Le Délivré
Afficher :  tout ce mois-ci | cette année

Articles récents

12 juillet 2010  par Le délivré

Les vacances du libraire (I)

Alors que la canicule bat son plein, les libraires rêvent à leur vacances… Aussi, l’équipe du Délivré, tout comme l’été dernier, vous a concocté un petit spécial sur les lectures qu’emporteront nos libraires dans leurs bagages… Et vous, seriez-vous plutôt du type plage, randonnée, chalet ou hamac ? Préférez-vous les lectures d’évasion ou celles plus costaudes ? Peu importe, il y a de bonnes chances que la pléiade de titres évoqués vous glisse quelques envies de lire ! Aujourd’hui, découvrez les titres qu’emporteront avec elles nos libraires jeunesse…

C’est en direction de Paris qu’Alice s’envolera, à la rencontre de sa famille. À bord de l’avion, elle aura en main l’intégrale de la série Golem, écrite par Elvire, Lorris et Marie-Aude Murail (Pocket). Parions que ce roman, où s’entremêlent science-fiction et fantastique, saura lui faire oublier les kilomètres qui la sépareront de la Terre ! Une fois en sol parisien, Alice aura l’embarras du choix puisque sa valise débordera de livres : l’intégrale de la série Quatre sœurs de Malika Ferdjouk (École des loisirs) ; Aimez-moi maintenant d’Axl Cendres (Sarbacane), dont le ton cinglant est si délectable ; Les fragmentés de Neal Shusterman (MSK), un roman d’anticipation aussi intense que troublant ; l’énigmatique Worldshaker de Richard Harland (Hélium) et Les étranges talents de Flavia de Luce (MSK) du Canadien Alan Bradley. Alice poursuivra la lecture de sa bibliothèque portative à Trezelle, une commune d’Auvergne, au centre de la France. Là, elle pourra lire tranquillement en regardant paitre ses bienveillantes voisines, les vaches. Une fois de retour à Montréal, Alice profitera de ses derniers jours de congé pour bricoler avec l’Atelier ciseaux d’Hervé Tullet (Sarbacane) et jouer avec 100 mots pour un poème de Serge Bloch (Sarbacane).

Sur la route qui la mènera à Caraquet au Nouveau-Brunswick, May se promet de lire Bronze et Tournesol de Cao Wenxuan (Picquier), une histoire d’amitié lumineuse entre un garçon muet et un buffle. Comme d’habitude, elle en lira de longs passages à voix haute pour distraire son compagnon de voyage… Sur le siège arrière de la voiture, elle aura déposé Le maître des dragons de Fabrice Colin (Albin Michel), au cas où elle (ou son homme) aurait plutôt la tête à plonger dans un univers fantastique riche et complexe. Il y aura aussi Miss Charity de Marie-Aude Murail (L’école des loisirs), un des romans qu’elle voulait lire l’été passé, sans avoir trouvé le moment idéal pour le faire. De retour chez elle, le chat bien installé à ses côtés, May poursuivra son voyage grâce à la fiction, celle de Jean-Louis Trudel, un auteur québécois féru de science-fiction. Elle ne sait pas exactement en quoi consiste la série Les saisons de Nigelle (Médiaspaul). Parfait ! Elle aura le plaisir de le découvrir…

Un célèbre parc d'attractions...

Dans l’avion, direction la Floride, Rhéa lira le premier tome de la série Méto : La maison (Syros). Changement de pays, changement d’univers ; le roman d’Yves Grenet la transportera dans un monde où il ne fait pas toujours bon grandir, un univers à la fois intriguant et inquiétant. Une fois arrivée à desti- nation, cap sur Maïté Coiffure (L’école des loisirs), question de retrouver tout le mordant et la tendresse des mots de Marie-Aude Murail. Puis, alors qu’elle cherchera son souffle, exténuée par la course aux parcs d’attractions, un Jacques Poulin s’imposera : Volkswagen blues (Leméac). Retrouver l’écrivain le plus «lent» du monde, en pleine réflexion, en quête du mot juste, de la phrase parfaite ; quelle belle façon de faire descendre son rythme cardiaque !

Pour la suite : bikini, lunettes et crème solaires, orteils en éventail et un œil sur la marmaille, l’autre sur Emma. Prête à payer l’excédent de bagages, les dix tomes de la série Emma de Kaoru Mori (Kurokawa) feront partie du voyage ; c’est le temps d’assumer son côté fifille ! Une petite incursion dans le Londres de l’époque Victorienne, mais surtout dans une histoire d’amour comme on les aime, de celles qui font sourire et soupirer à la fois. Enfin, lasse de toute cette chaleur, question de finir les vacances la tête au frais (et surtout de se préparer au retour à la maison), un petit détour par la Norvège pour accompagner l’inspecteur Harry Hole dans une de ses enquêtes (L’homme chauve-souris, Jo Nesbo, Gallimard).

Pendant ses vacances, Véronique profitera principalement des charmes de Montréal et des Laurentides… Si elle sait ce qu’elle veut lire pendant ses vacances (c’est-à-dire ce qui lui fait envie en ce moment), elle ne sait cependant pas si elle se retrouvera avec ces titres entre les mains puisque un des plus grands plaisirs de Véronique est celui de la lecture spontanée ! Voici tout de même quelques titres de sa liste…

Le passeur de Lois Lowry (L’école des Loisirs) ainsi que Mes idées folles d’Axl Cendres (Sarbacane) y occupent une place de choix puisque sa collègue Rhéa lui en a fait l’éloge à plusieurs reprises. La curiosité étant ce qu’elle est…

S’y retrouvent également Le Worldshaker de Richard Harland (Hélium), un roman dont l’histoire se déroule sur un gigantesque bateau à vapeur, et Neverwhere de Neil Gaiman (Au diable Vauvert), à qui l’on doit, entre autres, les superbes Coraline et L’étrange vie de Nobody Owens. N’oublions pas non plus L’ombre de Dracula, le second tome de la série Les étranges sœurs Wilcox de Fabrice Colin (Gallimard) ; il faut dire que le premier était génial ! Aussi, comme chaque été se mérite une histoire d’amour, Le ciel est partout de Jandy Nelson (Gallimard) s’est glissé dans la liste ; finalement, le premier tome du Journal d’un dégonflé de Jeff Kinney (Seuil) s’impose, ça fait si longtemps qu’elle y pense!

En plus de ces fascinants titres jeunesse, Véronique est bien décidée à s’offrir quelques titres «pour adultes» ! Elle veut donc lire Seul le silence de R.J. Ellory (Le livre de poche) - un bon polar, ça n’a pas de prix ! - et La moïra de Henri Lovenbruck (Bragelonne). Puis, suivront les deux derniers tomes de la trilogie Autre Monde de Maxime Chattam (Albin Michel), ayant adoré cette série où une formidable tempête a changé la face du monde en redonnant à la nature le contrôle de la Terre…

Au moment d’écrire ses lignes, le programme des vacances de Catherine n’était pas finalisé. Chose certaine, elle va passer du bon temps avec son neveu de sept mois et sa nièce de quelques semaines. Aussi, elle compte bien profiter de l’extérieur en compagnie de ses livres ! Cet été, Catherine va privilégier les lectures relaxantes : La vie comme je l’aime : chroniques d’été de Marcia Pilote (De Mortagne), un livre que l’on peut diviser en plusieurs petits moments de lecture ; Le blogue de Namasté (De la semaine), une série que Catherine suit depuis le début ; comme le sixième tome est prévu début août, elle souhaite pouvoir partir avec un des exemplaires pour ses vacances… Aussi, Catherine a demandé à ses collègues une lecture qui fait du bien, dans le genre d’Annabelle de Marie Laberge (Boréal), son coup de cœur. Parmi les suggestions de celles-ci, elle a choisi Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda (J’ai lu). Finalement, un livre récent, Le ciel est partout de Jandy Nelson (Gallimard), a elle aussi attiré son attention. Car s’il peut sembler triste, ce livre semble aussi rempli d’espoir et de rêves !


9 juillet 2010  par David Murray

Quand t’as soif… pas ordinaire !

C’est la canicule, c’est l’été ; voilà bien un temps qui nécessite quelques rafraîchissements ! Et pourquoi ne pas délecter nos papilles d’une bonne bière fraîche ? Et en la matière, disons que nous avons l’embarras du choix. Fini le temps où nous ne pouvions choisir qu’entre les produits Molson, Labatt et O’Keefe ! Avec les micro-brasseries québécoises qui pullulent depuis le milieu des années 1980 et l’arrivée sur nos tablettes de plusieurs bières étrangères, l’amateur peut parfois avoir de la difficulté à s’y retrouver. Voici donc quelques suggestions pour séparer le bon grain de l’ivraie en matière brassicole.

