qui rejoindront, après l’écriture de cette article,  notre inventaire, pour être soigneusement inventoriés ce dimanche, oui, car l’inventaire a commencé dimanche soir à 18 heures, et se poursuit ce lundi.

Où certains sont scientifiques

Commençons avec des livres portant le but premier de l’inventaire : celui de répertorier, avec Inventaire illustré des animaux et Inventaire illustré des fruits et légumes.

Ce sont de superbes documentaires, qui par leurs illustrations – un travail sublime d’Emmanuelle Tchoukriel – rappellent celles des naturalistes  et botanistes du passé. D’ailleurs, l’illustratrice a été formée à l’illustration médicale et scientifique. Voilà des ouvrages magnifiques pour les curieux, mais aussi des livres pour admirer et s’émerveiller devant ces infimes parties du monde mises à l’honneur sous nos yeux.

Il est à noter qu’Inventaire illustré de la mer, des mêmes auteures, est  à paraître en juin 2011.

Où certains sont poétiques

Continuons avec un inventaire quelque peu poilu et qui s’adresse aux tout-petits : le livre cartonné Poil à l’animal. La quatrième de couverture donne le ton avec un « Attention, animaux poilants », car dans ce tout-carton, nous sont présentés des animaux avec un poil surgissant un peu au hasard de leur anatomie… Hasard, oui, mais pas dans le choix des mots, car le nom de l’animal et celui de l’endroit où se trouve poil riment, ce qui donne lieu à de franches rigolades ! Si le lion, le phacochère, la vache et les autres ont bien un poil disgracieux quelque part, il y a une espèce qui n’en a pas. À vous de le découvrir en lisant l’album !

Pour les tout-petits, on trouve aussi Tout un monde, de Katy Couprie et Antonin Louchard. Eh oui, un imagier est aussi un inventaire ! Mais celui-ci est différent des autres… Je vous reproduis, en partie, la critique que  j’en avais faite :

« Loin des imagiers traditionnels, conventionnels et conservateurs, Tout un monde est une bouffée de fraîcheur, et surtout une bouffée de vie. C’est le monde en vrac. Ici, il n’est pas question d’apprentissage, de pédagogie – un mot d’ailleurs trop souvent mis à toutes les sauces -, pas question d’apprendre des mots et des choses. Dessins, photographies, mises en scène, peintures et sculptures s’entremêlent et se répondent. Une illustration en illustre constamment une autre pour nous dire que les façons de dire, de faire, de représenter, sont multiples ; pour nous dire aussi qu’il existe des liens, parfois ténus, mais qui sont bien là. Il n’y a pas un chemin pour parvenir au monde, mais plusieurs. »

Où certains invitent à la rêverie

Dans mon inventaire à la Prévert, on trouve l’inspirant Le Catalogue des occasions de faire un vœu, livre tête-bêche portant d’un côté ce titre, et Le Catalogue des vœux de l’autre. Cet album propose un inventaire à la fois farfelu, drôle, et émouvant. Il nous invite à faire un vœu « Quand on avale le premier flocon de neige de l’année », « Quand on parvient à monter trois étages à cloche-pied » ou « Quand on éternue en même temps qu’une autre personne ». Mais quel vœu faire ? « Savoir séparer les jaunes des blancs comme maman », « Connaître un vrai secret » ou encore « Voir grandir un arbre » ?

Je vous propose aussi un autre inventaire, une autre poésie, une autre contemplation, avec J’aime…, une énumération de petits moments bien particuliers. On s’y retrouve parfois, on s’en inspire, mais surtout il nous rappelle nos petits moments aimés bien à nous.

« J’aime poser mes pieds sur les chaussures immenses de papa et qu’on marche ensemble autour du salon » : celui-là me rappelle des souvenirs.

« J’aime sentir le pain grillé le matin quand j’arrive dans la cuisine » : tout à fait d’accord avec ça, c’est réconfortant et cela invite à passer une belle journée !

