Comme à chaque début de mois, les libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici un aperçu, question de s’aiguiser l’appétit livresque…
À signaler dans le secteur général
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
La jeunesse mélancolique et très désabusée d’Adolf Hitler, Michel Folco, Stock, 351 p.
N’exagérons rien !, David Sedaris, L’Olivier, 205 p.
Le jour avant le bonheur, Erri De Luca, Gallimard, 138 p.
Le cuisinier, Martin Suter, Christian Bourgois, 344 p.
L’entreprise des Indes, Erik Orsenna, Stock/Fayard, 392 p.
LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE
Poèmes anglais ; Le pays de personne ; La fissure de la fiction, Patrice Desbiens, Prise de Parole, 224 p.
Mon nom est personne, David Leblanc, Le Quartanier, 300 p.
Papillon, Antoine Brea, Le Quartanier, 66 p.
Fauv, Antoine Brea, Le Quartanier, 97 p.
Azadé, Louis-Nicolas Trépanier, Marchand de feuilles, 208 p.
BIOGRAPHIES
Federico Garcia Lorca, Albert Bensoussan, Gallimard/Folio, 439 p.
Le dernier jour du général de Gaulle, Francois Broche, l’Archipel, 238 p.
POLICIER
Les courants fourbes du lac Tai, Qiu Xiaolong, Liana Levi, 313 p.
L’inspecteur Chen nous embarque cette fois-ci dans une enquête à saveur écologique lorsque le directeur d’une usine polluante est assassiné. Une baignade dans la société chinoise. (MM)
La descente de Pégase, James Lee Burke, Rivages, Thriller, 405 p.
Les meurtres se succèdent à New Iberia. Sont-ils liés ou non ? Dave Robicheaux enquête et va retrouver de vieilles connaissances pas très recommandables. Comme toujours, la Louisiane selon James Lee Burke paraît très attirante au lecteur de polar. (MM)
San Antonio, t.1 et 2, Frédéric Dard, Bouquins, 1241 et 1258 p.
San Antonio débarque dans la collection «Bouquins». On y retrouvera au fil des volumes et dans l’ordre chronologique les 175 enquêtes du célèbre héros de Frédéric Dard. Attention, votre langage pourrait changer pour devenir beaucoup plus savoureux à cette lecture ! (MM)
Et pour ceux qui préfèrent les formats de poche se glissant bien dans un sac pour les vacances, vous retrouverez le commissaire Erlendur confronté à la mort d’un enfant de douze ans et à la disparition d’une femme : un petit voyage en Islande avec Hiver Arctique. Pour un détour par les pays plus chauds, mieux vaut se tourner vers Caryl Ferey qui nous amène en Afrique du Sud avec Zulu. Cœurs sensibles s’abstenir, il n’est pas facile d’être flic dans ce pays. Et enfin, la maison d’édition Gallmeister se lance dans le format poche. Pour débuter, vous y trouverez entre autres le titre La sanction du mystérieux auteur Trevanian. Espionnage, thriller et alpinisme, un mélange attirant. (MM)
Hiver Arctique, Arnaldur Indridason, Points, Points policiers, 404 p.
Zulu, Caryl Ferey, Gallimard, Folio policier, 454 p.
La sanction, Trevanian, Gallmeister, Totem, 337 p.
SCIENCE-FICTION ET FANTASTIQUE
Nation, Terry Pratchett, l’Atalante, 441 p.
À travers temps, Robert Charles Wilson, Denoël, 370 p.
Métro 2033, Dmitri Glukhovsky, l’Atalante, 631 p.
Gradisil, Adam Roberts, Folio SF, 769 p.
ARTS ET BEAUX LIVRES
Femmes artistes du XXe siècle au Québec, Musée national des beaux-arts du Québec / Les Publications du Québec, 288 p.
Habiter demain : De l’utopie à la réalité, Véronique Willemin, Alternatives, Coll. «Anarchitecture», 191 p.
Le grand livre de la gravure : Techniques d’hier à aujourd’hui, Ann d’Arcy Hughes et Hebe Vernon-Morris, Pyramyd, 416 p.
Bibliothèques : L’art de vivre avec des livres, Dominique Dupuich, photogr. de Roland Beaufre, Du Chêne, 191 p.
Rock Progressif, Aymeric Leroy, Le mot et le reste, coll. « Formes », 452 p.