Pour constater l’étendue du chemin parcouru par l’univers de la bière au Québec, quoi de mieux que d’en survoler l’histoire. Pour ce faire, on lira Histoire de la bière au Québec, de Sylvain Daignault, paru aux éditions Broquet. L’ouvrage retourne aux bouillies consommées par les colons en Nouvelle-France, pour ensuite remonter le fil de l’histoire de cette incontournable boisson en abordant au passage la vaine entreprise de Jean-Talon, la création de la brasserie Molson, les développements technologiques opérés par la révolution industrielle, les défuntes Champlain et Dow - de triste mémoire pour certains ! -, pour arriver à l’émergence d’une nouvelle génération de brasseurs artisans qui font aujourd’hui le bonheur des disciples de saint Arnould, dont c’était justement la fête hier….

Avec la « révolution » micro-brassicole, la bière a pris du lustre et est aujourd’hui dégustée pour ses qualités gustatives au même titre que le vin. Un des pionniers qui a contribué à rendre à la bière ses lettres de noblesse est Michael Jackson - non pas le chanteur ! -, qui a consacré nombre d’ouvrages à l’univers brassicole. Celui qu’on a aussi découvert par ses films documentaires The Beer Hunter a contribué à faire prendre conscience aux gens des vertus de la bière en tant qu’élément important de la vie sociale, et produit gastronomique. Parmi les ouvrages qu’il a publiés, on lira entre autres La Bière, paru dans la collection « Le spécialiste » des éditions Grund, qui dresse le portrait de quelques-unes des plus célèbres bières de la planète.

Maintenant, pour prendre la mesure de la richesse du milieu brassicole québécois, deux ouvrages s’imposent. Le premier est Le guide de la bonne bière au Québec, de Mario D’Eer chez Trécarré. Après avoir survolé son histoire, décrit ses principaux procédés de fabrication et présenté les différents styles de la bière, le « biérologue » québécois nous présente chacune des micro-brasseries de la province. Le développement de celles-ci est tel qu’un an après sa parution l’ouvrage devrait déjà être mis à jour ! Mario d’Eer considère d’ailleurs le Québec comme étant le paradis de la bière : en effet, le fait que la province ne possède pas de tradition brassicole qui lui soit propre - contrairement à l’Allemagne, l’Angleterre ou la Belgique - a amené les brasseurs d’ici à développer des bières de tous les styles, auxquelles on ajoute de plus en plus une touche locale. À la lecture du livre de d’Eer, on ne peut que constater la richesse de la production brassicole d’ici.

L’autre ouvrage qu’on prendra plaisir à consulter est Les microbrasseries du Québec de Jean-François Joannette et Guy Lévesque, paru chez Broquet. Reprenant l’argument de Mario d’Eer voulant que le Québec soit le meilleur endroit au monde pour déguster des bières de spécialité, les auteurs nous présentent quelques-unes des plus innovantes microbrasseries québécoises dans un ouvrage aux riches photographies. Un livre qui donne soif !

Sinon, pour guider le consommateur lorsqu’il se retrouve devant les frigos, on pourra aussi lire le livre d’Alain McKenna et Richard Prieur qui vient de paraître aux éditions Transcontinental, Les 100 meilleures bières 2010. En plus de présenter les principales caractéristiques de quelques-unes des meilleures bières à se retrouver sur le marché, les auteurs y vont de suggestions selon différentes thématiques. Ainsi, on lira avec intérêt les sections « 10 bières à éviter à tout prix », « 10 bières exotiques », « 10 bières désalcoolisées », « 10 bières d’après-match » et « 10 bières pour grands voyageurs ».

Finalement, pour ceux qui voudraient s’adonner au plaisir de faire leur propre bière, malgré le fait que les meilleurs ouvrages soient en anglais, on pourra lire le livre de Jean-François Simard Comment faire de la bonne bière chez soi, paru chez Trécarré. L’ouvrage constitue une bonne introduction pour le brasseur en herbe. Pour poursuivre l’apprentissage, on pourra ensuite facilement se tourner vers la Toile, qui recèle de multiples ressources et recettes pour parfaire un art qui, vous le constaterez si vous décider d’y plonger, n’est pas si sorcier !

Sur ce, je vous dis à la bonne vôtre !

* * *

Histoire de la bière au Québec, Sylvain Daignault, Broquet, 182 p.
La bière, Michael Jackson, Grund, coll. « Le spécialiste », 288 p.
Le guide de la bonne bière au Québec, Mario D’Eer, Trécarré, 294 p.
Les microbrasseries du Québec, Jean-François Joannette et Guy Lévesque, Broquet, 280 p.
Les 100 meilleures bières 2010, Alain McKenna et Richard Prieur, Transcontinental, 264 p.
Comment faire de la bonne bière chez soi, Jean-François Simard, Trécarré, 271 p.

En tête d'article et ci-contre : illustrations de la bédéiste Gigi Perron pour le site du bar et brasseur Le cheval blanc

En tête d'article et ci-contre : illustrations de la bédéiste Gigi Perron pour le site du bar et brasseur Le cheval blanc


7 juillet 2010  par Le délivré

Retour sur les parutions de juin

Comme à chaque début de mois, les libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici un aperçu, question de s’aiguiser l’appétit livresque…

À signaler dans le secteur général

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

La jeunesse mélancolique et très désabusée d’Adolf Hitler, Michel Folco, Stock, 351 p.
N’exagérons rien !, David Sedaris, L’Olivier, 205 p.
Le jour avant le bonheur, Erri De Luca, Gallimard, 138 p.
Le cuisinier, Martin Suter, Christian Bourgois, 344 p.
L’entreprise des Indes, Erik Orsenna, Stock/Fayard, 392 p.

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Poèmes anglais ; Le pays de personne ; La fissure de la fiction, Patrice Desbiens, Prise de Parole, 224 p.
Mon nom est personne, David Leblanc, Le Quartanier, 300 p.
Papillon, Antoine Brea, Le Quartanier, 66 p.
Fauv, Antoine Brea, Le Quartanier, 97 p.
Azadé, Louis-Nicolas Trépanier, Marchand de feuilles, 208 p.

BIOGRAPHIES

Federico Garcia Lorca, Albert Bensoussan, Gallimard/Folio, 439 p.
Le dernier jour du général de Gaulle, Francois Broche, l’Archipel, 238 p.

POLICIER

Les courants fourbes du lac Tai, Qiu Xiaolong, Liana Levi, 313 p.

L’inspecteur Chen nous embarque cette fois-ci dans une enquête à saveur écologique lorsque le directeur d’une usine polluante est assassiné. Une baignade dans la société chinoise. (MM)

La descente de Pégase, James Lee Burke, Rivages, Thriller, 405 p.

Les meurtres se succèdent à New Iberia. Sont-ils liés ou non ? Dave Robicheaux enquête et va retrouver de vieilles connaissances pas très recommandables. Comme toujours, la Louisiane selon James Lee Burke paraît très attirante au lecteur de polar. (MM)

San Antonio, t.1 et 2, Frédéric Dard, Bouquins, 1241 et 1258 p.

San Antonio débarque dans la collection «Bouquins». On y retrouvera au fil des volumes et dans l’ordre chronologique les 175 enquêtes du célèbre héros de Frédéric Dard. Attention, votre langage pourrait changer pour devenir beaucoup plus savoureux à cette lecture ! (MM)

Et pour ceux qui préfèrent les formats de poche se glissant bien dans un sac pour les vacances, vous retrouverez le commissaire Erlendur confronté à la mort d’un enfant de douze ans et à la disparition d’une femme : un petit voyage en Islande avec Hiver Arctique. Pour un détour par les pays plus chauds, mieux vaut se tourner vers Caryl Ferey qui nous amène en Afrique du Sud avec Zulu. Cœurs sensibles s’abstenir, il n’est pas facile d’être flic dans ce pays. Et enfin, la maison d’édition Gallmeister se lance dans le format poche. Pour débuter, vous y trouverez entre autres le titre La sanction du mystérieux auteur Trevanian. Espionnage, thriller et alpinisme, un mélange attirant. (MM)

Hiver Arctique, Arnaldur Indridason, Points, Points policiers, 404 p.
Zulu, Caryl Ferey, Gallimard, Folio policier, 454 p.
La sanction, Trevanian, Gallmeister, Totem, 337 p.

SCIENCE-FICTION ET FANTASTIQUE

Nation, Terry Pratchett, l’Atalante, 441 p.
À travers temps, Robert Charles Wilson, Denoël, 370 p.
Métro 2033, Dmitri Glukhovsky, l’Atalante, 631 p.
Gradisil, Adam Roberts, Folio SF, 769 p.

ARTS ET BEAUX LIVRES

Femmes artistes du XXe siècle au Québec, Musée national des beaux-arts du Québec / Les Publications du Québec, 288 p.
Habiter demain : De l’utopie à la réalité, Véronique Willemin, Alternatives, Coll. «Anarchitecture», 191 p.
Le grand livre de la gravure : Techniques d’hier à aujourd’hui, Ann d’Arcy Hughes et Hebe Vernon-Morris, Pyramyd, 416 p.
Bibliothèques : L’art de vivre avec des livres, Dominique Dupuich, photogr. de Roland Beaufre, Du Chêne, 191 p.

Rock Progressif, Aymeric Leroy, Le mot et le reste, coll. « Formes », 452 p.