« J’aime écrire mon nom sur la page d’un cahier neuf » : je me trompe peut-être, mais ce J’aime-là est universel, pour les petits comme pour les grands…

Mais inventorier peut aussi être un peu plus iconoclaste tout en invitant à la rêverie, surtout lorsque Bruno Gibert s’inspire de Georges Perec. Dans l’album Quelques-unes des choses qu’il faudrait tout de même que je fasse, Gibert, fidèle à l’esprit de Perec, détourne vingt-deux cartes postales sont détournées pour nous offrir un vagabondage illustré qui n’aurait sans doute pas déplu à son inspirateur… À chaque verso, se trouvent des phrases de Perec s’alliant de façon plus ou moins fantaisiste avec l’illustration. Et l’ouvrage parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants !

* * *

Si vous voulez vous aussi inventorier, je vous recommande le petit album Un tas de petites choses, qui présente des objets de la vie quotidienne : boutons, épingles, cailloux, fruits, petites bêtes et autres, à observer, qu’on peut s’amuser à classer, par famille, par couleur, par forme, etc. Un bon moyen pour s’entraîner… et pour venir nous aider l’année prochaine ?

Voilà donc des suggestions d’inventaires à dévorer des yeux ou à rêver. Des lectures idéales à faire seul ou en famille, ou… en classe, car il y a là de la matière à exploiter de façon intelligente et non rébarbative.

* * *

Inventaire illustré des animaux, Virginie Aladjidi, ill. d’Emmanuelle Tchoukriel, Albin Michel jeunesse, 2009, 65 p.
Inventaire illustré des fruits et légumes, Virginie Aladjidi, ill. d’Emmanuelle Tchoukriel, Albin Michel jeunesse, 2010, 64 p.
Poil à l’animal, Marie-Hélène Versini et Vincent Boudgourd, Milan jeunesse, coll.« La mare aux histoires », 2007, 28 p.
Tout un monde, Katy Couprie et Antonin Louchard, Thierry Magnier, 2000, 256 p.
Le catalogue des vœux, Catherine Grive, ill. de Ronan Badel, Gallimard jeunesse, 2007, 212 p.
J’aime…, Minne, ill. de Natali Fortier, Albin Michel jeunesse, 2003, 124p.
Quelques-unes des choses qu’il faudrait tout de même que je fasse, Georges Perec, ill. de Bruno Gibert, 2009, 52 p.

D’autres inventaires à voir :
Le catalogue de parents pour les enfants qui rêvent d’en changer, Claude Ponti, École des loisirs, 2008, 45 p.
Les choses qui font peur, Bruno Gibert, ill. de Pierre Mornet, Autrement jeunesse, 2006, 26 p.
Petite souris, le grand livre des peurs, Emily Gravett, trad. d’Élisabeth Duval, Kaléidoscope, 2007, 24 p.


25 mars 2011  par Alice Liénard

Une vie, des livres

Le livre est parfois intimement lié à des moments de vie, à des états d’âme ou même à des besoins. Il suit les cycles d’une vie d’homme comme son ombre, et parfois il se fait béquille.

Il rythme les moments de la vie, la courbe à la fois ascendante et descendante sur laquelle nous évoluons. Qu’il s’agisse d’une naissance, d’une mort, d’une déclaration d’amour ou d’amitié, d’une pensée pour maman, ou pour papa, il est là. Que ce soit pour tenter de panser une blessure, un chagrin, il est là. Parfois, il est là pour accompagner. Parfois il est juste là.

Il incarne des bouts de vie, des rires, des larmes, des questionnements et tellement plus encore. Alors, en pensant à ma courbe ascendante et descendante, je pense à des livres que je conseille, mais parfois pas assez. Des livres que j’oublie aussi, mais qui un jour resurgissent comme tous les oubliés. Ces livres expriment la vie, parfois ils la jalonnent ou la talonnent, et c’est déjà beaucoup.

J’ai donc fait un petit tour dans ma bibliothèque personnelle et en librairie, et j’y ai choisi des livres qui incarnent selon moi toute l’intensité de certains moments dans une vie.

Alors, il était une fois… la naissance.