Style musical vénéré par les uns, honni par les autres, le rock progressif occupe une place unique sur la planète rock. Empruntant autant au jazz, au classique qu’au rock pur, ce style qui a connu son heure de gloire dans les années 1970 a su repousser les frontières du rock. Véritable survol de cette mouvance où se côtoient les King Crimson, Yes, Genesis, Gentle Giant et autres Pink Floyd. (DM)
We want Miles, Vincent Bessières (dir.), Musée des beaux-arts de Montréal, 223 p.
En cette fin de festival de jazz de Montréal, quoi de mieux que de parcourir ce catalogue de l’exposition qui a cours au musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 29 août 2010 consacré à ce géant de la musique du dernier siècle. (DM)
Clint, Richard Schickel, Flammarion, 286 p.
Magnifique ouvrage consacré à cette grande figure du cinéma américain, qui retrace la carrière d’Eastwood à la fois derrière et devant la caméra. (DM)
SCIENCES HUMAINES
Les chiens ont soif : critiques et propositions libertaires, Normand Baillargeon, Lux, coll. «Instinct de liberté», 312 p.
Nouvelle édition revue et corrigée de cet ouvrage du penseur québécois Normand Baillargeon, qui en appelle à la responsabilité intellectuelle face à la perte d’esprit critique dans l’arène médiatique et politique. S’inspirant de la tradition libertaire, l’auteur y va ensuite de ses propositions de modèles alternatifs en ce qui concerne l’organisation sociale. (DM)
La désobéissance éthique : enquête sur la résistance dans les services publics, Elisabeth Weissman, Stock, coll. «Les documents», 355 p.
Vaste enquête de terrain qui donne la voix à ces représentants de l’administration publique entendant défendre la notion de «services publics», devant les menaces de démantèlement qui pèsent sur eux face à la vulgate néo-libérale. (DM)
Un universalisme si particulier : féminisme et exception française (1980-2010), Christine Delphy, Syllepse, coll. «Nouvelles questions féministes», 348 p.
Recueil de textes de la féministe française Christine Delphy, essentiellement parus dans la revue Les nouvelles questions féministes et l’hebdomadaire Politis. Il constitue par le fait même un survol du mouvement féministe en France ces 30 dernières années. (DM)
Leurs crises, nos solutions, Susan George, Albin Michel, 365 p.
Essai de nature économique d’une des figures en vue de l’altermondialisme en France, qui avance des pistes de solutions pour renverser la logique économique actuelle plaçant la finance au cœur des affaires du monde, au détriment de la société et du bien commun. (DM)
La guérilla jardinière, Richard Reynolds, Yves Michel, coll. «Société civile», 274 p.
La «guérilla jardinière» est une forme d’action directe, citoyenne et écologiste qui connaît une recrudescence ces dernières années. Cet ouvrage démontre comment sa pratique s’articule, et de quelle manière elle vise à interpeller les pouvoirs publics sur les bénéfices du verdissement de nos villes. (DM)
Aussi :
Dictionnaire des racismes, de l’exclusion et des discriminations, collectif, Larousse, 727 p.
SCIENCES
Sang pour sang toxique, Jean-François Naronne, Thierry Souccar, coll. «Guides pratiques», 255 p.
Le développement de la chimie industrielle a transformé fondamentalement notre environnement. De nombreux produits chimiques envahissent notre organisme dans un cocktail potentiellement explosif. Dans cet essai, l’auteur revient sur les alternatives et les effets sur la santé de ce nouvel état de fait. (DM)
Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau, Actes Sud, 168 p.
Ce livre est le pendant écrit d’un documentaire réalisé de l’auteure exposant le dérèglement écologique mondial ayant cours, qui mine nos ressources naturelles et met en péril la sécurité alimentaire mondiale. Une trentaine d’entretiens viennent apporter des pistes de solutions pour bâtir un monde plus écologique et reposant sur des bases plus pérennes. (DM)
Aussi :
Notre mer nourricière : comment le poisson dans notre assiette détruit la planète, Taras Grescoe, VLB, 385 p.
PHILOSOPHIE
Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, Maxence Hecquard, F.-X. de Guibert, coll. «Histoire essentielle», 301 p.
En ces temps d’arrestations massives lors du dernier sommet du G20 où la démocratie est mise à mal, on lira avec intérêt cette synthèse philosophique qui analyse le concept de la démocratie sous divers aspects et qui en retrace la genèse et les principes sous-jacents. (DM)
L’idée du communisme, sous la dir. d’Alain Badiou, Slavoj Zizek et al., Nouvelles éditions Lignes, 347 p.