Style musical vénéré par les uns, honni par les autres, le rock progressif occupe une place unique sur la planète rock. Empruntant autant au jazz, au classique qu’au rock pur, ce style qui a connu son heure de gloire dans les années 1970 a su repousser les frontières du rock. Véritable survol de cette mouvance où se côtoient les King Crimson, Yes, Genesis, Gentle Giant et autres Pink Floyd. (DM)

We want Miles, Vincent Bessières (dir.), Musée des beaux-arts de Montréal, 223 p.

En cette fin de festival de jazz de Montréal, quoi de mieux que de parcourir ce catalogue de l’exposition qui a cours au musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 29 août 2010 consacré à ce géant de la musique du dernier siècle. (DM)

Clint, Richard Schickel, Flammarion, 286 p.

Magnifique ouvrage consacré à cette grande figure du cinéma américain, qui retrace la carrière d’Eastwood à la fois derrière et devant la caméra. (DM)

SCIENCES HUMAINES

Les chiens ont soif : critiques et propositions libertaires, Normand Baillargeon, Lux, coll. «Instinct de liberté», 312 p.

Nouvelle édition revue et corrigée de cet ouvrage du penseur québécois Normand Baillargeon, qui en appelle à la responsabilité intellectuelle face à la perte d’esprit critique dans l’arène médiatique et politique. S’inspirant de la tradition libertaire, l’auteur y va ensuite de ses propositions de modèles alternatifs en ce qui concerne l’organisation sociale. (DM)

La désobéissance éthique : enquête sur la résistance dans les services publics, Elisabeth Weissman, Stock, coll. «Les documents», 355 p.

Vaste enquête de terrain qui donne la voix à ces représentants de l’administration publique entendant défendre la notion de «services publics», devant les menaces de démantèlement qui pèsent sur eux face à la vulgate néo-libérale. (DM)

Un universalisme si particulier : féminisme et exception française (1980-2010), Christine Delphy, Syllepse, coll. «Nouvelles questions féministes», 348 p.

Recueil de textes de la féministe française Christine Delphy, essentiellement parus dans la revue Les nouvelles questions féministes et l’hebdomadaire Politis. Il constitue par le fait même un survol du mouvement féministe en France ces 30 dernières années. (DM)

Leurs crises, nos solutions, Susan George, Albin Michel, 365 p.

Essai de nature économique d’une des figures en vue de l’altermondialisme en France, qui avance des pistes de solutions pour renverser la logique économique actuelle plaçant la finance au cœur des affaires du monde, au détriment de la société et du bien commun. (DM)

La guérilla jardinière, Richard Reynolds, Yves Michel, coll. «Société civile», 274 p.

La «guérilla jardinière» est une forme d’action directe, citoyenne et écologiste qui connaît une recrudescence ces dernières années. Cet ouvrage démontre comment sa pratique s’articule, et de quelle manière elle vise à interpeller les pouvoirs publics sur les bénéfices du verdissement de nos villes. (DM)

Aussi :

Dictionnaire des racismes, de l’exclusion et des discriminations, collectif, Larousse, 727 p.

SCIENCES

Sang pour sang toxique, Jean-François Naronne, Thierry Souccar, coll. «Guides pratiques», 255 p.

Le développement de la chimie industrielle a transformé fondamentalement notre environnement. De nombreux produits chimiques envahissent notre organisme dans un cocktail potentiellement explosif. Dans cet essai, l’auteur revient sur les alternatives et les effets sur la santé de ce nouvel état de fait. (DM)

Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau, Actes Sud, 168 p.

Ce livre est le pendant écrit d’un documentaire réalisé de l’auteure exposant le dérèglement écologique mondial ayant cours, qui mine nos ressources naturelles et met en péril la sécurité alimentaire mondiale. Une trentaine d’entretiens viennent apporter des pistes de solutions pour bâtir un monde plus écologique et reposant sur des bases plus pérennes. (DM)

Aussi :

Notre mer nourricière : comment le poisson dans notre assiette détruit la planète, Taras Grescoe, VLB, 385 p.

PHILOSOPHIE

Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, Maxence Hecquard, F.-X. de Guibert, coll. «Histoire essentielle», 301 p.

En ces temps d’arrestations massives lors du dernier sommet du G20 où la démocratie est mise à mal, on lira avec intérêt cette synthèse philosophique qui analyse le concept de la démocratie sous divers aspects et qui en retrace la genèse et les principes sous-jacents. (DM)

L’idée du communisme, sous la dir. d’Alain Badiou, Slavoj Zizek et al., Nouvelles éditions Lignes, 347 p.

L’ouvrage reprend les interventions d’une conférence tenue à Londres en 2009, à travers lesquelles les conférenciers, au-delà de leurs divergences, tiennent à réhabiliter la notion de «communisme» en tant que, selon Alain Badiou, « alternative globale à la domination du capitalo-parlementarisme ». (DM)

Le public et ses problèmes, John Dewey, Gallimard, coll. «Folio essais», 336 p.

Important essai de philosophie sociale et politique, cet ouvrage s’attache à réfléchir sur la démocratie américaine, et analyse l’attitude des États-Unis durant la Première Guerre mondiale. (DM)

( Sélection et rédaction pour le secteur général : Litt. étrangère - Benoit Desmarais ; Litt. québécoise et Science-fiction - Guillaume Cloutier ; Policier - Morgane Marvier ; Arts - Eric Bouchard et David Murray ; Sciences humaines et Sciences - David Murray et Mathieu Ratelle ; Philosophie - David Murray )

La crème de la littérature jeunesse

Nos cousins les dinosaures, Christophe Bataillon, P’tit Glénat, 32 p.

Et si les hommes avaient rencontré les dinosaures ? Les petits comme les grands y rêvent depuis toujours. Christophe Bataillon a imaginé ce moment dans Nos cousins les dinosaures. Les illustrations quasi panoramiques de l’album vibrent grâce aux contrastes surprenants réalisés entre le noir et la couleur. L’absence de texte ajoute aussi à la puissance des images. Les dinosaures, comme les petits humains, sont sympathiques à souhait. Et leur aventure n’est pas banale ! Une véritable ode aux dinosaures et à la fascination qu’on leur porte ! (MS)

À la mode, Jean Lecointre, Thierry Magnier, 28 p.

Un album désopilant et critique sur la mode, ou plutôt sur l’obsession de la mode. Dans ce conte, tout le royaume est obnubilé par l’idée de ne plus être à la mode. Le peuple vit dans la peur d’un monstre abominable : le Ridicule. Les collages pour le moins burlesques présents dans les illustrations servent le propos à merveille. Il en va de même pour l’habile utilisation des expressions comme « Le naturel revient au galop ». Bref, un album aussi hilarant qu’inquiétant qui fera réagir à coup sûr le lecteur. (MS)

Contes, Charles Perrault, ill. d’Élodie Nouhen, Gründ, 189 p.

Les recueils dédiés aux contes de Charles Perrault ne se comptent plus. Or, dans la foulée, quelques-uns d’entre eux se démarquent par la qualité de leurs illustrations et du travail éditorial. C’est le cas de ce nouveau recueil illustré par Élodie Nouhen. Le travail de l’artiste oscille avec pertinence entre tradition et modernité. Les illustrations - des pleines pages, des vignettes ou des croquis - sont à la fois douces et énigmatiques. On découvre avec ferveur le naïf Chaperon rouge imaginé par Nouhen, sa Belle au bois dormant à la chevelure forestière et tous ses autres personnages. (MS)

Abécédaire Québec en photos et Abécédaire Montréal en photos, Martine Doyon, Dominique et compagnie, 36 p. ch.

Faire découvrir une ville à l’aide des 26 lettres de l’alphabet, voilà le défi relevé par Martine Doyon. Au fil des mots et des photographies, l’auteure réalise une visite guidée de ces villes en donnant à voir et à lire des éléments clés qui les caractérisent. Pour Montréal, le début de l’abécédaire va comme suit : « Atrium, Biosphère, Corde à linge, Drapeau, Escalier, Feu d’artifice, Graffiti, etc. » De courts textes informatifs et poétiques accompagnent chaque duo mot / photo, rendant la lecture dynamique. Il existe peu de documentaires sur Montréal et Québec ; ceux-ci sont honnêtes et permettent une initiation efficace. (MS)

Les méduses, ces étranges animaux, Catherine Vadon, Belin, 45 p.

Vous avez toujours rêvé d’un documentaire sur les méduses ? Oui ? Non ? Eh bien, peu importe, car celui concocté par Catherine Vadon est fabuleux ! Saviez-vous qu’il existe plus de mille espèces de ces drôles de créatures ? Qu’elles vous terrorisent, vous fascinent ou vous laissent indifférents, vous serez ébahis devant les nombreuses photographies de ces animaux aux allures fantasmagoriques. Chaque page possède une thématique particulière reliée aux méduses et présente une quantité de courts textes riches en informations. Des dessins humoristiques ajoutent une touche amusante à l’ensemble. (MS)

Emo, t.1 : En route pour le concert de notre vie, Benoit Bouthillette, ill. de Guillaume Maccabée, coll. «Epizzod», La courte échelle, 42 p.