Il faudra de Thierry Lenain est un album magique, où le monde, sous l’œil d’un enfant confortablement installé sur son île, se déploie dans toute sa rudesse, mais aussi dans ses espoirs. L’enfant est l’espoir, car il réfléchit, il veut combattre la douleur et le malheur. Mais pour cela, il va lui falloir quitter le confort doux et sûr de son île, et… naître.

À chaque fois que je lis cet album à quelqu’un, ma gorge se noue.

Une maman et un papa uniques

Peu importe qu’il fasse froid, et que le temps s’étire, une maman, on l’attend toujours. En attendant maman est un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre de sensibilité et d’amour, aux illustrations envoûtantes. On a envie de s’y perdre, d’avoir froid pour aller se blottir dans les bras de maman. C’est un album doux, silencieux, où l’attente parle d’elle-même, et où l’amour n’a pas besoin de trop de mots pour exprimer la joie des retrouvailles, mais surtout l’amour pour une maman. En attendant maman est aussi un album où l’émotion se coince au fond de la gorge.

Je me rappelle encore et me rappellerai toujours de ses bras qui me portaient pour aller me coucher, alors que je m’étais endormie sur le fauteuil. Je me rappelle la sécurité, la chaleur, la douceur et la force des bras de mon papa. Encore aujourd’hui, je me sens parfois soulevée par lui.

Pour moi, L’amour qu’on porte, c’est la force d’un papa, et l’amour pour son enfant qui lui fait dire, lorsqu’il le porte : « Tu es lourd, bien sûr ! … Mais pas trop ; ce qu’on porte avec amour n’est jamais trop lourd… » Un jour, les rôles s’inversent, les poids se répartissent, et rien, rien n’est jamais trop lourd lorsque papa est là.

Quitter, c’est grandir aussi, non ?

Grandir, quitter les terrains de l’enfance, ou s’aventurer tout simplement sur un autre chemin, ce n’est pas facile. Pourtant, dans Une vie d’escargot, on trouve un savoureux mélange de mélancolie, de douceur, et de vie. L’escargot Andréï aspire à découvrir le vaste  monde, mais trouve son immensité bien pesante. Et si on perçoit le murmure lancinant de son désarroi face à sa solitude, à sa vie aussi stagnante que l’eau trouble d’un marais, il ressort aussi de cet album une impression de rondeur apaisante tandis qu’on observe la vie d’Andréï qui ne demande qu’à crépiter. Car Andreï  prend l’escargot par les antennes, et s’élance dans l’inconnu, non sans une petite pointe au cœur. Il quitte une immensité, la toundra, pour une autre, la sienne, celle d’un être face à lui-même et au vaste monde dans lequel il se sent si petit. Et c’est sans son chapeau « pour se protéger du froid, de la pluie, du vent et des pierres de lune » qu’il part à la découverte. Andréï grandit, et nous aussi.

Parfois on tombe, mais, toujours, on se relève.

Chaque fois que mes yeux se posent sur le fascinant Nuage immobile de Michele Ferri, je pense à cette critique. Dans cet album mélancolique, doux et hypnotique, un homme voit disparaître au loin un bateau, englouti par une vague titanesque. Seul vestige du navire, sa fumée, qui flotte intacte, « un nuage immobile au milieu de la mer ». Ce nuage reste, et l’homme, intrigué, se décide à aller voir. Sous les couleurs chaudes de Michele Ferri, on sent une moiteur et une pesanteur qui enserrent le cœur de l’homme. Il n’a pas de nom, il est un homme. Son identité se confond avec ce nuage qui l’intrigue tant. Ce qui compte, c’est son chemin vers ce nuage immobile. La pluie tiède qui s’échappe du nuage est ici l’expression d’une douleur, de son emprise et enfin de sa libération. Douleur de la perte d’un être cher (l’album est dédié au père de l’auteur), douleur d’être ou de vivre ? Peu importe, car, goutte à goutte, la douleur s’étiole, elle traverse l’être tout entier pour mieux disparaître.

Alors, oui, on naît, on grandit, on souffre, mais on sourit aussi.