L’ouvrage reprend les interventions d’une conférence tenue à Londres en 2009, à travers lesquelles les conférenciers, au-delà de leurs divergences, tiennent à réhabiliter la notion de «communisme» en tant que, selon Alain Badiou, « alternative globale à la domination du capitalo-parlementarisme ». (DM)
Le public et ses problèmes, John Dewey, Gallimard, coll. «Folio essais», 336 p.
Important essai de philosophie sociale et politique, cet ouvrage s’attache à réfléchir sur la démocratie américaine, et analyse l’attitude des États-Unis durant la Première Guerre mondiale. (DM)
( Sélection et rédaction pour le secteur général : Litt. étrangère - Benoit Desmarais ; Litt. québécoise et Science-fiction - Guillaume Cloutier ; Policier - Morgane Marvier ; Arts - Eric Bouchard et David Murray ; Sciences humaines et Sciences - David Murray et Mathieu Ratelle ; Philosophie - David Murray )
La crème de la littérature jeunesse
Nos cousins les dinosaures, Christophe Bataillon, P’tit Glénat, 32 p.
Et si les hommes avaient rencontré les dinosaures ? Les petits comme les grands y rêvent depuis toujours. Christophe Bataillon a imaginé ce moment dans Nos cousins les dinosaures. Les illustrations quasi panoramiques de l’album vibrent grâce aux contrastes surprenants réalisés entre le noir et la couleur. L’absence de texte ajoute aussi à la puissance des images. Les dinosaures, comme les petits humains, sont sympathiques à souhait. Et leur aventure n’est pas banale ! Une véritable ode aux dinosaures et à la fascination qu’on leur porte ! (MS)
À la mode, Jean Lecointre, Thierry Magnier, 28 p.
Un album désopilant et critique sur la mode, ou plutôt sur l’obsession de la mode. Dans ce conte, tout le royaume est obnubilé par l’idée de ne plus être à la mode. Le peuple vit dans la peur d’un monstre abominable : le Ridicule. Les collages pour le moins burlesques présents dans les illustrations servent le propos à merveille. Il en va de même pour l’habile utilisation des expressions comme « Le naturel revient au galop ». Bref, un album aussi hilarant qu’inquiétant qui fera réagir à coup sûr le lecteur. (MS)
Contes, Charles Perrault, ill. d’Élodie Nouhen, Gründ, 189 p.
Les recueils dédiés aux contes de Charles Perrault ne se comptent plus. Or, dans la foulée, quelques-uns d’entre eux se démarquent par la qualité de leurs illustrations et du travail éditorial. C’est le cas de ce nouveau recueil illustré par Élodie Nouhen. Le travail de l’artiste oscille avec pertinence entre tradition et modernité. Les illustrations - des pleines pages, des vignettes ou des croquis - sont à la fois douces et énigmatiques. On découvre avec ferveur le naïf Chaperon rouge imaginé par Nouhen, sa Belle au bois dormant à la chevelure forestière et tous ses autres personnages. (MS)
Abécédaire Québec en photos et Abécédaire Montréal en photos, Martine Doyon, Dominique et compagnie, 36 p. ch.
Faire découvrir une ville à l’aide des 26 lettres de l’alphabet, voilà le défi relevé par Martine Doyon. Au fil des mots et des photographies, l’auteure réalise une visite guidée de ces villes en donnant à voir et à lire des éléments clés qui les caractérisent. Pour Montréal, le début de l’abécédaire va comme suit : « Atrium, Biosphère, Corde à linge, Drapeau, Escalier, Feu d’artifice, Graffiti, etc. » De courts textes informatifs et poétiques accompagnent chaque duo mot / photo, rendant la lecture dynamique. Il existe peu de documentaires sur Montréal et Québec ; ceux-ci sont honnêtes et permettent une initiation efficace. (MS)
Les méduses, ces étranges animaux, Catherine Vadon, Belin, 45 p.