Voici Emo, la nouvelle série de la collection «Epizzod» de La courte échelle. Cette fois-ci, mystère, suspense et musique sont au rendez-vous. Dans ce premier tome, accrocheur autant par l’intrigue que par la narration, se dessinent des personnages complexes, intelligents. Le tout est mené sur un rythme de basse hypnotique ! (AL)

Le tueur à la cravate, Marie-Aude Murail, coll. «Médium», École des loisirs, 362 p.

En attendant la venue de l’auteure cet automne (youpi !!), voici de quoi nous faire patienter… Une fois de plus, son écriture fait mouche : intelligence, suspense et émotions sont au rendez-vous. Murail nous plonge dans une intrigue palpitante, aux personnages forts et mystérieux. Une écriture tout simplement exceptionnelle, une fois de plus. (AL)

La maison penchée, Kathi Appelt, Milan, 315 p.

Attention, gros, gros, mais alors gros, gros coup de cœur! Une expérience de lecture unique, un roman que l’on a envie de lire à voix haute. Un plongeon dans la moiteur des marais Louisianais, une histoire murmurée par des arbres millénaires. Trois récits, mais une seule fin. Des chats, des hommes, des serpents, un crocodile, de la rage, de l’amour. Fabuleux ! (AL)

Aussi :

Hunger Games, t.2 : L’embrasement, Suzanne Collins, Pocket, 398 p.
Les étranges talents de Flavia de Luce, Alan Bradley, Du masque, 371 p.
Enfant de la jungle, Michael Morpurgo, Gallimard, 297 p.
Ceux qui rêvent, Pierre Bordage, coll. «Ukronie», Flammarion, 334 p.


( Sélection et rédaction : May Sansregret et Alice Liénard )

La crème des bandes dessinées

J’ai pas tué de Gaulle : mais ça a bien failli…, Bruno Heitz, Gallimard, coll. «Bayou», 119 p.

Cinq ans après L’affaire Marguerite, dernier tome des aventures de son privé à la cambrousse, Bruno Heitz revient enfin au roman graphique en grande forme… et en couleurs ! Dans ce récit irrésistible fleurant bon le Paris du début des années 60, Jean-Paul, un provincial je-m’en-foutiste et chômeur, se retrouve mêlé à des affaires de plus en plus louches : escroquerie d’abord, terrorisme ensuite… Tandis que la ligne à la fois tendre et prompte de l’auteur donne beaucoup de rythme au récit, son ton brut apporte la touche corsée à un polar qu’on dévore. (EB)

Soul Man (Le casse, t.3), Denys et Chauvel, Delcourt, 56 p.

Les gardiens du centre correctionnel d’Attica en sont bouche bée : un jeune blanc-bec se voit bouclé dans la même cellule que le Soul Man, un monstrueux colosse noir reconnu pour avoir trucidé tous ses précédents codétenus. La situation est par trop invraisemblable pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche. S’amorce alors un captivant jeu de dupes entre ces David et Goliath des temps modernes… Pour ce troisième volet de la série Le casse, le directeur de collection lui-même, David Chauvel, nous fait l’honneur d’une intrigue des plus rondement menées, que vient ponctuer une savante imbrication de flash-back. Un captivant récit à suspense, tout aussi efficace que musclé. (ÉL)

3 souhaits, t.1 : L’assassin et la lampe, Paolo Martinello et Mathieu Gabella, Drugstore, 56 p.

Au temps des croisades, un jeune guerrier membre d’un ordre mystique musulman, devenu djinn malgré lui, doit remplir trois missions périlleuses pour se libérer d’une lampe magique. Avec un brin d’histoire, mais surtout inspiré de différents contes des Mille et une nuits, ce premier tome d’une série de trois nous envoûte par son scénario dynamique et dépaysant, et son somptueux dessin aux couleurs riches. Du merveilleux fantastique plein d’action dans un univers mythologique arabe rarement vu dans le genre. (SP)

L’empoisonneuse, Barbara Yelin et Peer Meter, Actes Sud - l’An 2, 200 p.

Allemagne, 1828. Une jeune femme de lettres londonienne est chargée par un grand éditeur d’écrire un guide de voyage sur la ville «libre et hanséatique» de Brême. Or, sur place, elle découvre une population fortement agitée par le procès de Gesche Gottfried, qui aurait délibérément - dit-on - empoisonné une quinzaine de personnes de son entourage en autant d’années. Mais à l’encontre de cette société profondément misogyne, la jeune écrivain osera douter de la responsabilité psychologique de «L’empoisonneuse»… Un sombre fait vécu romancé avec maîtrise par Meter, et soutenu de manière irréprochable par la mine de plomb robuste mais sensible de Yelin. (EB)

Les derniers jours d’Ellis Cutting, Thomas Vieille, Gallimard, coll. «Bayou», 112 p.

Comme l’indique son titre, ce premier album de Thomas Vieille nous fait partager les derniers moments d’un homme traqué. Campée à l’époque de la ruée vers l’or et riche de personnages idéalistes, cette chronique d’une mort annoncée se présente comme une sorte de western aux accents de tragédie grec. Élégamment servi par une mise en scène à la fois sobre et inventive, voilà bien une habile première œuvre, révélatrice d’un grand talent. (ÉL)

Nord, nord-est, Gilles Tévessin et Thomas Gabison, Actes Sud BD, 140 p.

Nord, nord-est : direction ou hésitation ? Au village, c’est la vie ordinaire : le quotidien, les habitudes. Mais dès qu’on se met à bouger, il y a rencontre. Gilles, un quarantenaire, invite sa grand-mère Marilou pour un voyage en train à Paris. À la Gare du Nord, dans un troquet, ils sympathisent avec Gilbert, Jeanne et Azzedine, leurs voisins de table ; ensemble ils partiront en balade pour une journée magnifique… Si le puissant effet de réel qui se dégage de ce récit d’errance, alter ego contemporain de Zazie dans le métro, évoque la vidéo par son aspect pris sur le vif, cela n’empêche pas Tévessin de se livrer à d’enthousiasmantes cartoonisations, fantaisies esthétiques et rythmiques. (EB)

Y’a du monde au portillon, François Duprat, Carabas, 80 p.

Un diplômé universitaire introverti s’emmerde dans un travail administratif abrutissant jusqu’à ce qu’il décide de se «révolter» ; on lui impose alors une stagiaire pour le superviser, sauf que le charme de celle-ci attirera sa convoitise, de même que celle de deux de ses collègues… Duprat nous convie à une sympathique comédie dramatique mariant les points de vue de différents personnages, et offrant plusieurs éléments fantastiques originaux qui contrastent avec le banal du quotidien. Notre intérêt est particulièrement capté par ce procédé narratif astucieux qui nous montre ce qui préoccupe mentalement et affectivement la stagiaire. (SP)

Aussi :

Ça n’arrive qu’à moi, t.1, Didier Tronchet, Futuropolis, 62 p.
Ananke, Erwin Madrid et Noirgaley, Delcourt, coll. «Jeunesse», 48 p.

Signalons en terminant les rééditions de Je ne t’ai jamais aimé de Chester Brown (Delcourt), récit autobiographique impressionniste d’une adolescence anglo-québécoise ; de Kaspar, de la Montréalaise Diane Obomsawin (L’oie de Cravan), biographie minimaliste du tristement célèbre Kaspar Hauser ; et de Malet, de Nicolas Juncker (Treize étrange), l’incroyable tentative de coup d’état d’un ex-général de Napoléon 1er qui s’essaie à le faire croire mort sous les fusils russes…

Mentionnons aussi le premier tome de l’édition intégrale de L’ours Barnabé de Philippe Coudray (La boîte à bulles), l’une des meilleures séries jamais réalisées pour les premiers lecteurs, qui les initie non seulement à la lecture, mais aussi à la réflexion sur le sens. Enfin, citons les adaptations de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury par Tim Hamilton (Casterman), et de la nouvelle Sarah Cole : Une histoire d’amour d’un certain type de Russel Banks par Grégory Mardon (Futuropolis), une expérience dysphorique à souhait… (EB)

( Sélection et rédaction : Eric Bouchard, Éric Lacasse, Sébastien Patenaude et Réjean St-Hilaire )

* * *

Bonnes lectures !


5 juillet 2010  par Éric Lacasse

Dix livres fétiches : Éric Lacasse

Dix livres fétiches : une nouvelle rubrique qui reviendra périodiquement sur Le délivré. Dans celle-ci, un libraire de l’équipe se confie sur les dix titres qui l’ont marqué à vie : les dix titres qu’il emmènerait sur cette inévitable île déserte, qu’il sauverait d’un incendie, qu’il planquerait en cas de perquisition. Et comme le fait si justement remarquer notre libraire bandes dessinées Éric Lacasse, dix titres, c’est aussi une manière de se présenter…

* * *

Un peu comme on découvre la personnalité de quelqu’un en jetant un œil sur les livres composant sa bibliothèque, vous faire partager mes ouvrages fétiches me présente fort bien. Voici dix de mes plus foudroyants coups de cœur à vie : dix bandes dessinées inspirantes, comme autant de nourritures terrestres m’ayant permis de goûter la vie différemment par la suite. Vous aurez bien sûr compris qu’il s’agit ici d’une sélection toute personnelle…

Julie Doucet est l’artiste qui me procura mon premier véritable électrochoc. De ceux qui ébranlent les bases des plus tenaces perceptions. Autant au niveau de la forme que du fond, la bande dessinée pris alors pour moi le chemin troublant de l’exploration intimiste. À la suite de quoi les Valium, Crumb et autres Joe Matt s’alignèrent sans répit pour le plus grand bonheur de ce nouveau plaisir coupable. De tous les ouvrages publiés par Julie Doucet, Changements d’adresses demeure celui que je relis avec le plus de délectation, entre autres choses parce qu’elle nous y révèle une partie de son cheminement créatif.