Et moi, je souris à la vieillesse. Je souris surtout à Grand-Père-Crapaud. Mes lèvres s’étirent toujours en un grand sourire lorsque Grand-Père s’exclame : « Tiens ! Voilà que je perds mes derniers cheveux ! Bah! C’est la vie. » Et de même lorsque ses dents restent plantées dans une bonne grosse pomme ! Et lorsqu’il perd son chapeau et sa pipe… eh bien, tant pis ! Mais pas pour nous ! Car un petit crapaud farceur fait son entrée.

Des illustrations pleines pages relaient le texte, les images se font la voix de l’humour, de la vieillesse et de la tendresse. Une nouvelle amitié naît dans le sourire. Il paraît que lorsqu’on sourit beaucoup, une fois vieux, nous avons des rides-sourire ? Tant mieux, non ?!

Je souris aussi tendrement à Marie et les choses de la vie, magnifique album aux illustrations douces et chatoyantes. Ici, la vie et la mort se frôlent. Plus que la perte d’un être aimé et la réalité d’une vieillesse parfois vacillante, il est surtout question de l’amour et de la complicité entre Marie et sa grand-mère. Vieillir n’empêche ni d’aimer, ni de sourire, ni de se sentir, encore, en vie.

Bien souvent, la mort, on l’élude.

Elle ne doit pas être trop présente, elle se doit d’être presque irréelle et pas trop réaliste. Et pourtant. C’est dans l’expression du chagrin, c’est dans les étincelles de vie, et dans la douleur qu’elle se fait claire et qu’il est possible de l’appréhender en douceur.

Je repense souvent à une cliente qui cherchait des albums beaux, différents, un peu spéciaux, sans sujet précis. Je lui ai parlé de mon amour pour Le canard, la mort, et la tulipe de Wolf Erlbruch, où un canard sent son heure venir ; mais il n’est pas facile de partir… La Mort devient son amie, tous deux partagent de doux moments ; le canard se confie, et c’est doucement que la canard va passer de l’autre côté. La Mort elle-même en est « presque chagrinée ». Ainsi va la vie…

Je l’ai lu à la cliente, l’émotion à fleur de peau, mes yeux se mouillaient un peu, elle a pleuré. Ce fut un beau moment, car ici, il n’y avait pas de message : seulement le cycle de la vie, l’apprentissage de la finitude qui défilait sous nos yeux ; et c’était beau, ce partage.

Même impression avec Le kimono blanc, où la grand-mère de Keiko part pour la dernière fois pour les neiges du Fujisan. Elle revêt son kimono blanc, et c’est dans le silence, la douceur et l’amour que l’aïeule va s’en aller, laissant derrière elle quelques brins d’herbe et quelques fleurs liés par une paille. Car partir, c’est laisser aussi.

Dans Öko : Un thé en hiver, la mort et le chagrin prennent, au début, beaucoup de place. Cette peine est exprimée avec une simplicité qui permet à la perte de signifier toute son ampleur. Et pourtant, le temps passe, du nouveau arrive au village d’Öko. La nouveauté, ça fait peur, parfois, souvent. Le changement tout comme la mort, questionne le sens de la vie, et plus encore lorsque l’amour pointe son nez… C’est finalement dans le partage de tout cela, le chagrin, la perte, l’acceptation d’un être nouveau, que l’histoire ne prend jamais fin.

On vit, on partage, on vieillit, on meurt, on laisse des souvenirs, on manque. Mais l’histoire ne finit jamais.

* * *

Il faudra, Thierry Lenain, ill. d’Olivier Tallec, Sarbacane, 2004.
En attendant maman, Dong-sung Kim d’après un texte de 1938 de Tae-jun Lee, trad. de Michèle Moreau, Didier jeunesse, 2007.
L’amour qu’on porte, Jo Hoestland, ill. de Carmen Segovia, 2007.
Une vie d’escargot, Anne Cortey, ill. de Janik Coat, Autrement, 2008.
Le nuage immobile, Michele Ferri, Sarbacane, 2003.
Grand-Père-Crapaud, Véronique Cauchy, ill. d’Audrey Poussier, L’école des loisirs, 2008.
Marie et les choses de la vie, Tine Mortie, ill. de Kaatje Vermeire, trad. de Josiane Bardon, Le sorbier, 2010.
Le canard, la mort, et la tulipe, Wolf Erlbruch, trad. de Danièle Ball, La joie de lire, 2007.
Le kimono blanc, Dominique Kopp, ill. de Pierre Mornet, Gautier-Languereau, coll. « Petits Gautier », 2007. (L’édition grand format est malheureusement épuisée)
Öko : Un thé en hiver, Mélanie Rutten, MeMo, 2010.