Vous avez toujours rêvé d’un documentaire sur les méduses ? Oui ? Non ? Eh bien, peu importe, car celui concocté par Catherine Vadon est fabuleux ! Saviez-vous qu’il existe plus de mille espèces de ces drôles de créatures ? Qu’elles vous terrorisent, vous fascinent ou vous laissent indifférents, vous serez ébahis devant les nombreuses photographies de ces animaux aux allures fantasmagoriques. Chaque page possède une thématique particulière reliée aux méduses et présente une quantité de courts textes riches en informations. Des dessins humoristiques ajoutent une touche amusante à l’ensemble. (MS)
Emo, t.1 : En route pour le concert de notre vie, Benoit Bouthillette, ill. de Guillaume Maccabée, coll. «Epizzod», La courte échelle, 42 p.
Voici Emo, la nouvelle série de la collection «Epizzod» de La courte échelle. Cette fois-ci, mystère, suspense et musique sont au rendez-vous. Dans ce premier tome, accrocheur autant par l’intrigue que par la narration, se dessinent des personnages complexes, intelligents. Le tout est mené sur un rythme de basse hypnotique ! (AL)
Le tueur à la cravate, Marie-Aude Murail, coll. «Médium», École des loisirs, 362 p.
En attendant la venue de l’auteure cet automne (youpi !!), voici de quoi nous faire patienter… Une fois de plus, son écriture fait mouche : intelligence, suspense et émotions sont au rendez-vous. Murail nous plonge dans une intrigue palpitante, aux personnages forts et mystérieux. Une écriture tout simplement exceptionnelle, une fois de plus. (AL)
La maison penchée, Kathi Appelt, Milan, 315 p.
Attention, gros, gros, mais alors gros, gros coup de cœur! Une expérience de lecture unique, un roman que l’on a envie de lire à voix haute. Un plongeon dans la moiteur des marais Louisianais, une histoire murmurée par des arbres millénaires. Trois récits, mais une seule fin. Des chats, des hommes, des serpents, un crocodile, de la rage, de l’amour. Fabuleux ! (AL)
Aussi :
Hunger Games, t.2 : L’embrasement, Suzanne Collins, Pocket, 398 p.
Les étranges talents de Flavia de Luce, Alan Bradley, Du masque, 371 p.
Enfant de la jungle, Michael Morpurgo, Gallimard, 297 p.
Ceux qui rêvent, Pierre Bordage, coll. «Ukronie», Flammarion, 334 p.
( Sélection et rédaction : May Sansregret et Alice Liénard )
La crème des bandes dessinées
J’ai pas tué de Gaulle : mais ça a bien failli…, Bruno Heitz, Gallimard, coll. «Bayou», 119 p.
Cinq ans après L’affaire Marguerite, dernier tome des aventures de son privé à la cambrousse, Bruno Heitz revient enfin au roman graphique en grande forme… et en couleurs ! Dans ce récit irrésistible fleurant bon le Paris du début des années 60, Jean-Paul, un provincial je-m’en-foutiste et chômeur, se retrouve mêlé à des affaires de plus en plus louches : escroquerie d’abord, terrorisme ensuite… Tandis que la ligne à la fois tendre et prompte de l’auteur donne beaucoup de rythme au récit, son ton brut apporte la touche corsée à un polar qu’on dévore. (EB)
Soul Man (Le casse, t.3), Denys et Chauvel, Delcourt, 56 p.
Les gardiens du centre correctionnel d’Attica en sont bouche bée : un jeune blanc-bec se voit bouclé dans la même cellule que le Soul Man, un monstrueux colosse noir reconnu pour avoir trucidé tous ses précédents codétenus. La situation est par trop invraisemblable pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche. S’amorce alors un captivant jeu de dupes entre ces David et Goliath des temps modernes… Pour ce troisième volet de la série Le casse, le directeur de collection lui-même, David Chauvel, nous fait l’honneur d’une intrigue des plus rondement menées, que vient ponctuer une savante imbrication de flash-back. Un captivant récit à suspense, tout aussi efficace que musclé. (ÉL)
3 souhaits, t.1 : L’assassin et la lampe, Paolo Martinello et Mathieu Gabella, Drugstore, 56 p.
Au temps des croisades, un jeune guerrier membre d’un ordre mystique musulman, devenu djinn malgré lui, doit remplir trois missions périlleuses pour se libérer d’une lampe magique. Avec un brin d’histoire, mais surtout inspiré de différents contes des Mille et une nuits, ce premier tome d’une série de trois nous envoûte par son scénario dynamique et dépaysant, et son somptueux dessin aux couleurs riches. Du merveilleux fantastique plein d’action dans un univers mythologique arabe rarement vu dans le genre. (SP)
L’empoisonneuse, Barbara Yelin et Peer Meter, Actes Sud - l’An 2, 200 p.