Xavier Mussat aussi nous ouvre les portes de ses inspirations avec Sainte Famille. Dans un style tout en rondeur, Mussat nous entraîne au cœur du déséquilibre socio-familial à l’origine de ses pulsions créatrices. Bédéiste tourmenté à la recherche d’une saine réalité, c’est dans un foisonnement de symboles et de métaphores visuelles qu’il découvrira le sens et le sacré de son existence.

Parlant de sacré, s’il y a un auteur devant lequel je suis à genoux, c’est bien le divin Blutch. Bien plus qu’un trait d’une force exceptionnelle jumelée à une composition à couper le souffle, ce sont les sujets choisis et leur traitement qui cristallisent toute mon admiration pour cet artiste. Bien que Blotch le Roi de Paris, Vitesse Moderne et Péplum m’aient tous formidablement déstabilisés et éblouis, Le petit Christian demeure mon album fétiche. Sans doute parce qu’on y explore l’imaginaire complètement débridé du petit Christian, gamin fabulateur et conteur en devenir.

En matière d’histoires aussi imprévisibles que fantasques, La jonque fantôme vue de l’orchestre de Jean-Claude Forest, fait office à mes yeux de pur chef-d’œuvre. Pour dire vrai, cet album est sans doute l’œuvre qui hante de la façon la plus incisive mes fantasmes de lecteur. Car, au travers cette «fenêtre hygiénique» que trimballent les personnages principaux de villes en villages, ce n’est rien de moins que du pur plaisir anticipé qui nous est offert en spectacle. Allégresse que l’on ressent d’ailleurs à chacune des planches comme autant de fenêtres ouvertes sur l’émerveillement.

Avec Ma vie mal dessinée, Gipi pousse quand à lui à l’extrême l’idée d’introspection jusqu’à nous faire voir les facettes les plus sombres de son âme. Une âme caractérisée par une psyché sans visage et au travers laquelle abordages amoureux et piraterie se confondent dans la crainte d’un éventuel naufrage. Porté par un visuel tout fait d’encre et de grafignes, c’est la terra incognita d’un écorché vif qui s’offre à notre regard. Foudroyé et déstabilisé tout comme l’est l’auteur devant cette ligne de vie terrifiante, mais qui a tout de même fait de lui ce qu’il est devenu. Grandiose.

Magistral aussi est pour moi l’album Cages de Dave McKean. Alternant les styles graphiques au fil des pages, McKean fera pour nous l’ombre et la lumière sur quelques pensionnaires du Meru House, un immeuble en réparation, cintré d’échafaudages. Dans cette cage à l’échelle humaine s’ébattent, entre autres spécimens, un romancier vivant cloîtré chez lui, un peintre en panne d’inspiration, un jazzman qui a trouvé la vibration capable de faire voltiger les cailloux et une botaniste qui fait pousser une forêt dans son appartement. Autant de regards mélancoliques et graves, qui ne sont en fait que la vision diffractée d’un créateur confronté au doute.

À l’ombre des coquillages, de José Roosevelt, est aussi une œuvre qui a pour thème les tourments de la création ; tiens donc ! Dans cet album, nous emboîtons le pas à trois singuliers personnages, Juanalberto, Vi et Ian, qui, chacun de leur côté, sont habités par une même et persistante intuition : aller à la rencontre du «Peintre». Le «Peintre» en question étant au final nul autre que Roosevelt lui-même, attendant patiemment que les idées qu’il vient d’avoir quittent leurs mondes respectifs afin d’arriver jusqu’à lui. Un fantastique essai sur la créativité, par celui qui nous avait déjà donné La table de Vénus et Derfal le Magnifique.

Ma principale source d’éblouissement en provenance du pays du soleil levant se situe dans l’œuvre d’Usamaru Furuya. En particulier grâce à un fascinant diptyque intitulé La musique de Marie, sorte de fable utopiste dans laquelle l’auteur nous révèle le prix à payer afin de vivre en harmonie permanente.  D’autres titres traitant d’important problèmes sociaux, tels que Le cercle du suicide et L’âge de déraison, sont venus par la suite confirmer à mes yeux l’importance de ce perspicace conteur nippon.

Avec sa façon toute personnelle d’agencer mots et images, l’auteure britannique Posy Simmonds occupe une place de choix au panthéon de mes idoles. Avec Tamara Drewe, Simmonds nous entraîne dans un coin reculé de la campagne anglaise à la rencontre d’une faune bigarrée d’écrivains en résidence. Du roman policier au journal à potins, en passant par les courriers personnels et les textos, nous découvrons avec le plus grand amusement que toute forme d’écriture est bonne pour colporter des idées. Drôle, rafraîchissante : cette bande dessinée est un pur enchantement.

Bon nombre de coups de cœur se sont produits au cours de mes dix années en librairie. Mais il serait injuste de passer sous silence mon premier véritable vertige devant une œuvre dessinée, vers 17 ans, lorsque j’ai découvert l’album La tour de François Schuiten et Benoît Peeters . Plongeon qui alors me permit d’entrevoir le colossal travail de construction que devait demander une bande dessinée.

Au moment de conclure cette liste d’appréciation, certaines choses me frappent. Parmi celles-ci, je me rends compte que la majorité de mes albums fétiches de bandes dessinées n’ont été concoctés que par un seul individu, et que les processus créatifs semblent être pour moi une source d’intarissables curiosités… Exercice révélateur.

Au plaisir de vous rencontrer en librairie.

* * *

Changements d’adresses, Julie Doucet, L’assossiation, coll. «Ciboulette», 54 p.
Sainte Famille, Xavier Mussa, Ego comme X, 88 p.
Le petit Christian, Blutch, L’association, coll. «Ciboulette», 54 p.
La jonque fantôme vue de l’orchestre, Jean-Claude Forest, Casterman, 102 p.
Ma vie mal dessinée, Gipi, Futuropolis, 144 p.
Cages, Dave McKean, Delcourt, 496 p.
À l’ombre des coquillages, José Roosevelt, La Boîte à Bulles, 192 p.
La musique de Marie (2 t.), Usamaru Furuya, Casterman, coll. «Sakka», 248 p.
Tamara Drewe, Posy Simmonds, Denoël Graphic, 134 p.
Les cités obscures : La Tour, François Schuiten et Benoît Peeters, Casterman, 112 p.


2 juillet 2010  par David Murray

Au-delà de la casse

Manifestation du vendredi 25 juin

Manifestation du vendredi 25 juin

Le weekend dernier se déroulait à Toronto le sommet des chefs d’États du G20. Résultat des courses ? On parlait de 900 arrestations, mais, ce matin, le journaliste Alec Castonguay nous apprend dans Le Devoir que ce sont en fait plutôt 1090 arrestations qui ont été réalisées par les forces de l’ordre. Cette rafle en fait la plus importante jamais vue au pays, plus du double de ce que furent les arrestations massives lors du Sommet de Québec en 2001 et lors de l’application de la loi des mesures de guerre en 1970… Rappelons que dans le dernier cas, un diplomate et un ministre avaient été enlevés, alors que dans le cas présent, on rapporte deux voitures de police délibérément abandonnées incendiées et quelques vitrines fracassées, essentiellement des banques et autres multinationales… Des dégâts du même acabit que lors des victoires du Canadiens. Sur les 1090 personnes arrêtées, 827 ont depuis été relâchées sans qu’aucune accusation ne soit portée contre elles…

arrestation

Avec les témoignages qui fusent de toutes parts depuis une semaine, on réalise à quel point ces arrestations furent arbitraires, injustifiées et indignes d’un État de droit. Surtout que celui-ci se targue d’être de la crème des régimes démocratiques, se donne fréquemment le droit de faire la leçon aux gouvernements autoritaires de la planète, et de plus envoie ses soldats se faire tuer à l’autre bout du globe au nom de cette même démocratie… En début de semaine, la police a bien tenté de nous vendre sa salade, renforcée par des pseudo-experts des « questions de sécurité » invités sur les tribunes médiatiques, pour qui les « casseurs » de Toronto sont en gros les mêmes que ceux qui sévissent lors des victoires de la Sainte Flanelle pendant les séries de la Coupe Stanley. Mais l’exercice de légitimation des actions de la police nous apparaît plutôt bancale, de nouveaux mensonges policiers étant révélés chaque jour. Plusieurs questions demeurent d’ailleurs toujours  sans réponse, que seule une enquête indépendante pourrait éclaircir. Phlippe Leroux, sur le média citoyen Agora Vox, a bien résumé ces interrogations.