25 février 2011  par Alice Liénard

Je ne suis pas une poupée de cire

La récente opinion de François Busnel sur la littérature jeunesse, « invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffre d’affaires » m’a profondément hérissée. Rien de nouveau ici, au Québec, car la littérature jeunesse fait toujours débat : soit elle est trop ceci, soit elle n’est pas assez cela. Trop malsaine, trop complexe, pas assez pédagogique, etc. Trop, pas assez : toujours des termes réducteurs. Bref, lorsqu’elle ne rentre pas dans un cadre maîtrisé par les « spécialistes de la littérature », par les garants de la « vraie littérature » et par les bien-pensants, elle est remise en cause. François Busnel et consorts ne cherchent ni à la connaître mieux, ni à en discuter avec les éditeurs, libraires, bibliothécaires, ni même avec les lecteurs.

L’article de Monsieur Busnel me heurte profondément, non pas seulement en tant que lectrice – je ne dis pas, volontairement, « lectrice de littérature jeunesse », car j’aime la lecture « tout court », j’aime les livres « tout court », et la littérature jeunesse est une littérature. Cette opinion réductrice de Monsieur Busnel, tous les libraires de secteurs jeunesse – et de bandes dessinées aussi – en font très souvent l’expérience. Les variantes sont nombreuses : « les livres sont trop beaux, trop chers pour un enfant» ; ce n’est pas de la vraie littérature ; le prescripteur ne veut pas de mangas parce qu’il n’aime pas « ça » ; pas de cet album parce que ces couleurs sont trop fades ; pas de ce livre parce qu’il est trop compliqué, trop étrange ; pas de ce roman parce qu’il est trop dur ou trop imaginatif ; pas de cet autre parce qu’il n’y a pas de « belles valeurs »…  La liste est longue. Trop longue. Et le libraire essaie d’y insuffler un vent d’ouverture, de liberté. Un vent rempli de mots et d’images. Le libraire jeunesse vogue à contre-courant.

Le libraire jeunesse est un… libraire. À la sempiternelle question sur le métier, la réponse de libraire « et je lis surtout de  la littérature jeunesse » donne souvent lieu à des « ah ? » étonnés, des silences, ou encore au condescendant – quand il n’est pas ouvertement méprisant – « ah, oui ? » Comme si le libraire lisant de la littérature jeunesse n’était pas, de ce seul fait,  un libraire. Évidemment : vraie littérature, vrais libraires ; fausse littérature, faux libraires. Si l’on accorde quelque crédit à l’affirmation de Monsieur Busnel, je ne deviens donc qu’une suppôt d’une  « invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffre d’affaires ». La littérature jeunesse est pour lui une inexpression. Une poupée de cire. Et le libraire jeunesse aussi par conséquent.

Je suis libraire. Je lis de la littérature pour enfants. Elle me fait m’exclamer, parfois haut et fort. Parfois ses silences sont profonds, trop parfois. Parfois je ris, parfois non. Parfois, je hausse les épaules, parfois je me fâche. Parfois l’indifférence m’enveloppe. Parfois, je décortique les mots, les structures. Parfois je  me bats, et me débats. Parfois j’explose, parfois les mots sortent telles des balles tirées à bout portant.  La littérature jeunesse est littérature. Elle est un « parfois » aussi, tout comme la littérature dite générale. Elle n’est pas une poupée de cire.
Je ne suis pas une poupée de cire.

* Cet article va également paraître prochainement dans le numéro 58 de la revue Citrouille, un « Spécial libraire » à ne pas manquer !



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