Allemagne, 1828. Une jeune femme de lettres londonienne est chargée par un grand éditeur d’écrire un guide de voyage sur la ville «libre et hanséatique» de Brême. Or, sur place, elle découvre une population fortement agitée par le procès de Gesche Gottfried, qui aurait délibérément - dit-on - empoisonné une quinzaine de personnes de son entourage en autant d’années. Mais à l’encontre de cette société profondément misogyne, la jeune écrivain osera douter de la responsabilité psychologique de «L’empoisonneuse»… Un sombre fait vécu romancé avec maîtrise par Meter, et soutenu de manière irréprochable par la mine de plomb robuste mais sensible de Yelin. (EB)
Les derniers jours d’Ellis Cutting, Thomas Vieille, Gallimard, coll. «Bayou», 112 p.
Comme l’indique son titre, ce premier album de Thomas Vieille nous fait partager les derniers moments d’un homme traqué. Campée à l’époque de la ruée vers l’or et riche de personnages idéalistes, cette chronique d’une mort annoncée se présente comme une sorte de western aux accents de tragédie grec. Élégamment servi par une mise en scène à la fois sobre et inventive, voilà bien une habile première œuvre, révélatrice d’un grand talent. (ÉL)
Nord, nord-est, Gilles Tévessin et Thomas Gabison, Actes Sud BD, 140 p.
Nord, nord-est : direction ou hésitation ? Au village, c’est la vie ordinaire : le quotidien, les habitudes. Mais dès qu’on se met à bouger, il y a rencontre. Gilles, un quarantenaire, invite sa grand-mère Marilou pour un voyage en train à Paris. À la Gare du Nord, dans un troquet, ils sympathisent avec Gilbert, Jeanne et Azzedine, leurs voisins de table ; ensemble ils partiront en balade pour une journée magnifique… Si le puissant effet de réel qui se dégage de ce récit d’errance, alter ego contemporain de Zazie dans le métro, évoque la vidéo par son aspect pris sur le vif, cela n’empêche pas Tévessin de se livrer à d’enthousiasmantes cartoonisations, fantaisies esthétiques et rythmiques. (EB)
Y’a du monde au portillon, François Duprat, Carabas, 80 p.
Un diplômé universitaire introverti s’emmerde dans un travail administratif abrutissant jusqu’à ce qu’il décide de se «révolter» ; on lui impose alors une stagiaire pour le superviser, sauf que le charme de celle-ci attirera sa convoitise, de même que celle de deux de ses collègues… Duprat nous convie à une sympathique comédie dramatique mariant les points de vue de différents personnages, et offrant plusieurs éléments fantastiques originaux qui contrastent avec le banal du quotidien. Notre intérêt est particulièrement capté par ce procédé narratif astucieux qui nous montre ce qui préoccupe mentalement et affectivement la stagiaire. (SP)
Aussi :
Ça n’arrive qu’à moi, t.1, Didier Tronchet, Futuropolis, 62 p.
Ananke, Erwin Madrid et Noirgaley, Delcourt, coll. «Jeunesse», 48 p.
Signalons en terminant les rééditions de Je ne t’ai jamais aimé de Chester Brown (Delcourt), récit autobiographique impressionniste d’une adolescence anglo-québécoise ; de Kaspar, de la Montréalaise Diane Obomsawin (L’oie de Cravan), biographie minimaliste du tristement célèbre Kaspar Hauser ; et de Malet, de Nicolas Juncker (Treize étrange), l’incroyable tentative de coup d’état d’un ex-général de Napoléon 1er qui s’essaie à le faire croire mort sous les fusils russes…
Mentionnons aussi le premier tome de l’édition intégrale de L’ours Barnabé de Philippe Coudray (La boîte à bulles), l’une des meilleures séries jamais réalisées pour les premiers lecteurs, qui les initie non seulement à la lecture, mais aussi à la réflexion sur le sens. Enfin, citons les adaptations de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury par Tim Hamilton (Casterman), et de la nouvelle Sarah Cole : Une histoire d’amour d’un certain type de Russel Banks par Grégory Mardon (Futuropolis), une expérience dysphorique à souhait… (EB)
( Sélection et rédaction : Eric Bouchard, Éric Lacasse, Sébastien Patenaude et Réjean St-Hilaire )
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Bonnes lectures !