Complètement disproportionnés furent donc les agissements de la police cette dernière fin de semaine à Toronto. Et en prenant connaissance des nombreux témoignages de personnes maintenant relâchées, on réalise à quel point fut inhumain le traitement qui leur fut accordé pendant leur détention. Un navrant spectacle des forces de l’ordre qui nous amène à conclure que tout fut en fait orchestré pour justifier le milliard de dollars investis dans la sécurité pour le Sommet. De nombreux soupçons d’infiltrations policières commencent aussi à poindre… Mais il n’y a rien de nouveau là-dedans - rappelons-nous le sommet de Montebello en 2007. Encore jeudi, lors d’une marche de solidarité avec les prisonniers politiques de Toronto (appelons un chat un chat), on a pu aperce- voir de ces agents provocateur aux abords de la manifestation. Ces techniques d’infiltration remontent à loin et ont été appliquées à toutes les sauces par les gouvernements du monde. On pourra lire à cet effet la réédition chez Lux de l’ouvrage de Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression. Dans une des postfaces du livre, le politologue Francis Dupuis-Déri rappelle d’ailleurs comment les militants montréalais font les frais d’une constante répression politique depuis une quinzaine d’années au Québec.

Le Sommet du G20 est aussi venu nous rappeler à quel point les médias et les pseudo-experts auxquels ils se réfèrent généralement font preuve d’une grande ignorance quant aux motivations des manifestants, ou plus particulièrement celles des groupes plus radicaux ; ce qu’on peut entendre en termes d’idées pré-conçues à propos entre autres des Black Blocs le démontre bien… Nous parlions d’agents provocateurs plus haut. Bien évidemment que certains de ces agents réussissent à infiltrer ce type de manifestation. Mais de là à considérer tous les « hommes et femmes en noir » d’agents provocateurs, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Nous recommandons d’ailleurs à ces « experts ès casseurs » de lire l’ouvrage du même Dupuis-Déri sur les Black Blocs, publié chez Lux. Qu’on adhère ou non avec les méthodes employées, il faut reconnaître l’authenticité des luttes que mènent ces personnes. Nous ne voulons pas ici nécessairement défendre la « violence » perpétrée sur les vitrines de grandes multinationales, mais simplement rappeler que plusieurs mouvements de luttes ont eu leurs franges plus violentes, qu’on pense aux suffragettes au début du siècle dernier ou au mouvement de lutte pour les droits civiques aux États-Unis, comme le rappelait d’ailleurs Dupuis-Déri dans un texte d’opinion paru dans Le Devoir. Mais la mémoire historique est une faculté qui s’oublie ; n’en restera-t-il finalement plus d’elle qu’une devise vide ornant les plaques de nos voitures ?

Et parlant de violence et de cet éternel débat surgissant à la suite des grands sommets mondiaux, nous vous laisserons avec ce qu’en disait Miguel Benasayag et Diego Sztulwark dans leur excellent ouvrage Du contre-pouvoir, paru aux éditions La Découverte :

« La question de la violence en politique, souvent abordée,  a toujours été victime des « grands consensus » de ces dernières années. Sa seule évocation suffit pour déclencher une réaction en chaîne menant inévitablement à la bonne réponse : nous sommes tous contre l’utilisation de la violence en politique, nous sommes tous d’accord qu’il ne faut pas ajouter aux malheurs de l’humanité en augmentant les niveaux de violence et que les conflits doivent être résolus pacifiquement.

Pourtant, la brutalité des puissants et du marché international, l’inhumanité du monde financier pour lequel rien ni personne ne vaut plus qu’une bonne action à la Bourse, les désastres écologiques qui menacent la vie des peuples, des animaux et des plantes, l’exclusion sociale de millions de miséreux, le cynisme des firmes pharmaceutiques qui refusent de produire certains vaccins au nom des critères de rentabilités, toute cette violence-là non seulement n’a pas cessé, ne s’est pas affaiblie, mais elle se développe sans que  - apparemment - rien ni personne ne puisse l’arrêter. De sorte que la critique si « consensuelle » de la violence semble, soudain, se relativiser : ce qui serait devenu inacceptable dans notre monde, ce ne serait pas la violence en elle-même, mais un type de violence et, paradoxalement, pas celle qui met en danger la survie même de la planète, mais cette autre violence qui oppose les opprimés aux oppresseurs. Ce qui en réalité est perçu comme révolu et inadmissible, c’est que face à la violence du système se manifeste une violence de la résistance.

On ne peut donc souscrire aux énoncés pacifistes qui, plus que pacifistes, sont en réalité conformistes voire « collaborationnistes ». La violence est un élément de la multiplicité, dont il est impossible de dire si nous « voulons » ou non qu’elle existe - affirmation qui relève de l’illusion. Dans la plupart des cas, la seule chose que nous puissions faire face à la violence, lorsqu’elle se déchaîne, c’est de définir de quel côté nous nous situons. »

Et entre vous et moi, si la police voulait véritablement empêcher la destruction de vitrines sans défense, on se demande comment 20 000 policiers armés jusqu’aux dents, quadrillant tout le centre-ville de Toronto, n’ont pas réussi à contrer, quoi, cette trentaine d’individus - cinquante tout au plus - qui ont eu une bonne heure sans présence policière manifeste pour accomplir leurs actions. Je vous laisse sur cette réflexion…

* * *

Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, Victor Serge, Lux, 225 p.
Les Black Blocs : la liberté et l’égalité se manifestent, Francis Dupuis-Déri, Lux, coll. «Instincts de liberté», 252 p.
Du contre-pouvoir, Miguel Benasayag et Diego Sztulwark, La Découverte, 178 p.


30 juin 2010  par Eric Bouchard

Black and tan fantasy

« Docteur, je suis un genre malade de son image, et ça fait une bonne quinzaine années que ça dure ! Depuis que Soleil, fort du succès de sa série-phare Lanfeust de Troy, a décidé de m’éditer ad nauseam, et que plusieurs autres éditeurs l’ont suivi dans son sillage, tout un pan de l’intelligentsia BD me ridiculise, insinuant que je ne suis destiné qu’aux puceaux boutonneux et autres ados attardés… Docteur, aidez-moi, je vous en supplie ! »

Si la bande dessinée de fantasy se retrouvait chez le psychologue, voilà sans doute à quoi ressemblerait sa confession. Mais mentionnons à sa décharge qu’ils sont plusieurs (Soleil en tête, mais aussi d’autres tels Delcourt, Clair de lune ou plus récemment les Humanoïdes associés) à entacher sa crédibilité avec des séries racoleuses et bâclées, sans imagination, où trône en couverture l’inévitable image d’une femme armée à demi-nue. Édités à un rythme industriel et dans une logique purement commerciale, ces bien pâles ersatz de l’œuvre de Tolkien se contentent de saturer le marché et de flatter leur public, souvent complaisant il est vrai.

« Les fantasyens » de Riad Sattouf, dans L'épouvette t.2, L'association.

Par contre, ce serait oublier la vraie nature du fantasy, un sous-genre du merveilleux avec lequel il est régulièrement confondu. À la différence du genre fantastique, qui fait survenir un élément surnaturel dans un univers réaliste, le merveilleux met tout simplement en scène un univers imaginaire ; pas de quoi faire s’outrer un snob, on s’entend.

Le fantasy, de son côté, est un univers merveilleux, mais dans lequel intervient la magie ou le mythe, tandis que l’heroic fantasy, quant à lui, est généralement centré sur un guerrier devant accomplir une quête… héroïque. Mais mis à part ces distinctions génériques, qu’est-il grosso modo mis en scène dans tout récit de fantasy ?

L’affrontement des forces du bien et du mal, bien sûr, mais au-delà ? La création contre la fin de la création… ou encore la fiction proprement dite : l’acte de création d’un univers dépeignant en somme l’acte d’écriture lui-même. Un bon exemple de cette mise en abyme étant le film L’histoire sans fin (The NeverEnding Story) de Wolfgang Petersen, adapté du roman de Michael Ende, où le jeune Bastien, au fur et à mesure qu’il lit un livre lui-même intitulé L’histoire sans fin, devient partie prenante de la quête qui s’y déroule : sauver de l’extinction le monde et les habitants de… Fantasia.

Or ce retour aux sources définitoires du fantasy (plutôt que la simple imitation des œuvres à succès) semble toujours s’avérer salvateur et entraîner la création d’œuvres de qualité, tel que l’illustrent deux nouvelles séries récentes.

Martinique fantasy

En début d’année paraissait le premier tome d’Encyclomerveille d’un tueur de Thierry Ségur et Patrick Chamoiseau. De cette rencontre a priori improbable entre Chamoiseau, Goncourt 92, essayiste de la culture créole, et Ségur, chantre de l’heroic fantasy classique qu’on connaît surtout pour sa série Légendes des contrées oubliées, un des premiers grands succès de l’éditeur Delcourt, est surgi un univers qui dépasse l’entendement, et même un nouveau genre, le fantasy créole. Et en effet, quel site bien trouvé que celui du créole, qui naît d’une hybridation de cultures et de langues, pour mettre en scène l’acte de création…

Dans un cimetière martiniquais, un fossoyeur et son apprenti doivent contrôler les failles entre la réel et l’au-delà, sur une île où les croyances se croisent et se démultiplient. Déjà là, les ouvertures sur l’autre monde offrent au lecteur des images plutôt saisissantes. Mais la richesse de cette œuvre ne s’arrête pas là, alors que le jeune orphelin supporte en parallèle son apprentissage à l’aide d’un carnet où notes et esquisses «annoncent» un univers en construction. Et où le lecteur retrouve-t-il le contenu de ce carnet ? Hors du cadre, hors des cases du récit, comme si le blanc des marges de la bande dessinée était un infra-monde précédant l’histoire elle-même. À cet effet, Philippe Sohet et Yves Lacroix avaient remarqué à propos d’Andreas qu’il pratiquait la planche comme une « surface narrative » envisagée avec une porosité rappelant « l’antériorité fondatrice du support »[1]. De même, la planche de bande dessinée s’affiche, dans Encyclomerveille d’un tueur, comme un seuil poreux vers la fiction, tel le cimetière de Cocoyer Grand-Bois en est un vers le creuset des mythes créoles.

Ségur, de son côté, a significativement affiné son art depuis ses dernières publications en bande dessinée, et s’affirme de plus comme l’un des rares auteurs à se servir des outils de traitement de l’image de manière créative d’une part, et signifiante d’autre part, tandis que les effets de déchirure et d’intrusion qu’il inclut dans ses images ne sont pas qu’au service de l’esbroufe, mais bien du récit. Troublante mise en abîme de la fiction, fantasy métaphysique, réflexion sur le mariage des cultures : Encyclomerveille d’un tueur est une spectaculaire révélation, baroque, flamboyante et post-moderne !

Arabique fantasy

Puis, ces derniers jours, nous recevions une autre de ces surprises : 3 souhaits, du scénariste Mathieu Gabella (La Licorne, éd. Delcourt) et du dessinateur italien Paolo Martinello où, sous une couverture désespérément conventionnelle, se dissimule un étonnant jeu de portes historiques, fantastiques et littéraires entre Proche et Moyen-Orient.

Sans trop en dire, sachons seulement que Jérusalem, point de rencontre du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam, offre d’emblée un cadre exceptionnel pour un scénariste sachant l’exploiter (souvenons nous du savoureux second tome de Professeur Bell de Joann Sfar, Les poupées de Jérusalem).

Mais si, à cet univers déjà riche, on ajoute celui des haschichins, qu’on croise au tout celui des djinns et du merveilleux arabe, et qu’empruntant cette voie de la métamorphose et des faux-semblants, on retrouve le panthéon des grands mythes littéraires d’Orient ? On obtient un récit totalement exaltant sur l’identité de l’au-delà et celle de la frontière entre réalité et imaginaire…

* * *

« Finalement, Docteur, suis-je un malade imaginaire ? »

Encyclomerveille d’un tueur t.1 : L’orphelin de Cocoyer Grand-Bois, Thierry Ségur et Patrick Chamoiseau, Delcourt, coll. «Terres de légendes», 56 p.
3 souhaits t.1 : L’assassin et la lampe, Paolo Martinello et Mathieu Gabella, Drugstore, 56 p.


[1] Dans L’ambition narrative : parcours dans l’œuvre d’Andreas, 2000, XYZ, 266 p.


28 juin 2010  par May Sansregret

Du livre au musée, du musée au livre

Le musée est un lieu de mystères et de découvertes. Les œuvres qu’il renferme stimulent l’imagination des petits et des grands, ouvrent leur horizon et font naître chez eux mille et une questions, tout en apportant quelques réponses, bien sûr.  Aussi, les visites au musée devraient-elle se mériter une place de choix dans l’horaire des vacances familiales. Elles sont idéales lors des jours de pluie ou par grandes chaleurs, bref tout au long de l’été.

Pour créer un véritable événement autour de cette activité, je vous propose dans cet article quelques livres qui éveilleront chez vous et vos enfants l’intérêt pour les lieux d’exposition et leurs œuvres d’art. Il ne sera pas question d’ouvrages documentaires (même si nombre d’entre eux sont magnifiques!), mais bien de fictions, tant sous forme d’album que de roman. Grâce à ces récits, les portes de musées fabuleux s’ouvriront à vous…

Une visite au musée avec Geisert et Browne

Avec Le Musée des mystères, Arthur Geisert donne à voir un musée aux nombreuses galeries où se côtoient tableaux, sculptures et animaux empaillés. L’œil fasciné du lecteur se promène sur la page s’arrêtant à tout moment sur un détail de l’illustration. L’histoire est celle d’une sympathique porcelette qui, comme tous les dimanches, se rend au musée avec son grand-père pour peindre et dessiner. Or, quelque chose d’étrange s’est produit…  La jeune narratrice se rend compte que certaines parties des tableaux ont été retirées et remplacées par des copies. Grâce à sa perspicacité, elle mène l’enquête et dévoile au grand jour les responsables du méfait. Au musée, il faut ouvrir l’œil!

L’album Le jeu des formes d’Anthony Browne met en scène une famille qui va au musée. Seulement, aucun membre de la famille ne s’emballe pour cette sortie, sauf la mère, l’initiatrice du projet. Au fil de la visite, ils apprendront néanmoins à poser un regard différent sur les œuvres. Ces dernières prennent littéralement vie et font vivre à la famille une pléthore de péripéties. L’intérêt croisant des personnages pour les œuvres d’art se voit dans l’illustration lorsque le beige de leurs vêtements se laisse progressivement gagner par la couleur. Cette histoire de famille et de musée vous fournira clés et idées pour aborder les œuvres de manière ludique lors de votre visite au musée.

Une œuvre, un musée, une histoire

Pour la suite, voici trois romans dont le récit prend forme à partir d’une œuvre d’art existante. L’exercice réalisé par les auteurs de ces histoires pourra vous servir d’inspiration… Lancez un défi à votre famille : « Faisons comme Anique Poitras! Choisissons une œuvre lors de notre visite au musée et créons une histoire à partir de celle-ci! » Cette activité prolongera l’effervescence de votre expédition muséale, mais créera surtout un lien entre un lieu, une œuvre et votre famille!

Anique Poitras s’inspire de La dame à la licorne, une série de six tapisseries datant de la fin du XVe siècle, pour concocter l’aventure de la frétillante petite Anique intitulée La dame et la licorne. Dans ce récit, les policiers arrêtent une dame sans papier d’identité au bord du fossé des quenouilles. Cette dernière affirme avoir perdu sa licorne. Devant l’incrédulité des adultes, Anique retrousse ses manches et promet à la dame de retrouver sa compagne à corne. Une fois l’animal retrouvé, Anique voyage au XVe siècle suite à l’invitation de la dame à la licorne. Puis, en visite au musée national du Moyen Âge à Paris, Anique et ses parents découvriront une septième tapisserie à la série La dame à la licorne où apparait… la petite Anique! Et vous, dans quelle toile aimeriez-vous voyager?

De son côté, le roman d’Yvon Brochu, intitulé Le fantôme du bateau atelier, a pour point de départ la toile Le Bateau atelier de Claude Monet. Cette histoire relate une rencontre extraordinaire entre une jeune fille, Émilie Legendre, et le fantôme de Claude Monet. Le peintre fera découvrir à sa jeune amie le paradis des couleurs. Le début et la fin du roman se déroule dans un musée, celui qui expose la toile Le bateau atelier, où Émilie, devenue peintre, tente avec émotions de converser à nouveau avec le peintre français.

En voici un court extrait pour vous donner un aperçu du ton du récit:

- Et vous, monsieur Monet, vous êtes aussi… un ange?

Le vieil homme éclate de rire à son tour:

- Qu’en penses-tu, toi?

Je réfléchis un instant avant de répondre:

- Moi, je crois que vous êtes le bon dieu de la couleur!

- C’est le plus beau compliment que j’ai reçu, me dit monsieur Monet d’une voix émue, les yeux tout brillants. Dis Émilie, tu veux bien peindre avec moi?

Et vous, avec quel artiste voudriez-vous discuter?

L’infante de Vélasquez de Marie Brantôme raconte pour sa part une histoire époustouflante de substitution. En visite au Louvre, Alice et Inès contemple la toile Les Ménines de Vélasquez. Lorsque Inès formule le souhait de prendre la place d’une jeune fille sur la toile, la voilà qui disparait. À sa place se tient la douce Dona Maria qui ne parle que l’espagnol… Suite à cette lecture, demandez-vous quel personnage figurant sur une œuvre d’art votre famille aimerait-elle héberger?

Bonne lecture… de livres ou de tableaux!

***

Le Musée des mystères, Arthur Geisert, Autrement, 2005,  32 p.
Le jeu des formes, Anthony Browne, Kaléidoscope, 2003, 25 p.
La Dame et la licorne, Anique Poitras, ill. Céline Malépart, série Anique, coll. « Roman rouge », Dominique et cie, 2004, 45 p.  
Le fantôme du bateau atelier, Yvon Brochu, ill. Steve Adams, coll. « Roman vert », Dominique et cie, 2003, 74 p,
L’infante de Vélasquez, Marie Brantôme, Seuil, 2003, 124 p.

25 juin 2010  par Eric Bouchard

Encore un effort

Le cheval blême de David B. inaugure en janvier 1992 la collection «Ciboulette» de L’association, qui a popularisé le format roman en bande dessinée.

En janvier 1992, paraît le premier album de la collection «Ciboulette» de L’association, qui a popularisé le format roman en BD.

Les indépendants : un vocable qu’on entendait à tout moment il y a quelques années, alors qu’ils renversaient l’édition mainstream ; mais aujourd’hui, qu’en est-il ? Quelle est leur importance, leur nécessité ?

Rappelons les faits : les années 80 voyaient la bande dessinée plongée dans une crise éditoriale, alors que le marché de la prépublication s’écroule (disparition des magazines Tintin, Pilote, Métal hurlant, Circus, etc.) devant celui, naissant de l’album. Mais en disparaissant, les revues emportent avec elles dans la tombe les bancs d’essais des auteurs débutants et les expérimentations qui n’étaient pas forcément soumises à des impératifs immédiats de rentabilité ; le public cherchait avant tout l’esprit d’une revue où cohabitaient une diversité d’auteurs. Par contre, il en allait tout autrement pour l’édition d’albums : les éditeurs ne veulent pas prendre le risque de miser sur un auteur novice et se réfugient dans les valeurs éprouvées. La décennie 80 fut donc celle du règne de la bande dessinée d’aventures standardisée, avec sa pointe d’érotisme nécessaire… Déjà, certains éditeurs étaient nés en réaction à cet immobilisme : le Futuropolis original  ou Magic Strip, par exemple, qui proposaient des politiques éditoriales davantage centrées sur le travail d’auteur. Hélas, ces structures ambitieuses n’auront pas survécu à la crise.

Affiche de l’adaptation cinématographique de Persepolis de Marjane Satrapi (2007)

Affiche de l’adaptation cinématographique de Persepolis de Marjane Satrapi, sorti en salles en 2007.

Il faudra attendre 1992 pour que, sur les cendres de Futuropolis, naquisse la bien-nommée L’association, formée par des auteurs dont les démarches personnelles originales ne trouvaient aucun écho chez les éditeurs alors en place, avec le succès que l’on sait. En quelques années, de nombreuses maisons alternatives envahiront le paysage (Ego comme x, Cornélius, Fréon ou Atrabile, pour n’en nommer que quelques-unes), formant un véritable mouvement. Cette nouvelle école place les auteurs au pouvoir, affiche sa prédilection pour le noir et blanc comme choix artistique (et non comme contrainte économique), pour les livres-objets, pour la diversité des formats. Le succès culmine dans la première moitié de la décennie 2000 avec Persepolis, alors qu’à ce moment une bonne partie de l’activité du Comptoir des indépendants, qui diffuse le gros de ces petits éditeurs en Europe, tourne autour de la manutention du best-seller de Marjane Satrapi.

Voyant une partie du marché leur échapper, les gros éditeurs finissent par réagir en mettant sur pied des collections sur mesure pour accueillir les artistes de la scène indépendante : «Poisson pilote» chez Dargaud, «Écritures» chez Casterman ou «Bayou» chez Gallimard par exemple, tandis que ce dernier s’associe de plus à l’éditeur de fantasy Soleil pour ressusciter Futuropolis.

Image d'un transfuge : Lapinot passe, à l'instar de son créateur, Lewis Trondheim, chez les grands éditeurs.

Image d'un transfuge : Lapinot passe, à l'instar de son créateur, Lewis Trondheim, chez les grands éditeurs, et subit le remodelage nécessaire.

Résultat : la génération des auteurs indépendants n’aura jamais joui d’une diffusion aussi large, certains imposant même leur noir et blanc chez les majors. Mais ces auteurs le sont-ils toujours, indépendants ? Cette ouverture économique s’est-elle effectuée sans sacrifices ? Si le public est heureux de retrouver ces auteurs de manière plus accessible chez les grands éditeurs, n’y a-t-il pas un biais qui s’est installé dans leur production ? N’y a-t-il pas apparence de liberté alors que ces auteurs exécutent un travail sur mesure pour des collections… formatées pour eux ?

Et pendant ce temps, qu’arrive-t-il aux indépendants, alors que la majorité de leurs auteurs, attirés vers de plus verts pâturages, les désertent ? Comment l’édition indépen- dante parviendra-t-elle à réacquérir sa valeur symbolique, à se repositionner, à réinventer encore le marché ? À l’heure actuelle, il est difficile de répondre à la question alors qu’elle fait face à de nombreuses difficultés.

En premier lieu, ses organes de diffusion périclitent. Par exemple, les principaux éditeurs qui faisaient la force du Comptoir des indépendants en Europe le quittent les uns après les autres (Cornélius pour Harmonia Mundi ou Ego comme x pour Flammarion, alors que L’Association et Atrabile passaient récemment chez Belles Lettres Diffusion, qui n’a pas d’antenne au Québec !) Deuxièmement, les ouvrages deviennent de plus en plus inabordables, et peuvent difficilement supporter la comparaison avec des «produits similaires» : alors qu’un roman graphique peut se vendre 30$ chez un grand éditeur, il est souvent 50% plus cher chez un petit.

Qui paiera 79,95$ pour la traduction française d'American Elf de James Kochalka alors que la version originale se vend 31,50$ ?

Qui paiera 79,95$ pour la traduction française d'American Elf de James Kochalka alors que la version originale se vend 31,50$ ?

Troisièmement, la stratégie commerciale de leurs diffuseurs pique du nez alors que les conditions d’envoi des nouveautés se fragilisent dangereusement. En cherchant à minimiser les risques, ceux-ci ne commandent plus que de toutes petites quantités aux éditeurs ; pour peu qu’un des ces bouquins jouisse d’un engouement en librairie, il devient aussitôt manquant chez le diffuseur, souvent pour plusieurs mois, condamnant d’office un éventuel succès. Et toujours dans l’optique de réduire ces risques au maximum, ces diffuseurs cherchent carrément à exclure les retours en proposant les nouveautés en vente ferme, fermant ainsi la porte des librairies à tout ouvrage sortant le moindrement des sentiers battus. On s’inquiète que bientôt, ces drôles de joueurs de poker n’aient plus de diffuseur que le nom…

Le dernier tome de L'éprouvette

L'éprouvette vol. 3

Il n’en reste pas moins que malgré les déboires des diffuseurs, la scène indépendante se retrouve elle-même en crise identitaire. L’une des dernières entreprises d’envergure de L’association, la revue L’éprouvette (trois numéros parus de janvier 2006 à janvier 2007) cherchait justement à remettre en question l’identité de la bande dessinée, à se demander comment la sortir de ses frontières actuelles. À ce propos, si l’examen d’auteurs de bande dessinée qui en sont sortis en important leur culture au sein d’autres médiums (Julie Doucet et ses collages, Benoît Jacques et ses broderies, Edmond Baudoin et la danse contemporaine, etc.), ou le questionnement légitime sur la complaisance de la critique, qui prive peut-être le milieu d’une nouvelle (r)évolution, sont à coup sûr salutaires, il n’en demeure pas moins qu’on se demande bien où émergeront les nouvelles avant-gardes.

* * *

Sur tous ces questionnements légitimes, on pourra lire avec intérêt quelques ouvrages parus dans la collection «Éprouvette» : Désœuvré, de Lewis Trondheim, une enquête parmi ses collègues pour répondre à cette question : les auteurs de bande dessinée sont-ils condamnés à mal vieillir ? ; Plates-bandes, de Jean-Christophe Menu, un essai virulent sur la vidage de sens des expériences de l’édition indépendante par les grands éditeurs ; L’art selon Madame Goldgruber de Nicolas Mahler, ou les hilarants démêlés d’un bédéiste autrichien avec une fonctionnaire à l’esprit hermétique du ministère du revenu ; Contre la bande dessinée de Jochen Gerner, un inventaire de jugements sur le médium jouant dans sa forme sur les limites entre «ce qui est BD» et «ce qui ne l’est pas» ; et finalement, Encore un effort d’Alex Baladi, l’émouvant manifeste d’un auteur pour l’esprit… indépendant.

Extrait d'Encore un effort d'Alex Baladi

Extrait d'Encore un effort d'Alex Baladi

* * *

L’éprouvette (trois numéros), collectif, L’association, 192, 416 et 570 p.
Désœuvré, Lewis Trondheim, L’association, coll. «Éprouvette», 72 p.
Plates-bandes, de Jean-Christophe Menu, L’association, coll. «Éprouvette», 76 p.
L’art selon Madame Goldgruber, Nicolas Mahler, L’association, coll. «Éprouvette», 120 p.
Contre la bande dessinée, Jochen Gerner, L’association, coll. «Éprouvette», 150 p.
Encore un effort, Alex Baladi, L’association, coll. «Éprouvette», 78 p.



© 2007 Librairie Monet